Maths Post-Bac Ouvrir l'app

Modules & théorème de structure

Algèbre · leçon socle (gratuite)

L2L3Maths ingénieur

Modules, forme normale de Smith et théorème de structure

Idée. Un module est l'analogue d'un espace vectoriel quand les scalaires forment un anneau AA (et non un corps). Sur un anneau principal, le théorème de structure classe complètement les modules de type fini : c'est la clé qui unifie la classification des groupes abéliens finis (A=ZA=\mathbb{Z}) et la réduction des endomorphismes (A=K[X]A=K[X]).

Note (L2/L3, démonstratif). Exercices = preuves + calculs de forme de Smith / facteurs invariants, vérifiés machine (_verif_modules.py : invariant_factors sur Z\mathbb{Z}, moteur diviseurs élémentaires \longleftrightarrow facteurs invariants, classification, K[X]K[X]-modules via jordan_form).

A. Modules, sous-modules, modules libres, torsion

Un AA-module MM est un groupe abélien (M,+)(M,+) muni d'une loi externe A×MMA\times M\to M vérifiant les mêmes axiomes qu'un espace vectoriel (a(x+y)=ax+aya(x+y)=ax+ay, (a+b)x=ax+bx(a+b)x=ax+bx, (ab)x=a(bx)(ab)x=a(bx), 1x=x1x=x).

  • Un Z\mathbb{Z}-module est exactement un groupe abélien (l'action de nn est nx=x++xn\cdot x=x+\dots+x, forcée par l'addition).
  • Un sous-module est une partie stable par ++ et par la loi externe. Les sous-modules de AA (vu comme module sur lui-même) sont ses idéaux.
  • MM est libre s'il admet une base : MArM\cong A^r, l'entier rr est le rang. Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} (n>1n>1) n'est pas libre : tout élément xˉ\bar x vérifie nxˉ=0n\bar x=0 (aucune partie libre).
  • La torsion T(M)={xM: a0, ax=0}T(M)=\{x\in M:\ \exists a\neq 0,\ ax=0\} est un sous-module (si AA est intègre) ; M/T(M)M/T(M) est sans torsion. Ex. T(ZZ/4)={0}Z/4T(\mathbb{Z}\oplus\mathbb{Z}/4)=\{0\}\oplus\mathbb{Z}/4.

B. Matrices sur un anneau principal : forme normale de Smith

Soit AA principal (ex. Z\mathbb{Z}, K[X]K[X]). Toute matrice MAm×nM\in A^{m\times n} se ramène, par opérations élémentaires sur les lignes ET les colonnes (inversibles sur AA), à une forme diagonale :

Smith : Mdiag(d1,d2,,dr,0,,0),d1d2dr.\boxed{\textbf{Smith : } M \sim \operatorname{diag}(d_1,d_2,\dots,d_r,0,\dots,0),\qquad d_1\mid d_2\mid\dots\mid d_r.}
Les did_i (rendus unitaires) sont les facteurs invariants de MM ; ils sont uniques. On les calcule par les facteurs déterminantiels : Δk=\Delta_k= pgcd des mineurs k×kk\times k, et
d1=Δ1,dk=ΔkΔk1.d_1=\Delta_1,\qquad d_k=\frac{\Delta_k}{\Delta_{k-1}}.

Exemple. M=(244661210416)M=\begin{pmatrix}2&4&4\\-6&6&12\\10&-4&-16\end{pmatrix} : Δ1=2\Delta_1=2, Δ1Δ2=12\Delta_1\Delta_2=12, Δ3=detM=144\Delta_3=\lvert\det M\rvert=144, d'où (d1,d2,d3)=(2,6,12)(d_1,d_2,d_3)=(2,6,12). Forme de Smith diag(2,6,12)\operatorname{diag}(2,6,12).

Reseau des points a coordonnees entieres du plan, avec un sous-reseau engendre par deux vecteurs marque en gros points et sa maille fondamentale coloriee ; la maille contient douze points du reseau, ce qui donne l'ordre du quotient.
La forme de Smith, vue sur le plan. Le sous-module LZ2L\subset\mathbb{Z}^2 engendré par (4,2)(4,2) et (2,4)(2,4) est un sous-réseau ; sa forme normale diag(2,6)\operatorname{diag}(2,6) donne directement Z2/LZ/2×Z/6\mathbb{Z}^2/L\simeq\mathbb{Z}/2\times\mathbb{Z}/6, d'ordre 2×6=122\times6=12. Cet indice 1212 est aussi det\lvert\det\rvert, et se recompte à la main en énumérant les points d'une maille — le théorème de structure devient un dénombrement.

E. Théorème de structure

Un module de type fini MM sur un anneau principal AA est présenté par une matrice de relations RR (MAn/imRM\cong A^n/\operatorname{im}R) ; la forme de Smith de RR donne :

MAr  A/(d1)A/(d2)A/(ds),d1d2ds,\boxed{M\cong A^{r}\ \oplus\ A/(d_1)\oplus A/(d_2)\oplus\dots\oplus A/(d_s),\qquad d_1\mid d_2\mid\dots\mid d_s,}
ArA^r est la partie libre (rang r=nrgRr=n-\operatorname{rg}R) et les A/(di)A/(d_i) (did_i non inversible) la partie de torsion. Cette décomposition par facteurs invariants est unique (le rang rr et la suite (di)(d_i) ne dépendent que de MM). On peut aussi la regrouper par diviseurs élémentaires (les A/(pk)A/(p^k), pp irréductible) — les deux formes sont équivalentes via le théorème chinois (les (pk)(p^k) pour pp irréductibles distincts sont comaximaux).

Schéma du théorème de structure : une boîte M se scinde en deux blocs, à gauche la partie libre A^r (somme de r copies de A), à droite la partie de torsion somme directe des A/(d_i) avec la chaîne de divisibilité d_1 | d_2 | ... | d_s ; deux flèches descendantes indiquent les deux spécialisations A=Z (groupes abéliens finis) et A=K[X] (réduction des endomorphismes, blocs de Jordan).
Théorème de structure d'un module de type fini sur un anneau principal. Tout tel module MM se décompose en une partie libre ArA^r (rang rr) et une partie de torsion iA/(di)\bigoplus_i A/(d_i) avec d1d2dsd_1\mid d_2\mid\dots\mid d_s (facteurs invariants). Pour A=ZA=\mathbb{Z} on obtient la classification des groupes abéliens finis ; pour A=K[X]A=K[X], la réduction des endomorphismes (Jordan / Frobenius). La forme de Smith de la matrice de relations fournit les did_i.

Deux récoltes immédiates. A=ZA=\mathbb{Z} : tout groupe abélien fini est Z/d1Z/ds\mathbb{Z}/d_1\oplus\dots\oplus\mathbb{Z}/d_s (classification). A=K[X]A=K[X] : tout endomorphisme est classé par ses facteurs invariants → forme de Jordan / Frobenius.

18 exercices corrigés de modules & théorème de structure Énoncé, indices et correction détaillée étape par étape — en accès libre.

Dans le palier approfondissement (Pro) : Groupes abéliens finis (ℤ-modules) et réduction des endomorphismes (K[X]-modules)

  • C. Classification des groupes abéliens finis (A=ZA=\mathbb{Z})
  • D. Réduction des endomorphismes (A=K[X]A=K[X])

La suite dans l'app Maths Post-Bac

Palier approfondissement, 54 exercices corrigés pas à pas, quiz, tuteur IA, PDF téléchargeables et suivi de progression — pour BUT, BTS, licence et maths de l'ingénieur.