Espace probabilisé, variable aléatoire, lois des grands nombres et théorème central limite
Idée. Une expérience aléatoire se modélise par un espace probabilisé(Ω,A,P), où P est une mesure de masse totale 1 (axiomes de Kolmogorov). Une variable aléatoireX est une fonction mesurable sur Ω ; son espérance est l'intégrale E[X]=∫ΩXdP. Deux théorèmes gouvernent la moyenneXn=n1∑i=1nXi d'un grand nombre de tirages indépendants de même loi : la loi des grands nombres (Xn→E[X]) et le théorème central limite — les fluctuationsn(Xn−E[X]) sont gaussiennes, quelle que soit la loi de départ (pourvu que la variance soit finie). C'est l'omniprésence de la loi normale.
Note (L2/L3, périmètre de vérification). Une partie du chapitre est certifiée machine (_verif_tcl.py) : tout l'espace probabilisé fini (E[X]=∑ωX(ω)P(ω), linéarité, variance, indépendance P(A∩B)=P(A)P(B), E[XY]=E[X]E[Y] et Var(X+Y)=VarX+VarY pour X⊥Y), les fonctions caractéristiques des lois usuelles et la convergence φX(t/n)n→e−t2/2 (cœur de la preuve du TCL). D'autres faits sont vérifiés sur instances (Monte-Carlo à graine fixe : loi des grands nombres, estimation de π, distance de Kolmogorov-Smirnov des sommes →Φ). Les grands théorèmes à objets infinis (preuve complète du TCL via le théorème de continuité de Lévy, loi forte des grands nombres, existence de suites i.i.d., constante optimale de Berry-Esseen) sont admis et signalés « ADMIS » dans les exercices (honnêteté du périmètre).
A. Espace probabilisé et variable aléatoire
Espace probabilisé(Ω,A,P) : A est une tribu sur Ω et P:A→[0,1] une mesure vérifiant P(Ω)=1 et la σ-additivitéP(⨆nAn)=∑nP(An) (événements incompatibles). D'où P(∅)=0, P(Ac)=1−P(A), la monotonie et la sous-additivitéP(⋃nAn)≤∑nP(An).
Une variable aléatoire (v.a.) réelle est une fonction mesurableX:(Ω,A)→(R,B(R)) : {X≤x}=X−1(]−∞,x])∈A. Sa loiPX est la mesure imagePX(B)=P(X−1(B)) : une mesure de probabilité sur R qui résume tout le comportement de X.
Espérance : E[X]=∫ΩXdP=∫RxdPX(x) (transfert). Elle est linéaire (E[aX+bY]=aE[X]+bE[Y], toujours, même sans indépendance) et E[1A]=P(A). Variance : Var(X)=E[(X−E[X])2]=E[X2]−E[X]2≥0, écart-typeσ(X)=Var(X), et Var(aX+b)=a2Var(X).
Fonction de répartitionFX(x)=P(X≤x) : croissante, continue à droite, de limites 0 et 1. Une v.a. est à densitéf≥0 si P(X∈B)=∫Bfdλ (avec ∫Rf=1) ; alors FX′=f p.p. et E[g(X)]=∫gfdλ.
Indépendance : deux événements vérifient P(A∩B)=P(A)P(B) ; deux v.a. sont indépendantes (X⊥Y) si P(X∈B,Y∈C)=P(X∈B)P(Y∈C) (la loi jointe se factorise). Conséquences : E[XY]=E[X]E[Y], donc Cov(X,Y)=E[XY]−E[X]E[Y]=0 et Var(X+Y)=Var(X)+Var(Y).
Covariance / corrélation : Cov(X,Y)=E[(X−EX)(Y−EY)], ρ(X,Y)=σXσYCov(X,Y)∈[−1,1] (Cauchy-Schwarz). ⚠️ Indépendantes ⇒ décorrélées, mais la réciproque est fausse : ρ=0 n'entraîne pas l'indépendance.
Loi FAIBLE des grands nombres (provable par Tchebychev) : si les Xi sont i.i.d. de variance σ2<∞, alors Xn→E[X]en probabilité : P(∣Xn−μ∣≥ε)≤nε2σ2→0.
Loi FORTE des grands nombres (Kolmogorov, ADMIS) : sous les mêmes hypothèses (même E∣X∣<∞ suffit), Xn→E[X]presque sûrement. C'est la justification de la simulation de Monte-Carlo (moyenne empirique → espérance).
Autrement dit n(Xn−μ)→N(0,σ2) : les fluctuations de la moyenne décroissent en n1 et sont gaussiennes, indépendamment de la loi de départ (variance finie). La preuve passe par les fonctions caractéristiques (approfondissement) : φSn∗(t)→e−t2/2, conclusion via le théorème de continuité de Lévy (ADMIS).
Approximation normale : B(n,p)≈N(np,npq) (de Moivre-Laplace) et P(λ)≈N(λ,λ) pour n (resp. λ) grand — avec correction de continuité±21 pour une loi entière.
Vitesse (Berry-Esseen, ADMIS) : supx∣FSn∗(x)−Φ(x)∣≤σ3nCρ avec ρ=E∣X−μ∣3 (C≤0,4748) : l'erreur d'approximation est en n1.
Théorème central limite en images. On somme n variables uniformes indépendantes, puis on standardise (Sn∗=σnSn−nμ). Pour n=1 la loi est plate (uniforme) ; dès n=2 elle est triangulaire ; pour n=5 puis n=30 l'histogramme épouse la cloche de Gaussφ(x)=2π1e−x2/2. La loi de départ est oubliée : la normale est un attracteur universel (distance de Kolmogorov-Smirnov ≈0,01 dès n=30).
Dans le palier approfondissement (Pro) : Fonctions caractéristiques, preuve du TCL, fondations mesure et inégalités
C. Fonctions caractéristiques
D. Fondations mesure & inégalités
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