Tribus, mesures, intégrale de Lebesgue et théorèmes de convergence
Idée. L'intégrale de Riemann découpe l'axe des x (sommes de Darboux verticales) ; l'intégrale de Lebesgue découpe l'axe des y : on mesure les ensembles {f≈c} et on somme c⋅μ({f≈c}). Cette bascule rend intégrables des fonctions très irrégulières (Dirichlet) et donne des théorèmes de convergence souples (passage limite/intégrale).
Note (L2/L3, périmètre de vérification). Une partie du chapitre est certifiée machine (_verif_lebesgue.py) : tout ce qui concerne les tribus et mesures finies (#tribus= nombre de Bell, additivité, ∫fdμ=∑f(atome)μ(atome), linéarité) et de nombreuses instances (λ(Q)=0 et Dirichlet, intégrales concrètes, suites de Fatou/DCT). Les grands théorèmes à objets infinis (Carathéodory, Fubini-Tonelli général, Radon-Nikodym, Riesz-Fischer) sont admis : ils sont signalés « ADMIS » dans les exercices (honnêteté du périmètre).
A. Tribus et mesures
Une tribu (ou σ-algèbre) A⊆P(Ω) : contient ∅, stable par complémentaire et par réunion dénombrable (donc par intersection dénombrable). Le couple (Ω,A) est un espace mesurable.
Sur Ωfini, une tribu ↔ une partition (ses atomes) ; il y a #tribus(n)=Bn (nombre de Bell : 1,2,5,15,52 pour n=1..5).
Une mesureμ:A→[0,+∞] : μ(∅)=0 et σ-additivitéμ(⨆nAn)=∑nμ(An) (réunion disjointe dénombrable). Conséquences : monotonieA⊆B⇒μ(A)≤μ(B), continuité croissante/décroissante. Une mesure de probabilité vérifie μ(Ω)=1.
Une partie N est négligeable si μ(N)=0. Une propriété vaut presque partout (p.p.) si elle est vraie hors d'un négligeable. La mesure de Lebesgueλ sur R vérifie λ([a,b])=b−a, λ({x})=0, et λ d'un ensemble dénombrable est nulle : en particulier λ(Q)=0.
B. Fonctions mesurables et intégrale
f:(Ω,A)→R est mesurable si f−1(]a,+∞[)∈A pour tout a (préimage des boréliens dans A). Sur Ω fini : mesurable ⟺constante sur chaque atome.
Intégrable (f∈L1) : ∫∣f∣dμ<+∞ ; on pose ∫f=∫f+−∫f−. L'intégrale est linéaire, monotone, et ∫1Adμ=μ(A). Si f=g p.p. alors ∫f=∫g : modifier sur un négligeable ne change rien.
Riemann vs Lebesgue : une fonction Riemann-intégrable sur [a,b] l'est au sens de Lebesgue, avec même valeur. Mais 1Q (Dirichlet) est Lebesgue-intégrable (∫1Qdλ=λ(Q)=0) et pas Riemann-intégrable (sommes inf =0, sup =1).
Riemann (vertical) vs Lebesgue (horizontal). Riemann découpe l'axe des abscisses (rectangles verticaux, sommes de Darboux). Lebesgue découpe l'axe des ordonnées : on approche f par des fonctions étagéesφ=∑ici1Ai en mesurant les ensembles de niveau Ai={ci≤f<ci+1}, puis ∫φdμ=∑iciμ(Ai). Cette bascule rend intégrables des fonctions très irrégulières (Dirichlet) et donne des théorèmes de convergence souples.
E. Théorèmes de convergence
Pour des fonctions mesurables fn→f (p.p.) :
Convergence monotone (Beppo Levi) : si 0≤fn↑f, alors ∫fn↑∫f. (Ex. fn=1[0,1−1/n], ∫fn=1−n1↑1.) Permet l'interversion ∑/∫ pour des termes ≥0.
Lemme de Fatou : ∫liminffn≤liminf∫fn (pour fn≥0). L'inégalité peut être stricte : « masse fuyante » fn=n1(0,1/n), ∫fn=1 mais fn→0 p.p., ∫liminffn=0<1.
Convergence dominée (Lebesgue) : si fn→f p.p. et ∣fn∣≤g avec g∈L1 (dominante intégrable), alors f∈L1 et ∫fn→∫f. (Ex. fn=xn sur [0,1] : →0 p.p., dominée par 1, ∫fn=n+11→0.) Sans domination, c'est faux (la masse fuyante de Fatou : ∫fn=1→0).
Dans le palier approfondissement (Pro) : Construction (Carathéodory), Fubini, changement de variable, espaces L^p
C. Construction de la mesure, Fubini
D. Espaces Lp
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