Idée. Un groupe est la structure qui formalise la symétrie et le calcul réversible : addition modulaire, permutations, rotations, matrices inversibles obéissent toutes aux mêmes lois. La théorie des groupes en dégage les conséquences communes — d'où sa centralité en algèbre, arithmétique, géométrie et physique.
Note de niveau (L3). Ce chapitre est démonstratif : les exercices sont des preuves. Les énoncés numériques (ordres, sous-groupes, classes…) sont vérifiés machine sur des groupes finis ; les raisonnements, eux, se rédigent.
A. Définition & exemples
Un groupe(G,⋅) est un ensemble muni d'une loi interne associative, possédant un élément neutree, et où tout élément a admet un inversea−1 :
(a⋅b)⋅c=a⋅(b⋅c),a⋅e=e⋅a=a,a⋅a−1=a−1⋅a=e.
Si de plus a⋅b=b⋅a pour tous a,b, le groupe est abélien (commutatif).
Groupe
Loi
Neutre
∣G∣
Abélien ?
Z/nZ
+
0
n
oui
(Z/nZ)× (inversibles)
×
1
φ(n)
oui
Un (racines n-ièmes de l'unité)
×
1
n
oui
Sn (permutations)
∘
id
n!
non si n≥3
GLn(R) (matrices inversibles)
×
In
∞
non si n≥2
L'ordre du groupe est son cardinal ∣G∣. Le neutre et l'inverse sont uniques.
L'origine géométrique de la notion : le groupe diédralD5est l'ensemble des isométries du plan qui laissent le pentagone régulier en place — 5 rotations (multiples de 52π) et 5 réflexions, donc ∣D5∣=10. La loi est la composition, le neutre l'identité, l'inverse le mouvement inverse. Chaque axe passe par un sommet et le milieu du côté opposé, parce que 5 est impair.
B. Sous-groupes
H⊆G est un sous-groupe(H≤G) s'il est non vide et stable par produit et par inverse. Critère pratique : H=∅ et ∀a,b∈H,ab−1∈H.
L'ordre d'un élémentg est le plus petit entier k≥1 tel que gk=e (ou ∞). L'ensemble des puissances ⟨g⟩={gk} est le sous-groupe engendré par g, et ∣⟨g⟩∣=ord(g).
C. Théorème de Lagrange
Si G est fini et H≤G, alors ∣H∣divise∣G∣.
Idée de preuve. Les classes à gauchegH={gh:h∈H} partitionnent G, et la translation h↦gh est une bijection de H sur gH : toutes les classes ont ∣H∣ éléments. Donc ∣G∣=[G:H]⋅∣H∣, où [G:H] (l'indice) est le nombre de classes.
Conséquences. (i) ord(g) divise ∣G∣ ; (ii) g∣G∣=e ; (iii) tout groupe d'ordre premier est cyclique ; (iv) petit théorème de Fermat : ap−1≡1(modp) (car (Z/pZ)× a p−1 éléments).
D. Groupes cycliques
G est cyclique s'il est engendré par un seul élément : G=⟨g⟩. Alors G≅Z/nZ (où n=∣G∣) ou ≅Z (cas infini). Exemple fondamental : Un≅Z/nZ (les racines n-ièmes de l'unité, cf. chapitre Nombres complexes).
E. Morphismes
Un homomorphismef:G→H vérifie f(a⋅b)=f(a)⋅f(b). Alors automatiquement f(eG)=eH et f(a−1)=f(a)−1.
Le noyaukerf={g:f(g)=eH} est un sous-groupe de G (et même distingué) ; l'imageimf est un sous-groupe de H.
f est injectif⟺kerf={eG}.
Un isomorphisme est un homomorphisme bijectif ; G≅H signifie « même structure ».
Exemple.f:Z/12Z→Z/6Z, x↦xmod6 est un homomorphisme surjectif de noyau {0,6}.
Dans le palier approfondissement (Pro) : Distingués, quotients, isomorphisme, S_n & actions
A. Sous-groupes distingués & quotients
B. Premier théorème d'isomorphisme
C. Centre
D. Groupe symétrique Sn
E. Actions de groupe
F. Outils de classification
La suite dans l'app Maths Post-Bac
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