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Exercices corrigés — Anneaux & idéaux

Algèbre · 18 exercices-types du palier socle

L2L3Maths ingénieur

Chaque exercice donne l'énoncé, des indices progressifs et la correction rédigée étape par étape. Ouvre les blocs seulement après avoir cherché.

Revoir le cours : Anneaux & idéaux Définitions, méthodes et exemples corrigés du chapitre.

Règles de calcul dans un anneau

DémonstrationDifficulté 3/5

Soit (A,+,⋅)(A,+,\cdot) un anneau. Montrer que pour tous a,b∈Aa,b\in A : 0⋅a=00\cdot a=0 et (−a)⋅b=−(ab)(-a)\cdot b=-(ab).

Indices (3)

Utiliser 0=0+00=0+0 et la distributivité.

Pour le second point, calculer ab+(−a)bab+(-a)b.

Un élément dont la somme avec abab vaut 00 est l'opposé de abab.

Correction détaillée
Ce qu'on démontre, et pourquoi ça ne va pas de soi

Deux règles qu'on emploie sans y penser :

0⋅a=0et(−a)b=−(ab)0\cdot a=0\qquad\text{et}\qquad (-a)b=-(ab)

Elles ne font pas partie des axiomes. Un anneau est donné par : un groupe abélien pour ++, une multiplication associative, et la distributivité qui les relie. Rien n'y dit ce que fait 00 pour la multiplication.

tout passe par la DISTRIBUTIVITEˊ — c’est le seul pont entre + et ⋅\boxed{\text{tout passe par la DISTRIBUTIVIT\'E — c'est le seul pont entre } + \text{ et } \cdot}

L'exercice mérite d'être fait une fois : il montre que ces règles sont des conséquences, et cela évite de leur en supposer d'autres qui, elles, sont fausses.

Étape 1 — $0\cdot a=0$

Partons de 0=0+00=0+0 (le neutre additif est idempotent), et multiplions par aa :

0⋅a=(0+0)⋅a=0⋅a+0⋅a0\cdot a=(0+0)\cdot a=0\cdot a+0\cdot a(distributivité.)
0=0⋅a0=0\cdot a
0⋅a=0\boxed{0\cdot a=0}

Et symétriquement a⋅0=0a\cdot 0=0, par l'autre distributivité.

👉 C'est la structure de GROUPE additif qui permet de simplifier. Dans un simple monoïde additif, on ne pourrait pas conclure.

Étape 2 — $(-a)b=-(ab)$

L'opposé de abab est par définition l'unique élément qui, ajouté à abab, donne 00. Il suffit donc de vérifier que (−a)b(-a)b convient :

ab+(−a)b=(a+(−a))b=0⋅b=0ab+(-a)b=\big(a+(-a)\big)b=0\cdot b=0

(distributivité, puis étape 1.)

Par unicité de l'opposé dans un groupe :

(−a)b=−(ab)\boxed{(-a)b=-(ab)}

Conséquence immédiate, souvent utilisée : (−a)(−b)=−(a(−b))=−(−(ab))=ab(-a)(-b)=-\big(a(-b)\big)=-\big(-(ab)\big)=ab. La règle des signes est donc, elle aussi, un théorème.

Ce que ces règles entraînent

L'anneau nul. Si 1=01=0 dans AA, alors pour tout aa :

a=1⋅a=0⋅a=0a=1\cdot a=0\cdot a=0

donc A={0}A=\{0\}. C'est l'anneau nul, et c'est pourquoi on exige 1≠01\neq 0 dans la définition d'un corps ou d'un anneau intègre.

Un piège classique : ab=0ab=0 n'entraîne pas a=0a=0 ou b=0b=0. C'est une propriété supplémentaire — l'intégrité — que beaucoup d'anneaux n'ont pas.

dans Z/6Z : 2ˉ⋅3ˉ=6ˉ=0ˉavec2ˉ≠0, 3ˉ≠0\text{dans }\mathbb{Z}/6\mathbb{Z}\ :\ \bar 2\cdot\bar 3=\bar 6=\bar 0\quad\text{avec}\quad \bar 2\neq 0,\ \bar 3\neq 0
dans M2(R) : (0100)2=0\text{dans }M_2(\mathbb{R})\ :\ \begin{pmatrix}0&1\\0&0\end{pmatrix}^2=0

👉 Toute la suite du chapitre consiste à ajouter des hypothèses — intégrité, principalité, factorialité — pour retrouver les propriétés familières de Z\mathbb{Z}.

Le vocabulaire, en une table
anneau(A,+) groupe abeˊlien, ⋅ associative, distributiveunitaireil existe 1 neutre pour ⋅commutatifab=bainteˋgrecommutatif,1≠0, et ab=0⇒a=0 ou b=0corpsinteˋgre et tout a≠0 est inversible\begin{array}{ll} \text{anneau} & (A,+)\ \text{groupe ab\'elien},\ \cdot\ \text{associative, distributive}\\ \text{unitaire} & \text{il existe } 1 \text{ neutre pour } \cdot\\ \text{commutatif} & ab=ba\\ \text{int\`egre} & \text{commutatif}, 1\neq 0,\ \text{et } ab=0\Rightarrow a=0\ \text{ou}\ b=0\\ \text{corps} & \text{int\`egre et tout } a\neq 0 \text{ est inversible} \end{array}

⚠️ Attention aux conventions. Ici « anneau » signifie unitaire, et « intègre » inclut la commutativité — c'est la convention française usuelle, mais pas universelle. L'exercice A5 le rappelle explicitement, parce que sans cette convention il faudrait le théorème de Wedderburn.

Exemples à garder en tête : Z\mathbb{Z} (intègre non corps) · Z/6Z\mathbb{Z}/6\mathbb{Z} (non intègre) · M2(R)M_2(\mathbb{R}) (non commutatif) · K[X]K[X] (intègre) · Z[−5]\mathbb{Z}[\sqrt{-5}] (intègre mais non factoriel, exercice C6).

Réponse. 0⋅a=00\cdot a=0 et (−a)b=−(ab)(-a)b=-(ab) découlent des seuls axiomes d'anneau. (Axiomes vérifiés machine sur Z/6, Z/12, GF(4), Z/5×Z/7 — _verif_anneaux.py A1 ✓)
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Z/nZ intègre $\iff$ n premier

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} (avec n≥2n\geq 2) est intègre si et seulement si nn est premier.

Indices (3)

Si n=abn=ab avec 1<a,b<n1<a,b<n, regarder aˉ bˉ\bar a\,\bar b.

Si n=pn=p premier, utiliser le lemme d'Euclide : p∣xy⇒p∣xp\mid xy\Rightarrow p\mid x ou p∣yp\mid y.

« Intègre » = pas de diviseur de zéro.

Correction détaillée
L'équivalence, et son rôle
Z/nZ inteˋgre  ⟺  n premier\boxed{\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\ \text{int\`egre}\iff n\ \text{premier}}

C'est le premier exemple où une propriété arithmétique de nn se traduit en propriété algébrique du quotient. Tout le chapitre suit ce schéma :

ideˊal premier ↔ quotient inteˋgre(exercice E1)\text{idéal premier}\ \leftrightarrow\ \text{quotient int\`egre}\qquad\text{(exercice E1)}

et le cas A=ZA=\mathbb{Z} en est l'illustration la plus simple.

⚠️ Rappel de convention : « intègre » exige 1≠01\neq 0, donc n≥2n\geq 2.

Étape 1 — Si $n$ n'est pas premier, le quotient n'est pas intègre

Écrivons n=abn=ab avec 1<a,b<n1<a,b<n.

Dans Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} :

aˉ⋅bˉ=ab‾=nˉ=0ˉ\bar a\cdot\bar b=\overline{ab}=\bar n=\bar 0

Or aˉ≠0ˉ\bar a\neq\bar 0 et bˉ≠0ˉ\bar b\neq\bar 0, puisque 0<a,b<n0<a,b<n et que la classe de aa est nulle seulement si n∣an\mid a.

Deux diviseurs de zéro : le quotient n'est pas intègre.

Exemple : dans Z/12Z\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}, 3ˉ⋅4ˉ=12ˉ=0ˉ\bar 3\cdot\bar 4=\bar{12}=\bar 0.

Étape 2 — Si $n$ est premier, le quotient est intègre

Supposons aˉbˉ=0ˉ\bar a\bar b=\bar 0, c'est-à-dire n∣abn\mid ab.

Le lemme d'Euclide — valable exactement parce que nn est premier — donne n∣an\mid a ou n∣bn\mid b, soit

aˉ=0ˉoubˉ=0ˉ\bar a=\bar 0\qquad\text{ou}\qquad\bar b=\bar 0

Le quotient est donc intègre.

Z/pZ est inteˋgre\boxed{\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}\ \text{est int\`egre}}
Le renforcement : c'est même un corps

Pour pp premier, Z/pZ\mathbb{Z}/p\mathbb{Z} est en réalité un corps. Deux preuves, toutes deux instructives :

Par Bézout. Si aˉ≠0ˉ\bar a\neq\bar 0, alors p∤ap\nmid a, donc gcd⁡(a,p)=1\gcd(a,p)=1 (pp étant premier, son seul diviseur autre que 11 est pp). Bézout fournit u,vu,v avec au+pv=1au+pv=1, d'où

aˉuˉ=1ˉ\bar a\bar u=\bar 1

Par finitude. Z/pZ\mathbb{Z}/p\mathbb{Z} est intègre et fini, donc c'est un corps (exercice A5).

La première est constructive — l'algorithme d'Euclide donne l'inverse — la seconde est plus rapide mais ne calcule rien.

Exemple : inverse de 55 modulo 77. Euclide : 7=5+27=5+2, 5=2⋅2+15=2\cdot 2+1, donc 1=5−2⋅2=5−2(7−5)=3⋅5−2⋅71=5-2\cdot 2=5-2(7-5)=3\cdot 5-2\cdot 7. D'où 5−1=3ˉ5^{-1}=\bar 3, et en effet 15=14+1≡115=14+1\equiv 1 ✓.

La table qui résume, et la suite
nZ/nZpremiercorpstout aˉ≠0 inversiblecomposeˊni corps ni inteˋgrediviseurs de zeˊro\begin{array}{lll} n & \mathbb{Z}/n\mathbb{Z} & \\\hline \text{premier} & \textbf{corps} & \text{tout } \bar a\neq 0 \text{ inversible}\\ \text{compos\'e} & \text{ni corps ni int\`egre} & \text{diviseurs de z\'ero}\\ \end{array}

Ce qu'il faut retenir pour la suite : dans Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}, les éléments se répartissent en deux catégories, et c'est le pgcd qui décide :

kˉ inversible  ⟺  gcd⁡(k,n)=1(exercice A3)\bar k\ \text{inversible}\iff\gcd(k,n)=1\qquad\text{(exercice A3)}
kˉ diviseur de zeˊro  ⟺  gcd⁡(k,n)>1 et kˉ≠0\bar k\ \text{diviseur de z\'ero}\iff\gcd(k,n)>1\ \text{et}\ \bar k\neq 0

Il n'y a pas de troisième cas dans un anneau fini — c'est l'exercice A4. Sur Z\mathbb{Z} en revanche, il y en a un : 22 n'est ni inversible ni diviseur de zéro.

Réponse. Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} intègre   ⟺  n\iff n premier. (Vérifié machine : intègre pour n=5,7n=5,7, non pour n=4,6,8,9n=4,6,8,9 ; div. de zéro de Z/6 ={2,3,4}=\{2,3,4\} — A2 ✓ ; recoupe Arithmétique)
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Le groupe des unités

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que l'ensemble A×A^\times des unités d'un anneau AA est un groupe pour ⋅\cdot. En déduire que A×(Z/nZ)={kˉ:gcd⁡(k,n)=1}A^\times(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})=\{\bar k:\gcd(k,n)=1\}.

Indices (3)

Vérifier que A×A^\times est stable par produit et passage à l'inverse.

Le produit de deux inversibles est inversible : (ab)−1=b−1a−1(ab)^{-1}=b^{-1}a^{-1}.

kˉ\bar k inversible dans Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}   ⟺  ∃u, ku≡1 [n]  ⟺  gcd⁡(k,n)=1\iff\exists u,\ ku\equiv 1\ [n]\iff\gcd(k,n)=1 (Bézout).

Correction détaillée
Ce qu'on établit, et pourquoi c'est utile

Les unités (ou éléments inversibles) de AA sont

A×={a∈A : ∃ b, ab=ba=1}A^\times=\{a\in A\ :\ \exists\, b,\ ab=ba=1\}

On veut montrer que c'est un groupe pour la multiplication, puis l'identifier dans Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}.

Pourquoi c'est utile : A×A^\times mesure « à quel point AA est loin d'être un corps ». Un corps est exactement un anneau commutatif où A×=A∖{0}A^\times=A\setminus\{0\}. Et le groupe A×A^\times est un invariant qui distingue des anneaux de même cardinal.

Étape 1 — $A^\times$ est un groupe

Stabilité. Si a,b∈A×a,b\in A^\times d'inverses a−1,b−1a^{-1},b^{-1}, alors

(ab)(b−1a−1)=a(bb−1)a−1=aa−1=1(ab)(b^{-1}a^{-1})=a(bb^{-1})a^{-1}=aa^{-1}=1

et symétriquement dans l'autre sens. Donc ab∈A×ab\in A^\times, d'inverse b−1a−1b^{-1}a^{-1}.

⚠️ L'ordre s'inverse — sans importance si AA est commutatif, mais essentiel sinon (exercice A6).

Neutre : 1⋅1=11\cdot 1=1, donc 1∈A×1\in A^\times.

Inverse : si a∈A×a\in A^\times, alors a−1a^{-1} est inversible, d'inverse aa. Donc a−1∈A×a^{-1}\in A^\times.

Associativité : héritée de AA.

(A×,⋅) est un groupe\boxed{(A^\times,\cdot)\ \text{est un groupe}}

ℹ️ L'inverse est unique : si ab=1ab=1 et ac=1ac=1, alors b=b(ac)=(ba)c=cb=b(ac)=(ba)c=c — en utilisant ba=1ba=1, qui fait partie de la définition.

Étape 2 — Le cas de $\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}$
kˉ inversible dans Z/nZ  ⟺  gcd⁡(k,n)=1\boxed{\bar k\ \text{inversible dans }\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\iff\gcd(k,n)=1}

Sens ⇐\Leftarrow. Si gcd⁡(k,n)=1\gcd(k,n)=1, Bézout donne ku+nv=1ku+nv=1, d'où en passant au quotient kˉuˉ=1ˉ\bar k\bar u=\bar 1.

Sens ⇒\Rightarrow. Si kˉuˉ=1ˉ\bar k\bar u=\bar 1, alors ku≡1(modn)ku\equiv 1\pmod n, donc il existe vv avec ku−1=−nvku-1=-nv, soit

ku+nv=1ku+nv=1

Tout diviseur commun de kk et nn divise donc 11 : gcd⁡(k,n)=1\gcd(k,n)=1.

(Z/nZ)×={kˉ : gcd⁡(k,n)=1},∣(Z/nZ)×∣=φ(n)\big(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\big)^\times=\{\bar k\ :\ \gcd(k,n)=1\},\qquad \left\lvert\big(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\big)^\times\right\rvert=\varphi(n)
Exemples chiffrés
n(Z/nZ)×φ(n)7{1,2,3,4,5,6}68{1,3,5,7}412{1,5,7,11}436096 eˊleˊments96\begin{array}{lll} n & (\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})^\times & \varphi(n)\\\hline 7 & \{1,2,3,4,5,6\} & 6\\ 8 & \{1,3,5,7\} & 4\\ 12 & \{1,5,7,11\} & 4\\ 360 & \text{96 \'el\'ements} & 96 \end{array}

Détail de φ(360)\varphi(360) : 360=23×32×5360=2^3\times 3^2\times 5, et φ\varphi est multiplicative sur les facteurs premiers entre eux :

φ(360)=φ(8)φ(9)φ(5)=4×6×4=96\varphi(360)=\varphi(8)\varphi(9)\varphi(5)=4\times 6\times 4=96

(avec φ(pk)=pk−pk−1\varphi(p^k)=p^k-p^{k-1}.)

Vérification pour n=12n=12 : les entiers de 11 à 1111 premiers avec 1212 sont 1,5,7,111,5,7,11 — quatre, ✓. Les autres (2,3,4,6,8,9,102,3,4,6,8,9,10) partagent un facteur avec 1212, et sont donc des diviseurs de zéro (exercice A4).

D'autres groupes d'unités, à connaître
AA×Z{1,−1}K[X] (K corps)K× (les constantes non nulles)Z[i]{1,−1,i,−i} (exercice C4)Z[−5]{1,−1}M2(F2)GL2(F2), 6 eˊleˊments (exercice A6)K corpsK∖{0}\begin{array}{ll} A & A^\times\\\hline \mathbb{Z} & \{1,-1\}\\ K[X]\ (K\ \text{corps}) & K^\times\ \text{(les constantes non nulles)}\\ \mathbb{Z}[i] & \{1,-1,i,-i\}\ \text{(exercice C4)}\\ \mathbb{Z}[\sqrt{-5}] & \{1,-1\}\\ M_2(\mathbb{F}_2) & \mathrm{GL}_2(\mathbb{F}_2),\ 6\ \text{\'el\'ements (exercice A6)}\\ K\ \text{corps} & K\setminus\{0\} \end{array}

Pourquoi K[X]×=K×K[X]^\times=K^\times : si PQ=1PQ=1, alors deg⁡P+deg⁡Q=0\deg P+\deg Q=0 (le degré est additif sur un anneau intègre), donc les deux sont constants.

Le cas Z[i]\mathbb{Z}[i] se lit sur la norme : uu inversible équivaut à N(u)=1N(u)=1, d'où a2+b2=1a^2+b^2=1 et les quatre solutions ±1,±i\pm 1,\pm i (exercice C4).

👉 Le groupe des unités est ce qui distingue « irréductible » de « premier » et rend la factorisation « unique à une unité près ». Dans Z\mathbb{Z}, 6=2×3=(−2)×(−3)6=2\times 3=(-2)\times(-3) : les deux factorisations sont les mêmes, à des unités près.

Réponse. A×A^\times est un groupe ; (Z/nZ)×={kˉ:gcd⁡(k,n)=1}(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})^\times=\{\bar k:\gcd(k,n)=1\}, d'ordre φ(n)\varphi(n). (Vérifié machine : unités de Z/12 ={1,5,7,11}=\{1,5,7,11\}, φ(12)=4\varphi(12)=4 — A3 ✓ ; recoupe Arithmétique)
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Anneau fini : unité ou diviseur de zéro

DémonstrationDifficulté 3/5

Soit AA un anneau commutatif fini (non nul) et a∈Aa\in A, a≠0a\neq 0. Montrer que aa est soit une unité soit un diviseur de zéro.

Indices (3)

Considérer la multiplication λa:x↦ax\lambda_a:x\mapsto ax.

Si λa\lambda_a est injective, sur un ensemble fini elle est surjective.

Si λa\lambda_a n'est pas injective, exhiber un diviseur de zéro.

Correction détaillée
L'énoncé, et l'idée en une image

Dans un anneau commutatif fini non nul, tout élément non nul est soit une unité soit un diviseur de zéro. Il n'y a pas de troisième cas.

L'idée : regarder l'application « multiplier par aa »,

ma: A→A,x↦axm_a:\ A\to A,\qquad x\mapsto ax

Sur un ensemble fini, injective et surjective sont équivalentes. Or

ma non injective ↔ a diviseur de zeˊro,ma surjective ↔ a uniteˊm_a\ \text{non injective}\ \leftrightarrow\ a\ \text{diviseur de z\'ero},\qquad m_a\ \text{surjective}\ \leftrightarrow\ a\ \text{unit\'e}

L'alternative tombe donc toute seule.

Étape 1 — Non injective signifie diviseur de zéro

Si mam_a n'est pas injective, il existe x≠yx\neq y avec ax=ayax=ay, donc

a(x−y)=0avecx−y≠0a(x-y)=0\qquad\text{avec}\qquad x-y\neq 0

aa est donc un diviseur de zéro.

Réciproquement, si aa est diviseur de zéro — disons ab=0ab=0 avec b≠0b\neq 0 — alors ma(b)=0=ma(0)m_a(b)=0=m_a(0) et mam_a n'est pas injective.

Étape 2 — Surjective signifie unité

Si mam_a est surjective, alors 11 est atteint : il existe bb avec ab=1ab=1. Donc aa est une unité (la commutativité donne aussi ba=1ba=1).

Réciproquement, si aa est une unité, tout yy s'écrit y=a(a−1y)y=a(a^{-1}y) : mam_a est surjective.

Étape 3 — Conclure par la finitude

Soit a≠0a\neq 0. Deux cas :

mam_a est injective. Comme AA est fini, une application injective de AA dans AA est surjective. Donc aa est une unité (étape 2).

mam_a n'est pas injective. Alors aa est un diviseur de zéro (étape 1).

uniteˊ ou diviseur de zeˊro, jamais ni l’un ni l’autre\boxed{\text{unit\'e ou diviseur de z\'ero, jamais ni l'un ni l'autre}}

Et jamais les deux à la fois : si aa était inversible et ab=0ab=0 avec b≠0b\neq 0, alors b=a−1(ab)=0b=a^{-1}(ab)=0, contradiction. L'alternative est donc exclusive.

Ce que la finitude apporte, et le contre-exemple

⚠️ Sur un anneau infini, l'énoncé est FAUX. Dans Z\mathbb{Z} :

2 n’est ni inversible (2−1=12∉Z) ni diviseur de zeˊro (Z est inteˋgre)2\ \text{n'est ni inversible}\ (2^{-1}=\tfrac12\notin\mathbb{Z})\ \text{ni diviseur de z\'ero}\ (\mathbb{Z}\ \text{est int\`egre})

L'application m2m_2 y est injective mais pas surjective — l'implication « injective donc surjective » exige la finitude.

Vérification sur Z/12Z\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}, où l'énoncé s'applique :

uniteˊs1, 5, 7, 11(gcd⁡=1)diviseurs de zeˊro2, 3, 4, 6, 8, 9, 10(gcd⁡>1)ni l’un ni l’autreaucun\begin{array}{ll} \text{unit\'es} & 1,\ 5,\ 7,\ 11\quad(\gcd=1)\\ \text{diviseurs de z\'ero} & 2,\ 3,\ 4,\ 6,\ 8,\ 9,\ 10\quad(\gcd>1)\\ \text{ni l'un ni l'autre} & \text{aucun} \end{array}

Contrôle : 4+7+1(le 0)=124+7+1(\text{le }0)=12 ✓ — les trois catégories partitionnent l'anneau.

👉 Corollaire immédiat (exercice A5) : si AA est intègre et fini, il n'y a aucun diviseur de zéro, donc tout élément non nul est une unité — c'est un corps.

Réponse. Dans un anneau commutatif fini, tout a≠0a\neq 0 est unité XOR diviseur de zéro. (Vérifié machine sur Z/6, Z/8, Z/12, Z[i]/(3) — A4 ✓)
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Tout anneau intègre fini est un corps

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que tout anneau intègre fini est un corps. (Rappel : « intègre » inclut la commutativité — ce n'est pas le théorème de Wedderburn.)

Indices (3)

Il faut montrer que tout a≠0a\neq 0 est inversible.

Utiliser que x↦axx\mapsto ax est injective dans un anneau intègre.

Injective sur un ensemble fini ⇒\Rightarrow surjective.

Correction détaillée
L'énoncé, et sa portée
tout anneau inteˋgre FINI est un corps\boxed{\text{tout anneau int\`egre FINI est un corps}}

C'est ce théorème qui garantit que Z/pZ\mathbb{Z}/p\mathbb{Z} est un corps (exercice A2), et plus généralement que tout corps fini existe (chapitre des corps finis).

⚠️ Ce n'est PAS le théorème de Wedderburn. Celui-ci affirme que tout corps gauche fini est commutatif — un résultat bien plus profond. Ici la commutativité est incluse dans l'hypothèse, par la convention rappelée à l'exercice A1.

Étape 1 — La preuve, par l'exercice A4

Soit AA intègre fini et a≠0a\neq 0.

Par l'exercice A4, aa est une unité ou un diviseur de zéro. Or AA est intègre : il n'a aucun diviseur de zéro.

Donc aa est une unité. Tout élément non nul étant inversible, et 1≠01\neq 0 par définition de l'intégrité :

A est un corps\boxed{A\ \text{est un corps}}
Étape 2 — Une preuve directe, qui construit l'inverse

Il vaut la peine de refaire l'argument sans invoquer A4, car il exhibe l'inverse.

Soit a≠0a\neq 0. L'application ma:x↦axm_a:x\mapsto ax est injective : si ax=ayax=ay, alors a(x−y)=0a(x-y)=0, et l'intégrité avec a≠0a\neq 0 force x=yx=y.

AA étant fini, mam_a est surjective. Donc 11 a un antécédent : il existe bb avec ab=1ab=1.

Version encore plus explicite, par les puissances. La suite a,a2,a3,…a,a^2,a^3,\dots prend un nombre fini de valeurs, donc il existe i<ji<j avec ai=aja^i=a^j. Par intégrité on simplifie par aia^i :

a j−i=1 ⟹ a−1=a j−i−1a^{\,j-i}=1\ \Longrightarrow\ a^{-1}=a^{\,j-i-1}
l’inverse est une PUISSANCE de a\boxed{\text{l'inverse est une PUISSANCE de } a}

Exemple : dans F7\mathbb{F}_7, 36=729=728+1≡13^6=729=728+1\equiv 1, donc 3−1=35=243=238+5≡53^{-1}=3^5=243=238+5\equiv 5. Contrôle : 3×5=15=14+1≡13\times 5=15=14+1\equiv 1 ✓.

Les deux hypothèses sont indispensables

Sans la finitude : Z\mathbb{Z} est intègre et n'est pas un corps. La suite des puissances de 22 n'y repasse jamais par une valeur déjà vue.

Sans l'intégrité : Z/6Z\mathbb{Z}/6\mathbb{Z} est fini et n'est pas un corps — 2ˉ\bar 2 et 3ˉ\bar 3 y sont des diviseurs de zéro, donc non inversibles.

Afiniinteˋgrecorps ?Z/7ZouiouiOUIZnonouinonZ/6ZouinonnonK[X]nonouinon\begin{array}{lccl} A & \text{fini} & \text{int\`egre} & \text{corps ?}\\\hline \mathbb{Z}/7\mathbb{Z} & \text{oui} & \text{oui} & \textbf{OUI}\\ \mathbb{Z} & \text{non} & \text{oui} & \text{non}\\ \mathbb{Z}/6\mathbb{Z} & \text{oui} & \text{non} & \text{non}\\ K[X] & \text{non} & \text{oui} & \text{non} \end{array}
Ce que le théorème permet ensuite

La construction des corps finis. Si mm est irréductible dans Fp[X]\mathbb{F}_p[X], alors Fp[X]/(m)\mathbb{F}_p[X]/(m) est intègre (exercice E1 : (m)(m) est premier) et fini — il a pdeg⁡mp^{\deg m} éléments. Donc c'est un corps.

Fp[X]/(m) est un corps aˋ pdeg⁡m eˊleˊments\boxed{\mathbb{F}_p[X]/(m)\ \text{est un corps \`a } p^{\deg m}\ \text{\'el\'ements}}

C'est ainsi qu'on obtient GF(4)\mathrm{GF}(4), GF(8)\mathrm{GF}(8), GF(256)\mathrm{GF}(256) — tous les corps finis.

Le raccourci qu'il offre : pour un anneau fini, il suffit de vérifier l'intégrité pour avoir un corps. On n'a pas à exhiber les inverses un par un, ce qui serait long dans GF(256)\mathrm{GF}(256).

👉 C'est aussi ce qui rend l'exercice E1 si productif : « (m)(m) maximal   ⟺  \iff quotient corps » et « (m)(m) premier   ⟺  \iff quotient intègre » coïncident dès que le quotient est fini. Sur un anneau fini, premier et maximal sont donc la même chose.

Réponse. Anneau intègre fini ⇒\Rightarrow corps. (Vérifié machine : Z/5, Z/7, GF(4), GF(9) sont des corps — A5 ✓ ; recoupe Corps finis)
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Un anneau non commutatif : M_2(F_2)

CalculDifficulté 3/5

Dans M2(F2)M_2(\mathbb{F}_2) : (a) montrer qu'il n'est pas commutatif ; (b) exhiber deux diviseurs de zéro ; (c) combien y a-t-il d'unités ?

Indices (3)

Prendre deux matrices élémentaires et comparer les deux produits.

Une matrice non nulle de déterminant 00 est un diviseur de zéro.

Les unités sont les matrices inversibles : GL2(F2)\mathrm{GL}_2(\mathbb{F}_2).

Correction détaillée
Pourquoi cet exemple, et ce qu'il montre

M2(F2)M_2(\mathbb{F}_2) est l'anneau des matrices 2×22\times 2 à coefficients dans F2={0,1}\mathbb{F}_2=\{0,1\}. Il a

24=16 eˊleˊments2^4=16\ \text{\'el\'ements}

C'est le plus petit anneau non commutatif intéressant, et il illustre d'un coup les trois défauts qu'un anneau peut avoir : non-commutativité, diviseurs de zéro, et un groupe d'unités bien plus petit que A∖{0}A\setminus\{0\}.

⚠️ Il montre aussi que l'exercice A5 ne s'étend pas : M2(F2)M_2(\mathbb{F}_2) est fini et n'est pas un corps, parce qu'il n'est pas intègre.

(a) Il n'est pas commutatif

Prenons deux matrices élémentaires :

A=(0100),B=(0010)A=\begin{pmatrix}0&1\\0&0\end{pmatrix},\qquad B=\begin{pmatrix}0&0\\1&0\end{pmatrix}
AB=(0100)(0010)=(1000)AB=\begin{pmatrix}0&1\\0&0\end{pmatrix}\begin{pmatrix}0&0\\1&0\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}1&0\\0&0\end{pmatrix}
BA=(0010)(0100)=(0001)BA=\begin{pmatrix}0&0\\1&0\end{pmatrix}\begin{pmatrix}0&1\\0&0\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}0&0\\0&1\end{pmatrix}
AB≠BA\boxed{AB\neq BA}

Le détail du calcul de ABAB : coefficient (1,1)(1,1) = ligne 11 de AA fois colonne 11 de BB = 0×0+1×1=10\times 0+1\times 1=1. Les trois autres sont nuls.

ℹ️ Ce sont les deux nilpotents élémentaires, et leur non-commutation est ce qui distingue M2M_2 de tout anneau commutatif.

(b) Deux diviseurs de zéro

Le plus simple : AA est son propre témoin.

A2=(0100)2=(0000)=0A^2=\begin{pmatrix}0&1\\0&0\end{pmatrix}^2=\begin{pmatrix}0&0\\0&0\end{pmatrix}=0

A≠0A\neq 0 et A⋅A=0A\cdot A=0 : AA est un diviseur de zéro, et même nilpotent.

Un second exemple, avec deux matrices distinctes :

E=(1000),F=(0001),EF=(0000)E=\begin{pmatrix}1&0\\0&0\end{pmatrix},\qquad F=\begin{pmatrix}0&0\\0&1\end{pmatrix},\qquad EF=\begin{pmatrix}0&0\\0&0\end{pmatrix}

Ces deux-là sont des idempotents (E2=EE^2=E, F2=FF^2=F) dont le produit est nul — ils réalisent la décomposition de l'exercice D3 en dimension 22.

M2(F2) n’est pas inteˋgre\boxed{M_2(\mathbb{F}_2)\ \text{n'est pas int\`egre}}

Le critère général : MM est un diviseur de zéro si et seulement si det⁡M=0\det M=0, c'est-à-dire si MM n'est pas inversible. C'est l'alternative de l'exercice A4, ici valable malgré la non-commutativité.

(c) Le nombre d'unités

Une matrice est inversible si et seulement si son déterminant est non nul — sur F2\mathbb{F}_2, cela veut dire det⁡=1\det=1.

Comptons par les colonnes. Une matrice est inversible si et seulement si ses deux colonnes forment une base de F2 2\mathbb{F}_2^{\,2} :

  • la première colonne doit être non nulle : 4−1=34-1=3 choix ;
  • la seconde ne doit pas être dans la droite engendrée par la première, qui contient 22 vecteurs (le nul et la première colonne) : 4−2=24-2=2 choix.
∣GL2(F2)∣=(4−1)(4−2)=3×2=6\boxed{\lvert\mathrm{GL}_2(\mathbb{F}_2)\rvert=(4-1)(4-2)=3\times 2=6}

Contrôle : 66 unités sur 1616 éléments. Les 1010 autres sont 00 et 99 diviseurs de zéro.

La formule générale :

∣GLn(Fq)∣=∏k=0n−1(q n−q k)\lvert\mathrm{GL}_n(\mathbb{F}_q)\rvert=\prod_{k=0}^{n-1}\big(q^{\,n}-q^{\,k}\big)

Pour n=2n=2, q=2q=2 : (4−1)(4−2)=6(4-1)(4-2)=6 ✓.

Ce que cet exemple isole
proprieˊteˊM2(F2)commutatifNONinteˋgreNONfinioui, 16 eˊleˊmentscorpsNONA×6 eˊleˊments\begin{array}{ll} \text{propri\'et\'e} & M_2(\mathbb{F}_2)\\\hline \text{commutatif} & \text{NON}\\ \text{int\`egre} & \text{NON}\\ \text{fini} & \text{oui, } 16\ \text{\'el\'ements}\\ \text{corps} & \text{NON}\\ A^\times & 6\ \text{\'el\'ements} \end{array}

Fait remarquable : GL2(F2)≃S3\mathrm{GL}_2(\mathbb{F}_2)\simeq S_3, le groupe symétrique à 33 éléments. Les deux ont 66 éléments, et l'isomorphisme vient de l'action sur les trois vecteurs non nuls de F2 2\mathbb{F}_2^{\,2} : une matrice inversible les permute, et toute permutation est réalisée.

👉 Comparaison utile avec un anneau de même cardinal.

M2(F2)GF(16)cardinal1616commutatifnonouiuniteˊs615\begin{array}{lcc} & M_2(\mathbb{F}_2) & \mathrm{GF}(16)\\\hline \text{cardinal} & 16 & 16\\ \text{commutatif} & \text{non} & \text{oui}\\ \text{unit\'es} & 6 & 15 \end{array}

Deux anneaux de 1616 éléments, radicalement différents. Le cardinal ne détermine rien — c'est le groupe des unités qui les sépare au premier coup d'œil.

Réponse. M2(F2)M_2(\mathbb{F}_2) non commutatif, E11E22=0E_{11}E_{22}=0 (div. de zéro), ∣GL2(F2)∣=6\lvert\mathrm{GL}_2(\mathbb{F}_2)\rvert=6 unités. (Vérifié machine : non commutatif, 66 unités — A6 ✓)
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Le noyau d'un morphisme est un idéal

DémonstrationDifficulté 3/5

Soit f:A→Bf:A\to B un morphisme d'anneaux. Montrer que ker⁡f={a:f(a)=0}\ker f=\{a:f(a)=0\} est un idéal de AA, et que im⁡f\operatorname{im} f est un sous-anneau de BB.

Indices (3)

Vérifier que ker⁡f\ker f est un sous-groupe additif.

Pour l'absorption : si f(x)=0f(x)=0 et a∈Aa\in A, calculer f(ax)f(ax).

ff est un morphisme : f(ax)=f(a)f(x)f(ax)=f(a)f(x).

Correction détaillée
Deux énoncés, et pourquoi ils ne sont pas symétriques

Pour un morphisme d'anneaux f:A→Bf:A\to B :

  • ker⁡f\ker f est un idéal de AA ;
  • im⁡f\operatorname{im}f est un sous-anneau de BB.

⚠️ L'asymétrie est réelle et importante : l'image n'est en général pas un idéal de BB. Exemple : Z↪Q\mathbb{Z}\hookrightarrow\mathbb{Q} a pour image Z\mathbb{Z}, qui n'est pas un idéal de Q\mathbb{Q} (sinon 12⋅1=12\tfrac12\cdot 1=\tfrac12 y serait).

La raison est que la propriété d'idéal — absorber la multiplication par tout l'anneau — est bien plus forte que celle de sous-anneau.

Étape 1 — $\ker f$ est un sous-groupe additif

f(0)=0f(0)=0 car ff est un morphisme de groupes additifs, donc 0∈ker⁡f0\in\ker f.

Si a,b∈ker⁡fa,b\in\ker f :

f(a−b)=f(a)−f(b)=0−0=0f(a-b)=f(a)-f(b)=0-0=0

donc a−b∈ker⁡fa-b\in\ker f. C'est bien un sous-groupe.

Étape 2 — Il ABSORBE la multiplication

C'est le point qui fait la différence entre « sous-anneau » et « idéal ».

Soient a∈ker⁡fa\in\ker f et x∈Ax\in A quelconque. Alors

f(xa)=f(x)f(a)=f(x)⋅0=0f(xa)=f(x)f(a)=f(x)\cdot 0=0

donc xa∈ker⁡fxa\in\ker f. De même ax∈ker⁡fax\in\ker f.

ker⁡f est un ideˊal de A\boxed{\ker f\ \text{est un id\'eal de } A}

👉 L'absorption vient du fait que 00 absorbe : f(x)⋅0=0f(x)\cdot 0=0 quel que soit f(x)f(x). C'est pourquoi les noyaux sont toujours des idéaux, et jamais seulement des sous-anneaux.

ℹ️ ker⁡f\ker f n'est presque jamais un sous-anneau : il ne contient 11 que si f(1)=0f(1)=0, c'est-à-dire si BB est l'anneau nul.

Étape 3 — $\operatorname{im}f$ est un sous-anneau

Sous-groupe additif : f(a)−f(b)=f(a−b)∈im⁡ff(a)-f(b)=f(a-b)\in\operatorname{im}f.

Stable par produit : f(a)f(b)=f(ab)∈im⁡ff(a)f(b)=f(ab)\in\operatorname{im}f.

Contient 1B1_B : f(1A)=1Bf(1_A)=1_B par définition d'un morphisme unitaire.

im⁡f est un sous-anneau de B\boxed{\operatorname{im}f\ \text{est un sous-anneau de } B}

Mais pas un idéal en général : rien ne garantit que y⋅f(a)y\cdot f(a) soit dans l'image pour y∈By\in B arbitraire.

La réciproque, et l'exemple qui porte tout le lot B

Tout idéal est un noyau. Si II est un idéal de AA, la projection canonique

π: A→A/I,a↦a+I\pi:\ A\to A/I,\qquad a\mapsto a+I

est un morphisme d'anneaux (exercice B4) de noyau exactement II.

{ideˊaux de A}={noyaux de morphismes partant de A}\boxed{\{\text{id\'eaux de } A\}=\{\text{noyaux de morphismes partant de } A\}}

C'est le fondement du premier théorème d'isomorphisme (exercice B5).

L'exemple à retenir : l'évaluation

ε: K[X]→K,P↦P(0)\varepsilon:\ K[X]\to K,\qquad P\mapsto P(0)

C'est un morphisme surjectif, de noyau (X)(X) (exercice B6). D'où

K[X]/(X) ≃ KK[X]/(X)\ \simeq\ K

Le morphisme le plus utile du chapitre est cette évaluation, et sa version en un point quelconque : P↦P(α)P\mapsto P(\alpha) a pour noyau l'idéal engendré par le polynôme minimal de α\alpha — c'est ce qui construit tous les corps finis.

Réponse. ker⁡f\ker f est un idéal, im⁡f\operatorname{im} f un sous-anneau. (Vérifié machine : ker(Z/12→Z/3)=(3)={0,3,6,9}=(3)=\{0,3,6,9\} est un idéal — B3 ✓ ; analogue du noyau d'un morphisme de groupes)
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Z est principal

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que tout idéal de Z\mathbb{Z} est de la forme (n)=nZ(n)=n\mathbb{Z} (Z\mathbb{Z} est principal).

Indices (3)

Soit I≠{0}I\neq\{0\} un idéal ; considérer le plus petit entier n>0n>0 de II.

Montrer (n)⊆I(n)\subseteq I par absorption.

Montrer I⊆(n)I\subseteq(n) par division euclidienne.

Correction détaillée
Ce que « principal » veut dire

Un anneau principal est un anneau intègre dont tout idéal est engendré par un seul élément :

I=(a)=aAI=(a)=aA

On veut montrer que Z\mathbb{Z} l'est.

L'outil est la division euclidienne, et c'est le seul. C'est pourquoi la même preuve marchera mot pour mot dans K[X]K[X] (exercice E4) et dans tout anneau euclidien (exercice C1).

L'idée : prendre le plus petit élément positif de l'idéal, et montrer que tous les autres en sont des multiples — parce que le reste de la division serait plus petit, donc nul.

Étape 1 — Le cas de l'idéal nul

Si I={0}I=\{0\}, alors I=(0)I=(0) et c'est fini.

Sinon, II contient un élément non nul xx. Comme II est stable par opposé, il contient aussi −x-x, donc il contient un entier strictement positif.

Étape 2 — Prendre le plus petit positif

Soit

n=min⁡{k∈I : k>0}n=\min\{k\in I\ :\ k>0\}

Ce minimum existe : c'est une partie non vide de N∗\mathbb{N}^*, et N\mathbb{N} est bien ordonné.

(n)⊂I(n)\subset I : II étant un idéal, il absorbe la multiplication, donc kn∈Ikn\in I pour tout k∈Zk\in\mathbb{Z}.

Étape 3 — L'inclusion réciproque, par division euclidienne

Soit m∈Im\in I. Divisons par nn :

m=qn+r,0≤r<nm=qn+r,\qquad 0\leq r<n

Alors

r=m−qn ∈ Ir=m-qn\ \in\ I

car m∈Im\in I et qn∈Iqn\in I (absorption), et II est stable par différence.

Mais 0≤r<n0\leq r<n, et nn est le plus petit élément strictement positif de II. La seule possibilité est r=0r=0, donc m=qn∈(n)m=qn\in(n).

I=(n) : Z est principal\boxed{I=(n)\ :\ \mathbb{Z}\ \text{est principal}}

👉 La minimalité est le ressort de toute la preuve. C'est exactement le même argument que pour le polynôme générateur d'un idéal de K[X]K[X] — on y prend le degré minimal au lieu de la valeur minimale.

Les conséquences, et ce qui n'est pas principal

Le pgcd apparaît. Pour a,ba,b non tous nuls, l'idéal (a)+(b)={au+bv}(a)+(b)=\{au+bv\} est principal, engendré par un d>0d>0. Alors :

  • dd divise aa et bb (car a,b∈(d)a,b\in(d)) ;
  • d=au+bvd=au+bv pour certains u,vu,v — c'est Bézout, obtenu sans algorithme (exercice C2).
(a)+(b)=(gcd⁡(a,b))\boxed{(a)+(b)=(\gcd(a,b))}

Et l'inclusion des idéaux traduit la divisibilité :

(a)⊂(b)  ⟺  b∣a(a)\subset(b)\iff b\mid a

⚠️ Attention au sens : le plus GROS idéal correspond au plus PETIT diviseur. (6)⊂(2)(6)\subset(2), et c'est 22 qui divise 66.

Ce qui n'est PAS principal : Z[X]\mathbb{Z}[X]. L'idéal (2,X)(2,X) des polynômes de terme constant pair n'est engendré par aucun élément. S'il l'était par PP, alors P∣2P\mid 2 forcerait PP constant ±1\pm 1 ou ±2\pm 2 ; ±1\pm 1 donnerait tout l'anneau, et ±2\pm 2 ne diviserait pas XX.

👉 Z[X]\mathbb{Z}[X] est pourtant factoriel — ce qui montre que principal est strictement plus fort (exercice C3).

Réponse. Tout idéal de Z\mathbb{Z} est principal : I=(n)I=(n). (Vérifié machine : les 66 idéaux de Z/12 sont principaux, en bijection avec les diviseurs de 1212 — B1 ✓)
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Idéaux de Z/12Z

CalculDifficulté 3/5

Déterminer tous les idéaux de Z/12Z\mathbb{Z}/12\mathbb{Z} et décrire les inclusions. Combien y en a-t-il ?

Indices (3)

Les idéaux de Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} sont les (d)(d) pour d∣nd\mid n.

(d)={(d)=\{ multiples de d}d\} a 12/d12/d éléments.

(d)⊆(e)  ⟺  e∣d(d)\subseteq(e)\iff e\mid d.

Correction détaillée
La méthode, et le principe qui la fonde

On cherche tous les idéaux de Z/12Z\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}.

Le théorème de correspondance : les idéaux de A/IA/I sont en bijection avec les idéaux de AA contenant II.

Ici A=ZA=\mathbb{Z} et I=(12)I=(12). Les idéaux de Z\mathbb{Z} contenant (12)(12) sont les (d)(d) avec (12)⊂(d)(12)\subset(d), c'est-à-dire — attention au sens — avec d∣12d\mid 12.

ideˊaux de Z/12Z ⟷ diviseurs de 12\boxed{\text{id\'eaux de }\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}\ \longleftrightarrow\ \text{diviseurs de } 12}
Étape 1 — Les diviseurs
12=22×3 ⟹ diviseurs: 1, 2, 3, 4, 6, 1212=2^2\times 3\ \Longrightarrow\ \text{diviseurs}:\ 1,\ 2,\ 3,\ 4,\ 6,\ 12

Six diviseurs, donc six idéaux :

dideˊalcardinal1(1ˉ)=Z/12Z122(2ˉ)={0,2,4,6,8,10}63(3ˉ)={0,3,6,9}44(4ˉ)={0,4,8}36(6ˉ)={0,6}212(12ˉ)={0}1\begin{array}{lll} d & \text{id\'eal} & \text{cardinal}\\\hline 1 & (\bar 1)=\mathbb{Z}/12\mathbb{Z} & 12\\ 2 & (\bar 2)=\{0,2,4,6,8,10\} & 6\\ 3 & (\bar 3)=\{0,3,6,9\} & 4\\ 4 & (\bar 4)=\{0,4,8\} & 3\\ 6 & (\bar 6)=\{0,6\} & 2\\ 12 & (\bar{12})=\{0\} & 1 \end{array}
6 ideˊaux\boxed{6\ \text{id\'eaux}}

Contrôle : le cardinal de (dˉ)(\bar d) vaut 12/d12/d ✓ sur les six lignes — c'est le nombre de multiples de dd dans {0,…,11}\{0,\dots,11\}.

Étape 2 — Le treillis des inclusions
(dˉ1)⊂(dˉ2)  ⟺  d2∣d1(\bar d_1)\subset(\bar d_2)\iff d_2\mid d_1

L'inclusion des idéaux RENVERSE la divisibilité — c'est le piège le plus fréquent. Plus le générateur est gros, plus l'idéal est petit.

(1ˉ)↗↖(2ˉ)(3ˉ)↓↖↗↓(4ˉ)(6ˉ)↖↓(12ˉ)=(0)\begin{array}{ccccc} & & (\bar 1) & & \\ & \nearrow & & \nwarrow & \\ (\bar 2) & & & & (\bar 3)\\ \downarrow & \nwarrow & & \nearrow & \downarrow\\ (\bar 4) & & (\bar 6) & & \\ & \nwarrow & \downarrow & & \\ & & (\bar{12})=(0) & & \end{array}

Plus lisible sous forme de chaînes :

(0)⊂(4ˉ)⊂(2ˉ)⊂(1ˉ),(0)⊂(6ˉ)⊂(2ˉ),(0)⊂(6ˉ)⊂(3ˉ)⊂(1ˉ)(0)\subset(\bar 4)\subset(\bar 2)\subset(\bar 1),\qquad (0)\subset(\bar 6)\subset(\bar 2),\qquad (0)\subset(\bar 6)\subset(\bar 3)\subset(\bar 1)

Le treillis reproduit exactement celui des diviseurs de 1212, retourné.

Étape 3 — Lesquels sont premiers, lesquels maximaux

Par l'exercice E1, (dˉ)(\bar d) est premier si et seulement si le quotient est intègre, et maximal si et seulement si le quotient est un corps.

(Z/12Z)/(dˉ) ≃ Z/dZ\big(\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}\big)\big/(\bar d)\ \simeq\ \mathbb{Z}/d\mathbb{Z}
dquotientpremier ?maximal ?1{0}nonnon (c’est l’anneau entier)2Z/2ouioui3Z/3ouioui4Z/4nonnon6Z/6nonnon12Z/12nonnon\begin{array}{lccl} d & \text{quotient} & \text{premier ?} & \text{maximal ?}\\\hline 1 & \{0\} & \text{non} & \text{non (c'est l'anneau entier)}\\ 2 & \mathbb{Z}/2 & \textbf{oui} & \textbf{oui}\\ 3 & \mathbb{Z}/3 & \textbf{oui} & \textbf{oui}\\ 4 & \mathbb{Z}/4 & \text{non} & \text{non}\\ 6 & \mathbb{Z}/6 & \text{non} & \text{non}\\ 12 & \mathbb{Z}/12 & \text{non} & \text{non} \end{array}

Deux idéaux maximaux, (2ˉ)(\bar 2) et (3ˉ)(\bar 3), correspondant aux deux facteurs premiers de 1212. Et ici premier et maximal coïncident — normal, l'anneau est fini (exercice A5).

Ce que la structure révèle

Par le théorème chinois (exercice E6) :

Z/12Z ≃ Z/4Z×Z/3Z\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}\ \simeq\ \mathbb{Z}/4\mathbb{Z}\times\mathbb{Z}/3\mathbb{Z}

Les idéaux d'un produit sont les produits d'idéaux, d'où

3⏟ideˊaux de Z/4×2⏟ideˊaux de Z/3=6 ✓\underbrace{3}_{\text{id\'eaux de }\mathbb{Z}/4}\times\underbrace{2}_{\text{id\'eaux de }\mathbb{Z}/3}=6\ \checkmark

Recoupement parfait avec le comptage par les diviseurs.

La règle générale : le nombre d'idéaux de Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} est le nombre de diviseurs d(n)d(n), et il est multiplicatif :

d(12)=d(4) d(3)=3×2=6 ✓d(12)=d(4)\,d(3)=3\times 2=6\ \checkmark

👉 Deux comptages indépendants — par les diviseurs et par le théorème chinois — donnent le même résultat. C'est le contrôle qui valide les deux.

Réponse. 66 idéaux (d)(d), d∣12d\mid 12 ; (d)⊆(e)  ⟺  e∣d(d)\subseteq(e)\iff e\mid d. (Vérifié machine : 66 idéaux, tailles {1,2,3,4,6,12}\{1,2,3,4,6,12\} — B1 ✓)
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L'anneau quotient A/I

DémonstrationDifficulté 3/5

Soit II un idéal de AA. Montrer que les opérations (a+I)+(b+I)=(a+b)+I(a+I)+(b+I)=(a+b)+I et (a+I)(b+I)=ab+I(a+I)(b+I)=ab+I sont bien définies et font de A/IA/I un anneau.

Indices (3)

Tester l'indépendance vis-à-vis des représentants.

Si a′=a+xa'=a+x, b′=b+yb'=b+y avec x,y∈Ix,y\in I, comparer a′b′a'b' et abab.

Utiliser l'absorption de II.

Correction détaillée
Le point délicat, et pourquoi il l'est

On veut munir A/IA/I — l'ensemble des classes a+Ia+I — d'une structure d'anneau, par

(a+I)+(b+I)=(a+b)+I,(a+I)(b+I)=ab+I(a+I)+(b+I)=(a+b)+I,\qquad (a+I)(b+I)=ab+I

Le problème : une classe a plusieurs représentants. Si a+I=a′+Ia+I=a'+I et b+I=b′+Ib+I=b'+I, rien ne garantit a priori que ab+I=a′b′+Iab+I=a'b'+I. Il faut le vérifier — c'est ce qu'on appelle « bien définie ».

c’est ici que l’hypotheˋse I IDEˊAL sert\boxed{\text{c'est ici que l'hypoth\`ese } I \text{ ID\'EAL sert}}

Un simple sous-anneau ne suffirait pas.

Étape 1 — L'addition

Supposons a−a′∈Ia-a'\in I et b−b′∈Ib-b'\in I. Alors

(a+b)−(a′+b′)=(a−a′)⏟∈I+(b−b′)⏟∈I ∈I(a+b)-(a'+b')=\underbrace{(a-a')}_{\in I}+\underbrace{(b-b')}_{\in I}\ \in I

car II est stable par somme. Donc (a+b)+I=(a′+b′)+I(a+b)+I=(a'+b')+I : l'addition est bien définie.

Il suffit ici que II soit un sous-groupe additif. C'est le produit qui exige davantage.

Étape 2 — Le produit, et l'astuce du terme intermédiaire

Il faut montrer ab−a′b′∈Iab-a'b'\in I. Le calcul direct ne donne rien ; l'astuce est d'insérer un terme intermédiaire :

ab−a′b′=ab−a′b+a′b−a′b′ab-a'b'=ab-a'b+a'b-a'b'
=(a−a′)⏟∈I b + a′ (b−b′)⏟∈I=\underbrace{(a-a')}_{\in I}\,b\ +\ a'\,\underbrace{(b-b')}_{\in I}

Chacun des deux termes est dans II, précisément parce que II absorbe la multiplication par un élément quelconque de AA :

(a−a′)b∈Icar I absorbe aˋ droite,a′(b−b′)∈Iaˋ gauche(a-a')b\in I\quad\text{car } I\ \text{absorbe \`a droite},\qquad a'(b-b')\in I\quad\text{\`a gauche}

Leur somme est dans II, donc

ab+I=a′b′+Iab+I=a'b'+I
le produit est bien deˊfini\boxed{\text{le produit est bien d\'efini}}

👉 C'est LA raison pour laquelle on quotiente par des idéaux et non par des sous-anneaux. Sans l'absorption, les deux termes de la décomposition ne seraient pas dans II.

Étape 3 — Les axiomes d'anneau

Une fois les opérations bien définies, tout le reste se transporte depuis AA :

((a+I)(b+I))(c+I)=abc+I=(a+I)((b+I)(c+I))\big((a+I)(b+I)\big)(c+I)=abc+I=(a+I)\big((b+I)(c+I)\big)

et de même pour la distributivité et la commutativité éventuelle. Le neutre additif est 0+I=I0+I=I, le neutre multiplicatif est 1+I1+I.

A/I est un anneau, et π:a↦a+I est un morphisme surjectif de noyau I\boxed{A/I\ \text{est un anneau, et } \pi:a\mapsto a+I \text{ est un morphisme surjectif de noyau } I}

⚠️ Cas dégénéré : si I=AI=A, alors 1+I=I=0+I1+I=I=0+I, donc A/IA/I est l'anneau nul. C'est pourquoi on exige I≠AI\neq A dans les définitions d'idéal premier et maximal.

Comment lire un quotient, en pratique

Quotienter, c'est décréter que les éléments de II valent zéro.

quotienton deˊcreˋtereˊsultatZ/12Z12=0arithmeˊtique modulo 12K[X]/(X)X=0≃K (exercice B6)R[X]/(X2+1)X2=−1≃CF2[X]/(X3+X+1)X3=X+1GF(8)\begin{array}{lll} \text{quotient} & \text{on d\'ecr\`ete} & \text{r\'esultat}\\\hline \mathbb{Z}/12\mathbb{Z} & 12=0 & \text{arithm\'etique modulo }12\\ K[X]/(X) & X=0 & \simeq K\ \text{(exercice B6)}\\ \mathbb{R}[X]/(X^2+1) & X^2=-1 & \simeq\mathbb{C}\\ \mathbb{F}_2[X]/(X^3+X+1) & X^3=X+1 & \mathrm{GF}(8) \end{array}

👉 La ligne R[X]/(X2+1)≃C\mathbb{R}[X]/(X^2+1)\simeq\mathbb{C} mérite d'être méditée : le corps des complexes n'est rien d'autre qu'un quotient de polynômes réels. « Poser i2=−1i^2=-1 » est littéralement un passage au quotient, et le fait que X2+1X^2+1 soit irréductible est ce qui garantit qu'on obtient un corps (exercice E4).

Le mode d'emploi : on calcule comme dans AA, puis on réduit en remplaçant les éléments de II par 00. C'est exactement ce qu'on fait dans GF(8)\mathrm{GF}(8) en remplaçant α3\alpha^3 par α+1\alpha+1.

Réponse. A/IA/I est un anneau (opérations bien définies grâce à l'absorption). (Vérifié machine : Z/12 / (3) est un anneau à 33 éléments — B4 ✓ ; analogue du groupe quotient)
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Premier théorème d'isomorphisme

DémonstrationDifficulté 3/5

Soit f:A→Bf:A\to B un morphisme d'anneaux. Montrer que A/ker⁡f≅im⁡fA/\ker f\cong\operatorname{im} f.

Indices (3)

Poser fˉ(a+ker⁡f)=f(a)\bar f(a+\ker f)=f(a).

Vérifier que fˉ\bar f est bien définie et injective.

fˉ\bar f est surjective sur im⁡f\operatorname{im} f.

Correction détaillée
L'énoncé, et ce qu'il fait gagner
A/ker⁡f ≃ im⁡f\boxed{A/\ker f\ \simeq\ \operatorname{im}f}

Ce qu'il fait gagner : pour identifier un quotient, il suffit de trouver un morphisme surjectif ayant le bon noyau. On n'a jamais à manipuler les classes.

trouver f surjectif de noyau I ⟹ A/I≃B\text{trouver } f \text{ surjectif de noyau } I\ \Longrightarrow\ A/I\simeq B

C'est la technique standard de tout le chapitre, et elle transforme des vérifications pénibles en une ligne.

Étape 1 — Construire l'application

Posons

fˉ: A/ker⁡f→im⁡f,a+ker⁡f ⟼ f(a)\bar f:\ A/\ker f\to\operatorname{im}f,\qquad a+\ker f\ \longmapsto\ f(a)

Elle est bien définie — le point à vérifier. Si a+ker⁡f=a′+ker⁡fa+\ker f=a'+\ker f, alors a−a′∈ker⁡fa-a'\in\ker f, donc

f(a)−f(a′)=f(a−a′)=0 ⟹ f(a)=f(a′)f(a)-f(a')=f(a-a')=0\ \Longrightarrow\ f(a)=f(a')

L'image ne dépend donc pas du représentant choisi.

Étape 2 — C'est un morphisme bijectif

Morphisme. Par définition des opérations du quotient (exercice B4) :

fˉ((a+ker⁡f)+(b+ker⁡f))=fˉ((a+b)+ker⁡f)=f(a+b)=f(a)+f(b)\bar f\big((a+\ker f)+(b+\ker f)\big)=\bar f\big((a+b)+\ker f\big)=f(a+b)=f(a)+f(b)

et de même pour le produit. Enfin fˉ(1+ker⁡f)=f(1)=1\bar f(1+\ker f)=f(1)=1.

Injectif. Si fˉ(a+ker⁡f)=0\bar f(a+\ker f)=0, alors f(a)=0f(a)=0, donc a∈ker⁡fa\in\ker f, donc la classe a+ker⁡fa+\ker f est la classe nulle. Le noyau de fˉ\bar f est trivial.

Surjectif. Tout élément de im⁡f\operatorname{im}f s'écrit f(a)=fˉ(a+ker⁡f)f(a)=\bar f(a+\ker f).

fˉ est un isomorphisme\boxed{\bar f\ \text{est un isomorphisme}}
Trois applications immédiates

1. Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}. La réduction modulo nn, Z→Z/nZ\mathbb{Z}\to\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}, est surjective de noyau (n)(n). Le théorème redonne la définition — c'est le cas trivial, mais il montre la mécanique.

2. K[X]/(X)≃KK[X]/(X)\simeq K. L'évaluation en 00 est surjective de noyau (X)(X) (exercice B6).

3. R[X]/(X2+1)≃C\mathbb{R}[X]/(X^2+1)\simeq\mathbb{C}. Considérons

εi: R[X]→C,P↦P(i)\varepsilon_i:\ \mathbb{R}[X]\to\mathbb{C},\qquad P\mapsto P(i)

Surjective : tout a+bia+bi est l'image de a+bXa+bX.

Noyau =(X2+1)=(X^2+1) : si P(i)=0P(i)=0, alors PP est divisible par le polynôme minimal de ii sur R\mathbb{R}, à savoir X2+1X^2+1. Réciproquement X2+1X^2+1 s'annule en ii.

R[X]/(X2+1)≃C\mathbb{R}[X]/(X^2+1)\simeq\mathbb{C}

Sans le théorème, il faudrait vérifier à la main que les classes a+bX+(X2+1)a+bX+(X^2+1) se multiplient comme les complexes. Avec lui, c'est immédiat.

La méthode générale, et sa portée
pour identifier A/I : trouver un morphisme SURJECTIF de noyau exactement I\boxed{\text{pour identifier } A/I\ :\ \text{trouver un morphisme SURJECTIF de noyau exactement } I}

Le schéma récurrent — celui qui construit tous les corps finis :

εα: K[X]→K(α),P↦P(α)\varepsilon_\alpha:\ K[X]\to K(\alpha),\qquad P\mapsto P(\alpha)

Le noyau est (μα)(\mu_\alpha), l'idéal engendré par le polynôme minimal, et l'image est K[α]K[\alpha]. D'où

K[X]/(μα) ≃ K[α]K[X]/(\mu_\alpha)\ \simeq\ K[\alpha]

Et comme μα\mu_\alpha est irréductible, le quotient est un corps (exercice E4) : c'est la construction de C\mathbb{C}, de GF(pn)\mathrm{GF}(p^n), de toute extension algébrique.

👉 Les théorèmes d'isomorphisme sont les outils de calcul du chapitre. Il en existe trois ; celui-ci est de loin le plus employé.

Réponse. A/ker⁡f≅im⁡fA/\ker f\cong\operatorname{im} f. (Vérifié machine : (Z/12)/(3)≅Z/3(\mathbb{Z}/12)/(3)\cong\mathbb{Z}/3 — B5 ✓)
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Évaluation et K[X]/(X) ≅ K

DémonstrationDifficulté 3/5

Soit KK un corps. Montrer que l'évaluation ε:K[X]→K, P↦P(0)\varepsilon:K[X]\to K,\ P\mapsto P(0) est un morphisme d'anneaux surjectif de noyau (X)(X), et en déduire K[X]/(X)≅KK[X]/(X)\cong K.

Indices (3)

Vérifier que ε\varepsilon respecte ++ et ×\times.

P(0)=0  ⟺  X∣PP(0)=0\iff X\mid P.

Appliquer le 1er théorème d'isomorphisme.

Correction détaillée
Ce qu'on établit

L'évaluation en 00

ε: K[X]→K,P↦P(0)\varepsilon:\ K[X]\to K,\qquad P\mapsto P(0)

est un morphisme d'anneaux surjectif de noyau (X)(X), d'où

K[X]/(X) ≃ KK[X]/(X)\ \simeq\ K

C'est l'application la plus simple du premier théorème d'isomorphisme (exercice B5), et elle sert de modèle à toutes les autres évaluations.

Concrètement, P(0)P(0) est le terme constant de PP — l'évaluation « oublie » tout le reste.

Étape 1 — C'est un morphisme
ε(P+Q)=(P+Q)(0)=P(0)+Q(0)=ε(P)+ε(Q)\varepsilon(P+Q)=(P+Q)(0)=P(0)+Q(0)=\varepsilon(P)+\varepsilon(Q)
ε(PQ)=(PQ)(0)=P(0)Q(0)=ε(P)ε(Q)\varepsilon(PQ)=(PQ)(0)=P(0)Q(0)=\varepsilon(P)\varepsilon(Q)
ε(1)=1\varepsilon(1)=1

Ces identités sont exactement la définition de l'évaluation d'une somme et d'un produit de polynômes.

ℹ️ La multiplicativité mérite un mot : elle est vraie parce que KK est commutatif. Sur un anneau non commutatif, l'évaluation en un point n'est en général pas un morphisme.

Étape 2 — La surjectivité

Pour c∈Kc\in K, le polynôme constant P=cP=c vérifie ε(P)=c\varepsilon(P)=c.

im⁡ε=K\operatorname{im}\varepsilon=K

C'est immédiat, mais nécessaire : sans surjectivité, le théorème d'isomorphisme donnerait un quotient isomorphe à l'image, pas à KK tout entier.

Étape 3 — Le noyau est $(X)$

⊂\subset. Soit P=∑akXkP=\sum a_kX^k avec P(0)=0P(0)=0, c'est-à-dire a0=0a_0=0. Alors

P=a1X+a2X2+⋯=X(a1+a2X+⋯) ∈(X)P=a_1X+a_2X^2+\cdots=X\big(a_1+a_2X+\cdots\big)\ \in(X)

⊃\supset. Si P=XQP=XQ, alors P(0)=0⋅Q(0)=0P(0)=0\cdot Q(0)=0.

ker⁡ε=(X)={P : P(0)=0}\boxed{\ker\varepsilon=(X)=\{P\ :\ P(0)=0\}}

Autrement dit : les polynômes sans terme constant sont exactement les multiples de XX.

Par le premier théorème d'isomorphisme (exercice B5) :

K[X]/(X) ≃ K\boxed{K[X]/(X)\ \simeq\ K}
Ce que l'exemple généralise

Évaluation en un point quelconque. εa:P↦P(a)\varepsilon_a:P\mapsto P(a) a pour noyau (X−a)(X-a) — c'est le théorème du facteur : P(a)=0P(a)=0 équivaut à (X−a)∣P(X-a)\mid P. D'où

K[X]/(X−a) ≃ Kpour tout a∈KK[X]/(X-a)\ \simeq\ K\qquad\text{pour tout } a\in K

Conséquence sur les idéaux : (X−a)(X-a) est maximal dans K[X]K[X], puisque le quotient est un corps (exercice E1). Et X−aX-a est bien irréductible, conformément à l'exercice E4.

Le cas vraiment intéressant est celui où α\alpha n'est pas dans KK :

corpspolynoˆmequotientRX2+1CQX2−2Q(2)F2X3+X+1GF(8)\begin{array}{lll} \text{corps} & \text{polyn\^ome} & \text{quotient}\\\hline \mathbb{R} & X^2+1 & \mathbb{C}\\ \mathbb{Q} & X^2-2 & \mathbb{Q}(\sqrt2)\\ \mathbb{F}_2 & X^3+X+1 & \mathrm{GF}(8) \end{array}

👉 Dans chaque cas, on FABRIQUE une racine qui n'existait pas : la classe Xˉ\bar X devient, par construction, une racine du polynôme. C'est le procédé fondamental de la théorie des extensions, et K[X]/(X)≃KK[X]/(X)\simeq K en est le cas dégénéré — celui où la racine existait déjà.

Réponse. ε\varepsilon surjectif, ker⁡ε=(X)\ker\varepsilon=(X), donc K[X]/(X)≅KK[X]/(X)\cong K. (Recoupe Polynômes (évaluation/K[X]/(P)K[X]/(P)) ; mécanisme quotient vérifié machine B3/B4)
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Premier $\iff$ quotient intègre, maximal $\iff$ quotient corps

DémonstrationDifficulté 3/5

Soit I≠AI\neq A un idéal d'un anneau commutatif AA. Montrer : II premier   ⟺  A/I\iff A/I intègre, et II maximal   ⟺  A/I\iff A/I corps.

Indices (3)

II premier signifie : ab∈I⇒a∈Iab\in I\Rightarrow a\in I ou b∈Ib\in I.

II maximal signifie : aucun idéal strictement entre II et AA.

Traduire la condition sur les classes aˉ=a+I\bar a=a+I.

Correction détaillée
Les deux équivalences, et pourquoi ce sont les plus utiles du chapitre
I premier  ⟺  A/I inteˋgreI maximal  ⟺  A/I corps\boxed{I\ \text{premier}\iff A/I\ \text{int\`egre}}\qquad\qquad \boxed{I\ \text{maximal}\iff A/I\ \text{corps}}

Rappel des définitions. I≠AI\neq A est premier si ab∈Iab\in I entraîne a∈Ia\in I ou b∈Ib\in I ; il est maximal s'il n'existe aucun idéal strictement entre II et AA.

Ces deux équivalences traduisent une propriété de l'idéal en une propriété du quotient, et c'est toujours le quotient qui est le plus facile à examiner. Toute la fin du chapitre s'en sert.

Étape 1 — Premier $\iff$ quotient intègre

Traduisons chaque condition. Dans A/IA/I, on a aˉ=0ˉ\bar a=\bar 0 si et seulement si a∈Ia\in I.

A/I inteˋgre   ⟺   (aˉbˉ=0ˉ⇒aˉ=0ˉ ou bˉ=0ˉ)  ⟺   (ab∈I⇒a∈I ou b∈I)  ⟺   I premier\begin{aligned} A/I\ \text{int\`egre}\ &\iff\ \big(\bar a\bar b=\bar 0\Rightarrow \bar a=\bar 0\ \text{ou}\ \bar b=\bar 0\big)\\ &\iff\ \big(ab\in I\Rightarrow a\in I\ \text{ou}\ b\in I\big)\\ &\iff\ I\ \text{premier} \end{aligned}

La traduction est littérale : « pas de diviseur de zéro dans le quotient » et « II est premier » sont deux façons d'écrire la même chose.

ℹ️ La condition I≠AI\neq A correspond à 1≠01\neq 0 dans le quotient — sans elle, A/IA/I serait l'anneau nul, qui n'est pas intègre par convention.

Étape 2 — Maximal $\iff$ quotient corps

L'outil est le théorème de correspondance : les idéaux de A/IA/I sont en bijection avec les idéaux de AA contenant II.

I maximal   ⟺   les seuls ideˊaux entre I et A sont I et A  ⟺   les seuls ideˊaux de A/I sont {0ˉ} et A/I\begin{aligned} I\ \text{maximal}\ &\iff\ \text{les seuls id\'eaux entre } I \text{ et } A \text{ sont } I \text{ et } A\\ &\iff\ \text{les seuls id\'eaux de } A/I \text{ sont } \{\bar 0\} \text{ et } A/I \end{aligned}

Reste à savoir qu'un anneau commutatif non nul est un corps si et seulement si ses seuls idéaux sont {0}\{0\} et lui-même.

Preuve de ce fait. Si BB est un corps et J≠{0}J\neq\{0\} un idéal, prenons x∈Jx\in J non nul : alors 1=x−1x∈J1=x^{-1}x\in J, donc J=BJ=B. Réciproquement, si les seuls idéaux sont triviaux et x≠0x\neq 0, alors (x)≠{0}(x)\neq\{0\} donc (x)=B(x)=B, donc 1∈(x)1\in(x), donc xx est inversible.

I maximal  ⟺  A/I corps\boxed{I\ \text{maximal}\iff A/I\ \text{corps}}
Les applications, tout de suite
AIA/IZ(p), p premierFp corps ⇒ (p) maximalZ(0)Z inteˋgre non corps ⇒ premier NON maximalZ(6)Z/6 non inteˋgre ⇒ ni l’un ni l’autreK[X](P), P irreˊductiblecorps ⇒ maximalK[X](X−a)K corps ⇒ maximal\begin{array}{lll} A & I & A/I\\\hline \mathbb{Z} & (p),\ p\ \text{premier} & \mathbb{F}_p\ \text{corps}\ \Rightarrow\ (p)\ \text{maximal}\\ \mathbb{Z} & (0) & \mathbb{Z}\ \text{int\`egre non corps}\ \Rightarrow\ \text{premier NON maximal}\\ \mathbb{Z} & (6) & \mathbb{Z}/6\ \text{non int\`egre}\ \Rightarrow\ \text{ni l'un ni l'autre}\\ K[X] & (P),\ P\ \text{irr\'eductible} & \text{corps}\ \Rightarrow\ \text{maximal}\\ K[X] & (X-a) & K\ \text{corps}\ \Rightarrow\ \text{maximal} \end{array}

👉 On lit la nature de l'idéal sur le quotient, jamais l'inverse. C'est la direction utile : vérifier qu'un quotient est un corps est un calcul, vérifier qu'un idéal est maximal demande d'examiner tous les idéaux qui le contiennent.

La conséquence structurelle : maximal implique premier
corps ⟹ inteˋgredoncmaximal ⟹ premier\text{corps}\ \Longrightarrow\ \text{int\`egre}\qquad\text{donc}\qquad \text{maximal}\ \Longrightarrow\ \text{premier}

C'est l'exercice E2, et cette preuve est la plus courte possible : elle se contente de traduire une implication connue sur les anneaux.

La réciproque est fausse : (0)(0) dans Z\mathbb{Z} est premier (Z\mathbb{Z} est intègre) et non maximal (Z\mathbb{Z} n'est pas un corps).

⚠️ Mais elle devient vraie si le quotient est FINI : un anneau intègre fini est un corps (exercice A5). D'où :

dans un anneau FINI, premier  ⟺  maximal\boxed{\text{dans un anneau FINI, premier}\iff\text{maximal}}

C'est ce qu'on a constaté sur Z/12Z\mathbb{Z}/12\mathbb{Z} (exercice B3), où les deux idéaux premiers (2ˉ)(\bar 2) et (3ˉ)(\bar 3) étaient exactement les deux maximaux.

Réponse. II premier   ⟺  A/I\iff A/I intègre ; II maximal   ⟺  A/I\iff A/I corps. (Vérifié machine : (2),(3) premiers ET maximaux dans Z/12, (4),(6) ni l'un ni l'autre — E1 ✓)
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Maximal ⇒ premier

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que tout idéal maximal est premier. La réciproque est-elle vraie ?

Indices (3)

Utiliser la caractérisation par les quotients.

Un corps est intègre.

Chercher un contre-exemple pour la réciproque (penser à (0)(0) dans Z\mathbb{Z}).

Correction détaillée
Les deux questions
  1. Tout idéal maximal est-il premier ? Oui.
  2. La réciproque est-elle vraie ? Non, et le contre-exemple est minimal.

La première question se règle en une ligne grâce à l'exercice E1 ; la seconde est celle qui apprend quelque chose.

Étape 1 — Maximal implique premier

Soit II maximal. Par l'exercice E1, A/IA/I est un corps.

Or tout corps est intègre : si xy=0xy=0 avec x≠0x\neq 0, multiplier par x−1x^{-1} donne y=0y=0.

Donc A/IA/I est intègre, donc II est premier (exercice E1 à nouveau).

maximal ⟹ premier\boxed{\text{maximal}\ \Longrightarrow\ \text{premier}}

Preuve directe, sans passer par les quotients, pour ceux qui préfèrent. Soit ab∈Iab\in I avec a∉Ia\notin I. L'idéal I+(a)I+(a) contient strictement II, donc vaut AA par maximalité :

1=x+λa,x∈I1=x+\lambda a,\qquad x\in I

En multipliant par bb :

b=xb+λab⏟∈I ∈Ib=xb+\lambda\underbrace{ab}_{\in I}\ \in I

car xb∈Ixb\in I (absorption). Donc b∈Ib\in I ✓

Étape 2 — La réciproque est fausse

Contre-exemple minimal : I=(0)I=(0) dans Z\mathbb{Z}.

(0)(0) est premier : A/(0)≃ZA/(0)\simeq\mathbb{Z} est intègre. Directement : ab=0ab=0 entraîne a=0a=0 ou b=0b=0.

(0)(0) n'est pas maximal : la chaîne

(0) ⊊ (2) ⊊ Z(0)\ \subsetneq\ (2)\ \subsetneq\ \mathbb{Z}

exhibe un idéal strictement entre les deux. Autrement dit, Z\mathbb{Z} est intègre sans être un corps.

(0) premier mais NON maximal dans Z\boxed{(0)\ \text{premier mais NON maximal dans }\mathbb{Z}}
Un second contre-exemple, plus instructif

Dans A=Z[X]A=\mathbb{Z}[X], considérons I=(X)I=(X).

(X)(X) est premier : Z[X]/(X)≃Z\mathbb{Z}[X]/(X)\simeq\mathbb{Z} (évaluation en 00, exercice B6), qui est intègre.

(X)(X) n'est pas maximal : Z\mathbb{Z} n'est pas un corps. Concrètement,

(X) ⊊ (2,X) ⊊ Z[X](X)\ \subsetneq\ (2,X)\ \subsetneq\ \mathbb{Z}[X]

L'idéal (2,X)(2,X) — les polynômes de terme constant pair — est strictement entre les deux. Il est d'ailleurs maximal, puisque Z[X]/(2,X)≃F2\mathbb{Z}[X]/(2,X)\simeq\mathbb{F}_2.

👉 Cet exemple montre que Z[X]\mathbb{Z}[X] a des chaînes d'idéaux premiers de longueur 22 — on dit qu'il est de dimension de Krull 22, contre 11 pour Z\mathbb{Z} et K[X]K[X].

Quand la réciproque redevient vraie
hypotheˋsepremier⇒maximal ?A finioui (exercice A5)A principal, I≠(0)ouiA=Z ou K[X], I≠(0)ouiA=Z[X]non\begin{array}{ll} \text{hypoth\`ese} & \text{premier}\Rightarrow\text{maximal ?}\\\hline A\ \text{fini} & \textbf{oui}\ \text{(exercice A5)}\\ A\ \text{principal, } I\neq(0) & \textbf{oui}\\ A=\mathbb{Z}\ \text{ou } K[X],\ I\neq(0) & \textbf{oui}\\ A=\mathbb{Z}[X] & \text{non} \end{array}

Pourquoi dans un principal. Si (p)(p) est premier non nul et (p)⊂(a)⊂A(p)\subset(a)\subset A, alors a∣pa\mid p. Comme pp est irréductible (dans un principal, premier équivaut à irréductible), aa est une unité ou associé à pp — donc (a)=A(a)=A ou (a)=(p)(a)=(p). Pas d'idéal intermédiaire.

dans un anneau principal : premier non nul  ⟺  maximal\boxed{\text{dans un anneau principal : premier non nul}\iff\text{maximal}}

👉 C'est pourquoi, dans Z\mathbb{Z} et K[X]K[X], on peut employer les deux mots presque indifféremment — à l'exception de l'idéal (0)(0), qui est premier et jamais maximal.

Réponse. Maximal ⇒\Rightarrow premier (corps ⇒\Rightarrow intègre) ; réciproque fausse ((0)⊂Z(0)\subset\mathbb{Z}). (Vérifié machine : maximal ⇒\Rightarrow premier sur Z/12, Z/30, Z[i]/(3), F_2[X]/(X³+X+1) — E3 ✓)
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Idéaux premiers et maximaux de Z

DémonstrationDifficulté 3/5

Déterminer les idéaux premiers et maximaux de Z\mathbb{Z}.

Indices (3)

Tout idéal de Z\mathbb{Z} est (n)(n).

Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} intègre   ⟺  n\iff n premier ou n=0n=0.

Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} corps   ⟺  n\iff n premier.

Correction détaillée
Ce qu'on cherche

Tous les idéaux premiers et tous les idéaux maximaux de Z\mathbb{Z}.

Le point de départ : Z\mathbb{Z} est principal (exercice B2), donc tout idéal est un (n)(n) avec n≥0n\geq 0. Il ne reste qu'à décider, pour chaque nn, la nature de (n)(n).

Et pour cela, l'exercice E1 dit de regarder le quotient Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}.

Étape 1 — Passer en revue les quotients
nZ/nZnature de (n)0Zinteˋgre non corps⇒premier, non maximal1{0}(1)=Z, exclu par deˊfinitionp premierFp corpspremier ET maximaln composeˊnon inteˋgreni l’un ni l’autre\begin{array}{lll} n & \mathbb{Z}/n\mathbb{Z} & \text{nature de } (n)\\\hline 0 & \mathbb{Z} & \text{int\`egre non corps} \Rightarrow \textbf{premier, non maximal}\\ 1 & \{0\} & (1)=\mathbb{Z},\ \text{exclu par d\'efinition}\\ p\ \text{premier} & \mathbb{F}_p\ \text{corps} & \textbf{premier ET maximal}\\ n\ \text{compos\'e} & \text{non int\`egre} & \text{ni l'un ni l'autre} \end{array}

Détail de la dernière ligne : si n=abn=ab avec 1<a,b<n1<a,b<n, alors aˉbˉ=0ˉ\bar a\bar b=\bar 0 sans que ni aˉ\bar a ni bˉ\bar b ne soit nul (exercice A2).

Étape 2 — Les réponses
ideˊaux premiers de Z : (0) et les (p), p premier\boxed{\text{id\'eaux premiers de }\mathbb{Z}\ :\ (0)\ \text{et les } (p),\ p\ \text{premier}}
ideˊaux maximaux de Z : les (p) seulement\boxed{\text{id\'eaux maximaux de }\mathbb{Z}\ :\ \text{les } (p) \text{ seulement}}

La seule différence est (0)(0). Il est premier — Z\mathbb{Z} est intègre — mais pas maximal, puisque Z\mathbb{Z} n'est pas un corps.

Contrôle direct de la maximalité de (p)(p) : si (p)⊂(a)(p)\subset(a), alors a∣pa\mid p, donc a=±1a=\pm 1 (d'où (a)=Z(a)=\mathbb{Z}) ou a=±pa=\pm p (d'où (a)=(p)(a)=(p)). Aucun idéal intermédiaire ✓

La structure du spectre

L'ensemble des idéaux premiers s'appelle le spectre de l'anneau, noté Spec⁡Z\operatorname{Spec}\mathbb{Z}. Sa structure d'inclusion :

(0) ⊊ (p)pour tout p premier(0)\ \subsetneq\ (p)\qquad\text{pour tout } p\ \text{premier}

et les (p)(p) sont deux à deux incomparables — (2)⊄(3)(2)\not\subset(3) et réciproquement, puisque 3∤23\nmid 2.

(2)(3)(5)(7)⋯↖↑↗↙(0)\begin{array}{ccccc} (2) & (3) & (5) & (7) & \cdots\\ \nwarrow & \uparrow & \nearrow & \swarrow & \\ & & (0) & & \end{array}

Un seul étage au-dessus de (0)(0) : les chaînes d'idéaux premiers ont longueur 11 au maximum. On dit que Z\mathbb{Z} est de dimension de Krull 11.

Comparaison : KK corps a dimension 00 (seul (0)(0) est premier) · K[X]K[X] a dimension 11 · Z[X]\mathbb{Z}[X] et K[X,Y]K[X,Y] ont dimension 22 (exercice E2).

La même analyse dans $K[X]$

K[X]K[X] est aussi principal, et la structure est identique :

ideˊalquotientnature(0)K[X]premier, non maximal(P), P irreˊductiblecorpspremier et maximal(P), P reˊductiblenon inteˋgreni l’un ni l’autre\begin{array}{lll} \text{id\'eal} & \text{quotient} & \text{nature}\\\hline (0) & K[X] & \text{premier, non maximal}\\ (P),\ P\ \text{irr\'eductible} & \text{corps} & \text{premier et maximal}\\ (P),\ P\ \text{r\'eductible} & \text{non int\`egre} & \text{ni l'un ni l'autre} \end{array}

Le dictionnaire est complet :

ZK[X]nombre premier ppolynoˆme irreˊductible PFp=Z/(p)K[X]/(P) corpsdeˊcomposition en facteurs premiersfactorisation en irreˊductibles\begin{array}{ll} \mathbb{Z} & K[X]\\\hline \text{nombre premier } p & \text{polyn\^ome irr\'eductible } P\\ \mathbb{F}_p=\mathbb{Z}/(p) & K[X]/(P)\ \text{corps}\\ \text{d\'ecomposition en facteurs premiers} & \text{factorisation en irr\'eductibles} \end{array}

👉 C'est ce parallèle qui rend le chapitre productif : tout théorème démontré pour les anneaux principaux vaut simultanément dans Z\mathbb{Z} et dans K[X]K[X], donc pour l'arithmétique et pour les polynômes.

Réponse. Premiers de Z\mathbb{Z} : (0)(0) et (p)(p) ; maximaux : les (p)(p). (Vérifié machine : (2),(3),(5) premiers ET maximaux dans Z/30 — E2 ✓ ; recoupe Arithmétique)
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Dans K[X] : (P) maximal $\iff$ P irréductible

DémonstrationDifficulté 3/5

Soit KK un corps. Montrer que (P)(P) (PP non constant) est maximal dans K[X]K[X] si et seulement si PP est irréductible, et que K[X]/(P)K[X]/(P) est alors un corps.

Indices (3)

Si P=QRP=QR non trivial, (P)⊊(Q)⊊K[X](P)\subsetneq(Q)\subsetneq K[X].

Si PP irréductible et A≢0A\not\equiv 0, alors gcd⁡(A,P)=1\gcd(A,P)=1.

Utiliser Bézout dans K[X]K[X] pour inverser.

Correction détaillée
L'énoncé, et son enjeu
(P) maximal dans K[X]  ⟺  P irreˊductible\boxed{(P)\ \text{maximal dans } K[X]\iff P\ \text{irr\'eductible}}

et alors K[X]/(P)K[X]/(P) est un corps.

L'enjeu : c'est la machine à fabriquer des corps. Elle donne C\mathbb{C} à partir de R\mathbb{R}, GF(pn)\mathrm{GF}(p^n) à partir de Fp\mathbb{F}_p, et toute extension algébrique.

C'est aussi l'exact parallèle de « Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} est un corps si et seulement si nn est premier » — même énoncé, même preuve, autre anneau principal.

Étape 1 — Si $P$ est réductible, $(P)$ n'est pas maximal

Écrivons P=QRP=QR avec 1≤deg⁡Q,deg⁡R<deg⁡P1\leq\deg Q,\deg R<\deg P.

Alors

(P) ⊊ (Q) ⊊ K[X](P)\ \subsetneq\ (Q)\ \subsetneq\ K[X]

Les deux inclusions sont strictes, et c'est le point à justifier :

  • (P)⊂(Q)(P)\subset(Q) car Q∣PQ\mid P ; l'inclusion est stricte car Q∉(P)Q\notin(P) — sinon P∣QP\mid Q, or deg⁡Q<deg⁡P\deg Q<\deg P ;
  • (Q)≠K[X](Q)\neq K[X] car QQ n'est pas inversible (deg⁡Q≥1\deg Q\geq 1, et les inversibles de K[X]K[X] sont les constantes non nulles, exercice A3).

(P)(P) n'est donc pas maximal.

Étape 2 — Si $P$ est irréductible, $(P)$ est maximal

Soit JJ un idéal avec (P)⊂J⊂K[X](P)\subset J\subset K[X].

K[X]K[X] étant principal (même preuve qu'en B2, avec le degré comme stathme), J=(Q)J=(Q) pour un certain QQ. De (P)⊂(Q)(P)\subset(Q) on tire Q∣PQ\mid P.

PP étant irréductible, ses seuls diviseurs sont les constantes non nulles et ses associés λP\lambda P. Donc :

Q constante ⇒ J=K[X],Q=λP ⇒ J=(P)Q\ \text{constante}\ \Rightarrow\ J=K[X],\qquad Q=\lambda P\ \Rightarrow\ J=(P)

Aucun idéal intermédiaire :

(P) est maximal\boxed{(P)\ \text{est maximal}}

et par l'exercice E1, K[X]/(P)K[X]/(P) est un corps.

Comment calculer dans le quotient

Les éléments de K[X]/(P)K[X]/(P) sont les restes de la division par PP, donc les polynômes de degré <n=deg⁡P<n=\deg P. Il y en a ∣K∣n\lvert K\rvert^n si KK est fini.

L'inverse se calcule par Euclide étendu. Si Qˉ≠0\bar Q\neq 0, alors P∤QP\nmid Q, et PP étant irréductible, gcd⁡(P,Q)=1\gcd(P,Q)=1. Bézout donne

QU+PV=1 ⟹ Qˉ Uˉ=1ˉQU+PV=1\ \Longrightarrow\ \bar Q\,\bar U=\bar 1

Exemple : dans R[X]/(X2+1)\mathbb{R}[X]/(X^2+1), inversons Xˉ\bar X. Comme X⋅X=X2=−1X\cdot X=X^2=-1 dans le quotient, on a X⋅(−X)=1X\cdot(-X)=1, donc

Xˉ−1=−Xˉ\bar X^{-1}=-\bar X

C'est bien i−1=−ii^{-1}=-i ✓

Les corps qu'on fabrique ainsi
KPK[X]/(P)dimensionRX2+1C2QX2−2Q(2)2QX3−2Q(23)3F2X2+X+1GF(4)2F2X3+X+1GF(8)3F2X8+X4+X3+X+1GF(256)8\begin{array}{llll} K & P & K[X]/(P) & \text{dimension}\\\hline \mathbb{R} & X^2+1 & \mathbb{C} & 2\\ \mathbb{Q} & X^2-2 & \mathbb{Q}(\sqrt2) & 2\\ \mathbb{Q} & X^3-2 & \mathbb{Q}(\sqrt[3]2) & 3\\ \mathbb{F}_2 & X^2+X+1 & \mathrm{GF}(4) & 2\\ \mathbb{F}_2 & X^3+X+1 & \mathrm{GF}(8) & 3\\ \mathbb{F}_2 & X^8+X^4+X^3+X+1 & \mathrm{GF}(256) & 8 \end{array}

Le mécanisme est toujours le même : on fabrique une racine de PP qui n'existait pas dans KK. La classe Xˉ\bar X vérifie P(Xˉ)=Pˉ=0ˉP(\bar X)=\bar P=\bar 0 par construction.

⚠️ L'irréductibilité dépend du corps de base : X2+1X^2+1 est irréductible sur R\mathbb{R} et sur F3\mathbb{F}_3, réductible sur C\mathbb{C} et sur F2\mathbb{F}_2 (où il vaut (X+1)2(X+1)^2). Toujours préciser sur quel corps.

👉 Et le quotient dépend de PP, mais pas de son choix parmi les irréductibles de même degré — sur F2\mathbb{F}_2, X3+X+1X^3+X+1 et X3+X2+1X^3+X^2+1 donnent deux présentations du même GF(8)\mathrm{GF}(8).

Réponse. (P)(P) maximal   ⟺  P\iff P irréductible ; K[X]/(P)K[X]/(P) corps. (Vérifié machine : F_2[X]/(X²+X+1) corps, F_2[X]/(X²+1) non intègre — E4 ✓ ; recoupe Polynômes & Corps finis)
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Théorème chinois (anneaux)

DémonstrationDifficulté 3/5

Soient I,JI,J deux idéaux comaximaux (I+J=AI+J=A) d'un anneau commutatif AA. Montrer que A/(I∩J)≅A/I×A/JA/(I\cap J)\cong A/I\times A/J et que I∩J=IJI\cap J=IJ.

Indices (3)

Considérer φ:A→A/I×A/J, a↦(a+I,a+J)\varphi:A\to A/I\times A/J,\ a\mapsto(a+I,a+J).

Le noyau est I∩JI\cap J ; reste la surjectivité.

Écrire 1=u+v1=u+v avec u∈I,v∈Ju\in I,v\in J et viser (1ˉ,0ˉ)(\bar 1,\bar 0), (0ˉ,1ˉ)(\bar 0,\bar 1).

Correction détaillée
Le théorème chinois, version anneaux

Soient I,JI,J deux idéaux comaximaux de AA commutatif, c'est-à-dire

I+J=AI+J=A

Alors

A/(I∩J) ≃ A/I×A/JetI∩J=IJ\boxed{A/(I\cap J)\ \simeq\ A/I\times A/J}\qquad\text{et}\qquad\boxed{I\cap J=IJ}

Ce que « comaximal » signifie concrètement : il existe x∈Ix\in I et y∈Jy\in J avec x+y=1x+y=1. C'est l'analogue abstrait de « premiers entre eux », et c'est cette identité qui porte toute la preuve.

Dans Z\mathbb{Z} : (a)+(b)=(gcd⁡(a,b))(a)+(b)=(\gcd(a,b)), donc comaximal signifie exactement gcd⁡(a,b)=1\gcd(a,b)=1 — on retrouve le théorème chinois classique.

Étape 1 — Le morphisme et son noyau

Considérons

f: A→A/I×A/J,a↦(a+I, a+J)f:\ A\to A/I\times A/J,\qquad a\mapsto(a+I,\ a+J)

C'est un morphisme d'anneaux : les opérations d'un produit sont composante par composante, et chaque composante est une projection canonique.

Son noyau :

ker⁡f={a: a∈I et a∈J}=I∩J\ker f=\{a:\ a\in I\ \text{et}\ a\in J\}=I\cap J

Par le premier théorème d'isomorphisme (exercice B5), il ne reste qu'à établir la surjectivité.

Étape 2 — La surjectivité, par Bézout abstrait

I+J=AI+J=A donne x∈Ix\in I et y∈Jy\in J avec

x+y=1x+y=1

Observons les images de xx et yy :

f(y)=(y+I, y+J)=(1+I, 0+J)f(y)=(y+I,\ y+J)=(1+I,\ 0+J)

car y=1−x≡1y=1-x\equiv 1 modulo II (puisque x∈Ix\in I), et y≡0y\equiv 0 modulo JJ. Symétriquement

f(x)=(0+I, 1+J)f(x)=(0+I,\ 1+J)

Ces deux éléments engendrent tout. Pour atteindre (aˉ,bˉ)(\bar a,\bar b) quelconque, prenons

c=ay+bxc=ay+bx

Alors c≡a⋅1+b⋅0=ac\equiv a\cdot 1+b\cdot 0=a modulo II, et c≡a⋅0+b⋅1=bc\equiv a\cdot 0+b\cdot 1=b modulo JJ :

f(c)=(aˉ,bˉ)f(c)=(\bar a,\bar b)
f est surjectif, donc A/(I∩J)≃A/I×A/J\boxed{f\ \text{est surjectif, donc } A/(I\cap J)\simeq A/I\times A/J}

👉 xx et yy jouent le rôle d'idempotents : leurs images sont (0,1)(0,1) et (1,0)(1,0), les deux idempotents canoniques du produit. C'est le lien avec l'exercice D3.

Étape 3 — Pourquoi $I\cap J=IJ$

IJ⊂I∩JIJ\subset I\cap J est toujours vrai : un produit abab avec a∈Ia\in I, b∈Jb\in J est dans II (absorption) et dans JJ (absorption).

I∩J⊂IJI\cap J\subset IJ utilise la comaximalité. Soit z∈I∩Jz\in I\cap J. Alors

z=z⋅1=z(x+y)=zx⏟z∈J, x∈I+zy⏟z∈I, y∈J ∈IJz=z\cdot 1=z(x+y)=\underbrace{zx}_{z\in J,\ x\in I}+\underbrace{zy}_{z\in I,\ y\in J}\ \in IJ
I∩J=IJ\boxed{I\cap J=IJ}

⚠️ Faux sans comaximalité. Dans Z\mathbb{Z} avec I=J=(2)I=J=(2) :

I∩J=(2)maisIJ=(4)I\cap J=(2)\qquad\text{mais}\qquad IJ=(4)

Et en général (a)∩(b)=(ppcm)(a)\cap(b)=(\mathrm{ppcm}) tandis que (a)(b)=(ab)(a)(b)=(ab) — les deux ne coïncident que si gcd⁡(a,b)=1\gcd(a,b)=1.

Le cas classique, et sa portée

Dans Z\mathbb{Z}, avec gcd⁡(m,n)=1\gcd(m,n)=1 :

Z/mnZ ≃ Z/mZ×Z/nZ\boxed{\mathbb{Z}/mn\mathbb{Z}\ \simeq\ \mathbb{Z}/m\mathbb{Z}\times\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}}

Trois conséquences immédiates :

  1. résoudre un système de congruences — c'est l'usage historique, en astronomie et pour le calendrier ;
  2. φ\varphi est multiplicative : φ(mn)=φ(m)φ(n)\varphi(mn)=\varphi(m)\varphi(n), en prenant les unités des deux côtés (le groupe des unités d'un produit est le produit des groupes d'unités) ;
  3. la décomposition en anneaux locaux : Z/nZ≃∏iZ/pi aiZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\simeq\prod_i\mathbb{Z}/p_i^{\,a_i}\mathbb{Z} (exercice D5).

Vérification de la multiplicativité sur n=12n=12 : φ(12)=φ(4)φ(3)=2×2=4\varphi(12)=\varphi(4)\varphi(3)=2\times 2=4 ✓, et l'on retrouve {1,5,7,11}\{1,5,7,11\}.

👉 En cryptographie, le théorème chinois accélère RSA d'un facteur 44 : au lieu de calculer modulo n=pqn=pq, on calcule modulo pp et modulo qq séparément, sur des nombres deux fois plus petits.

Réponse. A/(I∩J)≅A/I×A/JA/(I\cap J)\cong A/I\times A/J et I∩J=IJI\cap J=IJ (comaximaux). (Vérifié machine : Z/6, (2)+(3)=(2)+(3)=tout, (2)∩(3)=(2)(3)=(0)(2)\cap(3)=(2)(3)=(0), Z/6≅Z/2×Z/3 — E5 ✓)
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Z/12 ≅ Z/4 × Z/3

CalculDifficulté 3/5

Montrer que Z/12Z≅Z/4Z×Z/3Z\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}\cong\mathbb{Z}/4\mathbb{Z}\times\mathbb{Z}/3\mathbb{Z}, mais que Z/12Z≇Z/2Z×Z/6Z\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}\not\cong\mathbb{Z}/2\mathbb{Z}\times\mathbb{Z}/6\mathbb{Z}.

Indices (3)

Appliquer le CRT avec gcd⁡(4,3)=1\gcd(4,3)=1.

La carte est xˉ↦(xˉ mod 4, xˉ mod 3)\bar x\mapsto(\bar x\bmod 4,\ \bar x\bmod 3).

Pour le second : comparer un invariant, p.ex. l'ordre additif maximal.

Correction détaillée
Les deux affirmations, et ce qui les sépare
Z/12Z ≃ Z/4Z×Z/3ZmaisZ/12Z ≄ Z/2Z×Z/6Z\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}\ \simeq\ \mathbb{Z}/4\mathbb{Z}\times\mathbb{Z}/3\mathbb{Z}\qquad\text{mais}\qquad \mathbb{Z}/12\mathbb{Z}\ \not\simeq\ \mathbb{Z}/2\mathbb{Z}\times\mathbb{Z}/6\mathbb{Z}

Les deux produits ont pourtant 1212 éléments. Ce qui les sépare est le pgcd des facteurs :

gcd⁡(4,3)=1contregcd⁡(2,6)=2\gcd(4,3)=1\qquad\text{contre}\qquad\gcd(2,6)=2

Le théorème chinois exige la comaximalité, et le second couple ne l'a pas. Mais il faut faire mieux que constater que le théorème ne s'applique pas — il faut prouver qu'aucun isomorphisme n'existe.

Étape 1 — Le premier isomorphisme

gcd⁡(4,3)=1\gcd(4,3)=1, donc (4)+(3)=(1)=Z(4)+(3)=(1)=\mathbb{Z} : les idéaux sont comaximaux.

Le théorème chinois (exercice E5) donne, avec I=(4)I=(4), J=(3)J=(3), I∩J=(12)I\cap J=(12) :

Z/12Z ≃ Z/4Z×Z/3Z\boxed{\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}\ \simeq\ \mathbb{Z}/4\mathbb{Z}\times\mathbb{Z}/3\mathbb{Z}}

L'isomorphisme explicite : aˉ↦(a mod 4, a mod 3)\bar a\mapsto(a\bmod 4,\ a\bmod 3).

a(a mod 4, a mod 3)0(0,0)1(1,1)5(1,2)7(3,1)11(3,2)\begin{array}{ccl} a & (a\bmod 4,\ a\bmod 3) & \\\hline 0 & (0,0) & \\ 1 & (1,1) & \\ 5 & (1,2) & \\ 7 & (3,1) & \\ 11 & (3,2) & \end{array}

Contrôle : les 1212 couples sont atteints exactement une fois — c'est la bijectivité. Et le générateur 1ˉ\bar 1 s'envoie sur (1,1)(1,1), qui est bien d'ordre ppcm(4,3)=12\mathrm{ppcm}(4,3)=12 ✓.

Étape 2 — Le second n'existe pas

L'argument est l'ordre des éléments, qui est un invariant d'isomorphisme.

Dans Z/12Z\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}, l'élément 1ˉ\bar 1 est d'ordre 12 : le groupe additif est cyclique.

Dans Z/2Z×Z/6Z\mathbb{Z}/2\mathbb{Z}\times\mathbb{Z}/6\mathbb{Z}, l'ordre d'un élément (a,b)(a,b) est

ppcm(ord(a),ord(b)) ∣ ppcm(2,6)=6\mathrm{ppcm}\big(\mathrm{ord}(a),\mathrm{ord}(b)\big)\ \Big\vert\ \mathrm{ppcm}(2,6)=6

Aucun élément n'a un ordre supérieur à 66. Donc ce groupe n'est pas cyclique, alors que Z/12Z\mathbb{Z}/12\mathbb{Z} l'est.

Z/12Z ≄ Z/2Z×Z/6Z\boxed{\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}\ \not\simeq\ \mathbb{Z}/2\mathbb{Z}\times\mathbb{Z}/6\mathbb{Z}}

Contrôle explicite : (1,1)(1,1) a pour ordre ppcm(2,6)=6\mathrm{ppcm}(2,6)=6, et c'est le maximum atteint. Un isomorphisme devrait envoyer un élément d'ordre 1212 sur un élément d'ordre 1212, qui n'existe pas.

Étape 3 — Un second invariant, indépendant

On peut aussi les séparer par le groupe des unités, ce qui est un argument d'anneau et non de groupe additif.

(Z/12Z)×={1,5,7,11},∣⋅∣=φ(12)=4\big(\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}\big)^\times=\{1,5,7,11\},\qquad \lvert\cdot\rvert=\varphi(12)=4
(Z/2×Z/6)×=(Z/2)××(Z/6)×,∣⋅∣=1×2=2\big(\mathbb{Z}/2\times\mathbb{Z}/6\big)^\times=(\mathbb{Z}/2)^\times\times(\mathbb{Z}/6)^\times,\qquad \lvert\cdot\rvert=1\times 2=2

4≠24\neq 2 : les deux anneaux ne sont pas isomorphes ✓

👉 Deux invariants indépendants donnent la même conclusion. C'est plus solide qu'un seul, et cela illustre que le groupe des unités est un discriminant commode.

Contrôle du premier isomorphisme par le même invariant : φ(4)φ(3)=2×2=4=φ(12)\varphi(4)\varphi(3)=2\times 2=4=\varphi(12) ✓ — cohérent.

Le critère général, et la décomposition canonique
Z/mZ×Z/nZ ≃ Z/mnZ  ⟺  gcd⁡(m,n)=1\boxed{\mathbb{Z}/m\mathbb{Z}\times\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\ \simeq\ \mathbb{Z}/mn\mathbb{Z}\iff\gcd(m,n)=1}

Pourquoi le sens direct : l'ordre maximal dans le produit est ppcm(m,n)\mathrm{ppcm}(m,n), et il vaut mnmn si et seulement si gcd⁡(m,n)=1\gcd(m,n)=1.

La décomposition canonique de Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} s'obtient en poussant le théorème chinois jusqu'aux puissances de premiers :

n=∏ipi ai ⟹ Z/nZ ≃ ∏iZ/pi aiZn=\prod_i p_i^{\,a_i}\ \Longrightarrow\ \mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\ \simeq\ \prod_i\mathbb{Z}/p_i^{\,a_i}\mathbb{Z}
Z/12Z≃Z/4×Z/3,Z/360Z≃Z/8×Z/9×Z/5\mathbb{Z}/12\mathbb{Z}\simeq\mathbb{Z}/4\times\mathbb{Z}/3,\qquad \mathbb{Z}/360\mathbb{Z}\simeq\mathbb{Z}/8\times\mathbb{Z}/9\times\mathbb{Z}/5

⚠️ On ne peut pas aller plus loin : Z/4Z\mathbb{Z}/4\mathbb{Z} ne se décompose pas en Z/2×Z/2\mathbb{Z}/2\times\mathbb{Z}/2, précisément parce que gcd⁡(2,2)=2\gcd(2,2)=2. Les facteurs pap^a sont indécomposables — ce sont les anneaux locaux de l'exercice D5.

Réponse. Z/12≅Z/4×Z/3\mathbb{Z}/12\cong\mathbb{Z}/4\times\mathbb{Z}/3 (gcd⁡=1\gcd=1) ; ≇Z/2×Z/6\not\cong\mathbb{Z}/2\times\mathbb{Z}/6 (ordres additifs 1212 vs 66). (Vérifié machine — E6/D5 ✓ ; recoupe Arithmétique)
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S'entraîner davantage sur anneaux & idéaux

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