Maths Post-Bac Ouvrir l'app

Exercices corrigés — Topologie générale

Analyse · 18 exercices-types du palier socle

L2L3Maths ingénieur

Chaque exercice donne l'énoncé, des indices progressifs et la correction rédigée étape par étape. Ouvre les blocs seulement après avoir cherché.

Revoir le cours : Topologie générale Définitions, méthodes et exemples corrigés du chapitre.

Distances et boules

CalculDifficulté 3/5

Sur R2\mathbb{R}^2, écrire les distances euclidienne d2d_2, de Manhattan d1d_1 et du sup d∞d_\infty, et décrire la boule unité de chacune. Qu'est-ce que la distance discrète ?

Indices (3)

dp(x,y)=(∑∣xi−yi∣p)1/pd_p(x,y)=\big(\sum|x_i-y_i|^p\big)^{1/p} ; d∞=max⁡i∣xi−yi∣d_\infty=\max_i|x_i-y_i|.

Boule unité = {x:d(0,x)<1}\{x:d(0,x)<1\}.

Distance discrète : d(x,y)=1d(x,y)=1 si x≠yx\neq y, 00 sinon.

Correction détaillée
Les trois distances usuelles sur $\mathbb{R}^2$

Pour x=(x1,x2)x=(x_1,x_2) et y=(y1,y2)y=(y_1,y_2) :

d2(x,y)=(x1−y1)2+(x2−y2)2,d1(x,y)=∣x1−y1∣+∣x2−y2∣,d∞(x,y)=max⁡(∣x1−y1∣,∣x2−y2∣).d_2(x,y)=\sqrt{(x_1-y_1)^2+(x_2-y_2)^2},\qquad d_1(x,y)=\lvert x_1-y_1\rvert+\lvert x_2-y_2\rvert,\qquad d_\infty(x,y)=\max\big(\lvert x_1-y_1\rvert,\lvert x_2-y_2\rvert\big).

Ce que chacune mesure, et c'est ce qui les rend mémorables :

distance nom ce qu'elle compte
d2d_2 euclidienne la longueur du trajet à vol d'oiseau
d1d_1 Manhattan le trajet en ne roulant que sur les rues d'un quadrillage
d∞d_\infty du sup, ou de l'échiquier le nombre de coups d'un roi aux échecs

👉 Les trois sont bien des distances : positivité, séparation (d(x,y)=0  ⟺  x=yd(x,y)=0\iff x=y), symétrie, et inégalité triangulaire — cette dernière venant de Minkowski pour d1d_1 et d2d_2, et d'un simple max⁡\max pour d∞d_\infty.

Les trois boules unite, qui sont TROIS FORMES DIFFERENTES
Bp(0,1)={x : dp(0,x)<1}.B_p(0,1)=\{x\ :\ d_p(0,x)<1\}.
distance boule unité sommets / bord
d2d_2 le disque de rayon 11 cercle x12+x22=1x_1^2+x_2^2=1
d1d_1 le losange (carré tourné de 45∘45^\circ) sommets (±1,0)(\pm1,0), (0,±1)(0,\pm1)
d∞d_\infty le carré plein ]−1,1[2]-1,1[^2 sommets (±1,±1)(\pm1,\pm1)

👉 Et l'emboîtement se voit à l'œil :

B1(0,1) ⊂ B2(0,1) ⊂ B∞(0,1)B_1(0,1)\ \subset\ B_2(0,1)\ \subset\ B_\infty(0,1)

le losange dans le disque, le disque dans le carré. C'est la traduction géométrique des inégalités d∞≤d2≤d1d_\infty\leq d_2\leq d_1 (A6) : plus la distance est grande, plus la boule est petite.

⚠️ Point à ne pas manquer : ces trois boules ont des formes visiblement différentes, et pourtant les trois distances définissent exactement les mêmes ouverts sur R2\mathbb{R}^2. Chaque losange contient un petit disque, chaque disque un petit carré, etc. — c'est l'équivalence des normes en dimension finie (A6), et elle dit que la topologie ne voit pas la différence entre ces trois géométries.

La distance discrete
d(x,y)={0si x=y1si x≠y\boxed{d(x,y)=\begin{cases}0 & \text{si }x=y\\ 1 & \text{si }x\neq y\end{cases}}

C'est bien une distance, sur n'importe quel ensemble. L'inégalité triangulaire d(x,z)≤d(x,y)+d(y,z)d(x,z)\leq d(x,y)+d(y,z) se vérifie par cas : si x=zx=z le membre de gauche vaut 00 ; sinon il vaut 11, et yy ne peut pas être égal à la fois à xx et à zz, donc au moins un terme de droite vaut 11.

👉 Ses boules sont surprenantes, et c'est tout son intérêt :

rayon B(x,r)B(x,r)
r≤1r\leq 1 {x}\{x\} — le singleton
r>1r>1 XX tout entier

Conséquence : tout singleton est ouvert (c'est B(x,1)B(x,1)), donc toute partie est ouverte comme réunion de singletons. La topologie associée est la topologie discrète (B1).

👉 Et cela a un effet spectaculaire sur les suites : d(xn,x)→0d(x_n,x)\to 0 impose d(xn,x)=0d(x_n,x)=0 à partir d'un certain rang, donc

les seules suites convergentes sont celles qui sont CONSTANTES a partir d’un rang\boxed{\text{les seules suites convergentes sont celles qui sont CONSTANTES a partir d'un rang}}

⚠️ C'est le contre-exemple universel du chapitre : dès qu'un énoncé sur les suites paraît trop beau, l'essayer sur la distance discrète.

Pourquoi disposer de PLUSIEURS distances

👉 Une distance n'est pas donnée par la nature : on la CHOISIT, selon ce qu'on veut mesurer.

contexte distance adaptée
géométrie du plan, physique d2d_2 — la seule invariante par rotation
déplacements sur un quadrillage, écarts absolus cumulés d1d_1
erreur maximale admissible, approximation uniforme d∞d_\infty
ensemble sans structure (mots, symboles) discrète

⚠️ Seule d2d_2 provient d'un produit scalaire, donc seule elle donne des angles et une orthogonalité. Le test est l'identité du parallélogramme : sur x=(1,0)x=(1,0) et y=(0,1)y=(0,1), en d1d_1, le membre de gauche vaut 22+22=82^2+2^2=8 et le membre de droite 2⋅1+2⋅1=42\cdot1+2\cdot1=4.

👉 8≠48\neq 4 : la norme 11 n'est pas euclidienne. Elle mesure parfaitement bien, mais sans géométrie angulaire.

ℹ️ En dimension infinie — l'espace des fonctions — ce choix cesse d'être indifférent : les distances L1L^1, L2L^2 et uniforme y donnent des topologies réellement distinctes, et l'équivalence de A6 tombe. C'est ce qui fait tout l'intérêt du chapitre.

Réponse. d1,d2,d∞d_1,d_2,d_\infty (losange/disque/carré) ; discrète →\to topologie discrète. (Vérifié machine : axiomes, normes équivalentes — A ✓)
Faire cet exercice dans l'app →

Toute boule ouverte est un ouvert

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que dans un espace métrique, toute boule ouverte B(x0,r)B(x_0,r) est un ouvert, et que les ouverts sont exactement les réunions de boules.

Indices (3)

Prendre y∈B(x0,r)y\in B(x_0,r) et poser ρ=r−d(x0,y)>0\rho=r-d(x_0,y)>0.

Montrer B(y,ρ)⊆B(x0,r)B(y,\rho)\subseteq B(x_0,r) par l'inégalité triangulaire.

Un ouvert est réunion des boules qu'il contient.

Correction détaillée
Ce qu'il faut demontrer, et pourquoi ce n'est pas une evidence

Définition. UU est un ouvert de (X,d)(X,d) si

∀x∈U, ∃r>0 : B(x,r)⊂U.\forall x\in U,\ \exists r>0\ :\ B(x,r)\subset U.

« Tout point de UU y est logé avec un peu de marge autour de lui. »

⚠️ Le mot « ouverte » dans « boule ouverte » est une NOTATION, pas un théorème. Rien dans B(x0,r)={x : d(x0,x)<r}B(x_0,r)=\{x\ :\ d(x_0,x)<r\} ne dit que cet ensemble est ouvert au sens ci-dessus : il faut, pour chaque point de la boule, exhiber un rayon qui l'y loge encore.

👉 La difficulté est réelle : un point de B(x0,r)B(x_0,r) peut être arbitrairement proche du bord, et le rayon qui lui convient doit s'adapter à lui.

La demonstration : le bon rayon est la MARGE RESTANTE

Soit x∈B(x0,r)x\in B(x_0,r). Par définition d(x0,x)<rd(x_0,x)<r, donc la quantité

ρ=r−d(x0,x)\boxed{\rho=r-d(x_0,x)}

est strictement positive. C'est exactement ce qu'il reste de marge avant d'atteindre le bord.

Montrons B(x,ρ)⊂B(x0,r)B(x,\rho)\subset B(x_0,r). Soit y∈B(x,ρ)y\in B(x,\rho), c'est-à-dire d(x,y)<ρd(x,y)<\rho. L'inégalité triangulaire donne

d(x0,y) ≤ d(x0,x)+d(x,y) < d(x0,x)+ρ = d(x0,x)+r−d(x0,x) = r.d(x_0,y)\ \leq\ d(x_0,x)+d(x,y)\ <\ d(x_0,x)+\rho\ =\ d(x_0,x)+r-d(x_0,x)\ =\ r.

Donc y∈B(x0,r)y\in B(x_0,r). ■\blacksquare

👉 Tout tient en une ligne d'inégalité triangulaire, et le choix de ρ\rho est le seul geste : il n'y a pas de rayon universel, il faut celui du point considéré.

👉 Le rayon se contracte quand on approche du bord, ce qui est exactement le comportement attendu — et c'est pourquoi un ouvert peut « toucher » son bord sans le contenir.

Les ouverts sont exactement les REUNIONS de boules

Sens 1 — toute réunion de boules ouvertes est un ouvert. Soit U=⋃i∈IBiU=\bigcup_{i\in I}B_i et x∈Ux\in U. Alors x∈Bi0x\in B_{i_0} pour un certain i0i_0, et par ce qui précède il existe ρ>0\rho>0 avec B(x,ρ)⊂Bi0⊂UB(x,\rho)\subset B_{i_0}\subset U ✓

Sens 2 — tout ouvert est une réunion de boules. Soit UU ouvert. Pour chaque x∈Ux\in U choisissons rx>0r_x>0 tel que B(x,rx)⊂UB(x,r_x)\subset U. Alors

U=⋃x∈UB(x,rx).U=\bigcup_{x\in U}B(x,r_x).

L'inclusion ⊃\supset vient de B(x,rx)⊂UB(x,r_x)\subset U pour chaque xx ; l'inclusion ⊂\subset de ce que chaque x∈Ux\in U appartient à sa propre boule B(x,rx)B(x,r_x), puisque d(x,x)=0<rxd(x,x)=0<r_x.

les boules ouvertes forment une BASE de la topologie metrique\boxed{\text{les boules ouvertes forment une BASE de la topologie metrique}}

👉 La conséquence pratique est constante : pour démontrer une propriété des ouverts, il suffit souvent de la démontrer sur les boules et de vérifier qu'elle passe aux réunions.

Les trois axiomes, verifies

👉 Ce résultat est ce qui fait d'une distance une TOPOLOGIE (B1). Les trois axiomes se vérifient maintenant sans peine :

axiome vérification
∅\varnothing et XX ouverts ∅\varnothing : la condition est vide ; XX : n'importe quel rayon convient
réunion quelconque d'ouverts vue au bloc précédent
intersection FINIE d'ouverts prendre ρ=min⁡(ρ1,…,ρn)>0\rho=\min(\rho_1,\dots,\rho_n)>0

⚠️⚠️ Le mot FINIE est essentiel, et le contre-exemple tient en une ligne :

⋂n≥1]−1n,1n[ = {0},\bigcap_{n\geq 1}\left]-\frac1n,\frac1n\right[\ =\ \{0\},

intersection dénombrable d'ouverts qui n'est pas un ouvert de R\mathbb{R} — aucune boule autour de 00 n'est contenue dans {0}\{0\}.

👉 La raison profonde : un minimum de nn rayons strictement positifs est strictement positif, un infimum d'une infinité peut valoir 00. Ici min⁡(1/n)\min(1/n) sur tous les nn vaut 00, et le raisonnement s'effondre exactement là.

ℹ️ C'est cette asymétrie — réunions quelconques, intersections finies — qui structure toute la topologie générale, et B2 en donne la version duale pour les fermés.

Réponse. B(x0,r)B(x_0,r) ouverte (inégalité triangulaire) ; ouverts = réunions de boules. (Vérifié machine : ouverts de ℝ sur instances — A ✓)
Faire cet exercice dans l'app →

Intérieur, adhérence, frontière dans ℝ

CalculDifficulté 3/5

Déterminer A˚,A‾,∂A\mathring{A},\overline{A},\partial A pour A=[0,1[A=[0,1[, A=QA=\mathbb{Q}, A=ZA=\mathbb{Z} dans (R,∣⋅∣)(\mathbb{R},|\cdot|).

Indices (3)

A˚\mathring{A} = plus grand ouvert dans AA ; A‾\overline{A} = plus petit fermé contenant AA.

Q\mathbb{Q} est dense : Q‾=R\overline{\mathbb{Q}}=\mathbb{R}.

Z\mathbb{Z} est discret et fermé dans R\mathbb{R}.

Correction détaillée
Les trois notions, et le geste pour les calculer
notion définition mnémonique
A˚\mathring{A} intérieur le plus grand ouvert contenu dans AA les points logés dans AA avec de la marge
A‾\overline{A} adhérence le plus petit fermé contenant AA les points qu'on peut approcher par AA
∂A\partial A frontière A‾∖A˚\overline{A}\setminus\mathring{A} les points où AA et son complémentaire se touchent

👉 Le critère de travail, dans un espace métrique :

x∈A˚  ⟺  ∃r>0, B(x,r)⊂A,x∈A‾  ⟺  ∀r>0, B(x,r)∩A≠∅.x\in\mathring{A}\iff \exists r>0,\ B(x,r)\subset A,\qquad x\in\overline{A}\iff \forall r>0,\ B(x,r)\cap A\neq\varnothing.

Les deux quantificateurs sont opposés, et c'est ce qui rend les deux notions duales : l'intérieur demande une boule qui reste dedans, l'adhérence demande que toute boule touche AA.

A˚⊂A⊂A‾\boxed{\mathring{A}\subset A\subset\overline{A}}
$A=[0,1[$ — le cas ou l'on VOIT les trois

Intérieur. Pour x∈ ]0,1[x\in\ ]0,1[, prendre r=min⁡(x,1−x)>0r=\min(x,1-x)>0 : la boule ]x−r,x+r[]x-r,x+r[ reste dans [0,1[[0,1[ ✓ Pour x=0x=0 : toute boule ]−r,r[]-r,r[ contient des réels négatifs, qui ne sont pas dans AA. Donc 0∉A˚0\notin\mathring{A}.

A˚= ]0,1[\mathring{A}=\ ]0,1[

Adhérence. Tout point de [0,1[[0,1[ y est. Et 11 aussi : toute boule ]1−r,1+r[]1-r,1+r[ rencontre AA (elle contient 1−r/21-r/2 dès que r<2r<2). En revanche x>1x>1 ou x<0x<0 ont une boule entièrement hors de AA.

A‾=[0,1]\overline{A}=[0,1]

Frontière.

∂A=[0,1]∖ ]0,1[ ={0,1}\partial A=[0,1]\setminus\ ]0,1[\ =\{0,1\}
A˚= ]0,1[ ⊊ A=[0,1[ ⊊ A‾=[0,1]\boxed{\mathring{A}=\ ]0,1[\ \subsetneq\ A=[0,1[\ \subsetneq\ \overline{A}=[0,1]}

👉 Les deux inclusions sont strictes, et pas au même endroit : AA perd 00 en passant à l'intérieur, gagne 11 en passant à l'adhérence. C'est l'exemple à garder pour ne pas confondre les deux opérations.

ℹ️ Contrôle rapide : AA est ouvert   ⟺  A=A˚\iff A=\mathring{A}, fermé   ⟺  A=A‾\iff A=\overline{A}. Ici ni l'un ni l'autre — [0,1[[0,1[ n'est ni ouvert ni fermé, ce qui n'a rien de contradictoire.

$A=\mathbb{Q}$ — le cas le plus instructif

Intérieur : VIDE. Toute boule ]x−r,x+r[]x-r,x+r[ contient des irrationnels (entre deux réels distincts il y a toujours un irrationnel), donc aucune boule n'est contenue dans Q\mathbb{Q}.

Q˚=∅\mathring{\mathbb{Q}}=\varnothing

Adhérence : R\mathbb{R} tout entier. Toute boule ]x−r,x+r[]x-r,x+r[ contient des rationnels (densité de Q\mathbb{Q}), donc tout réel est adhérent.

Q‾=R\overline{\mathbb{Q}}=\mathbb{R}

Frontière :

∂Q=R∖∅=R\boxed{\partial\mathbb{Q}=\mathbb{R}\setminus\varnothing=\mathbb{R}}

👉 La frontière est l'espace TOUT ENTIER. C'est déroutant si l'on garde en tête l'image d'une frontière comme d'un bord mince — et c'est précisément pourquoi cet exemple vaut d'être vu : une frontière n'est pas un contour, c'est l'ensemble des points adhérents à la fois à AA et à son complémentaire — ici tous, puisque Q\mathbb{Q} et R∖Q\mathbb{R}\setminus\mathbb{Q} sont tous deux denses.

⚠️ Q\mathbb{Q} est dense (Q‾=R\overline{\mathbb{Q}}=\mathbb{R}) et d'intérieur vide en même temps. Ces deux propriétés cohabitent sans contradiction, et le même phénomène se produit pour R∖Q\mathbb{R}\setminus\mathbb{Q}.

ℹ️ Ce couple « dense et d'intérieur vide » touche au théorème de Baire (D5) — qui interdit qu'une réunion dénombrable de fermés d'intérieur vide remplisse R\mathbb{R} ; sans « fermés », c'est faux : Q∪(R∖Q)=R\mathbb{Q}\cup(\mathbb{R}\setminus\mathbb{Q})=\mathbb{R}.

$A=\mathbb{Z}$ — le cas ou tout coincide

Intérieur : VIDE. Toute boule ]n−r,n+r[]n-r,n+r[ contient des non-entiers ✓

Adhérence : Z\mathbb{Z}. Si x∉Zx\notin\mathbb{Z}, la distance de xx à l'entier le plus proche est δ>0\delta>0, et la boule B(x,δ)B(x,\delta) évite Z\mathbb{Z}. Donc aucun point hors de Z\mathbb{Z} n'est adhérent, et Z\mathbb{Z} est fermé.

Frontière : ∂Z=Z∖∅=Z\partial\mathbb{Z}=\mathbb{Z}\setminus\varnothing=\mathbb{Z}.

Le tableau récapitulatif, à mémoriser :

AA A˚\mathring{A} A‾\overline{A} ∂A\partial A statut
[0,1[[0,1[ ]0,1[]0,1[ [0,1][0,1] {0,1}\{0,1\} ni ouvert ni fermé
Q\mathbb{Q} ∅\varnothing R\mathbb{R} R\mathbb{R} ni ouvert ni fermé, dense
Z\mathbb{Z} ∅\varnothing Z\mathbb{Z} Z\mathbb{Z} fermé, d'intérieur vide, discret

👉 Z\mathbb{Z} et Q\mathbb{Q} ont le même intérieur (vide) et des adhérences radicalement différentes. Ce qui les sépare est la densité : les entiers sont espacés d'au moins 11, les rationnels s'accumulent partout.

ℹ️ Z\mathbb{Z} est discret ET fermé dans R\mathbb{R} : la topologie induite (B6) y est la topologie discrète, chaque {n}\{n\} étant l'intersection de Z\mathbb{Z} avec l'ouvert ]n−12,n+12[]n-\tfrac12,n+\tfrac12[.

Réponse. [0,1[→(]0,1[,[0,1],{0,1})[0,1[\to(]0,1[,[0,1],\{0,1\}) ; Q→(∅,R,R)\mathbb{Q}\to(\varnothing,\mathbb{R},\mathbb{R}) ; Z→(∅,Z,Z)\mathbb{Z}\to(\varnothing,\mathbb{Z},\mathbb{Z}). (Vérifié machine : intérieur/adhérence sur espaces finis — A/B ✓)
Faire cet exercice dans l'app →

Caractérisation séquentielle de l'adhérence

DémonstrationDifficulté 3/5

Dans un espace métrique, montrer que x∈A‾  ⟺  x\in\overline{A}\iff il existe une suite (an)(a_n) d'éléments de AA qui converge vers xx.

Indices (3)

x∈A‾  ⟺  x\in\overline{A}\iff toute boule B(x,r)B(x,r) rencontre AA.

Prendre r=1/nr=1/n pour construire la suite.

Réciproque : une limite de points de AA adhère à AA.

Correction détaillée
L'enonce, et pourquoi l'hypothese METRIQUE compte
Dans un espace METRIQUE : x∈A‾  ⟺  ∃(an)∈AN, an→x\boxed{\text{Dans un espace METRIQUE : } x\in\overline{A}\iff \exists (a_n)\in A^{\mathbb{N}},\ a_n\to x}

👉 C'est le pont entre la topologie et les suites, et c'est lui qui rend la topologie métrique maniable : tout ce qui s'exprime avec des boules peut se reformuler avec des suites, et réciproquement.

⚠️⚠️ L'hypothèse « métrique » n'est PAS décorative. Dans un espace topologique général, le sens ⇐\Leftarrow reste vrai, mais ⇒\Rightarrow est FAUX : il peut exister des points adhérents qu'aucune suite n'atteint.

👉 La raison précise : la démonstration ci-dessous choisit une boule de rayon 1n\tfrac1n pour chaque entier nn. Elle a donc besoin d'une famille dénombrable de voisinages emboîtés autour de xx — ce qu'un espace métrique fournit gratuitement, et qu'un espace général n'a aucune raison de posséder. On dit qu'il faut être à base dénombrable de voisinages (C6).

Sens $\Leftarrow$ : une suite de $A$ qui converge vers $x$ rend $x$ adherent

Supposons an→xa_n\to x avec an∈Aa_n\in A pour tout nn.

Soit r>0r>0. Par définition de la convergence, il existe NN tel que d(an,x)<rd(a_n,x)<r pour n≥Nn\geq N. En particulier

aN∈B(x,r)∩A≠∅.a_N\in B(x,r)\cap A\neq\varnothing.

Ceci valant pour tout r>0r>0, on a bien x∈A‾x\in\overline{A}. ■\blacksquare

👉 Ce sens est le plus facile et ne demande aucune hypothèse : il vaut dans tout espace topologique, à condition de remplacer « boule » par « voisinage ».

Sens $\Rightarrow$ : construire la suite, en choisissant les rayons $1/n$

Supposons x∈A‾x\in\overline{A}. Alors, pour tout r>0r>0, B(x,r)∩A≠∅B(x,r)\cap A\neq\varnothing.

👉 Le geste décisif : appliquer cela à la suite de rayons r=1nr=\dfrac1n. Pour chaque n≥1n\geq 1, l'ensemble B(x,1n)∩AB(x,\tfrac1n)\cap A est non vide ; choisissons-y un point ana_n.

an∈Aetd(an,x)<1n.a_n\in A\qquad\text{et}\qquad d(a_n,x)<\frac1n.

Comme 1n→0\dfrac1n\to 0, le théorème des gendarmes donne d(an,x)→0d(a_n,x)\to 0, c'est-à-dire an→xa_n\to x. ■\blacksquare

⚠️ Ce sens utilise l'axiome du choix dénombrable (un choix simultané d'un ana_n pour chaque nn). C'est une hypothèse si standard qu'on ne la mentionne d'ordinaire pas, mais elle est bien là.

👉 Et c'est ici que la métrique est indispensable : la suite (1n)\big(\tfrac1n\big) fournit une base dénombrable de voisinages de xx, emboîtés et de « taille » tendant vers 00. Sans elle, on ne saurait pas indexer les choix par N\mathbb{N}.

Ce que la caracterisation debloque, et ou elle CESSE de valoir

👉 Trois conséquences immédiates, toutes constamment utilisées :

énoncé topologique version séquentielle
AA est fermé toute suite de AA qui converge a sa limite dans AA
AA est dense dans XX tout point de XX est limite d'une suite de AA
ff est continue (A5) xn→x⇒f(xn)→f(x)x_n\to x\Rightarrow f(x_n)\to f(x)

Exemple. Q‾=R\overline{\mathbb{Q}}=\mathbb{R} (A3) devient : tout réel est limite d'une suite de rationnels — par exemple ses troncatures décimales, ou pour 2\sqrt2 la suite de Héron 1, 32, 1712, 577408,…1,\ \tfrac32,\ \tfrac{17}{12},\ \tfrac{577}{408},\dots (D1).

⚠️⚠️ Le contre-exemple en topologie générale, à connaître d'existence. Sur un ensemble non dénombrable XX, munissons-le de la topologie co-dénombrable (les ouverts sont ∅\varnothing et les complémentaires de parties dénombrables). Alors :

  • les seules suites convergentes sont stationnaires — l'ensemble des valeurs prises est dénombrable, donc son complémentaire privé de la limite est un ouvert qui isole tout le reste ;
  • et pourtant toute partie non dénombrable est dense.

👉 Un point peut donc être adhérent à AA sans qu'aucune suite de AA ne l'atteigne. Les suites ne suffisent plus à décrire la topologie, et il faut leur substituer des objets plus généraux (filtres, suites généralisées).

ℹ️ C'est la raison d'être des axiomes de dénombrabilité (C6) : ils fournissent un cadre (suffisant, pas nécessaire) où l'intuition séquentielle reste valide.

Réponse. x∈A‾  ⟺  ∃(an)∈AN, an→xx\in\overline{A}\iff\exists(a_n)\in A^{\mathbb N},\ a_n\to x (en métrique). (Conclusion certifiée sur instances ; preuve = relecture)
Faire cet exercice dans l'app →

Trois caractérisations de la continuité

DémonstrationDifficulté 3/5

Pour f:(X,d)→(Y,δ)f:(X,d)\to(Y,\delta), montrer l'équivalence : (i) continuité ε\varepsilon-η\eta en tout point ; (ii) continuité séquentielle ; (iii) préimage de tout ouvert ouverte.

Indices (3)

(i)⇒(ii) : appliquer ε\varepsilon-η\eta à une suite convergente.

(iii)⇒(i) : la préimage de B(f(a),ε)B(f(a),\varepsilon) est un ouvert contenant aa.

(ii)⇒(iii) par contraposée (suite dans le complémentaire).

Correction détaillée
Les trois enonces

Soit f:(X,d)→(Y,δ)f:(X,d)\to(Y,\delta).

(i) Continuité ε\varepsilon-η\eta en tout point.

∀x∈X, ∀ε>0, ∃η>0 : d(x,x′)<η⇒δ(f(x),f(x′))<ε.\forall x\in X,\ \forall\varepsilon>0,\ \exists\eta>0\ :\ d(x,x')<\eta\Rightarrow\delta\big(f(x),f(x')\big)<\varepsilon.

(ii) Continuité séquentielle.  xn→x ⟹ f(xn)→f(x)\ x_n\to x\ \Longrightarrow\ f(x_n)\to f(x).

(iii) Préimage d'ouvert.  V\ V ouvert de Y ⟹ f−1(V)Y\ \Longrightarrow\ f^{-1}(V) ouvert de XX.

👉 Trois lectures d'une même idée — « ff ne déchire pas » — mais trois outils de travail très différents :

formulation sert à
(i) ε\varepsilon-η\eta les estimations quantitatives
(ii) séquentielle réfuter une continuité (une seule suite suffit)
(iii) par les ouverts les démonstrations abstraites, et la généralisation

👉 Seule (iii) survit hors du cadre métrique — c'est elle qu'on prend comme DÉFINITION en topologie générale (B4).

(i) $\Rightarrow$ (ii) : traduire l'un dans l'autre

Supposons (i) et soit xn→xx_n\to x. Soit ε>0\varepsilon>0.

Par (i) appliquée en xx, il existe η>0\eta>0 tel que d(x,x′)<η⇒δ(f(x),f(x′))<εd(x,x')<\eta\Rightarrow\delta(f(x),f(x'))<\varepsilon.

Par convergence de (xn)(x_n) appliquée au rayon η\eta, il existe NN tel que d(xn,x)<ηd(x_n,x)<\eta pour n≥Nn\geq N.

En combinant : pour n≥Nn\geq N,  δ(f(xn),f(x))<ε\ \delta\big(f(x_n),f(x)\big)<\varepsilon. C'est exactement f(xn)→f(x)f(x_n)\to f(x). ■\blacksquare

👉 Le geste type : le η\eta produit par la continuité devient le ε\varepsilon demandé à la convergence. C'est un enchaînement qu'on retrouve dans toutes les démonstrations mêlant continuité et suites.

(ii) $\Rightarrow$ (i) : par CONTRAPOSEE, et c'est le seul sens qui demande une idee

⚠️ Le sens direct ne marche pas : de « toute suite se comporte bien » on ne peut pas produire un η\eta. Il faut raisonner par contraposée.

Supposons (i) fausse en un point xx : il existe ε0>0\varepsilon_0>0 tel qu'aucun η\eta ne convienne.

👉 On applique cela à η=1n\eta=\dfrac1n — même geste qu'en A4 : pour chaque n≥1n\geq 1, il existe xnx_n avec

d(xn,x)<1netδ(f(xn),f(x))≥ε0.d(x_n,x)<\frac1n\qquad\text{et}\qquad \delta\big(f(x_n),f(x)\big)\geq\varepsilon_0.

La première condition donne xn→xx_n\to x ; la seconde interdit f(xn)→f(x)f(x_n)\to f(x).

(ii) est donc fausse aussi\boxed{\text{(ii) est donc fausse aussi}}

Par contraposée, (ii) ⇒\Rightarrow (i). ■\blacksquare

👉 La suite (xn)(x_n) n'est pas donnée, elle est FABRIQUÉE à partir de la négation de (i). C'est le cœur de l'argument, et c'est aussi ce qui explique l'usage pratique de (ii) : pour réfuter une continuité, on exhibe une suite qui témoigne — par exemple xn=1nx_n=\tfrac1n pour f=1x>0f=\mathbf{1}_{x>0} en 00.

(i) $\iff$ (iii) : la traduction en ouverts

(i) ⇒\Rightarrow (iii). Soit VV ouvert de YY et x∈f−1(V)x\in f^{-1}(V). Comme f(x)∈Vf(x)\in V ouvert, il existe ε>0\varepsilon>0 avec B(f(x),ε)⊂VB\big(f(x),\varepsilon\big)\subset V. Par (i), il existe η>0\eta>0 tel que f(B(x,η))⊂B(f(x),ε)⊂Vf\big(B(x,\eta)\big)\subset B\big(f(x),\varepsilon\big)\subset V, c'est-à-dire

B(x,η)⊂f−1(V).B(x,\eta)\subset f^{-1}(V).

Tout point de f−1(V)f^{-1}(V) y est donc logé avec de la marge : f−1(V)f^{-1}(V) est ouvert (A2) ✓

(iii) ⇒\Rightarrow (i). Soient x∈Xx\in X et ε>0\varepsilon>0. La boule B(f(x),ε)B\big(f(x),\varepsilon\big) est un ouvert de YY (A2), donc f−1(B(f(x),ε))f^{-1}\big(B(f(x),\varepsilon)\big) est ouvert et contient xx. Il existe donc η>0\eta>0 avec

B(x,η)⊂f−1(B(f(x),ε)),B(x,\eta)\subset f^{-1}\big(B(f(x),\varepsilon)\big),

ce qui est exactement (i). ■\blacksquare

⚠️⚠️ C'est la PRÉIMAGE, jamais l'image. L'image directe d'un ouvert par une fonction continue n'est pas ouverte en général — contre-exemple immédiat : f(x)=x2f(x)=x^2 envoie l'ouvert ]−1,1[]-1,1[ sur [0,1[[0,1[, qui n'est pas ouvert. Une application dont les images d'ouverts sont ouvertes s'appelle ouverte, et c'est une propriété distincte (elle intervient dans la définition d'un homéomorphisme, B5).

👉 La raison structurelle : f−1f^{-1} commute avec toutes les opérations ensemblistes — réunion, intersection, complémentaire — alors que l'image directe ne commute qu'avec la réunion. C'est ce qui fait de (iii) la bonne définition.

ℹ️ Version fermés : ff est continue   ⟺  \iff la préimage de tout fermé est fermée. Elle s'obtient en passant au complémentaire, et sert souvent à montrer qu'un ensemble est fermé — {x:g(x)=0}=g−1({0})\{x : g(x)=0\}=g^{-1}(\{0\}) pour gg continue.

Réponse. (i)  ⟺  \iff(ii)  ⟺  \iff(iii). (Vérifié machine : continuité = préimage ouverte, ε-δ sur instances — A/B ✓)
Faire cet exercice dans l'app →

Équivalence des normes en dimension finie

CalculDifficulté 3/5

Sur Rn\mathbb{R}^n, comparer ∥⋅∥1,∥⋅∥2,∥⋅∥∞\lVert\cdot\rVert_1,\lVert\cdot\rVert_2,\lVert\cdot\rVert_\infty : donner les inégalités d'équivalence et les illustrer sur v=(3,−4,12)v=(3,-4,12).

Indices (3)

∥v∥∞≤∥v∥2≤∥v∥1\lVert v\rVert_\infty\leq\lVert v\rVert_2\leq\lVert v\rVert_1.

∥v∥2≤n ∥v∥∞\lVert v\rVert_2\leq\sqrt n\,\lVert v\rVert_\infty, ∥v∥1≤n ∥v∥2\lVert v\rVert_1\leq\sqrt n\,\lVert v\rVert_2.

Calculer les trois normes de vv.

Correction détaillée
Les inegalites, et le sens de chacune

Sur Rn\mathbb{R}^n :

∥v∥∞ ≤ ∥v∥2 ≤ ∥v∥1 ≤ n ∥v∥∞\boxed{\lVert v\rVert_\infty\ \leq\ \lVert v\rVert_2\ \leq\ \lVert v\rVert_1\ \leq\ n\,\lVert v\rVert_\infty}

et, plus fine que la dernière :

∥v∥1≤n ∥v∥2,∥v∥2≤n ∥v∥∞.\lVert v\rVert_1\leq\sqrt{n}\,\lVert v\rVert_2,\qquad \lVert v\rVert_2\leq\sqrt{n}\,\lVert v\rVert_\infty.

D'où vient chacune :

inégalité argument
∥v∥∞≤∥v∥2\lVert v\rVert_\infty\leq\lVert v\rVert_2 un terme ≤\leq la somme des carrés
∥v∥2≤∥v∥1\lVert v\rVert_2\leq\lVert v\rVert_1 (∑∣vi∣)2=∑vi2+doubles produits≥∑vi2\big(\sum\lvert v_i\rvert\big)^2=\sum v_i^2+\text{doubles produits}\geq\sum v_i^2
∥v∥1≤n ∥v∥2\lVert v\rVert_1\leq\sqrt n\,\lVert v\rVert_2 Cauchy-Schwarz contre le vecteur (1,…,1)(1,\dots,1)
∥v∥2≤n ∥v∥∞\lVert v\rVert_2\leq\sqrt n\,\lVert v\rVert_\infty chaque vi2≤∥v∥∞2v_i^2\leq\lVert v\rVert_\infty^2, et il y en a nn

👉 Deux constantes seulement, 11 et n\sqrt n, et toutes deux dépendent de la dimension. C'est le point qui va décider de tout à la fin.

Verification sur $v=(3,-4,12)$
∥v∥1=∣3∣+∣−4∣+∣12∣=3+4+12=19,\lVert v\rVert_1=\lvert 3\rvert+\lvert -4\rvert+\lvert 12\rvert=3+4+12=19,
∥v∥2=9+16+144=169=13(exactement),\lVert v\rVert_2=\sqrt{9+16+144}=\sqrt{169}=13\qquad\text{(exactement)},
∥v∥∞=max⁡(3,4,12)=12.\lVert v\rVert_\infty=\max(3,4,12)=12.
12 ≤ 13 ≤ 19✓\boxed{12\ \leq\ 13\ \leq\ 19\qquad\checkmark}

👉 La norme 22 tombe juste, et ce n'est pas un hasard : (3,4,12)(3,4,12) est un triplet pythagoricien de dimension 3, 9+16+144=169=1329+16+144=169=13^2. Cela permet de vérifier chaque inégalité sans arrondi.

Les majorations, avec n=3n=3 donc n≈1,7321\sqrt n\approx 1{,}7321 :

inégalité membre gauche membre droit vérifiée ?
∥v∥1≤3 ∥v∥2\lVert v\rVert_1\leq\sqrt3\,\lVert v\rVert_2 1919 133≈22,5213\sqrt3\approx 22{,}52 ✓
∥v∥2≤3 ∥v∥∞\lVert v\rVert_2\leq\sqrt3\,\lVert v\rVert_\infty 1313 123≈20,7812\sqrt3\approx 20{,}78 ✓
∥v∥1≤3 ∥v∥∞\lVert v\rVert_1\leq 3\,\lVert v\rVert_\infty 1919 3636 ✓

👉 Les majorations sont larges ici, parce que vv a une coordonnée nettement dominante. Le cas d'égalité de ∥v∥1≤n∥v∥2\lVert v\rVert_1\leq\sqrt n\lVert v\rVert_2 est v=(1,1,…,1)v=(1,1,\dots,1), où l'on a exactement n=n⋅nn=\sqrt n\cdot\sqrt n.

Le theoreme, et ce qu'il signifie vraiment
En dimension FINIE, toutes les normes sont EQUIVALENTES\boxed{\text{En dimension FINIE, toutes les normes sont EQUIVALENTES}}

c'est-à-dire : pour toutes normes N1,N2N_1,N_2 sur Rn\mathbb{R}^n, il existe α,β>0\alpha,\beta>0 avec

α N1(v) ≤ N2(v) ≤ β N1(v)pour tout v.\alpha\,N_1(v)\ \leq\ N_2(v)\ \leq\ \beta\,N_1(v)\qquad\text{pour tout }v.

👉 Les conséquences sont considérables, et c'est ce qui rend l'énoncé si utile :

notion dépend du choix de la norme ?
ouverts, fermés, adhérence non
suites convergentes, limites non
continuité, compacité, complétude non
la valeur d'une distance, la forme des boules oui

Idée de la démonstration (ADMIS dans le détail) : on compare toute norme NN à ∥⋅∥∞\lVert\cdot\rVert_\infty. La majoration N(v)≤C∥v∥∞N(v)\leq C\lVert v\rVert_\infty vient de l'inégalité triangulaire sur la base canonique. La minoration s'obtient en remarquant que NN est continue pour ∥⋅∥∞\lVert\cdot\rVert_\infty et atteint son minimum sur la sphère unité, qui est compacte (E5, Heine-Borel) — ce minimum étant strictement positif puisque NN ne s'annule qu'en 00.

👉 C'est la COMPACITÉ de la sphère qui porte tout le théorème, et c'est elle qui va manquer en dimension infinie.

⚠️ En dimension INFINIE, c'est FAUX

Sur C([0,1])C([0,1]), comparons ∥f∥∞=sup⁡∣f∣\lVert f\rVert_\infty=\sup\lvert f\rvert et ∥f∥1=∫01∣f∣\lVert f\rVert_1=\int_0^1\lvert f\rvert.

Une majoration subsiste :  ∥f∥1≤∥f∥∞\ \lVert f\rVert_1\leq\lVert f\rVert_\infty (on intègre une majoration sur un intervalle de longueur 11).

L'autre est IMPOSSIBLE. Prenons la suite de « pics » fnf_n : affine, valant nn en 00, nulle à partir de 2n2\tfrac2{n^2}, en triangle.

∥fn∥∞=n ⟶ +∞,∥fn∥1=12⋅2n2⋅n=1n ⟶ 0.\lVert f_n\rVert_\infty=n\ \longrightarrow\ +\infty,\qquad \lVert f_n\rVert_1=\frac12\cdot\frac{2}{n^2}\cdot n=\frac1n\ \longrightarrow\ 0.
∥fn∥∞∥fn∥1=n2 ⟶ +∞ : AUCUNE constante β ne convient\boxed{\frac{\lVert f_n\rVert_\infty}{\lVert f_n\rVert_1}=n^2\ \longrightarrow\ +\infty\ :\ AUCUNE\ constante\ \beta\ ne\ convient}

👉 La même suite converge vers 00 pour ∥⋅∥1\lVert\cdot\rVert_1 et diverge pour ∥⋅∥∞\lVert\cdot\rVert_\infty. Les deux normes ne définissent donc pas les mêmes suites convergentes, donc pas la même topologie.

👉 Et la cause est exactement celle annoncée : en dimension infinie, la sphère unité n'est pas compacte (théorème de Riesz), donc l'argument du bloc précédent s'effondre. Le lien entre les deux faits est parfait — ce n'est pas une coïncidence.

ℹ️ C'est pourquoi l'analyse fonctionnelle précise toujours SA norme : dire « fn→ff_n\to f » n'a aucun sens sans dire dans quelle norme, et les théorèmes de convergence changent complètement de nature selon le choix. C'est tout l'objet des espaces LpL^p.

Réponse. ∥v∥∞=12≤∥v∥2=13≤∥v∥1=19\lVert v\rVert_\infty=12\leq\lVert v\rVert_2=13\leq\lVert v\rVert_1=19. (Vérifié machine : ∥v∥∞≤∥v∥2≤3∥v∥∞\lVert v\rVert_\infty\leq\lVert v\rVert_2\leq\sqrt3\lVert v\rVert_\infty — A6 ✓)
Faire cet exercice dans l'app →

Axiomes d'une topologie, exemples

CalculDifficulté 3/5

Énoncer les axiomes d'une topologie. Donner les topologies discrète, grossière et de Sierpiński sur {0,1}\{0,1\}. Combien y a-t-il de topologies sur 22 et 33 points ?

Indices (3)

∅,X\varnothing,X ouverts ; union quelconque ; intersection finie.

Sierpiński : {∅,{0},X}\{\varnothing,\{0\},X\}.

Compter par énumération.

Correction détaillée
Les trois axiomes

Une topologie sur XX est une famille T\mathcal{T} de parties de XX telle que :

axiome énoncé
(T1) ∅∈T\varnothing\in\mathcal{T} et X∈TX\in\mathcal{T}
(T2) toute réunion quelconque d'éléments de T\mathcal{T} est dans T\mathcal{T}
(T3) toute intersection FINIE d'éléments de T\mathcal{T} est dans T\mathcal{T}

Les éléments de T\mathcal{T} s'appellent les ouverts.

⚠️⚠️ L'asymétrie entre (T2) et (T3) est le cœur de la définition, pas une commodité. Si l'on autorisait les intersections quelconques, ⋂n ]−1n,1n[={0}\bigcap_n\ ]-\tfrac1n,\tfrac1n[=\{0\} deviendrait ouvert dans R\mathbb{R} — et de proche en proche tout singleton, donc toute partie : on retomberait sur la topologie discrète, et la notion perdrait tout contenu.

👉 Une topologie est donc l'axiomatisation de « être ouvert », extraite du cas métrique (A2) en n'en retenant que ce qui se généralise. Il n'y a plus ni distance, ni boule, ni suite — seulement des ouverts.

Les trois topologies sur $\{0,1\}$
nom T\mathcal{T} commentaire
grossière {∅,X}\{\varnothing,X\} la plus petite possible
de Sierpiński {∅,{0},X}\{\varnothing,\{0\},X\} asymétrique : 00 est ouvert, 11 ne l'est pas
discrète {∅,{0},{1},X}\{\varnothing,\{0\},\{1\},X\} toutes les parties

⚠️ Il y en a une quatrième, {∅,{1},X}\{\varnothing,\{1\},X\} — la Sierpiński « à l'envers ». Elle n'est pas égale à la précédente, mais elle lui est homéomorphe (B5) : c'est la même topologie vue par l'autre bout.

👉 Sierpiński est l'espace le plus instructif de la topologie générale, malgré ses deux points :

  • il n'est pas séparé (T0T_0 mais pas T1T_1, C1) — les deux points ne s'isolent pas l'un de l'autre ;
  • la suite constante xn=0x_n=0 converge à la fois vers 00 et vers 11 : le seul ouvert contenant 11 est XX, qui contient bien tous les termes. L'unicité de la limite tombe (C2) ;
  • il est connexe (E1) : aucune partition en deux ouverts non vides.
deux points suffisent a casser l’unicite de la limite\boxed{\text{deux points suffisent a casser l'unicite de la limite}}
Combien de topologies sur $2$ et $3$ points

👉 Ces nombres se comptent, ils ne se devinent pas — voici l'énumération complète pour n=2n=2 :

{∅,X},{∅,{0},X},{∅,{1},X},{∅,{0},{1},X}.\{\varnothing,X\},\quad \{\varnothing,\{0\},X\},\quad \{\varnothing,\{1\},X\},\quad \{\varnothing,\{0\},\{1\},X\}.
n=2 : 4 topologiesn=3 : 29 topologies\boxed{n=2\ :\ \mathbf{4}\ \text{topologies}\qquad n=3\ :\ \mathbf{29}\ \text{topologies}}

La suite complète, pour situer :

nn 00 11 22 33 44 55
topologies 11 11 44 2929 355355 6 9426\,942

⚠️ La croissance est explosive, et il n'existe aucune formule close pour ce nombre. On ne le connaît que jusqu'à n=18n=18, par calcul.

👉 Vérifier 2929 à la main est instructif : il faut tester, pour chacune des 28=2562^8=256 familles de parties de {0,1,2}\{0,1,2\}, les trois axiomes. C'est fastidieux mais parfaitement mécanique — et c'est exactement ce que fait le programme qui certifie cette correction.

⚠️ Ne pas confondre avec le nombre de topologies à HOMÉOMORPHISME près : 1,1,3,9,33,…1,1,3,9,33,\dots (B5). Ce sont deux comptages différents, et le second est bien plus petit.

Pourquoi $29$ : la correspondance d'Alexandrov

👉 Ce nombre n'est pas arbitraire — il compte autre chose.

#topologies sur n points = #PREORDRES sur n points\boxed{\#\text{topologies sur }n\ \text{points}\ =\ \#\text{PREORDRES sur }n\ \text{points}}

Un préordre est une relation réflexive et transitive (sans exiger l'antisymétrie). Et la bijection est explicite :

x≤y   ⟺   x∈{y}‾.x\leq y\ \iff\ x\in\overline{\{y\}}.

Le comptage des préordres redonne exactement la même suite :

nn 00 11 22 33
topologies 11 11 44 2929
préordres 11 11 44 2929

👉 Les deux lignes sont obtenues par deux énumérations INDÉPENDANTES — l'une teste les axiomes de topologie, l'autre la réflexivité et la transitivité. Leur coïncidence n'est donc pas une définition circulaire : c'est une corroboration.

⚠️ Cette bijection ne vaut QUE sur un ensemble fini (ou, plus généralement, pour les topologies dites d'Alexandrov, stables par intersection quelconque). Sur R\mathbb{R} elle échoue complètement : la topologie usuelle est T1T_1, donc son préordre est l'égalité, qui ne la caractérise pas du tout.

ℹ️ Démonstration complète en C3. C'est ce qui explique qu'un objet aussi abstrait qu'une topologie finie se ramène à une structure d'ordre — et donc se compte.

Réponse. 44 topologies sur 22 points, 2929 sur 33. (Vérifié machine : énumération exhaustive — B1 ✓)
Faire cet exercice dans l'app →

Ouverts et fermés

DémonstrationDifficulté 3/5

Définir les fermés et montrer : une intersection quelconque de fermés est fermée, une réunion finie de fermés est fermée. (Dualité avec les ouverts.)

Indices (3)

Fermé = complémentaire d'ouvert.

Passer au complémentaire (lois de De Morgan).

Réunion quelconque d'ouverts / intersection finie d'ouverts.

Correction détaillée
Definition, et le geste de dualisation
F⊂X est FERME   ⟺   X∖F est ouvert\boxed{F\subset X\ \text{est FERME}\ \iff\ X\setminus F\ \text{est ouvert}}

👉 « Fermé » n'est pas « pas ouvert ». C'est « de complémentaire ouvert », et les deux notions ne s'excluent nullement :

ensemble ouvert ? fermé ?
∅\varnothing et XX oui oui — les deux à la fois
]0,1[]0,1[ dans R\mathbb{R} oui non
[0,1][0,1] dans R\mathbb{R} non oui
[0,1[[0,1[ dans R\mathbb{R} non non — ni l'un ni l'autre

⚠️ La dernière ligne est celle qu'on oublie : la plupart des parties ne sont ni ouvertes ni fermées. « Ouvert » et « fermé » ne forment pas une alternative.

ℹ️ Un ensemble à la fois ouvert et fermé s'appelle un clopen, et leur rareté mesure la connexité (E1) : XX est connexe exactement quand les seuls clopens sont ∅\varnothing et XX.

Intersection QUELCONQUE de fermes : fermee

Soit (Fi)i∈I(F_i)_{i\in I} une famille quelconque de fermés. Les lois de De Morgan donnent

X∖⋂i∈IFi=⋃i∈I(X∖Fi).X\setminus\bigcap_{i\in I}F_i=\bigcup_{i\in I}\big(X\setminus F_i\big).

Chaque X∖FiX\setminus F_i est ouvert par définition, et une réunion quelconque d'ouverts est ouverte par (T2). Donc le complémentaire de ⋂Fi\bigcap F_i est ouvert, c'est-à-dire que ⋂Fi\bigcap F_i est fermé. ■\blacksquare

👉 L'axiome (T2) porte sur des réunions QUELCONQUES, et c'est exactement ce qui autorise ici des intersections QUELCONQUES. Le passage au complémentaire échange les deux opérations.

Exemple d'application, constamment utilisé :

⋂n≥1[0,1+1n]=[0,1],\bigcap_{n\geq 1}\left[0,1+\frac1n\right]=[0,1],

intersection dénombrable de fermés, fermée ✓ — à comparer avec ⋂n ]−1n,1n[={0}\bigcap_n\ ]-\tfrac1n,\tfrac1n[=\{0\}, intersection dénombrable d'ouverts qui n'est pas ouverte.

Reunion FINIE de fermes : fermee, et pas au-dela

Pour F1,…,FnF_1,\dots,F_n fermés :

X∖⋃k=1nFk=⋂k=1n(X∖Fk),X\setminus\bigcup_{k=1}^{n}F_k=\bigcap_{k=1}^{n}\big(X\setminus F_k\big),

intersection finie d'ouverts, donc ouverte par (T3). ■\blacksquare

⚠️⚠️ Et « finie » ne s'enlève pas — le contre-exemple est le plus important du chapitre :

⋃q∈Q{q}=Q.\bigcup_{q\in\mathbb{Q}}\{q\}=\mathbb{Q}.

Chaque singleton {q}\{q\} est fermé dans R\mathbb{R}, la réunion est dénombrable, et pourtant Q\mathbb{Q} n'est pas fermé — son adhérence est R\mathbb{R} tout entier (A3).

une reunion DENOMBRABLE de fermes peut ne pas etre fermee\boxed{\text{une reunion DENOMBRABLE de fermes peut ne pas etre fermee}}

👉 C'est le pendant exact, par dualité, du ⋂n ]−1n,1n[={0}\bigcap_n\ ]-\tfrac1n,\tfrac1n[=\{0\} des ouverts. Les deux contre-exemples disent la même chose vue des deux côtés.

ℹ️ Ces réunions dénombrables de fermés portent un nom, les FσF_\sigma, et leurs duales — les intersections dénombrables d'ouverts — les GδG_\delta. Q\mathbb{Q} est un FσF_\sigma qui n'est pas un GδG_\delta, et c'est précisément le théorème de Baire (D5) qui l'établit.

Le dictionnaire ouverts / fermes

👉 Toute la topologie se réécrit dans l'un ou l'autre langage. Le dictionnaire :

ouverts fermés
∅,X\varnothing,X ouverts X,∅X,\varnothing fermés
réunion quelconque intersection quelconque
intersection finie réunion finie
A˚\mathring{A} = plus grand ouvert ⊂A\subset A A‾\overline{A} = plus petit fermé ⊃A\supset A
ff continue : préimage d'ouvert ouverte préimage de fermé fermée

Et la relation de dualité entre intérieur et adhérence :

X∖A˚=X∖A‾etX∖A‾=X∖A⏞∘\boxed{X\setminus\mathring{A}=\overline{X\setminus A}\qquad\text{et}\qquad X\setminus\overline{A}=\overset{\circ}{\overbrace{X\setminus A}}}

👉 Conséquence pratique : on peut toujours définir une topologie par ses fermés, en imposant les trois axiomes de la colonne de droite. C'est même plus commode dans certains cadres — la topologie de Zariski en géométrie algébrique se définit ainsi, ses fermés étant les ensembles de zéros de familles de polynômes.

ℹ️ Vérification sur A=QA=\mathbb{Q} (A3) : Q˚=∅\mathring{\mathbb{Q}}=\varnothing et R∖Q‾=R\overline{\mathbb{R}\setminus\mathbb{Q}}=\mathbb{R}, donc R∖Q˚=R=R∖Q‾\mathbb{R}\setminus\mathring{\mathbb{Q}}=\mathbb{R}=\overline{\mathbb{R}\setminus\mathbb{Q}} ✓ La formule tient.

Réponse. ⋂\bigcap fermés fermée, ⋃\bigcup finie de fermés fermée (De Morgan). (Vérifié machine : fermés = complémentaires sur espaces finis — B ✓)
Faire cet exercice dans l'app →

Intérieur et adhérence dans un espace fini

CalculDifficulté 3/5

Sur X={0,1,2}X=\{0,1,2\} avec T={∅,{0},{0,1},X}\mathcal{T}=\{\varnothing,\{0\},\{0,1\},X\} (la « chaîne »), calculer {0}‾\overline{\{0\}}, {1,2}˚\mathring{\{1,2\}} et ∂{0,1}\partial\{0,1\}.

Indices (3)

Fermés = complémentaires : X,{1,2},{2},∅X,\{1,2\},\{2\},\varnothing.

A‾\overline{A} = plus petit fermé ⊇A\supseteq A.

∂A=A‾∖A˚\partial A=\overline{A}\setminus\mathring{A}.

Correction détaillée
L'espace, et ses fermes
X={0,1,2},T={∅, {0}, {0,1}, X}.X=\{0,1,2\},\qquad \mathcal{T}=\big\{\varnothing,\ \{0\},\ \{0,1\},\ X\big\}.

Vérifions d'abord que c'est bien une topologie. Les ouverts sont totalement ordonnés par inclusion (∅⊂{0}⊂{0,1}⊂X\varnothing\subset\{0\}\subset\{0,1\}\subset X), donc :

  • toute réunion de ces ouverts est le plus grand d'entre eux ✓
  • toute intersection est le plus petit ✓

👉 C'est pour cela qu'on l'appelle la « chaîne » : les axiomes y sont vérifiés gratuitement, l'inclusion étant totale.

Les fermés, par passage au complémentaire :

ouvert complémentaire (= fermé)
∅\varnothing X={0,1,2}X=\{0,1,2\}
{0}\{0\} {1,2}\{1,2\}
{0,1}\{0,1\} {2}\{2\}
XX ∅\varnothing
fermes={∅, {2}, {1,2}, X}\boxed{\text{fermes} = \big\{\varnothing,\ \{2\},\ \{1,2\},\ X\big\}}

👉 Les fermés forment la chaîne inverse. 00 n'est dans aucun fermé propre, 22 est dans tous : les deux points ont des rôles rigoureusement opposés.

$\overline{\{0\}}$ : l'adherence d'un point qui vaut TOUT l'espace

{0}‾\overline{\{0\}} est le plus petit fermé contenant 00. Passons les fermés en revue :

fermé contient 00 ?
∅\varnothing non
{2}\{2\} non
{1,2}\{1,2\} non
XX oui
{0}‾=X={0,1,2}\boxed{\overline{\{0\}}=X=\{0,1,2\}}

👉 Le singleton {0}\{0\} est DENSE dans XX. Un seul point dont l'adhérence remplit l'espace entier — c'est impossible dans R\mathbb{R}, où les singletons sont fermés (A3).

👉 On dit que 00 est un point GÉNÉRIQUE. Tout ouvert non vide le contient, donc « on ne peut pas s'en éloigner » : c'est exactement ce que {0}‾=X\overline{\{0\}}=X traduit.

⚠️ C'est aussi pourquoi cet espace n'est pas T1T_1 (C1) : T1T_1 équivaut à « tous les singletons sont fermés », et {0}\{0\} ne l'est manifestement pas ici. Une suite constante égale à 00 y converge donc vers les trois points à la fois (C2).

ℹ️ Les points génériques ne sont pas une curiosité : ils sont l'outil de base de la géométrie algébrique, où le point générique d'une variété irréductible est dense dedans.

$\mathring{\{1,2\}}$ : un interieur VIDE

{1,2}˚\mathring{\{1,2\}} est le plus grand ouvert contenu dans {1,2}\{1,2\}. Passons les ouverts en revue :

ouvert ⊂{1,2}\subset\{1,2\} ?
∅\varnothing oui (trivialement)
{0}\{0\} non — contient 00
{0,1}\{0,1\} non — contient 00
XX non
{1,2}˚=∅\boxed{\mathring{\{1,2\}}=\varnothing}

👉 Aucun ouvert non vide n'évite 00 — c'est la même propriété que celle du bloc précédent, vue par l'autre bout. Un ensemble à deux éléments sur trois peut donc avoir un intérieur vide.

Contrôle par la dualité de B2 :

X∖{1,2}˚=X∖∅=XetX∖{1,2}‾={0}‾=X ✓X\setminus\mathring{\{1,2\}}=X\setminus\varnothing=X\qquad\text{et}\qquad \overline{X\setminus\{1,2\}}=\overline{\{0\}}=X\ \checkmark

👉 Les deux calculs se recoupent, et c'est le bon réflexe : la formule X∖A˚=X∖A‾X\setminus\mathring A=\overline{X\setminus A} transforme un calcul d'intérieur en calcul d'adhérence, ce qui donne une seconde voie indépendante.

$\partial\{0,1\}$, et le tableau complet

{0,1}\{0,1\} est un ouvert, donc {0,1}˚={0,1}\mathring{\{0,1\}}=\{0,1\}.

Son adhérence : le plus petit fermé le contenant. Ni {2}\{2\} ni {1,2}\{1,2\} ne contiennent 00, donc

{0,1}‾=X.\overline{\{0,1\}}=X.
∂{0,1}={0,1}‾∖{0,1}˚=X∖{0,1}={2}\boxed{\partial\{0,1\}=\overline{\{0,1\}}\setminus\mathring{\{0,1\}}=X\setminus\{0,1\}=\{2\}}

Le tableau complet des huit parties, qui donne une vue d'ensemble :

AA A˚\mathring{A} A‾\overline{A} ∂A\partial A
∅\varnothing ∅\varnothing ∅\varnothing ∅\varnothing
{0}\{0\} {0}\{0\} XX {1,2}\{1,2\}
{1}\{1\} ∅\varnothing {1,2}\{1,2\} {1,2}\{1,2\}
{2}\{2\} ∅\varnothing {2}\{2\} {2}\{2\}
{0,1}\{0,1\} {0,1}\{0,1\} XX {2}\{2\}
{0,2}\{0,2\} {0}\{0\} XX {1,2}\{1,2\}
{1,2}\{1,2\} ∅\varnothing {1,2}\{1,2\} {1,2}\{1,2\}
XX XX XX ∅\varnothing

👉 Deux lectures utiles de ce tableau :

  • ∂A=∅\partial A=\varnothing exactement pour ∅\varnothing et XX — c'est-à-dire pour les seuls clopens. L'espace est donc connexe (E1) ;
  • {2}\{2\} est le seul singleton fermé. Le point 22 est « le plus fermé », 00 « le plus ouvert » : la chaîne d'ouverts organise les trois points en une hiérarchie stricte, qui est exactement le préordre de la correspondance d'Alexandrov (C3).

ℹ️ L'intérêt des espaces finis est là : tout s'y calcule exhaustivement, et l'on y observe des phénomènes — point dense, limite non unique, singleton non fermé — que R\mathbb{R} ne montre jamais.

Réponse. {0}‾=X\overline{\{0\}}=X, {1,2}˚=∅\mathring{\{1,2\}}=\varnothing, ∂{0,1}={2}\partial\{0,1\}=\{2\}. (Vérifié machine — B3 ✓)
Faire cet exercice dans l'app →

Continuité par les ouverts

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que f:(X,T)→(Y,U)f:(X,\mathcal{T})\to(Y,\mathcal{U}) est continue   ⟺  \iff la préimage de tout ouvert est ouverte, et que la composée de deux applications continues est continue. Donner un exemple fini où l'identité n'est PAS continue.

Indices (3)

C'est la définition topologique de la continuité.

$ (g\circ f)^{-1}(W)=f^{-1}(g^{-1}(W))$.

Identité Sierpiński → discrète.

Correction détaillée
La definition, et pourquoi c'est la PREIMAGE
f:(X,T)→(Y,U) est CONTINUE  ⟺  ∀V∈U, f−1(V)∈T\boxed{f:(X,\mathcal{T})\to(Y,\mathcal{U})\ \text{est CONTINUE}\iff \forall V\in\mathcal{U},\ f^{-1}(V)\in\mathcal{T}}

👉 En topologie générale, ce n'est pas un théorème : c'est LA définition. Il n'y a ni distance pour écrire un ε\varepsilon-η\eta, ni garantie que les suites décrivent la topologie (A4). Seule cette formulation survit — et A5 montre qu'elle coïncide avec les deux autres dans le cas métrique.

⚠️ Pourquoi la préimage et pas l'image ? Parce que f−1f^{-1} commute avec toutes les opérations ensemblistes :

f−1(⋃Vi)=⋃f−1(Vi),f−1(⋂Vi)=⋂f−1(Vi),f−1(Y∖V)=X∖f−1(V).f^{-1}\Big(\bigcup V_i\Big)=\bigcup f^{-1}(V_i),\qquad f^{-1}\Big(\bigcap V_i\Big)=\bigcap f^{-1}(V_i),\qquad f^{-1}\big(Y\setminus V\big)=X\setminus f^{-1}(V).

L'image directe, elle, ne commute qu'avec la réunion : f(A∩B)⊊f(A)∩f(B)f(A\cap B)\subsetneq f(A)\cap f(B) en général.

👉 Les axiomes (T2) et (T3) portent précisément sur les réunions et les intersections : c'est donc f−1f^{-1}, et elle seule, qui les transporte.

ℹ️ Version fermés, obtenue par passage au complémentaire : ff est continue   ⟺  \iff la préimage de tout fermé est fermée. Très utile pour prouver qu'un ensemble est fermé — {x:g(x)=0}=g−1({0})\{x:g(x)=0\}=g^{-1}(\{0\}).

La composee de deux continues est continue

Soient f:X→Yf:X\to Y et g:Y→Zg:Y\to Z continues, et WW un ouvert de ZZ.

(g∘f)−1(W)=f−1(g−1(W)).(g\circ f)^{-1}(W)=f^{-1}\big(g^{-1}(W)\big).
  • gg continue ⇒\Rightarrow g−1(W)g^{-1}(W) est un ouvert de YY ;
  • ff continue ⇒\Rightarrow f−1f^{-1} de cet ouvert est un ouvert de XX ✓
g∘f est continue\boxed{g\circ f\ \text{est continue}}

👉 Deux lignes. Comparez avec la démonstration ε\varepsilon-η\eta de la composée, qui demande d'enchaîner deux quantificateurs et de nommer trois constantes — c'est le meilleur argument en faveur de la définition par les ouverts.

👉 Conséquence structurelle : les espaces topologiques et les applications continues forment une catégorie. Les isomorphismes de cette catégorie sont exactement les homéomorphismes (B5).

⚠️ L'identite n'est PAS toujours continue

👉 C'est le contre-exemple qui empêche de confondre l'application et la topologie. L'identité est bijective, elle ne « bouge » aucun point — et pourtant sa continuité dépend entièrement des deux topologies aux extrémités.

Sur X={0,1}X=\{0,1\}, comparons Sierpiński S={∅,{0},X}\mathcal{S}=\{\varnothing,\{0\},X\} et la discrète D={∅,{0},{1},X}\mathcal{D}=\{\varnothing,\{0\},\{1\},X\}.

Sens 1 : id:(X,D)→(X,S)\mathrm{id}:(X,\mathcal{D})\to(X,\mathcal{S}) est CONTINUE.

Les ouverts de l'arrivée sont ∅,{0},X\varnothing,\{0\},X ; leurs préimages sont eux-mêmes, et tous trois sont bien dans D\mathcal{D} ✓

Sens 2 : id:(X,S)→(X,D)\mathrm{id}:(X,\mathcal{S})\to(X,\mathcal{D}) n'est PAS continue.

{1}\{1\} est ouvert dans D\mathcal{D}, et

id−1({1})={1} ∉ S.\mathrm{id}^{-1}\big(\{1\}\big)=\{1\}\ \notin\ \mathcal{S}.
La MEME application est continue dans un sens, pas dans l’autre\boxed{\text{La MEME application est continue dans un sens, pas dans l'autre}}

👉 La règle générale se lit directement : id:(X,T1)→(X,T2)\mathrm{id}:(X,\mathcal{T}_1)\to(X,\mathcal{T}_2) est continue   ⟺  T2⊂T1\iff\mathcal{T}_2\subset\mathcal{T}_1, c'est-à-dire si la topologie de départ est PLUS FINE que celle d'arrivée.

👉 Mnémonique : plus il y a d'ouverts au départ, plus il est facile que les préimages en soient. La topologie discrète rend donc toute application continue au départ ; la grossière, toute application continue à l'arrivée.

Ce que ce contre-exemple enseigne
topologie de départ toute application partant de là est...
discrète (tous les ouverts) continue — la préimage est toujours ouverte
topologie d'arrivée toute application arrivant là est...
grossière (∅\varnothing et XX) continue — il n'y a que deux préimages à vérifier

👉 Ces deux topologies sont les extrêmes, et elles rendent la continuité triviale — pour des raisons opposées. Toutes les autres sont entre les deux, et c'est là que la notion a du contenu.

⚠️⚠️ Le piège à retenir : une bijection continue n'est PAS un homéomorphisme. Ici id:(X,D)→(X,S)\mathrm{id}:(X,\mathcal{D})\to(X,\mathcal{S}) est une bijection continue, et sa réciproque ne l'est pas. C'est exactement pourquoi la définition d'un homéomorphisme exige la continuité dans les deux sens (B5), et non seulement la bijectivité.

ℹ️ Il y a une exception importante, et elle sauve beaucoup de démonstrations : une bijection continue d'un compact vers un séparé est automatiquement un homéomorphisme (E6, C1). C'est ce qui permet, par exemple, d'identifier [0,1]/{0∼1}[0,1]/\{0\sim 1\} au cercle sans vérifier la continuité de la réciproque (C5).

Réponse. ff continue   ⟺  \iff préimage d'ouvert ouverte ; id\mathrm{id} Sierp→discr non continue. (Vérifié machine : continuité finie, contre-exemple — B4 ✓)
Faire cet exercice dans l'app →

Homéomorphismes et classification

CalculDifficulté 3/5

Définir un homéomorphisme. Classer les topologies sur un ensemble à 22 points à homéomorphisme près : combien de classes ?

Indices (3)

Homéo = bijection continue d'inverse continu.

Les 44 topologies sur {0,1}\{0,1\} : discrète, grossière, 22 Sierpiński.

Les deux Sierpiński sont homéomorphes (échanger 0,10,1).

Correction détaillée
Definition, et l'exigence des DEUX sens
f:X→Y est un HOMEOMORPHISME  ⟺  f bijective, f continue, f−1 continue\boxed{f:X\to Y\ \text{est un HOMEOMORPHISME}\iff f\ \text{bijective},\ f\ \text{continue},\ f^{-1}\ \text{continue}}

⚠️⚠️ La troisième condition n'est PAS redondante, et B4 en donne le contre-exemple : id:(X,D)→(X,S)\mathrm{id}:(X,\mathcal{D})\to(X,\mathcal{S}) sur {0,1}\{0,1\} est une bijection continue dont la réciproque ne l'est pas.

👉 Formulation équivalente, souvent plus commode : ff est un homéomorphisme si et seulement si elle est bijective et réalise une bijection entre les ouverts :

U∈TX   ⟺   f(U)∈TY.U\in\mathcal{T}_X\ \iff\ f(U)\in\mathcal{T}_Y.

👉 Deux espaces homéomorphes sont INDISCERNABLES du point de vue topologique. Tout ce qui s'exprime en termes d'ouverts — connexité, compacité, séparation, nombre de composantes — se transporte. On dit que ce sont des invariants topologiques.

ℹ️ L'image classique : une tasse et un tore sont homéomorphes, un sphère et un tore ne le sont pas. Ce que la topologie voit n'est pas la forme mais ce qui survit à la déformation continue.

Les quatre topologies sur $\{0,1\}$, et l'action des permutations
T1={∅,X},T2={∅,{0},X},T3={∅,{1},X},T4={∅,{0},{1},X}.\mathcal{T}_1=\{\varnothing,X\},\qquad \mathcal{T}_2=\{\varnothing,\{0\},X\},\qquad \mathcal{T}_3=\{\varnothing,\{1\},X\},\qquad \mathcal{T}_4=\{\varnothing,\{0\},\{1\},X\}.

👉 Un homéomorphisme entre deux topologies sur le MÊME ensemble à deux points est nécessairement une bijection de {0,1}\{0,1\}, donc soit l'identité, soit la transposition τ:0↔1\tau:0\leftrightarrow 1. Il n'y en a pas d'autre.

Regardons l'effet de τ\tau sur chacune :

T\mathcal{T} image par τ\tau verdict
T1={∅,X}\mathcal{T}_1=\{\varnothing,X\} {∅,X}=T1\{\varnothing,X\}=\mathcal{T}_1 invariante
T2={∅,{0},X}\mathcal{T}_2=\{\varnothing,\{0\},X\} {∅,{1},X}=T3\{\varnothing,\{1\},X\}=\mathcal{T}_3 échangée avec T3\mathcal{T}_3
T3\mathcal{T}_3 T2\mathcal{T}_2 idem
T4\mathcal{T}_4 T4\mathcal{T}_4 invariante
T2 et T3 sont HOMEOMORPHES ; T1 et T4 sont seules dans leur classe\boxed{\mathcal{T}_2\ \text{et}\ \mathcal{T}_3\ \text{sont HOMEOMORPHES ; } \mathcal{T}_1\ \text{et}\ \mathcal{T}_4\ \text{sont seules dans leur classe}}
Le comptage : $4$ topologies, $3$ classes
4 topologies sur {0,1}⟶3 classes d’homeomorphie\boxed{4\ \text{topologies sur }\{0,1\}\qquad\longrightarrow\qquad \mathbf{3}\ \text{classes d'homeomorphie}}
classe représentant ce qui la caractérise
grossière {∅,X}\{\varnothing,X\} aucun point ne se distingue ; non T0T_0
de Sierpiński {∅,{0},X}\{\varnothing,\{0\},X\} (deux réalisations) T0T_0 mais pas T1T_1 ; connexe
discrète toutes les parties T2T_2 ; non connexe

👉 Et les trois se distinguent par des invariants, ce qui prouve qu'elles sont réellement dans des classes différentes — il ne suffit pas de constater qu'on n'a pas trouvé d'homéomorphisme :

grossière Sierpiński discrète
nombre d'ouverts 22 33 44
T0T_0 ? non oui oui
connexe ? oui oui non

⚠️ Le nombre d'ouverts suffit déjà ici — un homéomorphisme induit une bijection entre les ouverts, donc il le préserve. C'est l'invariant le plus rudimentaire, et il tranche les trois cas.

La suite du comptage, et pourquoi elle est DURE
nn 00 11 22 33 44 55
topologies 11 11 44 2929 355355 6 9426\,942
à homéomorphisme près 11 11 3\mathbf{3} 99 3333 139139

👉 Le second comptage est bien plus petit, ce qui est attendu : on regroupe les topologies que les n!n! permutations de XX envoient l'une sur l'autre.

⚠️ Mais le rapport n'est PAS n!n!, et c'est ce qui rend le problème difficile. Pour n=2n=2 : 4/34/3 et non 4/2=24/2=2. La raison est que certaines topologies sont invariantes par des permutations non triviales — ici T1\mathcal{T}_1 et T4\mathcal{T}_4 le sont par τ\tau — donc leurs orbites sont plus petites.

👉 C'est exactement le cadre du lemme de Burnside, qui compte les orbites d'une action de groupe en moyennant les points fixes. Le comptage naïf « diviser par n!n! » est faux dès qu'il y a des symétries.

ℹ️ Ni l'une ni l'autre de ces suites n'a de formule close. Elles ne sont connues que par calcul exhaustif, et l'énumération devient rapidement impraticable — d'où l'intérêt de la correspondance d'Alexandrov (C3), qui les ramène à un problème d'ordres, mieux étudié.

Réponse. 33 classes d'homéo sur 22 points (discrète, grossière, Sierpiński). (Vérifié machine : homéo des 2 Sierpiński — B5 ✓)
Faire cet exercice dans l'app →

Topologie induite (sous-espace)

DémonstrationDifficulté 3/5

Définir la topologie induite sur A⊆XA\subseteq X et montrer que l'injection ι:A↪X\iota:A\hookrightarrow X est continue. Décrire les ouverts de [0,1][0,1] comme sous-espace de R\mathbb{R}.

Indices (3)

Ouverts de AA = {U∩A:U ouvert de X}\{U\cap A:U\text{ ouvert de }X\}.

ι−1(U)=U∩A\iota^{-1}(U)=U\cap A.

Ex. [0,12[[0,\tfrac12[ est ouvert dans [0,1][0,1] (trace de ]−1,12[]-1,\tfrac12[).

Correction détaillée
La definition, et le geste « intersecter avec $A$ »

Soit A⊆XA\subseteq X et (X,T)(X,\mathcal{T}) un espace topologique.

TA={ U∩A : U∈T }\boxed{\mathcal{T}_A=\big\{\,U\cap A\ :\ U\in\mathcal{T}\,\big\}}

C'est la topologie induite (ou de sous-espace) sur AA.

Vérifions les trois axiomes, et l'on voit que tout vient de ce que l'intersection avec AA commute avec les opérations ensemblistes :

axiome vérification
∅=∅∩A\varnothing=\varnothing\cap A, A=X∩AA=X\cap A ✓
⋃i(Ui∩A)=(⋃iUi)∩A\bigcup_i(U_i\cap A)=\big(\bigcup_i U_i\big)\cap A ✓
⋂k=1n(Uk∩A)=(⋂k=1nUk)∩A\bigcap_{k=1}^n(U_k\cap A)=\big(\bigcap_{k=1}^n U_k\big)\cap A ✓

👉 Les trois axiomes sont hérités, sans aucune hypothèse sur AA. C'est ce qui fait de la topologie induite la construction la plus naturelle du chapitre.

L'injection canonique est continue, et c'est CARACTERISTIQUE

Soit ι:A↪X\iota:A\hookrightarrow X, ι(a)=a\iota(a)=a.

Pour UU ouvert de XX :

ι−1(U)={a∈A : a∈U}=U∩A,\iota^{-1}(U)=\{a\in A\ :\ a\in U\}=U\cap A,

qui est un ouvert de TA\mathcal{T}_A par définition même. Donc ι\iota est continue. ■\blacksquare

👉 Et c'est plus fort qu'une simple vérification : TA\mathcal{T}_A est LA PLUS PETITE topologie sur AA rendant ι\iota continue. Toute topologie qui rend ι\iota continue doit contenir les ι−1(U)=U∩A\iota^{-1}(U)=U\cap A, donc contenir TA\mathcal{T}_A.

👉 C'est ce qu'on appelle la propriété universelle du sous-espace, et elle a une conséquence pratique constante :

g:Z→A est continue  ⟺  ι∘g:Z→X est continue\boxed{g:Z\to A\ \text{est continue}\iff \iota\circ g:Z\to X\ \text{est continue}}

Autrement dit : pour montrer qu'une application arrive continûment dans AA, il suffit de la voir arriver dans XX. On n'a jamais à manipuler TA\mathcal{T}_A explicitement.

ℹ️ La topologie produit (C4) et la topologie quotient (C5) se définissent exactement de la même façon — par une propriété universelle — et c'est ce qui unifie ces trois constructions.

⚠️ Les ouverts de $[0,1]$ : le piege du chapitre

Munissons A=[0,1]A=[0,1] de la topologie induite de R\mathbb{R}.

👉 Le fait qui surprend :

[0,12[ = [0,1]∩ ]−1,12[  est un OUVERT de [0,1].\left[0,\tfrac12\right[\ =\ [0,1]\cap\ \left]-1,\tfrac12\right[\ \ \text{est un OUVERT de }[0,1].
[0,12[ est ouvert DANS [0,1], et n’est pas ouvert dans R\boxed{\left[0,\tfrac12\right[\ \text{est ouvert DANS }[0,1],\ \text{et n'est pas ouvert dans }\mathbb{R}}

⚠️ « Ouvert » n'est donc jamais une propriété absolue : c'est toujours « ouvert DANS ». Omettre de préciser l'espace ambiant est la première source d'erreur du chapitre.

Le tableau complet pour [0,1][0,1] :

partie ouverte dans R\mathbb{R} ? ouverte dans [0,1][0,1] ?
]14,12[\left]\tfrac14,\tfrac12\right[ oui oui
[0,12[\left[0,\tfrac12\right[ non oui
]12,1]\left]\tfrac12,1\right] non oui
[0,1][0,1] non oui (c'est l'espace entier)

👉 La forme générale : les ouverts de [0,1][0,1] sont les réunions d'intervalles ]a,b[]a,b[ inclus dans ]0,1[]0,1[, plus les demi-intervalles [0,b[[0,b[ et ]a,1]]a,1] qui « touchent » un bord.

ℹ️ Cas particulier utile : si AA est lui-même ouvert dans XX, alors les ouverts de AA sont exactement les ouverts de XX contenus dans AA — et l'ambiguïté disparaît. C'est le cas de ]0,1[]0,1[, jamais de [0,1][0,1].

Ce qui se transmet au sous-espace, et ce qui ne se transmet PAS
propriété de XX héritée par tout A⊆XA\subseteq X ?
séparation T0,T1,T2T_0,T_1,T_2 (C1) oui, toujours
métrisabilité oui — restreindre la distance
base dénombrable (C6) oui
compacité (E4) NON — sauf si AA est fermé
connexité (E1) NON
complétude (D1) NON — sauf si AA est fermé

👉 Les contre-exemples sont immédiats, et il faut les avoir en tête :

  • compacité : R\mathbb{R} n'est pas compact, mais [0,1][0,1] l'est ; inversement ]0,1[]0,1[ n'est pas compact bien qu'inclus dans le compact [0,1][0,1] ;
  • connexité : R\mathbb{R} est connexe, R∗= ]−∞,0[∪ ]0,+∞[\mathbb{R}^\ast=\ ]-\infty,0[\cup\ ]0,+\infty[ ne l'est pas (E1) ;
  • complétude : R\mathbb{R} est complet, Q\mathbb{Q} ne l'est pas (D1) — alors que Q⊂R\mathbb{Q}\subset\mathbb{R}.

👉 La ligne de partage est nette : les propriétés de SÉPARATION descendent toujours, les propriétés de COMPLÉTUDE et de COMPACITÉ demandent que AA soit fermé. La raison est la même dans les deux cas : une suite de AA peut converger dans XX vers un point hors de AA, et seul un AA fermé l'interdit (A4).

ℹ️ C'est exactement ce qui rend le théorème de Heine-Borel si utile (E5) : dans Rn\mathbb{R}^n, « compact » équivaut à « fermé et borné », et le mot « fermé » y joue précisément ce rôle.

Réponse. TA={U∩A}\mathcal{T}_A=\{U\cap A\}, ι\iota continue ; [0,12[[0,\tfrac12[ ouvert dans [0,1][0,1]. (Vérifié machine : sous-espace fini — B6 ✓)
Faire cet exercice dans l'app →

Connexité, exemples

CalculDifficulté 3/5

Définir la connexité. Parmi : Sierpiński, la topologie discrète sur {0,1,2}\{0,1,2\}, R\mathbb{R}, R∗\mathbb{R}^\ast — lesquels sont connexes ?

Indices (3)

Connexe = pas de partition en 22 ouverts non vides disjoints.

Discrète sur ≥2\geq2 points : non connexe.

R∗=]−∞,0[∪]0,+∞[\mathbb{R}^\ast=]-\infty,0[\cup]0,+\infty[.

Correction détaillée
Trois definitions equivalentes, et la plus maniable

XX est connexe s'il n'existe aucune partition de XX en deux ouverts non vides :

X=U⊔V,U,V ouverts,U∩V=∅⟹U=∅ ou V=∅.X=U\sqcup V,\quad U,V\ \text{ouverts},\quad U\cap V=\varnothing\quad\Longrightarrow\quad U=\varnothing\ \text{ou}\ V=\varnothing.

Trois formulations, la même idée — « XX est d'un seul tenant » :

formulation énoncé
par partition pas de découpe en deux ouverts non vides
par les clopens les seules parties à la fois ouvertes et fermées sont ∅\varnothing et XX
par les fonctions toute application continue X→{0,1}X\to\{0,1\} (discret) est constante

👉 La version « clopens » est la plus rapide à vérifier, et c'est celle qu'on emploie en pratique : si UU est ouvert, fermé, non vide et différent de XX, alors (U,X∖U)(U,X\setminus U) est la partition interdite.

👉 La version « fonctions » est la plus puissante en démonstration : elle transforme un énoncé sur les découpes en un énoncé sur les applications continues, donc composable (E2).

Sierpinski : CONNEXE, malgre ses deux points
X={0,1},T={∅,{0},X}.X=\{0,1\},\qquad \mathcal{T}=\{\varnothing,\{0\},X\}.

Les fermés sont les complémentaires : X, {1}, ∅X,\ \{1\},\ \varnothing.

Cherchons les clopens — les parties à la fois dans les deux listes :

partie ouverte ? fermée ? clopen ?
∅\varnothing oui oui oui
{0}\{0\} oui non non
{1}\{1\} non oui non
XX oui oui oui
2 clopens seulement : Sierpinski est CONNEXE\boxed{\text{2 clopens seulement : Sierpinski est CONNEXE}}

👉 La raison est visible : la seule découpe possible en deux morceaux est {0}⊔{1}\{0\}\sqcup\{1\}, et {1}\{1\} n'est pas ouvert. Il manque un ouvert pour séparer.

⚠️ C'est contre-intuitif : deux points isolés l'un de l'autre, et pourtant « d'un seul tenant ». La connexité ne dépend pas du nombre de points mais de la richesse de la topologie — c'est l'existence des ouverts qui permet de découper, et Sierpiński n'en a pas assez.

Les trois autres cas

Discrète sur {0,1,2}\{0,1,2\} : NON connexe. Toutes les parties sont ouvertes, donc toutes sont aussi fermées : les 23=82^3=8 parties sont des clopens. La découpe {0}⊔{1,2}\{0\}\sqcup\{1,2\} suffit à conclure.

8 clopens≫2 : NON connexe\boxed{8\ \text{clopens} \gg 2\ :\ NON\ connexe}

👉 Une topologie discrète n'est jamais connexe dès qu'elle a au moins deux points. C'est l'exact opposé de la grossière, toujours connexe faute d'ouverts pour découper.

R\mathbb{R} : CONNEXE. C'est un théorème, et il repose sur la propriété de la borne supérieure. Esquisse : si R=U⊔V\mathbb{R}=U\sqcup V avec U,VU,V ouverts non vides, prenons a∈Ua\in U, b∈Vb\in V avec a<ba<b, et posons c=sup⁡{x∈[a,b] : x∈U}c=\sup\{x\in[a,b]\ :\ x\in U\}. Alors cc ne peut être ni dans UU (qui est ouvert, donc contiendrait un voisinage de cc, contredisant le sup) ni dans VV (même argument). Contradiction, car cc doit être quelque part.

👉 Plus généralement, les connexes de R\mathbb{R} sont EXACTEMENT les intervalles — au sens large : ∅\varnothing, les singletons, [a,b][a,b], ]a,b[]a,b[, R\mathbb{R}…

R∗\mathbb{R}^\ast : NON connexe. La découpe est explicite :

R∗= ]−∞,0[ ⊔ ]0,+∞[,\mathbb{R}^\ast=\ ]-\infty,0[\ \sqcup\ ]0,+\infty[,

deux ouverts non vides, disjoints, de réunion R∗\mathbb{R}^\ast. ⚠️ Et ce ne sont pas des intervalles réunis en un intervalle : retirer un seul point à R\mathbb{R} le coupe en deux.

Le bilan, et ce qu'il apprend
espace connexe ? pourquoi
Sierpiński oui {1}\{1\} n'est pas ouvert : pas assez d'ouverts pour découper
discrète sur {0,1,2}\{0,1,2\} non 88 clopens, la découpe est immédiate
R\mathbb{R} oui propriété de la borne supérieure
R∗\mathbb{R}^\ast non ]−∞,0[ ⊔ ]0,+∞[]-\infty,0[\ \sqcup\ ]0,+\infty[

👉 La leçon centrale : la connexité mesure la PAUVRETÉ en ouverts, pas la proximité des points.

  • La topologie grossière est toujours connexe (aucun ouvert pour découper) ;
  • la discrète ne l'est jamais dès deux points (trop d'ouverts) ;
  • entre les deux, tout dépend de la structure.

⚠️ Piège fréquent : la connexité n'est PAS héritée par les sous-espaces (B6). R\mathbb{R} est connexe, R∗⊂R\mathbb{R}^\ast\subset\mathbb{R} ne l'est pas. En revanche elle est préservée par image continue (E2), et c'est ce qui en fait un invariant topologique utilisable.

ℹ️ La connexité est même un invariant d'homéomorphisme (B5), donc un outil pour distinguer deux espaces : R\mathbb{R} et R∗\mathbb{R}^\ast ne sont pas homéomorphes, et c'est cet argument qui le prouve en une ligne.

Réponse. Connexes : Sierpiński, R\mathbb{R} ; non connexes : discrète, R∗\mathbb{R}^\ast. (Vérifié machine : connexité sur espaces finis — E1 ✓)
Faire cet exercice dans l'app →

Image continue d'un connexe, TVI

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que l'image continue d'un connexe est connexe. En déduire le théorème des valeurs intermédiaires (en admettant que les intervalles sont les connexes de R\mathbb{R}).

Indices (3)

Supposer f(X)f(X) coupé par deux ouverts U,VU,V.

Tirer en arrière : f−1(U),f−1(V)f^{-1}(U),f^{-1}(V) coupent XX.

TVI : f([a,b])f([a,b]) connexe = intervalle.

Correction détaillée
Le theoreme, et sa demonstration en trois lignes
f:X→Y continue, X connexe ⟹ f(X) connexe\boxed{f:X\to Y\ \text{continue},\ X\ \text{connexe}\ \Longrightarrow\ f(X)\ \text{connexe}}

👉 La démonstration devient très courte si l'on emploie la caractérisation par les fonctions (E1) — c'est un bon exemple du gain qu'apporte le choix de la bonne formulation.

Démonstration. Soit g:f(X)→{0,1}g:f(X)\to\{0,1\} continue, {0,1}\{0,1\} étant muni de la topologie discrète. Alors

g∘f:X→{0,1}g\circ f:X\to\{0,1\}

est continue comme composée de deux applications continues (B4). Comme XX est connexe, g∘fg\circ f est constante. Or ff est surjective sur f(X)f(X), donc gg elle-même est constante.

Toute application continue f(X)→{0,1} est constante  ⟺  f(X) connexe.■\text{Toute application continue }f(X)\to\{0,1\}\text{ est constante} \iff f(X)\ \text{connexe}.\qquad\blacksquare

⚠️ On travaille sur f(X)f(X) muni de la topologie induite (B6), pas sur YY tout entier. C'est indispensable : f(X)f(X) peut très bien être un morceau non connexe d'un YY connexe, si ff n'est pas continue — tout l'énoncé porte sur l'image, jamais sur l'espace d'arrivée.

👉 La démonstration par partitions marche aussi : si f(X)=U⊔Vf(X)=U\sqcup V, alors X=f−1(U)⊔f−1(V)X=f^{-1}(U)\sqcup f^{-1}(V) est une partition en ouverts (continuité), donc l'un des deux est vide, donc UU ou VV l'est. Elle est un peu plus longue et demande de vérifier la surjectivité au bon endroit.

Le TVI, en admettant que les connexes de $\mathbb{R}$ sont les intervalles

Énoncé. Soit f:[a,b]→Rf:[a,b]\to\mathbb{R} continue, avec f(a)f(a) et f(b)f(b) de signes opposés. Alors ff s'annule sur ]a,b[]a,b[.

Démonstration.

  1. [a,b][a,b] est un intervalle, donc connexe (E1) ;
  2. ff est continue, donc f([a,b])f([a,b]) est connexe par le théorème ci-dessus ;
  3. les connexes de R\mathbb{R} étant les intervalles (admis), f([a,b])f([a,b]) est un intervalle ;
  4. cet intervalle contient f(a)<0f(a)<0 et f(b)>0f(b)>0, donc — étant un intervalle — il contient tout ce qui est entre, en particulier 00.
∃c∈ ]a,b[ : f(c)=0\boxed{\exists c\in\ ]a,b[\ :\ f(c)=0}

👉 Le TVI n'est donc pas un théorème d'analyse mais un théorème de TOPOLOGIE, et sa vraie substance tient en une phrase : l'image continue d'un intervalle est un intervalle.

⚠️ L'étape 3 est ce qui est ADMIS, et c'est là que se cache la difficulté réelle. Elle repose sur la propriété de la borne supérieure de R\mathbb{R} — c'est-à-dire sur la construction même des réels. Sur Q\mathbb{Q}, l'énoncé serait faux (bloc suivant).

Verification chiffree : $f(x)=x^3+x-1$ sur $[0,1]$
f(0)=0+0−1=−1<0,f(1)=1+1−1=1>0.f(0)=0+0-1=-1<0,\qquad f(1)=1+1-1=1>0.

ff est continue (polynomiale), donc le TVI garantit une racine dans ]0,1[]0,1[.

Et elle existe bien :

c≈0,6823278038,f(c)≈−1,1×10−16  (zero, aux arrondis machine pres).c\approx 0{,}6823278038,\qquad f(c)\approx -1{,}1\times 10^{-16}\ \ (\text{zero, aux arrondis machine pres}).

👉 On peut même préciser l'image, puisque f′(x)=3x2+1>0f'(x)=3x^2+1>0 partout : ff est strictement croissante, donc

f([0,1])=[−1,1],f\big([0,1]\big)=[-1,1],

qui est bien un intervalle ✓ et qui contient 00, donc la racine est unique.

⚠️⚠️ Le TVI donne l'EXISTENCE, jamais l'unicité ni la valeur. Ici la stricte monotonie ajoute l'unicité, et un calcul numérique la valeur — mais ce sont deux arguments supplémentaires, étrangers au théorème.

👉 La méthode de dichotomie est d'ailleurs la démonstration du TVI rendue effective : on coupe l'intervalle en deux, on garde la moitié où le signe change, et on recommence. Chaque étape divise l'incertitude par 22.

⚠️ Sur $\mathbb{Q}$, le TVI est FAUX

👉 C'est le contre-exemple qui montre où est la vraie difficulté, et il tient en une ligne.

Prenons g:Q∩[0,2]→Qg:\mathbb{Q}\cap[0,2]\to\mathbb{Q}, g(x)=x2−2g(x)=x^2-2.

g(0)=−2<0,g(2)=2>0,g(0)=-2<0,\qquad g(2)=2>0,

et gg est parfaitement continue sur Q∩[0,2]\mathbb{Q}\cap[0,2]. Pourtant :

g(x)=0  ⟺  x2=2  ⟺  x=2 ∉ Q.g(x)=0\iff x^2=2\iff x=\sqrt2\ \notin\ \mathbb{Q}.
g ne s’annule NULLE PART sur Q∩[0,2]\boxed{g\ \text{ne s'annule NULLE PART sur}\ \mathbb{Q}\cap[0,2]}

👉 Où l'argument s'effondre exactement : Q∩[0,2]\mathbb{Q}\cap[0,2] n'est pas connexe. La découpe est explicite :

Q∩[0,2]=(Q∩[0,2[) ⊔ (Q∩ ]2,2]),\mathbb{Q}\cap[0,2]=\Big(\mathbb{Q}\cap[0,\sqrt2[\Big)\ \sqcup\ \Big(\mathbb{Q}\cap\ ]\sqrt2,2]\Big),

deux ouverts non vides de Q∩[0,2]\mathbb{Q}\cap[0,2] (topologie induite, B6), disjoints, de réunion l'espace entier — parce que 2\sqrt2 manque pour les recoller.

👉 Le TVI est donc une propriété de R\mathbb{R}, pas de la continuité. Ce qui le rend vrai est la complétude de R\mathbb{R} (D1), sous sa forme « propriété de la borne supérieure » — et c'est exactement ce qui manque à Q\mathbb{Q}.

ℹ️ Ce contre-exemple est le pendant de la suite de Héron (D1), qui construit une suite de rationnels convergeant vers 2\sqrt2 : les deux disent la même chose — Q\mathbb{Q} est troué, et ces trous se voient topologiquement.

Réponse. Image continue d'un connexe connexe ⇒ TVI. (Image connexe : preuve certifiée sur instances ; « intervalles = connexes de ℝ » ADMIS)
Faire cet exercice dans l'app →

Connexité par arcs, composantes

DémonstrationDifficulté 3/5

Définir la connexité par arcs et montrer qu'elle implique la connexité. Qu'est-ce qu'une composante connexe ?

Indices (3)

Arc = chemin continu γ:[0,1]→X\gamma:[0,1]\to X.

Si XX était coupé, l'arc le serait aussi (image d'un connexe).

Composante = classe d'équivalence « reliable ».

Correction détaillée
Definition, et pourquoi elle est plus INTUITIVE

XX est connexe par arcs si, pour tous x,y∈Xx,y\in X, il existe une application continue

γ:[0,1]→Xavecγ(0)=x,γ(1)=y.\gamma:[0,1]\to X\qquad\text{avec}\qquad \gamma(0)=x,\quad\gamma(1)=y.

Un tel γ\gamma s'appelle un chemin de xx à yy.

👉 C'est la définition qu'on aurait spontanément donnée pour « d'un seul tenant » : on peut aller de n'importe quel point à n'importe quel autre sans quitter l'espace.

⚠️ Elle est pourtant STRICTEMENT plus forte que la connexité, et c'est tout l'objet de cet exercice. Le sens facile se démontre ; la réciproque est fausse, et le contre-exemple mérite d'être connu.

ℹ️ La relation « il existe un chemin de xx à yy » est une relation d'équivalence : réflexive (chemin constant), symétrique (t↦γ(1−t)t\mapsto\gamma(1-t)), transitive (concaténation de deux chemins, en reparamétrant sur [0,12][0,\frac12] puis [12,1][\frac12,1]).

Connexe par arcs $\Rightarrow$ connexe

Démonstration par l'absurde. Supposons XX connexe par arcs et X=U⊔VX=U\sqcup V avec U,VU,V ouverts non vides disjoints.

Prenons x∈Ux\in U et y∈Vy\in V, et un chemin γ:[0,1]→X\gamma:[0,1]\to X de xx à yy. Alors

[0,1]=γ−1(U) ⊔ γ−1(V)[0,1]=\gamma^{-1}(U)\ \sqcup\ \gamma^{-1}(V)

est une partition de [0,1][0,1] en deux ouverts (continuité de γ\gamma), non vides (0∈γ−1(U)0\in\gamma^{-1}(U) et 1∈γ−1(V)1\in\gamma^{-1}(V)) et disjoints.

👉 Or [0,1][0,1] est connexe (E1). Contradiction. ■\blacksquare

👉 La démonstration transporte la connexité de [0,1][0,1] vers XX le long des chemins. C'est le mécanisme général : tout ce qu'on sait de [0,1][0,1] se propage à un espace connexe par arcs.

Variante encore plus courte, par E2 : γ([0,1])\gamma([0,1]) est l'image continue d'un connexe, donc connexe, et il rencontre UU et VV — ce qu'un connexe ne peut pas faire.

⚠️ La reciproque est FAUSSE : la courbe du topologue

👉 C'est le contre-exemple à connaître, et il est explicite.

X={(x,sin⁡1x) : x∈ ]0,1]}⏟le graphe oscillant G ∪ ({0}×[−1,1])⏟le segment vertical S.X=\underbrace{\left\{\Big(x,\sin\tfrac1x\Big)\ :\ x\in\ ]0,1]\right\}}_{\text{le graphe oscillant }G}\ \cup\ \underbrace{\big(\{0\}\times[-1,1]\big)}_{\text{le segment vertical }S}.

XX est connexe. Le graphe GG est l'image continue de ]0,1]]0,1], donc connexe (E2). Et X⊂G‾X\subset\overline{G} : chaque point (0,y)(0,y) du segment est adhérent à GG, puisque sin⁡1x\sin\frac1x oscille entre −1-1 et 11 infiniment souvent quand x→0+x\to 0^+, donc prend la valeur yy pour des xx arbitrairement petits. Or l'adhérence d'un connexe est connexe, donc XX l'est.

XX n'est PAS connexe par arcs. Aucun chemin continu ne relie un point de SS à un point de GG : en approchant x=0x=0, la seconde coordonnée sin⁡1x\sin\frac1x oscille sans limite entre −1-1 et 11, ce qui contredit la continuité du chemin en son point d'arrivée.

connexe ⟹̸ connexe par arcs\boxed{\text{connexe}\ \not\Longrightarrow\ \text{connexe par arcs}}

👉 La cause tient en un mot : l'ADHÉRENCE. La connexité passe à l'adhérence, la connexité par arcs non. C'est exactement l'écart entre les deux notions, et ce contre-exemple l'isole.

ℹ️ Bonne nouvelle pratique : sur un ouvert de Rn\mathbb{R}^n, les deux notions coïncident. Le contre-exemple est donc inévitablement un ensemble « qui touche son bord » — et c'est ce que fait la courbe du topologue.

Les composantes connexes

La relation x∼y  ⟺  x\sim y\iff « xx et yy sont dans un même connexe de XX » est une relation d'équivalence. Ses classes s'appellent les composantes connexes.

👉 Trois propriétés à retenir :

propriété pourquoi
chaque composante est connexe maximale c'est la réunion de tous les connexes contenant xx
les composantes partitionnent XX ce sont des classes d'équivalence
chaque composante est FERMÉE son adhérence est connexe et la contient, donc lui est égale par maximalité

⚠️⚠️ Elles ne sont PAS toujours ouvertes, et c'est le piège. Contre-exemple : dans Q\mathbb{Q}, les composantes connexes sont les singletons — un ensemble à deux rationnels se coupe toujours par un irrationnel intercalé. Or aucun {q}\{q\} n'est ouvert dans Q\mathbb{Q}.

les composantes de Q sont les singletons : Q est TOTALEMENT DISCONTINU\boxed{\text{les composantes de } \mathbb{Q}\ \text{sont les singletons : } \mathbb{Q}\ \text{est TOTALEMENT DISCONTINU}}

👉 Quelques exemples pour situer :

espace composantes connexes
R\mathbb{R} une seule : R\mathbb{R}
R∗\mathbb{R}^\ast deux : ]−∞,0[]-\infty,0[ et ]0,+∞[]0,+\infty[, toutes deux ouvertes
Q\mathbb{Q} une par point, aucune ouverte
Z\mathbb{Z} une par point, toutes ouvertes (topologie discrète induite, B6)

ℹ️ Le nombre de composantes est un invariant topologique (B5), et c'est souvent le plus simple à mobiliser : R\mathbb{R} et R∗\mathbb{R}^\ast ne sont pas homéomorphes parce qu'ils n'ont pas le même nombre de composantes.

Réponse. Connexe par arcs ⇒ connexe ; composantes = partition. (Image connexe certifiée sur instances ; réciproque/composantes = relecture)
Faire cet exercice dans l'app →

Compacité par les recouvrements

DémonstrationDifficulté 3/5

Définir la compacité (Borel-Lebesgue). Montrer que tout espace fini est compact, et énoncer pourquoi [0,1][0,1] est compact (Heine-Borel).

Indices (3)

Compact : tout recouvrement ouvert a un sous-recouvrement fini.

Fini : le recouvrement lui-même est fini.

[0,1][0,1] : Heine-Borel (admis).

Correction détaillée
La definition de Borel-Lebesgue
X est COMPACT  ⟺  de tout recouvrement OUVERT de X on peut extraire un sous-recouvrement FINI\boxed{X\ \text{est COMPACT}\iff \text{de tout recouvrement OUVERT de }X\ \text{on peut extraire un sous-recouvrement FINI}}

c'est-à-dire : si X=⋃i∈IUiX=\bigcup_{i\in I}U_i avec les UiU_i ouverts, alors il existe i1,…,in∈Ii_1,\dots,i_n\in I (en nombre fini) tels que

X=Ui1∪⋯∪Uin.X=U_{i_1}\cup\cdots\cup U_{i_n}.

⚠️ Beaucoup d'auteurs français exigent en plus que XX soit SÉPARÉ (T2T_2, C1). C'est une convention ; la propriété ci-dessus seule s'appelle alors « quasi-compacité ».

👉 Comment lire cette définition, qui déroute au premier abord : la compacité est une propriété de finitude approchée. Un compact n'est pas fini, mais il se comporte comme s'il l'était dès qu'on le regarde à travers un recouvrement ouvert — on peut toujours se ramener à un nombre fini de morceaux.

👉 C'est ce qui rend la compacité si utile : elle permet de passer d'une infinité de conditions locales à un nombre fini, donc de prendre des maximums au lieu de bornes supérieures. Toutes les démonstrations de E5, E6 et D4 reposent là-dessus.

Tout espace FINI est compact

Démonstration. Soit XX fini et (Ui)i∈I(U_i)_{i\in I} un recouvrement ouvert.

Pour chaque x∈Xx\in X, choisissons un indice i(x)∈Ii(x)\in I tel que x∈Ui(x)x\in U_{i(x)} — c'est possible puisque les UiU_i recouvrent XX.

La famille {Ui(x) : x∈X}\big\{U_{i(x)}\ :\ x\in X\big\}

  • recouvre XX : chaque xx est dans son propre Ui(x)U_{i(x)} ;
  • est FINIE : elle a au plus card(X)\mathrm{card}(X) éléments.
c’est un sous-recouvrement fini■\boxed{\text{c'est un sous-recouvrement fini}}\qquad\blacksquare

👉 La démonstration ne dit rien de la topologie : elle marche pour n'importe laquelle. Un espace fini est compact quelle que soit sa topologie — discrète, grossière, Sierpiński ou la chaîne de B3.

card(X)\mathrm{card}(X) taille du sous-recouvrement
11 au plus 11
33 au plus 33
2929 au plus 2929

⚠️ Et c'est aussi pourquoi l'exemple est peu instructif : la compacité y est gratuite. Tout l'intérêt de la notion apparaît sur des espaces infinis, où la finitude du sous-recouvrement est une vraie contrainte.

⚠️ $]0,1]$ n'est PAS compact — le recouvrement temoin

👉 Un contre-exemple explicite vaut mieux qu'un énoncé abstrait. Posons, pour n≥1n\geq 1 :

Un=]1n, 2[.U_n=\left]\frac1n,\ 2\right[.

C'est bien un recouvrement ouvert de ]0,1]]0,1] : chaque UnU_n est ouvert, et tout x∈ ]0,1]x\in\ ]0,1] appartient à UnU_n dès que 1n<x\frac1n<x, ce qui arrive pour nn assez grand.

Mais aucun sous-recouvrement fini n'existe. Prenons Un1,…,UnkU_{n_1},\dots,U_{n_k} et posons N=max⁡(n1,…,nk)N=\max(n_1,\dots,n_k). Les UnU_n étant emboîtés croissants, leur réunion vaut

Un1∪⋯∪Unk=UN=]1N, 2[,U_{n_1}\cup\cdots\cup U_{n_k}=U_N=\left]\frac1N,\ 2\right[,

qui ne contient pas 12N\dfrac{1}{2N} — pourtant bien élément de ]0,1]]0,1].

NN la réunion est le point manquant
33 ]13,2[]\tfrac13,2[ 16\tfrac16
1010 ]110,2[]\tfrac1{10},2[ 120\tfrac1{20}
1 0001\,000 ]11000,2[]\tfrac1{1000},2[ 12000\tfrac1{2000}
]0,1] n’est PAS compact\boxed{]0,1]\ \text{n'est PAS compact}}

👉 Ce qui manque est le point 00, précisément celui que l'intervalle ne contient pas. [0,1][0,1], lui, est compact — un seul point de différence change tout.

Heine-Borel : pourquoi $[0,1]$ est compact
HEINE-BOREL : dans Rn, K compact  ⟺  K FERME et BORNE\boxed{\text{HEINE-BOREL : dans }\mathbb{R}^n,\ K\ \text{compact}\iff K\ \text{FERME et BORNE}}

Esquisse pour [0,1][0,1], par dichotomie. Supposons qu'un recouvrement ouvert (Ui)(U_i) n'admette pas de sous-recouvrement fini. Coupons [0,1][0,1] en deux moitiés : l'une au moins n'admet pas non plus de sous-recouvrement fini (sinon on réunirait les deux). Recommençons indéfiniment.

On obtient des segments emboîtés I0⊃I1⊃I2⊃⋯I_0\supset I_1\supset I_2\supset\cdots de longueurs 2−k→02^{-k}\to 0, aucun n'admettant de sous-recouvrement fini. Leur intersection contient un unique point cc (propriété des segments emboîtés, qui est une forme de la complétude de R\mathbb{R}).

Or c∈Ui0c\in U_{i_0} pour un certain i0i_0, et Ui0U_{i_0} étant ouvert il contient une boule autour de cc, donc tout IkI_k pour kk assez grand. Ce IkI_k est alors recouvert par un seul ouvert — contradiction. ■\blacksquare

⚠️ Statut : ADMIS. L'argument repose sur la propriété des segments emboîtés, donc sur la construction de R\mathbb{R} ; il ne s'exerce pas sur une instance finie.

⚠️⚠️ « Fermé et borné » n'est PAS une définition de la compacité, et l'équivalence est FAUSSE hors de Rn\mathbb{R}^n. C'est l'objet de E5 : en dimension infinie, la boule unité fermée est fermée, bornée, et pas compacte.

ℹ️ Le nom complet du théorème est Borel-Lebesgue en France, Heine-Borel ailleurs — et il désigne parfois la définition, parfois l'équivalence. Préciser lequel on invoque évite bien des malentendus.

Réponse. Compact = Borel-Lebesgue ; fini ⇒ compact ; [0,1][0,1] compact (Heine-Borel ADMIS). (Cas fini certifié machine ; ℝ ADMIS)
Faire cet exercice dans l'app →

Compact ⇒ fermé borné, Heine-Borel

DémonstrationDifficulté 3/5

Dans un espace métrique, montrer qu'un compact est fermé et borné. Que dit la réciproque (Heine-Borel) et quand est-elle vraie ?

Indices (3)

Borné : recouvrir par des boules B(x0,n)B(x_0,n).

Fermé : séparer un point extérieur (Hausdorff).

Réciproque vraie dans Rn\mathbb{R}^n (dimension finie), pas en général.

Correction détaillée
Compact $\Rightarrow$ ferme (dans un espace SEPARE)

Soit KK compact dans un espace séparé XX (T2T_2, C1). Montrons que X∖KX\setminus K est ouvert.

Soit y∉Ky\notin K. Pour chaque x∈Kx\in K, la séparation fournit deux ouverts disjoints

x∈Ux,y∈Vx,Ux∩Vx=∅.x\in U_x,\qquad y\in V_x,\qquad U_x\cap V_x=\varnothing.

Les UxU_x recouvrent KK ; par compacité, un nombre fini suffit :

K⊂Ux1∪⋯∪Uxn.K\subset U_{x_1}\cup\cdots\cup U_{x_n}.

👉 Et c'est ici que la finitude paie. Posons

V=Vx1∩⋯∩Vxn,V=V_{x_1}\cap\cdots\cap V_{x_n},

intersection FINIE d'ouverts, donc ouverte par (T3). Elle contient yy, et elle est disjointe de chaque UxkU_{x_k}, donc de leur réunion, donc de KK.

V est un ouvert contenant y et evitant K : X∖K est ouvert■\boxed{V\ \text{est un ouvert contenant }y\ \text{et evitant }K\ :\ X\setminus K\ \text{est ouvert}}\qquad\blacksquare

⚠️ Avec une infinité de VxV_x, l'intersection n'aurait aucune raison d'être ouverte — c'est exactement le contre-exemple ⋂n ]−1n,1n[={0}\bigcap_n\ ]-\frac1n,\frac1n[=\{0\} de A2. La compacité sert précisément à ramener l'infini au fini.

⚠️⚠️ L'hypothèse SÉPARÉ est indispensable. Dans Sierpiński {0,1}\{0,1\}, le compact {0}\{0\} (fini, donc compact) n'est pas fermé — son adhérence vaut XX tout entier.

Compact $\Rightarrow$ borne (dans un espace METRIQUE)

Soit KK compact dans (X,d)(X,d), non vide, et fixons a∈Ka\in K.

La famille (B(a,n))n≥1\big(B(a,n)\big)_{n\geq 1} est un recouvrement ouvert de KK : tout point est à distance finie de aa, donc dans B(a,n)B(a,n) pour nn assez grand.

Par compacité, un nombre fini suffit — et les boules étant emboîtées croissantes, leur réunion est la plus grande :

K⊂B(a,N)avecN=max⁡(n1,…,nk).K\subset B(a,N)\qquad\text{avec}\qquad N=\max(n_1,\dots,n_k).
K est BORNE■\boxed{K\ \text{est BORNE}}\qquad\blacksquare

👉 Le même mécanisme qu'au bloc précédent : une infinité de conditions, ramenée à un maximum sur un ensemble fini. C'est le geste caractéristique de toutes les démonstrations de compacité.

Contrôle par la contraposée : R\mathbb{R} n'est pas borné, donc pas compact — et l'on retrouve directement le témoin, le recouvrement (]−n,n[)n≥1\big(]-n,n[\big)_{n\geq 1} n'ayant aucun sous-recouvrement fini.

La reciproque : Heine-Borel, et son PERIMETRE
Dans Rn (et en dimension finie) : ferme et borne ⟹ compact\boxed{\text{Dans }\mathbb{R}^n\ \text{(et en dimension finie) : ferme et borne}\ \Longrightarrow\ \text{compact}}

Esquisse. Un fermé borné de Rn\mathbb{R}^n est inclus dans un pavé [−M,M]n[-M,M]^n. Ce pavé est compact (produit fini de segments compacts, E4 + C4), et un fermé dans un compact est compact — car un recouvrement du fermé, complété par l'ouvert complémentaire, recouvre le compact tout entier.

espace fermé borné ⇒\Rightarrow compact ?
Rn\mathbb{R}^n, Cn\mathbb{C}^n OUI — Heine-Borel
espace métrique quelconque NON
espace vectoriel normé de dimension infinie NON, jamais — théorème de Riesz

⚠️ Contre-exemple métrique élémentaire : sur R\mathbb{R} muni de la distance discrète (A1), l'espace entier est fermé et borné (toutes les distances valent 00 ou 11), et il n'est pas compact — le recouvrement par les singletons {x}\{x\}, tous ouverts, n'admet aucun sous-recouvrement fini.

👉 La bonne caractérisation métrique générale est : complet ET précompact (« totalement borné », c'est-à-dire recouvrable par un nombre fini de boules de rayon ε\varepsilon, pour tout ε\varepsilon). « Borné » est strictement plus faible que « précompact », et c'est exactement là que Heine-Borel cesse de valoir.

⚠️ En dimension infinie : la boule unite N'EST PAS compacte

👉 C'est le résultat qui sépare l'analyse en dimension finie de l'analyse fonctionnelle, et il vaut d'être vu sur un exemple explicite.

Dans C([0,1])C([0,1]) muni de ∥⋅∥∞\lVert\cdot\rVert_\infty, posons fn(x)=xnf_n(x)=x^n.

Toutes sont dans la boule unité fermée :

∥fn∥∞=sup⁡x∈[0,1]xn=1pour tout n.\lVert f_n\rVert_\infty=\sup_{x\in[0,1]}x^n=1\qquad\text{pour tout }n.

Et aucune sous-suite ne converge uniformément. La limite simple est

f(x)=lim⁡nxn={0si 0≤x<11si x=1,f(x)=\lim_n x^n=\begin{cases}0 & \text{si }0\leq x<1\\ 1 & \text{si }x=1,\end{cases}

qui est discontinue — donc hors de C([0,1])C([0,1]). Or une limite uniforme de fonctions continues est continue : aucune sous-suite ne peut donc converger dans cet espace.

la boule unite fermee est FERMEE, BORNEE, et PAS compacte\boxed{\text{la boule unite fermee est FERMEE, BORNEE, et PAS compacte}}

👉 Le théorème de Riesz généralise : dans un espace vectoriel normé, la boule unité fermée est compacte si et seulement si la dimension est finie. Il n'y a donc aucune exception à chercher.

👉 Et cela relie deux résultats de ce chapitre. La démonstration de l'équivalence des normes (A6) utilise la compacité de la sphère unité ; en dimension infinie cette compacité disparaît, et l'équivalence des normes disparaît avec elle. Les deux faits ne sont pas voisins par hasard : c'est le même mécanisme.

ℹ️ C'est pourquoi l'analyse fonctionnelle a dû inventer des compacités plus faibles — la compacité faible, où la boule unité d'un espace réflexif redevient compacte. Sans elle, presque aucun problème d'optimisation en dimension infinie n'aurait de solution.

Réponse. Compact ⇒ fermé borné ; réciproque = Heine-Borel (vraie dans Rn\mathbb{R}^n, ADMIS). (Compact⇒fermé borné : preuve = relecture ; Heine-Borel ADMIS)
Faire cet exercice dans l'app →

Image d'un compact, bornes atteintes

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que l'image continue d'un compact est compacte. En déduire qu'une fonction continue f:K→Rf:K\to\mathbb{R} sur un compact atteint ses bornes.

Indices (3)

Tirer en arrière un recouvrement de f(K)f(K).

Extraire un sous-recouvrement fini en amont.

f(K)f(K) compact de R\mathbb{R} = fermé borné ⇒ contient sup⁡,inf⁡\sup,\inf.

Correction détaillée
L'image continue d'un compact est compacte
f:X→Y continue, X compact ⟹ f(X) compact\boxed{f:X\to Y\ \text{continue},\ X\ \text{compact}\ \Longrightarrow\ f(X)\ \text{compact}}

Démonstration. Soit (Vi)i∈I(V_i)_{i\in I} un recouvrement ouvert de f(X)f(X).

Par continuité, les f−1(Vi)f^{-1}(V_i) sont ouverts dans XX (B4), et ils recouvrent XX : tout x∈Xx\in X a son image f(x)f(x) dans un certain ViV_i.

XX étant compact, un nombre fini suffit :

X=f−1(Vi1)∪⋯∪f−1(Vin).X=f^{-1}(V_{i_1})\cup\cdots\cup f^{-1}(V_{i_n}).

En appliquant ff :

f(X)⊂Vi1∪⋯∪Vin.■f(X)\subset V_{i_1}\cup\cdots\cup V_{i_n}.\qquad\blacksquare

👉 Trois lignes, et le schéma est exactement le même qu'en E2 pour la connexité : on tire le recouvrement en arrière par f−1f^{-1}, on applique l'hypothèse sur XX, on repousse en avant.

👉 C'est ce qui fait de la compacité un invariant topologique (B5) : elle se transporte par toute application continue, donc a fortiori par tout homéomorphisme.

⚠️ Ici encore, c'est la PRÉIMAGE qui travaille — l'image directe ne commute pas avec les intersections, et la démonstration ne s'écrirait pas.

Les bornes sont atteintes
f:K→R continue, K compact NON VIDE ⟹ f atteint son max et son min\boxed{f:K\to\mathbb{R}\ \text{continue},\ K\ \text{compact NON VIDE}\ \Longrightarrow\ f\ \text{atteint son max et son min}}

Démonstration, en trois pas :

  1. f(K)f(K) est compact dans R\mathbb{R}, par le théorème précédent ;
  2. donc f(K)f(K) est fermé et borné (E5), et non vide ;
  3. étant borné et non vide, f(K)f(K) admet une borne supérieure M=sup⁡f(K)M=\sup f(K) — et MM est adhérent à f(K)f(K), car tout intervalle ]M−ε,M]]M-\varepsilon,M] rencontre f(K)f(K) par définition du sup. Étant fermé, f(K)f(K) contient ses points adhérents, donc
M∈f(K)⟺∃ xM∈K : f(xM)=M.M\in f(K)\qquad\Longleftrightarrow\qquad \exists\,x_M\in K\ :\ f(x_M)=M.

Même argument pour le minimum. ■\blacksquare

👉 Les deux propriétés de E5 servent, et chacune fait une chose distincte : borné garantit que le sup existe dans R\mathbb{R} ; fermé garantit qu'il est atteint. Retirer l'une ou l'autre casse le théorème, et de deux façons différentes — c'est ce que montre le bloc suivant.

⚠️ L'hypothèse « non vide » n'est pas un détail : sur K=∅K=\varnothing, f(K)=∅f(K)=\varnothing n'a ni max ni min.

⚠️ Ce qui casse quand $K$ n'est PAS compact

👉 Deux contre-exemples, qui échouent pour deux raisons différentes :

1. f(x)=xf(x)=x sur ]0,1[]0,1[ — borné, bornes NON atteintes.

inf⁡f=0,sup⁡f=1,et f ne vaut ni 0 ni 1.\inf f=0,\qquad \sup f=1,\qquad\text{et }f\text{ ne vaut ni }0\text{ ni }1.

Pour tout a∈ ]0,1[a\in\ ]0,1[, le point b=1+a2b=\frac{1+a}{2} vérifie f(b)>f(a)f(b)>f(a) : aucun point n'est maximal.

⚠️ Ici f(K)= ]0,1[f(K)=\ ]0,1[ est borné mais pas fermé — c'est la seconde condition qui manque.

2. f(x)=1xf(x)=\dfrac1x sur ]0,1]]0,1] — même pas bornée.

xx 110\tfrac1{10} 1100\tfrac1{100} 11000\tfrac1{1000}
f(x)f(x) 1010 100100 1 0001\,000

ff est parfaitement continue sur ]0,1]]0,1], et f(K)=[1,+∞[f(K)=[1,+\infty[ n'est pas borné.

👉 ]0,1]]0,1] n'est pas compact (E4, le recouvrement ]1n,2[]\frac1n,2[), et l'on voit ici concrètement ce que cela coûte.

3. Le cas sain, pour comparer : f(x)=xf(x)=x sur [0,1][0,1].

min⁡f=0 atteint en 0,max⁡f=1 atteint en 1.✓\min f=0\ \text{atteint en }0,\qquad \max f=1\ \text{atteint en }1.\qquad\checkmark

⚠️ Un seul point de différence entre ]0,1[]0,1[ et [0,1][0,1] — les deux bornes — et le théorème bascule.

Ce que ce theoreme debloque

👉 C'est l'un des théorèmes les plus utilisés de toutes les mathématiques, souvent sans qu'on le nomme :

usage ce qu'il garantit
optimisation un problème « minimiser ff sur KK compact » a une solution
équivalence des normes (A6) le min de NN sur la sphère unité est atteint, donc >0>0
théorème de Rolle, accroissements finis l'extremum intérieur existe, donc f′f' s'y annule
distance à un compact inf⁡y∈Kd(x,y)\inf_{y\in K}d(x,y) est atteinte en un point de KK

👉 La première ligne est la plus importante en pratique : « le minimum existe » n'est jamais gratuit. Sur un domaine non compact il faut une hypothèse de remplacement — coercivité, semi-continuité — et c'est tout le métier du calcul des variations.

⚠️ Et le théorème donne l'EXISTENCE, jamais la valeur ni l'unicité. Il dit qu'un xMx_M existe, sans dire lequel ni combien il y en a : f(x)=sin⁡xf(x)=\sin x sur [0,4π][0,4\pi] atteint son max en deux points.

👉 Un corollaire très utile, mentionné en B4 : une bijection continue d'un compact vers un séparé est un homéomorphisme. La démonstration tient en une ligne avec ce qui précède — l'image d'un fermé de KK est compacte donc fermée, ce qui rend f−1f^{-1} continue par la caractérisation « préimage de fermé fermée ». C'est ce qui évite de vérifier à la main la continuité des réciproques, notamment pour les quotients (C5).

ℹ️ Version métrique équivalente, souvent plus commode : par compacité séquentielle (D3), toute suite de KK a une sous-suite convergente, et l'on peut extraire d'une suite maximisante une sous-suite qui converge vers le point où le max est atteint.

Réponse. Image continue d'un compact compacte ⇒ bornes atteintes (Weierstrass). (Image compacte : preuve = relecture ; appui Heine-Borel ADMIS)
Faire cet exercice dans l'app →

S'entraîner davantage sur topologie générale

18 exercices d'entraînement supplémentaires sur ce chapitre, plus le palier approfondissement, les quiz, le tuteur IA et les PDF à imprimer — dans l'app Maths Post-Bac.