Tribus, atomes, nombre de Bell
Énoncer les axiomes d'une tribu. Lister toutes les tribus sur
Indices (3)
Tribu : contient
Sur un ensemble fini, une tribu est engendrée par ses atomes (une partition).
Correction détaillée
Une tribu (ou
; - stabilité par complémentaire :
; - stabilité par réunion DÉNOMBRABLE :
.
👉 Pourquoi ces trois-là. Ce sont exactement les opérations dont on a besoin pour mesurer : le tout, le contraire, et l'assemblage d'une infinité dénombrable de morceaux.
⚠️ Le mot « dénombrable » de l'axiome 3 est le cœur de la théorie. Avec des réunions quelconques, toute partie de
ℹ️ Deux conséquences immédiates :
Énumérons-les, de la plus grossière à la plus fine :
| tribu | atomes |
|---|---|
Il y en a exactement
👉 Pourquoi pas d'autres ? Chaque tribu doit contenir
⚠️ Ne pas confondre : il y a
👉 Sur un ensemble FINI, une tribu est entièrement déterminée par ses ATOMES — ses plus petits éléments non vides. Les atomes forment une partition de
La correspondance est bijective :
Le nombre de partitions d'un ensemble à
Pour
👉 Lecture du tableau ci-dessus : chaque ligne y est bien une partition —
ℹ️ Une tribu se lit donc comme une résolution d'observation : ses atomes sont ce qu'on ne peut pas distinguer plus finement. C'est cette lecture qui rend la notion utile en probabilités, où la tribu modélise l'information disponible.
⚠️ Toute cette description tombe sur
👉 C'est pourquoi on ne peut pas lister les boréliens comme on liste les cinq tribus ci-dessus. On les définit par engendrement (A2) — la plus petite tribu contenant les intervalles — et non par énumération.
ℹ️ Ordre de grandeur, pour situer : il y a autant de boréliens que de réels (
Tribu engendrée, boréliens
Montrer qu'une intersection quelconque de tribus est une tribu, et définir la tribu engendrée
Indices (3)
Vérifier les trois axiomes sur
Boréliens =
Correction détaillée
Soit
On vérifie les trois axiomes, et chacun se ramène au fait que la propriété vaut dans chaque
1.
2. Si
3. Si
⚠️ Le résultat est FAUX pour la réunion. Sur
ne contient pas
Le résultat précédent permet la définition suivante. Pour
👉 Trois points à comprendre :
- L'intersection porte sur une famille non vide :
est toujours une tribu contenant . Sans cela l'intersection n'aurait pas de sens. - C'est une tribu, par ce qu'on vient de démontrer.
- C'est la PLUS PETITE contenant
: toute tribu contenant figure dans l'intersection, donc contient .
⚠️ Cette définition ne dit pas quels sont les éléments de
ℹ️ Pourquoi pas une définition ascendante ? On aimerait partir de
C'est la plus petite tribu contenant tous les ouverts. Elle contient donc, en cascade :
| ensemble | pourquoi il est borélien |
|---|---|
| ouverts | par définition |
| fermés | complémentaires d'ouverts |
| réunion dénombrable de singletons | |
| complémentaire du précédent |
👉 La ligne
ℹ️ Générateurs équivalents. On obtient la même tribu en partant des
⚠️ ADMIS ici : l'existence d'une mesure
Mesure : additivité, monotonie, exemple de probabilité
Sur
Indices (3)
Correction détaillée
Une mesure sur
; -additivité : pour des deux à deux disjoints,
👉 Le second axiome est tout. L'additivité finie seule ne suffirait pas : c'est le passage à l'infini dénombrable qui donne les théorèmes de convergence (lot E) et qui distingue Lebesgue de Riemann.
⚠️ « Deux à deux disjoints » est indispensable. Sans cette hypothèse,
Additivité finie. Cas particulier de la
Monotonie. Si
👉 La positivité de
Sous-additivité. Pour des
Différence. Si
⚠️ L'hypothèse
La tribu est
| calcul | ||
|---|---|---|
👉
Contrôles : la monotonie se lit sur le tableau (
👉 Tout le vocabulaire probabiliste est du vocabulaire de mesure, renommé :
| théorie de la mesure | probabilités |
|---|---|
| espace probabilisé | |
| élément de |
événement |
| fonction mesurable | variable aléatoire |
| espérance |
|
| ensemble négligeable | événement presque impossible |
👉 Ce n'est pas une analogie : ce sont les mêmes objets. C'est pourquoi la théorie de la mesure est le préalable aux probabilités modernes — et pourquoi le chapitre tcl s'appuie sur celui-ci.
ℹ️ Trois mesures à connaître, au-delà de cet exemple : la mesure de comptage (
Négligeable, presque partout, λ(ℚ)=0
Définir un ensemble négligeable et « presque partout ». Montrer que toute partie dénombrable de
Indices (3)
Négligeable :
Correction détaillée
Négligeable.
⚠️ Pourquoi passer par un sur-ensemble
Presque partout. Une propriété est vraie p.p. si l'ensemble où elle est fausse est négligeable.
👉 C'est le concept qui donne à l'intégrale de Lebesgue sa souplesse : ce qui se passe sur un négligeable ne compte pas (B6).
Soit
Fixons
Alors
Ceci vaut pour tout
👉 Le ressort est la série géométrique. On dispose d'un budget
⚠️ Et c'est exactement ici que « dénombrable » intervient. Sur une famille non dénombrable, on ne peut pas indexer par
⚠️ C'est profondément contre-intuitif, et il faut s'y arrêter :
👉 Densité et mesure sont deux notions indépendantes. La densité est topologique (on approche tout point), la mesure est métrique (on occupe de la place).
Conséquence immédiate sur
Toute la masse de
Négligeable n'implique pas dénombrable.
L'ensemble triadique de Cantor
Et pourtant
| ensemble | dénombrable ? | négligeable ? |
|---|---|---|
| oui | oui | |
| Cantor |
non | oui |
| non | non |
👉 La ligne du milieu est celle qui compte : « dénombrable » est une condition SUFFISANTE de négligeabilité, jamais nécessaire. Écrire l'implication à l'envers est l'erreur classique du chapitre.
ℹ️ On peut même construire, par le même procédé avec des tiers plus étroits, un « Cantor gras » qui est non dénombrable, d'intérieur vide, et de mesure
Mesure de Lebesgue d'intervalles et de points
Donner
Indices (3)
Cantor : retirer
Correction détaillée
La mesure de Lebesgue est caractérisée par une seule exigence :
Tout le reste s'en déduit par les axiomes de A3.
⚠️ ADMIS ici : qu'une telle mesure existe sur les boréliens, et qu'elle soit unique. C'est le théorème de Carathéodory (C1) ; on l'utilise, on ne le démontre pas à ce niveau.
(Autre voie, plus instructive :
👉 Les bornes ne comptent pas : ouvert, fermé ou semi-ouvert, même mesure. C'est le premier signe que
| ensemble | raison | |
|---|---|---|
| définition | ||
| point | ||
| les bornes sont négligeables | ||
| dénombrable | ||
| complémentaire dans |
👉 Contrôle global : les deux dernières lignes doivent sommer à
1. Invariance par translation.
👉 C'est la propriété caractéristique : à normalisation près,
2. Comportement par dilatation.
3. Une réunion dénombrable de négligeables est négligeable, par
⚠️ Faux pour une réunion quelconque :
ℹ️ Retenez cette dernière ligne : elle est le meilleur test de compréhension du chapitre. Si l'on croit que « réunion de négligeables est négligeable » sans restriction, on peut « démontrer » que tout est de mesure nulle.
Fonctions mesurables
Définir une fonction mesurable. Montrer que sur
Indices (3)
Un atome est le plus petit ensemble mesurable non vide le contenant.
Continue : préimage d'ouvert ouverte
Correction détaillée
👉 C'est la définition de la continuité, avec des tribus à la place des topologies : l'image réciproque d'un ensemble « bien vu » à l'arrivée doit être « bien vue » au départ.
⚠️ Image RÉCIPROQUE, jamais directe. L'image directe d'un mesurable n'a aucune raison d'être mesurable — c'est une source d'erreur classique. La raison est structurelle :
Critère pratique, qui évite de tester tous les boréliens :
Il suffit en effet de le vérifier sur une famille génératrice de
Soit
Sens 1 — si
Sens 2 — si
est un mesurable qui contient
Donc
👉 Lecture : une fonction mesurable ne distingue pas ce que la tribu ne distingue pas. La mesurabilité est une contrainte de résolution, pas de régularité.
La classe des fonctions mesurables est très stable — bien plus que celle des fonctions continues :
| opération | mesurable ? |
|---|---|
| oui | |
| oui | |
| oui (dénombrable) | |
| oui (dénombrable) | |
| oui |
👉 La troisième ligne est celle qui change tout. Une limite simple de fonctions continues n'est pas continue en général ; une limite simple de fonctions mesurables est mesurable. C'est cette stabilité qui rend possibles les théorèmes du lot E.
La raison tient en une ligne :
⚠️ Toujours l'axiome 3. Avec un
Toute fonction continue
👉 Donc « mesurable » est beaucoup plus faible que « continue ». La fonction de Dirichlet
⚠️ ADMIS, et c'est un résultat difficile : il existe des fonctions Lebesgue-mesurables non boréliennes. La différence tient à la complétion (C2) — la tribu de Lebesgue contient toutes les parties des négligeables, ce que la borélienne ne fait pas.
ℹ️ En probabilités, une fonction mesurable s'appelle une variable aléatoire, et la tribu de départ modélise l'information disponible. «
Fonctions étagées et leur intégrale
Définir une fonction étagée et son intégrale
Indices (3)
Étagée :
Passer à l'écriture canonique (par les valeurs distinctes, atomes disjoints).
Correction détaillée
Une fonction étagée (ou simple) est une fonction mesurable ne prenant qu'un nombre fini de valeurs. Elle s'écrit
(Pour que la somme ci-dessous ait un sens, on suppose
On pose alors
👉 C'est la brique de toute la construction. L'intégrale d'une fonction quelconque sera définie par approximation étagée (B2) — donc si cette définition-ci est mal posée, rien de ce qui suit ne tient.
Une même fonction admet plusieurs écritures étagées. Sur
désignent la même fonction. Les deux formules donnent-elles la même intégrale ?
👉 Il faut le démontrer en général, sinon
ℹ️ C'est exactement le même souci qu'en A1 du chapitre analyse_complexe : une définition qui passe par un choix doit être montrée indépendante de ce choix.
Soient deux écritures de la même
L'idée : raffiner les deux découpages en un seul. Posons
Par additivité de
De même
Or sur chaque
👉 Le raffinement commun est LA technique de ce genre de preuve. On la retrouvera pour la linéarité de l'intégrale et pour Fubini (C4).
⚠️ La restriction « non vide » compte : si
L'intégrale des étagées est bien définie, linéaire et monotone — les trois se démontrent par le même raffinement.
Exemple sur la mesure discrète de A3, avec
👉 Sur un espace fini, toute fonction mesurable est étagée (A6 : elle est constante sur chaque atome, et il y en a un nombre fini). L'intégrale y est donc une simple somme pondérée — aucune limite n'est nécessaire.
ℹ️ La suite du programme : B2 définit
Intégrale d'une fonction positive : linéarité, monotonie
Définir
Indices (3)
Monotonie : tout
En fini :
Correction détaillée
Pour
👉 Pourquoi un supremum, et pourquoi par en dessous. On approche
⚠️ La valeur
ℹ️ Le contraste avec Riemann est ici, et il est décisif. Riemann découpe l'abscisse en petits intervalles ; Lebesgue découpe l'ordonnée en tranches et mesure leurs images réciproques. C'est ce qui permet d'intégrer des fonctions très irrégulières (B4).
Soient
Toute étagée
Un supremum sur un ensemble plus grand est plus grand :
👉 La preuve tient en une inclusion d'ensembles. C'est le grand avantage de la définition par supremum : les propriétés d'ordre s'en déduisent sans calcul.
⚠️ L'additivité
La difficulté est réelle : si
👉 La sortie passe par le théorème de convergence monotone (E1). On construit une suite croissante d'étagées
et l'on passe à la limite en utilisant la linéarité déjà acquise sur les étagées (B1).
⚠️ L'ordre logique compte, et il n'est pas celui du cours. On démontre la convergence monotone AVANT la linéarité, alors qu'on présente souvent l'inverse. Le circuit est : étagées (B1) → monotonie (ici) → convergence monotone (E1) → linéarité.
ℹ️ Cette construction ascendante existe :
| propriété | énoncé |
|---|---|
| monotonie | |
| linéarité positive | |
| Beppo Levi | |
| Fatou | |
| nullité |
👉 La dernière ligne est un résultat fort, démontré en B6 : une fonction positive d'intégrale nulle est nulle presque partout. Elle est fausse sans la positivité —
ℹ️ Interversion somme-intégrale gratuite pour les termes positifs :
Fonctions intégrables L¹
Définir
Indices (3)
Inégalité triangulaire à partir de
Éviter la forme indéterminée
Correction détaillée
Pour
Ces deux fonctions sont positives et mesurables (A6), et l'on a les deux identités clés :
👉 On se ramène ainsi au cas positif de B2, où l'intégrale est déjà définie. C'est le seul but de ce découpage.
Définition.
Parce que sans cette condition, la différence peut être indéterminée.
Comme
Si les deux valaient
Le contre-exemple à retenir :
👉 Cette fonction n'est PAS Lebesgue-intégrable, alors que son intégrale de Riemann généralisée converge. C'est le seul point où Riemann fait quelque chose que Lebesgue ne fait pas — et la raison est que la convergence y est conditionnelle, obtenue par compensation entre les arches positives et négatives.
⚠️ Lebesgue exige une convergence absolue. C'est le prix de la robustesse : en échange, tous les théorèmes de convergence du lot E deviennent disponibles.
Preuve. Par définition et par l'inégalité triangulaire dans
👉 On a utilisé la linéarité positive (B2) pour regrouper les deux intégrales en une seule. Chaque pas s'appuie sur ce qui précède — c'est ce qui rend la construction sûre.
Cas d'égalité : il y a égalité si et seulement si
| fonction sur |
|
|---|---|
| continue sur un segment | oui |
| oui, d'intégrale |
|
| oui — |
|
| non — |
|
| non — pas absolument convergente |
👉 Les deux dernières lignes échouent pour des raisons différentes : la quatrième diverge en valeur absolue et en valeur signée ; la cinquième converge en valeur signée mais pas en valeur absolue. Seule la seconde est propre à Lebesgue.
⚠️
ℹ️ C'est cette identification qui rend
Dirichlet : Lebesgue oui, Riemann non
Montrer que la fonction de Dirichlet
Indices (3)
Lebesgue :
Riemann : comparer sommes inférieures et supérieures de Darboux.
Correction détaillée
👉 C'est le contre-exemple fondateur : discontinue en tout point de
C'est précisément pour des fonctions de ce genre que la théorie a été construite.
C'est une fonction étagée — elle ne prend que deux valeurs. On applique donc directement B1 :
Or
👉 Le calcul tient en une ligne, et il ne demande aucune limite. Toute la difficulté a été absorbée en amont, par la construction de
ℹ️ Lecture directe :
Riemann encadre par des sommes de Darboux sur une subdivision
Sur tout sous-intervalle
D'où, quelle que soit la subdivision :
Les sommes supérieures valent toujours
👉 Raffiner la subdivision ne sert à rien — c'est ce qui distingue ce cas d'une fonction simplement « difficile ». L'écart reste
👉 Les deux théories ne découpent pas le même axe :
| découpe | conséquence | |
|---|---|---|
| Riemann | l'abscisse, en petits intervalles | chaque morceau contient du |
| Lebesgue | l'ordonnée, en niveaux | deux niveaux seulement, et l'on mesure leurs images réciproques |
Lebesgue demande « où
Le critère qui tranche (Lebesgue, admis) :
⚠️ Et la comparaison n'est pas à sens unique. Sur un segment, toute fonction Riemann-intégrable est Lebesgue-intégrable, de même intégrale — Lebesgue étend Riemann. Mais sur un intervalle non borné,
ℹ️ Le gain réel de Lebesgue n'est pas d'intégrer plus de fonctions : c'est de rendre l'intégrale stable par passage à la limite (lot E). C'est cette stabilité qui manquait à Riemann, et qui rend
Calculs concrets d'intégrales
Calculer
Indices (3)
Sur une fonction réglée, l'intégrale de Lebesgue redonne celle de Riemann.
Correction détaillée
👉 Pour une fonction CONTINUE sur un segment, les deux intégrales coïncident. On peut donc utiliser toutes les techniques du calcul intégral usuel — primitives, intégration par parties, changement de variable.
C'est le critère de Lebesgue rappelé en B4 : une fonction continue n'a aucun point de discontinuité, donc elle est Riemann-intégrable, donc les deux notions se rejoignent.
⚠️ Ce pont n'est pas une évidence de définition — c'est un théorème. Sans lui, chaque calcul concret demanderait de revenir aux étagées.
(a)
(b)
⚠️ Ici l'intervalle est non borné, donc Riemann ne s'applique qu'en version généralisée. Au sens de Lebesgue, aucune précaution :
(c)
Contrôle sur (c) : pour
👉 Ce passage à la limite sera justifié en E3 par la convergence dominée :
⚠️ Le point
ℹ️ La convergence est aussi non uniforme sur
| situation | que faire |
|---|---|
| primitives, comme d'habitude | |
| Lebesgue direct ; l'intégrale existe dans |
|
| vérifier |
|
| revenir aux étagées (B4) | |
| une limite |
convergence monotone ou dominée (E1, E3) |
👉 La troisième ligne est celle qu'on saute. Écrire
ℹ️ Un repère utile, de la même famille que (b) :
Égalité presque partout et intégrale
Montrer que si
Indices (3)
Correction détaillée
👉 C'est la propriété qui donne à l'intégrale de Lebesgue toute sa souplesse. Ce qui se passe sur un ensemble de mesure nulle n'a aucun effet sur l'intégrale — donc on peut modifier une fonction sur un négligeable, la corriger là où elle est mal définie, ou l'identifier à une version plus régulière.
Rien de tel chez Riemann, où modifier une fonction sur
Posons
Étape 1 — une fonction nulle hors d'un négligeable a une intégrale nulle. Soit
où chaque
Étape 2 — conclure. Décomposons :
Par linéarité et par l'étape 1,
Réciproque partielle, valable pour
Le sens
Pour chaque
Or
est une réunion dénombrable de négligeables, donc négligeable (A5). Donc
👉 Encore l'axiome de dénombrabilité. Sans lui, la réunion ne serait pas contrôlée et le résultat tomberait. C'est la troisième fois du chapitre que tout repose là-dessus.
⚠️ La positivité est indispensable :
1. Modifier une fonction sur
Exemple :
2.
👉 C'est ce quotient qui rend
⚠️ Conséquence pratique à ne pas oublier : un élément de
ℹ️ C'est pourquoi les énoncés de convergence du lot E se formulent tous « presque partout » et jamais « partout ».
Convergence monotone (Beppo Levi)
Énoncer le théorème de convergence monotone. L'illustrer sur
Indices (3)
Sommes partielles
Correction détaillée
Théorème de convergence monotone (Beppo Levi). Soit
Alors
👉 Aucune hypothèse de domination n'est requise — c'est ce qui distingue ce théorème de la convergence dominée (E3). La croissance suffit, et les deux membres peuvent valoir
⚠️ Les deux hypothèses sont indispensables : positivité et croissance. Sans positivité,
La suite est bien croissante : l'intervalle
Les intégrales :
La limite ponctuelle : pour
Donc
ℹ️ Le point
Pour des fonctions positives
👉 Aucune hypothèse de convergence n'est nécessaire. Les deux membres peuvent valoir
⚠️ C'est un privilège du cas positif. Pour des termes de signe variable, il faut une hypothèse — c'est l'objet de E6, où l'on exige
Exemple. Sur
Les deux divergent — et le théorème l'affirme quand même ✓ C'est exactement ce que « l'égalité vaut dans
👉 Il ne sert pas qu'à calculer des limites : il est un maillon de la CONSTRUCTION. Rappel de B2 : la linéarité
L'ordre logique est donc :
⚠️ Ne pas invoquer la linéarité pour démontrer Beppo Levi : ce serait circulaire. C'est une erreur qu'on commet facilement en récitant le cours dans l'ordre où il est présenté plutôt que dans l'ordre où il se démontre.
ℹ️ Autre usage courant : intervertir une série et une intégrale pour calculer une somme, comme dans le calcul de
Lemme de Fatou et masse fuyante
Énoncer le lemme de Fatou. Montrer sur
Indices (3)
Correction détaillée
Lemme de Fatou. Pour toute suite de fonctions mesurables positives :
👉 Aucune hypothèse de convergence ni de monotonie. C'est ce qui fait sa force : il s'applique à n'importe quelle suite positive, y compris une suite qui ne converge pas du tout.
⚠️ C'est une INÉGALITÉ, et le sens compte. L'intégrale de la limite inférieure est inférieure — jamais l'inverse. Retenez le sens par l'exemple qui suit, pas par cœur.
Les intégrales sont toutes égales à
La limite ponctuelle est nulle. Fixons
donc
Confrontons :
👉 L'image à retenir : la masse
Cet exemple à lui seul montre qu'on ne peut pas espérer mieux que l'inégalité :
| énoncé tentant | vrai ? |
|---|---|
| oui (Fatou) | |
| non — ici |
|
| non — ce serait |
👉 La troisième ligne est le test de mémoire. Si tu hésites sur le sens de l'inégalité, refaites mentalement l'exemple : la limite ponctuelle « perd » de la masse, donc c'est elle qui est du petit côté.
⚠️ La positivité est requise. Sans elle,
👉 C'est l'outil quand on ne SAIT PAS si la limite se comporte bien. Il donne toujours une majoration, sans rien exiger — et c'est souvent tout ce dont on a besoin.
Usage type : montrer qu'une limite est intégrable. Si
donc
Et c'est le maillon vers la convergence dominée. La preuve de la DCT (E3) consiste à appliquer Fatou deux fois — à
ℹ️ Fatou sert aussi à démontrer la semi-continuité inférieure de la norme
Convergence dominée (Lebesgue)
Énoncer le théorème de convergence dominée. L'appliquer à
Indices (3)
Conclusion
Correction détaillée
Théorème de convergence dominée (Lebesgue). Soit
presque partout ; - il existe
avec p.p., pour tout .
Alors
👉 C'est le théorème le plus utilisé de toute la théorie. Il n'exige ni monotonie, ni positivité, ni convergence uniforme — seulement une dominante intégrable, indépendante de
⚠️ « Indépendante de
Vérifions les deux hypothèses, dans l'ordre.
1. Convergence p.p. Pour
2. Domination. Sur
Conclusion :
Contrôle par le calcul direct (B5) :
👉 Ici les deux voies concordent. L'intérêt du théorème est évidemment ailleurs : dans les cas où l'on ne sait pas calculer
1. La convergence n'est pas uniforme.
👉 Les théorèmes classiques de Riemann, qui exigent l'uniformité, ne s'appliquent donc pas. La DCT, si. C'est exactement le gain de la théorie de Lebesgue — remplacer une hypothèse d'uniformité, rarement vérifiée, par une hypothèse de domination, souvent facile.
2. La convergence n'est pas partout. Le point
⚠️ Chez Riemann, aucun énoncé n'accepte une exception ponctuelle de ce genre. Il faudrait modifier la limite en ce point — sans conséquence pour Riemann tant qu'il s'agit d'un nombre fini de points, mais une modification sur un ensemble dense peut détruire l'intégrabilité (B4).
ℹ️ Sur
👉 La marche à suivre, dans cet ordre :
| étape | ce qu'on écrit |
|---|---|
| 1. identifier la limite ponctuelle | « pour |
| 2. repérer où la convergence échoue | « sauf en |
| 3. exhiber une dominante | « |
| 4. vérifier |
« |
| 5. conclure |
⚠️ L'étape 3 est celle qu'on bâcle, et c'est la seule qui puisse être fausse. Écrire « la suite est bornée » ne suffit pas : il faut une fonction explicite, indépendante de
⚠️ Sur un intervalle non borné, une constante n'est jamais intégrable :
ℹ️ Corollaire très utilisé : si
Échec sans domination
Montrer par un contre-exemple que, sans dominante intégrable,
Indices (3)
Reprendre la masse fuyante de Fatou.
Une dominante
Correction détaillée
Convergence ponctuelle. Pour
Intégrales. Pour tout
👉 La conclusion de la DCT est donc FAUSSE ici :
Cherchons la plus petite fonction
Fixons
Or
👉 Il n'existe donc AUCUNE dominante intégrable. Ce n'est pas qu'on n'en a pas trouvé : la plus petite candidate possible échoue déjà, donc toutes échouent.
⚠️ C'est la bonne façon de montrer qu'une hypothèse est indispensable : exhiber le meilleur candidat et montrer qu'il ne convient pas.
| hypothèse de la DCT | vérifiée ici ? |
|---|---|
| mesurabilité des |
oui |
| convergence p.p. vers |
oui, vers |
| dominante |
NON |
👉 Une seule hypothèse manque, et la conclusion tombe entièrement. C'est ce qui prouve que la domination n'est pas une commodité technique mais le cœur du théorème.
Et Fatou, lui, tient toujours (E2) :
👉 Fatou n'exige aucune domination — il ne donne qu'une inégalité, et cette inégalité est ici stricte. C'est exactement la marge que la domination sert à refermer.
👉 Il vaut la peine de connaître les trois profils, car ils reviennent constamment :
| nom | suite | ce qui se passe |
|---|---|---|
| pic qui monte | la masse se concentre en |
|
| masse qui part à l'infini | la bosse glisse vers la droite sans se déformer | |
| bosse qui s'étale | l'aire reste |
Dans les trois cas :
⚠️ Les deuxième et troisième n'existent que sur un domaine de mesure infinie. Sur
ℹ️ Ces trois exemples réapparaissent en D6 pour distinguer les modes de convergence : ils convergent tous vers
Intégrale à paramètre : continuité, dérivation sous ∫
Énoncer les théorèmes de continuité et de dérivation sous le signe
Indices (3)
Continuité :
Dérivation :
Correction détaillée
Soit
Continuité. Si
Dérivation. Si de plus
👉 Les deux se démontrent par la DCT, appliquée à une suite
⚠️ « Indépendante de
Calcul direct d'abord, pour avoir la cible :
⚠️ L'intégrale diverge pour
Contrôle par dérivation directe :
Cherchons une dominante pour
Sur
👉 La sortie est de travailler sur
Pour la dérivée, de même :
Les théorèmes s'appliquent donc sur
👉 Cette technique — dominer sur un compact ou un fermé strictement inclus, puis recoller — est LA méthode standard. Elle sert dès que la dominante « globale » n'existe pas.
Et le calcul direct donne
Les deux voies concordent — c'est le contrôle qui valide l'application du théorème.
👉 En itérant, on obtient une famille d'intégrales utiles :
En
ℹ️ C'est l'intérêt réel du théorème : dériver sous l'intégrale transforme une famille d'intégrales difficiles en une simple dérivation. La méthode s'appelle parfois « astuce de Feynman », et elle repose entièrement sur la DCT.
Interversion somme-intégrale
Donner les deux théorèmes d'interversion
Indices (3)
(i)
(ii)
Correction détaillée
(i) Termes positifs — Beppo Levi (E1). Si
👉 Aucune hypothèse. Les deux membres peuvent valoir
(ii) Convergence normale — via la DCT. Si
⚠️ La condition porte sur
Les termes
Côté gauche : la série géométrique somme à
Côté droit :
👉 C'est le point du théorème (i) qu'on trouve étrange et qui est essentiel : il ne dit pas que l'intégrale est finie, il dit que les deux calculs donnent la même réponse, finie ou non. Ici les deux divergent, et c'est une information — pas un échec.
ℹ️ On retrouve
Prenons
👉 Et pourtant le résultat annoncé est vrai. C'est exactement le genre de situation où l'on invoque un théorème par habitude sans vérifier son hypothèse, et où l'on obtient la bonne réponse pour une mauvaise raison.
⚠️ Toujours tester l'hypothèse AVANT d'invoquer le théorème. Ici elle échoue, donc il faut une autre justification.
Posons
Convergence p.p. Pour
Domination — et elle existe :
et la constante
La DCT s'applique donc aux sommes partielles :
Contrôle :
| signe des termes | positifs | alternés |
| théorème (i) applicable ? | oui, sans condition | non (termes non positifs) |
| théorème (ii) applicable ? | sans objet | NON |
| justification retenue | Beppo Levi | DCT sur les sommes partielles |
| résultat |
👉 La leçon : quand aucun des deux théorèmes d'interversion ne s'applique, il reste la DCT appliquée directement à la suite des sommes partielles. C'est souvent possible, et plus facile qu'il n'y paraît — ici la forme close de
ℹ️ La série harmonique alternée converge conditionnellement et non absolument : c'est précisément ce qui met (ii) en échec, et c'est le même phénomène que