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Exercices corrigés — Intégrale de Lebesgue

Analyse · 18 exercices-types du palier socle

L2L3Maths ingénieur

Chaque exercice donne l'énoncé, des indices progressifs et la correction rédigée étape par étape. Ouvre les blocs seulement après avoir cherché.

Revoir le cours : Intégrale de Lebesgue Définitions, méthodes et exemples corrigés du chapitre.

Tribus, atomes, nombre de Bell

CalculDifficulté 3/5

Énoncer les axiomes d'une tribu. Lister toutes les tribus sur Ω={0,1,2}\Omega=\{0,1,2\} et vérifier qu'il y en a 55. Quel lien avec les partitions de Ω\Omega ?

Indices (3)

Tribu : contient ∅\varnothing, stable par complémentaire et réunion dénombrable.

Sur un ensemble fini, une tribu est engendrée par ses atomes (une partition).

#partitions(3)=B3=5\#\text{partitions}(3)=B_3=5 (nombre de Bell).

Correction détaillée
Les axiomes, et à quoi chacun sert

Une tribu (ou σ\sigma-algèbre) sur Ω\Omega est une famille A\mathcal{A} de parties de Ω\Omega telle que :

  1. Ω∈A\Omega\in\mathcal{A} ;
  2. stabilité par complémentaire : A∈A⇒Ω∖A∈AA\in\mathcal{A}\Rightarrow \Omega\setminus A\in\mathcal{A} ;
  3. stabilité par réunion DÉNOMBRABLE : A1,A2,⋯∈A⇒⋃n≥1An∈AA_1,A_2,\dots\in\mathcal{A}\Rightarrow\bigcup_{n\geq 1}A_n\in\mathcal{A}.

👉 Pourquoi ces trois-là. Ce sont exactement les opérations dont on a besoin pour mesurer : le tout, le contraire, et l'assemblage d'une infinité dénombrable de morceaux.

⚠️ Le mot « dénombrable » de l'axiome 3 est le cœur de la théorie. Avec des réunions quelconques, toute partie de R\mathbb{R} serait dans la tribu (chaque partie est réunion de ses points), et l'on retomberait sur la difficulté que Vitali exhibe en C3 : il n'existe alors aucune mesure raisonnable.

ℹ️ Deux conséquences immédiates : ∅=Ω∖Ω∈A\varnothing=\Omega\setminus\Omega\in\mathcal{A}, et la stabilité par intersection dénombrable, par passage au complémentaire (⋂An=Ω∖⋃(Ω∖An)\bigcap A_n=\Omega\setminus\bigcup(\Omega\setminus A_n)).

Les cinq tribus sur $\Omega=\{0,1,2\}$

Énumérons-les, de la plus grossière à la plus fine :

tribu atomes
{∅,Ω}\{\varnothing,\Omega\} {0,1,2}\{0,1,2\}
{∅,{0},{1,2},Ω}\{\varnothing,\{0\},\{1,2\},\Omega\} {0}\{0\}, {1,2}\{1,2\}
{∅,{1},{0,2},Ω}\{\varnothing,\{1\},\{0,2\},\Omega\} {1}\{1\}, {0,2}\{0,2\}
{∅,{2},{0,1},Ω}\{\varnothing,\{2\},\{0,1\},\Omega\} {2}\{2\}, {0,1}\{0,1\}
P(Ω)\mathcal{P}(\Omega), les 88 parties {0}\{0\}, {1}\{1\}, {2}\{2\}

Il y en a exactement 55 ✓

👉 Pourquoi pas d'autres ? Chaque tribu doit contenir ∅\varnothing et Ω\Omega, et être stable par complémentaire — donc ses éléments vont par paires {A,Ω∖A}\{A,\Omega\setminus A\}. Une famille comme {∅,{0},{1},Ω}\{\varnothing,\{0\},\{1\},\Omega\} échoue : elle ne contient pas {0}∪{1}={0,1}\{0\}\cup\{1\}=\{0,1\}.

⚠️ Ne pas confondre : il y a 23=82^3=8 parties, 28=2562^8=256 familles de parties, et seulement 55 tribus.

Le lien avec les atomes, et avec le nombre de Bell

👉 Sur un ensemble FINI, une tribu est entièrement déterminée par ses ATOMES — ses plus petits éléments non vides. Les atomes forment une partition de Ω\Omega, et tout élément de la tribu est une réunion d'atomes.

La correspondance est bijective :

{tribus sur Ω fini} ⟷ {partitions de Ω}.\{\text{tribus sur }\Omega\ \text{fini}\}\ \longleftrightarrow\ \{\text{partitions de }\Omega\}.

Le nombre de partitions d'un ensemble à nn éléments est le nombre de Bell BnB_n :

nn 11 22 33 44 55
BnB_n 11 22 5\mathbf{5} 1515 5252

Pour n=3n=3 : B3=5B_3=5, ce qui confirme le comptage ✓

👉 Lecture du tableau ci-dessus : chaque ligne y est bien une partition — {0,1,2}\{0,1,2\} en un bloc, puis les trois découpages en 1+21+2, puis les trois singletons. Il manquerait la partition en {0},{1},{2}\{0\},\{1\},\{2\} si l'on avait oublié P(Ω)\mathcal{P}(\Omega).

ℹ️ Une tribu se lit donc comme une résolution d'observation : ses atomes sont ce qu'on ne peut pas distinguer plus finement. C'est cette lecture qui rend la notion utile en probabilités, où la tribu modélise l'information disponible.

Ce que le cas fini ne dit pas du cas infini

⚠️ Toute cette description tombe sur R\mathbb{R}. Les atomes de la tribu borélienne sont les singletons, mais elle ne se réduit pas aux réunions d'atomes : toute partie de R\mathbb{R} est réunion de ses points, et il existe des parties non boréliennes (voir ci-dessous).

fini: tribu ≡ partitioncontreR: aucune description par atomes.\text{fini}:\ \text{tribu}\ \equiv\ \text{partition}\qquad\text{contre}\qquad \mathbb{R}:\ \text{aucune description par atomes}.

👉 C'est pourquoi on ne peut pas lister les boréliens comme on liste les cinq tribus ci-dessus. On les définit par engendrement (A2) — la plus petite tribu contenant les intervalles — et non par énumération.

ℹ️ Ordre de grandeur, pour situer : il y a autant de boréliens que de réels (2ℵ02^{\aleph_0}), mais strictement plus de parties de R\mathbb{R} (22ℵ02^{2^{\aleph_0}}). Il existe donc des parties non boréliennes — et même, plus fort, des parties non Lebesgue-mesurables (C3).

5 tribus sur Ω={0,1,2} — une par PARTITION de Ω\boxed{\text{5 tribus sur }\Omega=\{0,1,2\}\ \text{— une par PARTITION de }\Omega}
Réponse. 55 tribus sur 33 points =B3=B_3 ; tribu finie ↔\leftrightarrow partition (atomes). (Vérifié machine : énumération exhaustive #tribus=\#\text{tribus}= Bell, bijection tribu↔\leftrightarrowpartition — A ✓)
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Tribu engendrée, boréliens

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer qu'une intersection quelconque de tribus est une tribu, et définir la tribu engendrée σ(C)\sigma(\mathcal{C}) par une famille C\mathcal{C}. Qu'est-ce que la tribu borélienne de R\mathbb{R} ?

Indices (3)

Vérifier les trois axiomes sur ⋂iAi\bigcap_i\mathcal{A}_i.

σ(C)\sigma(\mathcal{C}) = plus petite tribu contenant C\mathcal{C} = intersection de toutes celles qui contiennent C\mathcal{C}.

Boréliens = σ(ouverts)\sigma(\text{ouverts}).

Correction détaillée
Une intersection de tribus est une tribu

Soit (Ai)i∈I(\mathcal{A}_i)_{i\in I} une famille quelconque de tribus sur Ω\Omega — II peut être infini, voire non dénombrable. Posons A=⋂i∈IAi\mathcal{A}=\bigcap_{i\in I}\mathcal{A}_i.

On vérifie les trois axiomes, et chacun se ramène au fait que la propriété vaut dans chaque Ai\mathcal{A}_i :

1. Ω∈Ai\Omega\in\mathcal{A}_i pour tout ii, donc Ω∈A\Omega\in\mathcal{A} ✓

2. Si A∈AA\in\mathcal{A}, alors A∈AiA\in\mathcal{A}_i pour tout ii, donc Ω∖A∈Ai\Omega\setminus A\in\mathcal{A}_i pour tout ii, donc Ω∖A∈A\Omega\setminus A\in\mathcal{A} ✓

3. Si A1,A2,⋯∈AA_1,A_2,\dots\in\mathcal{A}, ils sont dans chaque Ai\mathcal{A}_i, donc leur réunion aussi, donc elle est dans A\mathcal{A} ✓

■\blacksquare

⚠️ Le résultat est FAUX pour la réunion. Sur {0,1,2}\{0,1,2\}, réunissons deux tribus du tableau de A1 :

{∅,{0},{1,2},Ω} ∪ {∅,{1},{0,2},Ω}\{\varnothing,\{0\},\{1,2\},\Omega\}\ \cup\ \{\varnothing,\{1\},\{0,2\},\Omega\}

ne contient pas {0}∪{1}={0,1}\{0\}\cup\{1\}=\{0,1\} : ce n'est pas une tribu. L'intersection préserve, la réunion non — c'est vrai pour presque toutes les structures algébriques.

La tribu engendrée

Le résultat précédent permet la définition suivante. Pour C\mathcal{C} une famille quelconque de parties :

σ(C)=⋂{A : A tribu, C⊆A}\boxed{\sigma(\mathcal{C})=\bigcap\{\mathcal{A}\ :\ \mathcal{A}\ \text{tribu},\ \mathcal{C}\subseteq\mathcal{A}\}}

👉 Trois points à comprendre :

  1. L'intersection porte sur une famille non vide : P(Ω)\mathcal{P}(\Omega) est toujours une tribu contenant C\mathcal{C}. Sans cela l'intersection n'aurait pas de sens.
  2. C'est une tribu, par ce qu'on vient de démontrer.
  3. C'est la PLUS PETITE contenant C\mathcal{C} : toute tribu contenant C\mathcal{C} figure dans l'intersection, donc contient σ(C)\sigma(\mathcal{C}).

⚠️ Cette définition ne dit pas quels sont les éléments de σ(C)\sigma(\mathcal{C}). Elle est descendante — on ne construit rien, on intersecte tout ce qui convient. C'est ce qui la rend générale, et c'est aussi ce qui la rend abstraite : on ne peut pas « lister » σ(C)\sigma(\mathcal{C}).

ℹ️ Pourquoi pas une définition ascendante ? On aimerait partir de C\mathcal{C} et fermer par complémentaires et réunions dénombrables. Mais il faut itérer ce procédé une infinité non dénombrable de fois (ω1\omega_1 étapes) pour que ça se stabilise. La définition par intersection contourne cette difficulté d'un trait.

Les boréliens
B(R)=σ({intervalles ouverts})\boxed{\mathcal{B}(\mathbb{R})=\sigma\big(\{\text{intervalles ouverts}\}\big)}

C'est la plus petite tribu contenant tous les ouverts. Elle contient donc, en cascade :

ensemble pourquoi il est borélien
ouverts par définition
fermés complémentaires d'ouverts
{a}\{a\} ⋂n ]a−1n,a+1n[\bigcap_n\ ]a-\tfrac1n,a+\tfrac1n[, intersection dénombrable
Q\mathbb{Q} réunion dénombrable de singletons
R∖Q\mathbb{R}\setminus\mathbb{Q} complémentaire du précédent

👉 La ligne Q\mathbb{Q} est celle qui montre le rôle de l'axiome 3. Les rationnels sont dénombrables, donc leur réunion est licite ; c'est pour cela que Q\mathbb{Q} est borélien alors qu'il n'est ni ouvert ni fermé.

ℹ️ Générateurs équivalents. On obtient la même tribu en partant des ]a,b[]a,b[, des ]−∞,a]]-\infty,a], ou des fermés. Le plus commode est souvent {]−∞,a], a∈Q}\{]-\infty,a],\ a\in\mathbb{Q}\} — une famille dénombrable, ce qui simplifie les preuves de mesurabilité.

⚠️ ADMIS ici : l'existence d'une mesure λ\lambda sur B(R)\mathcal{B}(\mathbb{R}) prolongeant la longueur des intervalles. C'est le théorème de Carathéodory (C1), et il n'est pas trivial.

Réponse. ⋂\bigcap tribus = tribu ; σ(C)\sigma(\mathcal{C}) = plus petite tribu ⊇C\supseteq\mathcal{C} ; B(R)=σ(ouverts)\mathcal{B}(\mathbb{R})=\sigma(\text{ouverts}). (Intersection de tribus certifiée sur instances ; existence de σ(C)\sigma(\mathcal{C}) = relecture)
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Mesure : additivité, monotonie, exemple de probabilité

CalculDifficulté 3/5

Sur Ω={0,1,2}\Omega=\{0,1,2\} discret, on pose μ({0})=12,μ({1})=13,μ({2})=16\mu(\{0\})=\tfrac12,\mu(\{1\})=\tfrac13,\mu(\{2\})=\tfrac16. Calculer μ({0,1})\mu(\{0,1\}), μ(Ω)\mu(\Omega), et vérifier additivité et monotonie. Énoncer la σ\sigma-additivité.

Indices (3)

μ(A)=∑\mu(A)=\sum des poids des atomes ⊆A\subseteq A.

μ({0,1})=μ({0})+μ({1})\mu(\{0,1\})=\mu(\{0\})+\mu(\{1\}).

σ\sigma-additivité : réunion disjointe dénombrable.

Correction détaillée
La définition, et l'axiome qui compte

Une mesure sur (Ω,A)(\Omega,\mathcal{A}) est une application μ:A→[0,+∞]\mu:\mathcal{A}\to[0,+\infty] telle que :

  1. μ(∅)=0\mu(\varnothing)=0 ;
  2. σ\sigma-additivité : pour des AnA_n deux à deux disjoints,
μ(⨆n≥1An)=∑n≥1μ(An).\mu\Big(\bigsqcup_{n\geq 1}A_n\Big)=\sum_{n\geq 1}\mu(A_n).

👉 Le second axiome est tout. L'additivité finie seule ne suffirait pas : c'est le passage à l'infini dénombrable qui donne les théorèmes de convergence (lot E) et qui distingue Lebesgue de Riemann.

⚠️ « Deux à deux disjoints » est indispensable. Sans cette hypothèse, μ(A∪B)≤μ(A)+μ(B)\mu(A\cup B)\leq\mu(A)+\mu(B) seulement — la sous-additivité, qui elle est toujours vraie.

Les propriétés qui en découlent

Additivité finie. Cas particulier de la σ\sigma-additivité avec A3=A4=⋯=∅A_3=A_4=\dots=\varnothing.

Monotonie. Si A⊆BA\subseteq B, on écrit B=A⊔(B∖A)B=A\sqcup(B\setminus A), d'où

μ(B)=μ(A)+μ(B∖A)⏟≥0 ≥ μ(A).\mu(B)=\mu(A)+\underbrace{\mu(B\setminus A)}_{\geq 0}\ \geq\ \mu(A).

👉 La positivité de μ\mu est ce qui fait marcher l'argument — une « mesure signée » n'est pas monotone.

Sous-additivité. Pour des AnA_n quelconques, μ(⋃An)≤∑μ(An)\mu\big(\bigcup A_n\big)\leq\sum\mu(A_n) : on rend les morceaux disjoints en retirant ce qui précède, ce qui ne peut que diminuer chaque terme.

Différence. Si A⊆BA\subseteq B et μ(A)<∞\mu(A)<\infty : μ(B∖A)=μ(B)−μ(A)\mu(B\setminus A)=\mu(B)-\mu(A).

⚠️ L'hypothèse μ(A)<∞\mu(A)<\infty n'est pas superflue : avec μ=λ\mu=\lambda, A=B=RA=B=\mathbb{R}, on écrirait ∞−∞\infty-\infty.

L'exemple : une probabilité sur $\{0,1,2\}$
μ({0})=12,μ({1})=13,μ({2})=16.\mu(\{0\})=\tfrac12,\qquad \mu(\{1\})=\tfrac13,\qquad \mu(\{2\})=\tfrac16.

La tribu est P(Ω)\mathcal{P}(\Omega), et par additivité finie il suffit de sommer :

AA μ(A)\mu(A) calcul
{0,1}\{0,1\} 56\tfrac56 12+13=36+26\tfrac12+\tfrac13=\tfrac36+\tfrac26
{0,2}\{0,2\} 23\tfrac23 12+16=36+16=46\tfrac12+\tfrac16=\tfrac36+\tfrac16=\tfrac46
{1,2}\{1,2\} 12\tfrac12 13+16=26+16=36\tfrac13+\tfrac16=\tfrac26+\tfrac16=\tfrac36
Ω\Omega 11 12+13+16=66\tfrac12+\tfrac13+\tfrac16=\tfrac66

👉 μ(Ω)=1\mu(\Omega)=1 : c'est une PROBABILITÉ. Une mesure de masse totale 11, rien de plus — et c'est exactement la définition d'une loi de probabilité.

Contrôles : la monotonie se lit sur le tableau (μ({0,1})=56≥μ({0})=12\mu(\{0,1\})=\tfrac56\geq\mu(\{0\})=\tfrac12 ✓), et l'additivité aussi (μ({0,1})+μ({2})=56+16=1=μ(Ω)\mu(\{0,1\})+\mu(\{2\})=\tfrac56+\tfrac16=1=\mu(\Omega) ✓).

Le pont avec les probabilités

👉 Tout le vocabulaire probabiliste est du vocabulaire de mesure, renommé :

théorie de la mesure probabilités
(Ω,A,μ)(\Omega,\mathcal{A},\mu) avec μ(Ω)=1\mu(\Omega)=1 espace probabilisé
élément de A\mathcal{A} événement
fonction mesurable variable aléatoire
∫f dμ\int f\,d\mu espérance E[X]\mathbb{E}[X]
ensemble négligeable événement presque impossible

👉 Ce n'est pas une analogie : ce sont les mêmes objets. C'est pourquoi la théorie de la mesure est le préalable aux probabilités modernes — et pourquoi le chapitre tcl s'appuie sur celui-ci.

ℹ️ Trois mesures à connaître, au-delà de cet exemple : la mesure de comptage (μ(A)=card⁡A\mu(A)=\operatorname{card}A, qui rend les séries des intégrales), la mesure de Dirac δa\delta_a (11 si a∈Aa\in A, 00 sinon), et la mesure de Lebesgue λ\lambda (A5).

μ(Ω)=12+13+16=1 ⟹ mesure de PROBABILITEˊ\boxed{\mu(\Omega)=\tfrac12+\tfrac13+\tfrac16=1\ \Longrightarrow\ \text{mesure de PROBABILITÉ}}
Réponse. μ({0,1})=56\mu(\{0,1\})=\tfrac56, μ(Ω)=1\mu(\Omega)=1 ; additivité & monotonie OK. (Vérifié machine : μ(A⊔B)=μ(A)+μ(B)\mu(A\sqcup B)=\mu(A)+\mu(B), monotonie — A ✓)
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Négligeable, presque partout, λ(ℚ)=0

DémonstrationDifficulté 3/5

Définir un ensemble négligeable et « presque partout ». Montrer que toute partie dénombrable de R\mathbb{R} est λ\lambda-négligeable, et en déduire λ(Q)=0\lambda(\mathbb{Q})=0.

Indices (3)

Négligeable : λ(N)=0\lambda(N)=0 (recouvrement par des intervalles de longueur totale <ε<\varepsilon).

λ({x})=0\lambda(\{x\})=0 ; recouvrir le nn-ième point par un intervalle de longueur ε/2n\varepsilon/2^n.

Q\mathbb{Q} est dénombrable.

Correction détaillée
Les deux définitions

Négligeable. N⊆ΩN\subseteq\Omega est μ\mu-négligeable s'il existe A∈AA\in\mathcal{A} avec

N⊆Aetμ(A)=0.N\subseteq A\qquad\text{et}\qquad \mu(A)=0.

⚠️ Pourquoi passer par un sur-ensemble AA ? Parce que NN lui-même n'est pas supposé mesurable. Cette précaution rend la notion utilisable même sur une tribu incomplète — et c'est elle qui motive la complétion de C2.

Presque partout. Une propriété est vraie p.p. si l'ensemble où elle est fausse est négligeable.

f=g p.p.  ⟺  μ({x : f(x)≠g(x)})=0.f=g\ \text{p.p.}\iff \mu\big(\{x\ :\ f(x)\neq g(x)\}\big)=0.

👉 C'est le concept qui donne à l'intégrale de Lebesgue sa souplesse : ce qui se passe sur un négligeable ne compte pas (B6).

Toute partie dénombrable de $\mathbb{R}$ est négligeable

Soit D={x1,x2,x3,… }D=\{x_1,x_2,x_3,\dots\} dénombrable. La preuve tient en un recouvrement bien choisi.

Fixons ε>0\varepsilon>0 et entourons chaque point d'un intervalle de plus en plus petit :

In=] xn−ε2n+1, xn+ε2n+1 [,λ(In)=ε2n.I_n=\Big]\,x_n-\frac{\varepsilon}{2^{n+1}},\ x_n+\frac{\varepsilon}{2^{n+1}}\,\Big[,\qquad \lambda(I_n)=\frac{\varepsilon}{2^{n}}.

Alors D⊆⋃nInD\subseteq\bigcup_n I_n, et par sous-additivité (A3) :

λ(D) ≤ ∑n≥1ε2n=ε∑n≥112n⏟=1=ε.\lambda(D)\ \leq\ \sum_{n\geq 1}\frac{\varepsilon}{2^{n}}=\varepsilon\underbrace{\sum_{n\geq 1}\frac{1}{2^n}}_{=1}=\varepsilon.

Ceci vaut pour tout ε>0\varepsilon>0, donc λ(D)=0\lambda(D)=0. ■\blacksquare

👉 Le ressort est la série géométrique. On dispose d'un budget ε\varepsilon et on le répartit en parts ε/2n\varepsilon/2^n dont la somme reste ≤ε\leq\varepsilon. C'est le truc à retenir : il resservira partout où l'on recouvre un ensemble dénombrable.

⚠️ Et c'est exactement ici que « dénombrable » intervient. Sur une famille non dénombrable, on ne peut pas indexer par nn et la somme n'a plus de sens.

Conséquence : $\lambda(\mathbb{Q})=0$

Q\mathbb{Q} est dénombrable, donc

λ(Q)=0\boxed{\lambda(\mathbb{Q})=0}

⚠️ C'est profondément contre-intuitif, et il faut s'y arrêter : Q\mathbb{Q} est dense dans R\mathbb{R} — entre deux réels quelconques il y a une infinité de rationnels — et pourtant il est de mesure nulle.

👉 Densité et mesure sont deux notions indépendantes. La densité est topologique (on approche tout point), la mesure est métrique (on occupe de la place). Q\mathbb{Q} est partout et n'occupe rien.

Conséquence immédiate sur [0,1][0,1] :

λ([0,1]∩Q)=0,λ([0,1]∖Q)=1−0=1.\lambda\big([0,1]\cap\mathbb{Q}\big)=0,\qquad \lambda\big([0,1]\setminus\mathbb{Q}\big)=1-0=1.

Toute la masse de [0,1][0,1] est portée par les irrationnels. C'est ce fait qui rend la fonction de Dirichlet intégrable au sens de Lebesgue (B4).

⚠️ La réciproque est FAUSSE — l'ensemble de Cantor

Négligeable n'implique pas dénombrable.

L'ensemble triadique de Cantor KK se construit en retirant de [0,1][0,1] le tiers central, puis les tiers centraux des deux segments restants, et ainsi de suite. À l'étape nn il reste 2n2^n segments de longueur 3−n3^{-n}, donc

λ(K)≤(23)n →n→∞ 0⟹λ(K)=0.\lambda(K)\leq\left(\frac23\right)^n\ \xrightarrow[n\to\infty]{}\ 0\qquad\Longrightarrow\qquad \lambda(K)=0.

Et pourtant KK est non dénombrable — il a autant d'éléments que R\mathbb{R}, car ses points sont exactement ceux qui admettent une écriture en base 33 n'utilisant que les chiffres 00 et 22.

ensemble dénombrable ? négligeable ?
Q\mathbb{Q} oui oui
Cantor KK non oui
[0,1][0,1] non non

👉 La ligne du milieu est celle qui compte : « dénombrable » est une condition SUFFISANTE de négligeabilité, jamais nécessaire. Écrire l'implication à l'envers est l'erreur classique du chapitre.

ℹ️ On peut même construire, par le même procédé avec des tiers plus étroits, un « Cantor gras » qui est non dénombrable, d'intérieur vide, et de mesure >0>0.

Réponse. Dénombrable ⇒\Rightarrow négligeable ; λ(Q)=0\lambda(\mathbb{Q})=0. (Vérifié sur instances : recouvrement ∑ε/2n\sum\varepsilon/2^n, Q\mathbb{Q} dénombrable — A ✓)
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Mesure de Lebesgue d'intervalles et de points

CalculDifficulté 3/5

Donner λ([2,5])\lambda([2,5]), λ({3})\lambda(\{3\}), λ(]2,5[)\lambda(]2,5[), λ([0,1]∩Q)\lambda([0,1]\cap\mathbb{Q}) et λ([0,1]∖Q)\lambda([0,1]\setminus\mathbb{Q}). Que vaut λ\lambda de l'ensemble triadique de Cantor ?

Indices (3)

λ([a,b])=b−a\lambda([a,b])=b-a, indépendant des bornes ouvertes/fermées.

λ({x})=0\lambda(\{x\})=0, λ\lambda(dénombrable)=0=0.

Cantor : retirer 13\tfrac13 à chaque étape.

Correction détaillée
Ce qui définit $\lambda$

La mesure de Lebesgue est caractérisée par une seule exigence :

λ([a,b])=b−a.\lambda\big([a,b]\big)=b-a.

Tout le reste s'en déduit par les axiomes de A3.

⚠️ ADMIS ici : qu'une telle mesure existe sur les boréliens, et qu'elle soit unique. C'est le théorème de Carathéodory (C1) ; on l'utilise, on ne le démontre pas à ce niveau.

Les cinq valeurs

λ([2,5])=3\lambda([2,5])=3. Directement par la définition : 5−2=35-2=3.

λ({3})=0\lambda(\{3\})=0. Un point est un intervalle dégénéré [3,3][3,3], de longueur 3−3=03-3=0.

(Autre voie, plus instructive : {3}⊆[3−ε,3+ε]\{3\}\subseteq[3-\varepsilon,3+\varepsilon] pour tout ε\varepsilon, donc λ({3})≤2ε\lambda(\{3\})\leq 2\varepsilon pour tout ε>0\varepsilon>0, donc 00.)

λ(]2,5[)=3\lambda(]2,5[)=3. On a [2,5]={2}⊔ ]2,5[ ⊔{5}[2,5]=\{2\}\sqcup\,]2,5[\,\sqcup\{5\}, donc par additivité

3=λ([2,5])=0+λ(]2,5[)+0.3=\lambda([2,5])=0+\lambda(]2,5[)+0.

👉 Les bornes ne comptent pas : ouvert, fermé ou semi-ouvert, même mesure. C'est le premier signe que λ\lambda ignore les négligeables.

λ([0,1]∩Q)=0\lambda([0,1]\cap\mathbb{Q})=0, car dénombrable (A4).

λ([0,1]∖Q)=1\lambda([0,1]\setminus\mathbb{Q})=1, par différence :

λ([0,1])=λ([0,1]∩Q)+λ([0,1]∖Q) ⟹ 1=0+λ([0,1]∖Q).\lambda([0,1])=\lambda([0,1]\cap\mathbb{Q})+\lambda([0,1]\setminus\mathbb{Q})\ \Longrightarrow\ 1=0+\lambda([0,1]\setminus\mathbb{Q}).
Le tableau récapitulatif
ensemble λ\lambda raison
[2,5][2,5] 33 définition
{3}\{3\} 00 point
]2,5[]2,5[ 33 les bornes sont négligeables
[0,1]∩Q[0,1]\cap\mathbb{Q} 00 dénombrable
[0,1]∖Q[0,1]\setminus\mathbb{Q} 11 complémentaire dans [0,1][0,1]

👉 Contrôle global : les deux dernières lignes doivent sommer à λ([0,1])=1\lambda([0,1])=1. Elles le font ✓ C'est le réflexe à avoir chaque fois qu'on partitionne un ensemble.

Trois propriétés qu'il faut connaître

1. Invariance par translation. λ(A+t)=λ(A)\lambda(A+t)=\lambda(A) pour tout réel tt.

👉 C'est la propriété caractéristique : à normalisation près, λ\lambda est l'unique mesure borélienne invariante par translation et finie sur les compacts. Et c'est exactement elle que la construction de Vitali (C3) met en contradiction avec la mesurabilité de toute partie.

2. Comportement par dilatation. λ(cA)=∣c∣ λ(A)\lambda(cA)=\lvert c\rvert\,\lambda(A) — la mesure se comporte comme une longueur, pas comme un cardinal.

3. Une réunion dénombrable de négligeables est négligeable, par σ\sigma-sous-additivité.

⚠️ Faux pour une réunion quelconque : [0,1]=⋃x∈[0,1]{x}[0,1]=\bigcup_{x\in[0,1]}\{x\} est une réunion de négligeables, et pourtant λ([0,1])=1\lambda([0,1])=1. La réunion y est non dénombrable — c'est encore l'axiome 3 qui tranche.

ℹ️ Retenez cette dernière ligne : elle est le meilleur test de compréhension du chapitre. Si l'on croit que « réunion de négligeables est négligeable » sans restriction, on peut « démontrer » que tout est de mesure nulle.

λ([2,5])=λ( ]2,5[ )=3λ({3})=λ([0,1]∩Q)=0\boxed{\lambda([2,5])=\lambda(\,]2,5[\,)=3\qquad\lambda(\{3\})=\lambda([0,1]\cap\mathbb{Q})=0}
Réponse. λ([2,5])=3\lambda([2,5])=3, λ({3})=0\lambda(\{3\})=0, λ([0,1]∖Q)=1\lambda([0,1]\setminus\mathbb{Q})=1, λ(Cantor)=0\lambda(\text{Cantor})=0. (Vérifié sur instances : λ([2,5])=3\lambda([2,5])=3, λ\lambda(point/dénombrable)=0=0 — A ✓)
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Fonctions mesurables

DémonstrationDifficulté 3/5

Définir une fonction mesurable. Montrer que sur (Ω,A)(\Omega,\mathcal{A}) fini, ff est mesurable   ⟺  \iff ff est constante sur chaque atome. Les fonctions continues sont-elles boréliennes ?

Indices (3)

ff mesurable : f−1(]a,+∞[)∈Af^{-1}(]a,+\infty[)\in\mathcal{A} pour tout aa.

Un atome est le plus petit ensemble mesurable non vide le contenant.

Continue : préimage d'ouvert ouverte ⊆\subseteq boréliens.

Correction détaillée
La définition, et l'analogie avec la continuité

f:(Ω,A)→(R,B)f:(\Omega,\mathcal{A})\to(\mathbb{R},\mathcal{B}) est mesurable si

∀B∈B(R),f−1(B)∈A.\forall B\in\mathcal{B}(\mathbb{R}),\qquad f^{-1}(B)\in\mathcal{A}.

👉 C'est la définition de la continuité, avec des tribus à la place des topologies : l'image réciproque d'un ensemble « bien vu » à l'arrivée doit être « bien vue » au départ.

⚠️ Image RÉCIPROQUE, jamais directe. L'image directe d'un mesurable n'a aucune raison d'être mesurable — c'est une source d'erreur classique. La raison est structurelle : f−1f^{-1} commute avec le complémentaire, la réunion et l'intersection ; ff ne commute qu'avec la réunion — ni avec le complémentaire, ni avec l'intersection.

Critère pratique, qui évite de tester tous les boréliens :

f mesurable  ⟺  ∀a∈R, {f≤a}∈A.f\ \text{mesurable}\iff \forall a\in\mathbb{R},\ \{f\leq a\}\in\mathcal{A}.

Il suffit en effet de le vérifier sur une famille génératrice de B(R)\mathcal{B}(\mathbb{R}), et les ]−∞,a]]-\infty,a] en forment une (A2).

Sur un espace FINI : mesurable $\iff$ constante sur les atomes

Soit (Ω,A)(\Omega,\mathcal{A}) avec Ω\Omega fini, d'atomes A1,…,AkA_1,\dots,A_k (A1).

Sens 1 — si ff est constante sur chaque atome, alors pour tout borélien BB, f−1(B)f^{-1}(B) est la réunion des atomes dont la valeur commune tombe dans BB. C'est une réunion d'atomes, donc un élément de A\mathcal{A} ✓

Sens 2 — si ff est mesurable, soit AiA_i un atome et x,y∈Aix,y\in A_i. Supposons f(x)≠f(y)f(x)\neq f(y). Alors

f−1({f(x)})∈Af^{-1}\big(\{f(x)\}\big)\in\mathcal{A}

est un mesurable qui contient xx mais pas yy. Son intersection avec AiA_i est donc un élément de A\mathcal{A} strictement inclus dans AiA_i et non vide — ce qui contredit le fait que AiA_i soit un atome (un plus petit mesurable non vide).

Donc f(x)=f(y)f(x)=f(y) : ff est constante sur AiA_i ✓

sur Ω fini : f mesurable  ⟺  f constante sur chaque atome\boxed{\text{sur }\Omega\ \text{fini}\ :\ f\ \text{mesurable}\iff f\ \text{constante sur chaque atome}}

👉 Lecture : une fonction mesurable ne distingue pas ce que la tribu ne distingue pas. La mesurabilité est une contrainte de résolution, pas de régularité.

Ce que la mesurabilité préserve

La classe des fonctions mesurables est très stable — bien plus que celle des fonctions continues :

opération mesurable ?
f+gf+g, fgfg, λf\lambda f oui
max⁡(f,g)\max(f,g), ∣f∣\lvert f\rvert, f+f^+, f−f^- oui
sup⁡nfn\sup_n f_n, inf⁡nfn\inf_n f_n oui (dénombrable)
lim sup⁡fn\limsup f_n, lim inf⁡fn\liminf f_n, lim⁡fn\lim f_n oui (dénombrable)
g∘fg\circ f avec gg borélienne oui

👉 La troisième ligne est celle qui change tout. Une limite simple de fonctions continues n'est pas continue en général ; une limite simple de fonctions mesurables est mesurable. C'est cette stabilité qui rend possibles les théorèmes du lot E.

La raison tient en une ligne : {sup⁡nfn≤a}=⋂n{fn≤a}\{\sup_n f_n\leq a\}=\bigcap_n\{f_n\leq a\}, intersection dénombrable de mesurables.

⚠️ Toujours l'axiome 3. Avec un sup⁡\sup non dénombrable, l'argument tombe — et le résultat aussi.

Deux repères

Toute fonction continue R→R\mathbb{R}\to\mathbb{R} est borélienne. L'image réciproque d'un ouvert est un ouvert, donc un borélien ; et les ouverts engendrent B(R)\mathcal{B}(\mathbb{R}).

👉 Donc « mesurable » est beaucoup plus faible que « continue ». La fonction de Dirichlet 1Q\mathbf{1}_{\mathbb{Q}} est mesurable et discontinue en tout point (B4).

⚠️ ADMIS, et c'est un résultat difficile : il existe des fonctions Lebesgue-mesurables non boréliennes. La différence tient à la complétion (C2) — la tribu de Lebesgue contient toutes les parties des négligeables, ce que la borélienne ne fait pas.

ℹ️ En probabilités, une fonction mesurable s'appelle une variable aléatoire, et la tribu de départ modélise l'information disponible. « XX est A\mathcal{A}-mesurable » s'y lit « XX est connue de qui dispose de l'information A\mathcal{A} » — le résultat sur les atomes ci-dessus en est la version finie, et il est exactement ce que formalise l'espérance conditionnelle.

Réponse. Mesurable : f−1(]a,∞[)∈Af^{-1}(]a,\infty[)\in\mathcal{A} ; en fini   ⟺  \iff constante sur les atomes ; continue ⇒\Rightarrow borélienne. (Vérifié machine : mesurable == constante sur atomes — A ✓)
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Fonctions étagées et leur intégrale

DémonstrationDifficulté 3/5

Définir une fonction étagée et son intégrale ∫φ dμ=∑ici μ(Ai)\int\varphi\,d\mu=\sum_i c_i\,\mu(A_i). Montrer que cette valeur ne dépend pas de l'écriture choisie, et que ∫1A dμ=μ(A)\int\mathbf 1_A\,d\mu=\mu(A).

Indices (3)

Étagée : φ=∑ici1Ai\varphi=\sum_i c_i\mathbf 1_{A_i}, valeurs en nombre fini.

Passer à l'écriture canonique (par les valeurs distinctes, atomes disjoints).

1A\mathbf 1_A : une seule valeur 11 sur AA.

Correction détaillée
Ce qu'est une fonction étagée

Une fonction étagée (ou simple) est une fonction mesurable ne prenant qu'un nombre fini de valeurs. Elle s'écrit

φ=∑i=1nci 1Ai,Ai∈A,ci∈R.\varphi=\sum_{i=1}^{n}c_i\,\mathbf{1}_{A_i},\qquad A_i\in\mathcal{A},\quad c_i\in\mathbb{R}.

(Pour que la somme ci-dessous ait un sens, on suppose ci≥0c_i\geq 0, ou bien μ(Ai)<∞\mu(A_i)<\infty : sinon elle pourrait valoir ∞−∞\infty-\infty.)

On pose alors

∫φ dμ=∑i=1nci μ(Ai)\boxed{\int\varphi\,d\mu=\sum_{i=1}^{n}c_i\,\mu(A_i)}

👉 C'est la brique de toute la construction. L'intégrale d'une fonction quelconque sera définie par approximation étagée (B2) — donc si cette définition-ci est mal posée, rien de ce qui suit ne tient.

⚠️ Le vrai problème : l'écriture n'est PAS unique

Une même fonction admet plusieurs écritures étagées. Sur [0,2][0,2] :

φ=1[0,2]etφ=1[0,1[+1[1,2]\varphi=\mathbf{1}_{[0,2]}\qquad\text{et}\qquad \varphi=\mathbf{1}_{[0,1[}+\mathbf{1}_{[1,2]}

désignent la même fonction. Les deux formules donnent-elles la même intégrale ?

1⋅λ([0,2])=2contre1⋅λ([0,1[)+1⋅λ([1,2])=1+1=2 ✓1\cdot\lambda([0,2])=2\qquad\text{contre}\qquad 1\cdot\lambda([0,1[)+1\cdot\lambda([1,2])=1+1=2\ \checkmark

👉 Il faut le démontrer en général, sinon ∫φ dμ\int\varphi\,d\mu n'est pas une fonction de φ\varphi mais de son écriture — et l'objet n'existe pas.

ℹ️ C'est exactement le même souci qu'en A1 du chapitre analyse_complexe : une définition qui passe par un choix doit être montrée indépendante de ce choix.

La preuve : passer par la partition commune

Soient deux écritures de la même φ\varphi, chacune sur une partition de Ω\Omega (AiA_i deux à deux disjoints de réunion Ω\Omega, de même pour les BjB_j — une écriture quelconque s'y ramène en découpant selon les intersections des AiA_i) :

∑ici1Ai=∑jdj1Bj.\sum_i c_i\mathbf{1}_{A_i}=\sum_j d_j\mathbf{1}_{B_j}.

L'idée : raffiner les deux découpages en un seul. Posons Cij=Ai∩BjC_{ij}=A_i\cap B_j. Les CijC_{ij} sont deux à deux disjoints, et

Ai=⨆jCij,Bj=⨆iCij.A_i=\bigsqcup_j C_{ij},\qquad B_j=\bigsqcup_i C_{ij}.

Par additivité de μ\mu (A3) :

∑iciμ(Ai)=∑ici∑jμ(Cij)=∑i,jci μ(Cij).\sum_i c_i\mu(A_i)=\sum_i c_i\sum_j\mu(C_{ij})=\sum_{i,j}c_i\,\mu(C_{ij}).

De même ∑jdjμ(Bj)=∑i,jdj μ(Cij)\sum_j d_j\mu(B_j)=\sum_{i,j}d_j\,\mu(C_{ij}).

Or sur chaque CijC_{ij} non vide, les deux écritures donnent la valeur de φ\varphi en un point : donc ci=djc_i=d_j. Les deux sommes coïncident terme à terme. ■\blacksquare

👉 Le raffinement commun est LA technique de ce genre de preuve. On la retrouvera pour la linéarité de l'intégrale et pour Fubini (C4).

⚠️ La restriction « non vide » compte : si Cij=∅C_{ij}=\varnothing, on ne peut rien dire de cic_i et djd_j — mais μ(Cij)=0\mu(C_{ij})=0, donc le terme ne pèse rien.

Ce qu'on obtient, et ce qui vient ensuite

L'intégrale des étagées est bien définie, linéaire et monotone — les trois se démontrent par le même raffinement.

Exemple sur la mesure discrète de A3, avec φ=2⋅1{0}+5⋅1{1,2}\varphi=2\cdot\mathbf{1}_{\{0\}}+5\cdot\mathbf{1}_{\{1,2\}} :

∫φ dμ=2⋅12+5⋅12=1+52=72.\int\varphi\,d\mu=2\cdot\tfrac12+5\cdot\tfrac12=1+\tfrac52=\tfrac72.

👉 Sur un espace fini, toute fonction mesurable est étagée (A6 : elle est constante sur chaque atome, et il y en a un nombre fini). L'intégrale y est donc une simple somme pondérée — aucune limite n'est nécessaire.

ℹ️ La suite du programme : B2 définit ∫f\int f pour f≥0f\geq 0 par un supremum d'intégrales d'étagées, B3 étend aux fonctions de signe quelconque par f=f+−f−f=f^+-f^-. Toute la construction repose sur la brique posée ici.

Réponse. ∫φ=∑ciμ(Ai)\int\varphi=\sum c_i\mu(A_i) bien définie ; ∫1A=μ(A)\int\mathbf 1_A=\mu(A). (Vérifié machine : ∫1A=μ(A)\int\mathbf 1_A=\mu(A), valeur indépendante de l'écriture sur instances — A/B ✓)
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Intégrale d'une fonction positive : linéarité, monotonie

DémonstrationDifficulté 3/5

Définir ∫f dμ\int f\,d\mu pour f≥0f\geq0 mesurable par approximation étagée, et montrer la monotonie (f≤g⇒∫f≤∫gf\leq g\Rightarrow\int f\leq\int g) et la linéarité. Vérifier sur l'exemple fini f=(4,9,0)f=(4,9,0), g=(1,1,7)g=(1,1,7) avec μ=(12,13,16)\mu=(\tfrac12,\tfrac13,\tfrac16) que ∫(2f+3g)=2∫f+3∫g\int(2f+3g)=2\int f+3\int g.

Indices (3)

∫f=sup⁡{∫φ:0≤φ≤f, φ eˊtageˊe}\int f=\sup\{\int\varphi:0\leq\varphi\leq f,\ \varphi\text{ étagée}\}.

Monotonie : tout φ≤f\varphi\leq f vérifie φ≤g\varphi\leq g.

En fini : ∫f=∑f(atome) μ(atome)\int f=\sum f(\text{atome})\,\mu(\text{atome}).

Correction détaillée
La définition par approximation

Pour f≥0f\geq 0 mesurable, on pose

∫f dμ=sup⁡{∫φ dμ : φ eˊtageˊe, 0≤φ≤f}\boxed{\int f\,d\mu=\sup\Big\{\int\varphi\,d\mu\ :\ \varphi\ \text{étagée},\ 0\leq\varphi\leq f\Big\}}

👉 Pourquoi un supremum, et pourquoi par en dessous. On approche ff par ce qu'on sait déjà intégrer (B1), en restant toujours sous ff. La valeur cherchée est la meilleure minoration possible.

⚠️ La valeur +∞+\infty est autorisée — c'est pourquoi on exige f≥0f\geq 0 : sans signe constant, un supremum pourrait ne pas exister, et ∞−∞\infty-\infty apparaîtrait. C'est aussi ce qui distingue ce lot de B3.

ℹ️ Le contraste avec Riemann est ici, et il est décisif. Riemann découpe l'abscisse en petits intervalles ; Lebesgue découpe l'ordonnée en tranches et mesure leurs images réciproques. C'est ce qui permet d'intégrer des fonctions très irrégulières (B4).

La monotonie

Soient f≤gf\leq g, toutes deux positives mesurables.

Toute étagée φ\varphi vérifiant 0≤φ≤f0\leq\varphi\leq f vérifie a fortiori 0≤φ≤g0\leq\varphi\leq g. L'ensemble dont on prend le supremum pour ff est donc inclus dans celui de gg :

{∫φ : φ≤f} ⊆ {∫φ : φ≤g}.\Big\{\textstyle\int\varphi\ :\ \varphi\leq f\Big\}\ \subseteq\ \Big\{\textstyle\int\varphi\ :\ \varphi\leq g\Big\}.

Un supremum sur un ensemble plus grand est plus grand :

f≤g ⟹ ∫f dμ≤∫g dμ\boxed{f\leq g\ \Longrightarrow\ \int f\,d\mu\leq\int g\,d\mu}

■\blacksquare

👉 La preuve tient en une inclusion d'ensembles. C'est le grand avantage de la définition par supremum : les propriétés d'ordre s'en déduisent sans calcul.

La linéarité, et pourquoi elle est plus difficile

⚠️ L'additivité ∫(f+g)=∫f+∫g\int(f+g)=\int f+\int g n'est PAS immédiate avec cette définition.

La difficulté est réelle : si φ≤f\varphi\leq f et ψ≤g\psi\leq g, alors φ+ψ≤f+g\varphi+\psi\leq f+g, ce qui donne bien ∫f+∫g≤∫(f+g)\int f+\int g\leq\int(f+g). Mais l'inégalité inverse résiste — une étagée χ≤f+g\chi\leq f+g ne se décompose pas a priori en φ+ψ\varphi+\psi.

👉 La sortie passe par le théorème de convergence monotone (E1). On construit une suite croissante d'étagées

φn↗f,ψn↗g⟹φn+ψn↗f+g,\varphi_n\nearrow f,\qquad \psi_n\nearrow g\qquad\Longrightarrow\qquad \varphi_n+\psi_n\nearrow f+g,

et l'on passe à la limite en utilisant la linéarité déjà acquise sur les étagées (B1).

⚠️ L'ordre logique compte, et il n'est pas celui du cours. On démontre la convergence monotone AVANT la linéarité, alors qu'on présente souvent l'inverse. Le circuit est : étagées (B1) → monotonie (ici) → convergence monotone (E1) → linéarité.

ℹ️ Cette construction ascendante existe : φn=min⁡(n, 2−n⌊2nf⌋)\varphi_n=\min\big(n,\ 2^{-n}\lfloor 2^n f\rfloor\big) découpe l'ordonnée en tranches de hauteur 2−n2^{-n}, plafonnées à nn. Elle croît bien vers ff.

Les propriétés utilisables, une fois la construction faite
propriété énoncé
monotonie f≤g⇒∫f≤∫gf\leq g\Rightarrow\int f\leq\int g
linéarité positive ∫(af+bg)=a∫f+b∫g\int(af+bg)=a\int f+b\int g, a,b≥0a,b\geq 0
Beppo Levi fn↗f⇒∫fn↗∫ff_n\nearrow f\Rightarrow\int f_n\nearrow\int f (E1)
Fatou ∫lim inf⁡fn≤lim inf⁡∫fn\int\liminf f_n\leq\liminf\int f_n (E2)
nullité ∫f=0\int f=0 et f≥0f\geq 0 ⇒\Rightarrow f=0f=0 p.p.

👉 La dernière ligne est un résultat fort, démontré en B6 : une fonction positive d'intégrale nulle est nulle presque partout. Elle est fausse sans la positivité — ∫−11x dx=0\int_{-1}^{1}x\,dx=0 sans que xx soit nulle.

ℹ️ Interversion somme-intégrale gratuite pour les termes positifs : ∫∑kfk=∑k∫fk\int\sum_k f_k=\sum_k\int f_k dès que fk≥0f_k\geq 0, par Beppo Levi appliqué aux sommes partielles. Aucune hypothèse de convergence n'est nécessaire — les deux membres peuvent valoir +∞+\infty ensemble. C'est l'objet de E6.

Réponse. Monotonie & linéarité ; ∫f=5,∫g=2,∫(2f+3g)=16\int f=5,\int g=2,\int(2f+3g)=16. (Vérifié machine : ∫f=∑f(at)μ(at)\int f=\sum f(\text{at})\mu(\text{at}), linéarité ∫(2f+3g)=16\int(2f+3g)=16 — A/B ✓)
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Fonctions intégrables L¹

DémonstrationDifficulté 3/5

Définir f∈L1f\in L^1 via f=f+−f−f=f^+-f^- et ∫f=∫f+−∫f−\int f=\int f^+-\int f^-. Montrer ∣∫f∣≤∫∣f∣\big|\int f\big|\leq\int|f|. Pourquoi exige-t-on ∫∣f∣<∞\int|f|<\infty (et non seulement que ∫f+−∫f−\int f^+-\int f^- « ait un sens ») ?

Indices (3)

f+=max⁡(f,0)f^+=\max(f,0), f−=max⁡(−f,0)f^-=\max(-f,0), ∣f∣=f++f−|f|=f^++f^-.

Inégalité triangulaire à partir de f+,f−≥0f^+,f^-\geq0.

Éviter la forme indéterminée ∞−∞\infty-\infty.

Correction détaillée
Découper en partie positive et partie négative

Pour ff mesurable de signe quelconque, on pose

f+=max⁡(f,0)≥0,f−=max⁡(−f,0)≥0.f^+=\max(f,0)\geq 0,\qquad f^-=\max(-f,0)\geq 0.

Ces deux fonctions sont positives et mesurables (A6), et l'on a les deux identités clés :

f=f+−f−,∣f∣=f++f−.f=f^+-f^-,\qquad \lvert f\rvert=f^++f^-.

👉 On se ramène ainsi au cas positif de B2, où l'intégrale est déjà définie. C'est le seul but de ce découpage.

Définition. f∈L1(μ)f\in L^1(\mu) si ∫∣f∣ dμ<+∞\int\lvert f\rvert\,d\mu<+\infty, et alors

∫f dμ=∫f+ dμ−∫f− dμ.\int f\,d\mu=\int f^+\,d\mu-\int f^-\,d\mu.
⚠️ Pourquoi exiger $\int\lvert f\rvert<\infty$

Parce que sans cette condition, la différence peut être indéterminée.

Comme ∣f∣=f++f−\lvert f\rvert=f^++f^-, la condition ∫∣f∣<∞\int\lvert f\rvert<\infty équivaut à

∫f+<∞et∫f−<∞.\int f^+<\infty\quad\textbf{et}\quad\int f^-<\infty.

Si les deux valaient +∞+\infty, la définition donnerait ∞−∞\infty-\infty : rien.

Le contre-exemple à retenir : f(x)=sin⁡xxf(x)=\dfrac{\sin x}{x} sur ]0,+∞[]0,+\infty[.

∫0+∞sin⁡xx dx=π2  au sens de RIEMANN geˊneˊraliseˊ,mais∫0+∞∣sin⁡xx∣dx=+∞.\int_0^{+\infty}\frac{\sin x}{x}\,dx=\frac\pi2\ \text{ au sens de RIEMANN généralisé},\qquad\text{mais}\qquad \int_0^{+\infty}\left\lvert\frac{\sin x}{x}\right\rvert dx=+\infty.

👉 Cette fonction n'est PAS Lebesgue-intégrable, alors que son intégrale de Riemann généralisée converge. C'est le seul point où Riemann fait quelque chose que Lebesgue ne fait pas — et la raison est que la convergence y est conditionnelle, obtenue par compensation entre les arches positives et négatives.

⚠️ Lebesgue exige une convergence absolue. C'est le prix de la robustesse : en échange, tous les théorèmes de convergence du lot E deviennent disponibles.

L'inégalité triangulaire intégrale
∣∫f dμ∣≤∫∣f∣ dμ.\left\lvert\int f\,d\mu\right\rvert\leq\int\lvert f\rvert\,d\mu.

Preuve. Par définition et par l'inégalité triangulaire dans R\mathbb{R} :

∣∫f∣=∣∫f+−∫f−∣ ≤ ∫f++∫f−=∫(f++f−)=∫∣f∣.\left\lvert\int f\right\rvert=\left\lvert\int f^+-\int f^-\right\rvert\ \leq\ \int f^++\int f^-=\int(f^++f^-)=\int\lvert f\rvert.

■\blacksquare

👉 On a utilisé la linéarité positive (B2) pour regrouper les deux intégrales en une seule. Chaque pas s'appuie sur ce qui précède — c'est ce qui rend la construction sûre.

Cas d'égalité : il y a égalité si et seulement si ff garde un signe constant presque partout. Si ff change de signe sur des ensembles de mesure non nulle, les contributions se compensent à gauche et s'ajoutent à droite.

Ce que $L^1$ contient, et ce qui manque
fonction sur [0,1][0,1] ou R\mathbb{R} L1L^1 ?
continue sur un segment oui
1Q\mathbf{1}_{\mathbb{Q}} oui, d'intégrale 00 (B4)
1/x1/\sqrt x sur ]0,1]]0,1] oui — ∫01x−1/2=2\int_0^1 x^{-1/2}=2
1/x1/x sur ]0,1]]0,1] non — ∫\int diverge
sin⁡(x)/x\sin(x)/x sur ]0,∞[]0,\infty[ non — pas absolument convergente

👉 Les deux dernières lignes échouent pour des raisons différentes : la quatrième diverge en valeur absolue et en valeur signée ; la cinquième converge en valeur signée mais pas en valeur absolue. Seule la seconde est propre à Lebesgue.

⚠️ L1L^1 est un espace de CLASSES, pas de fonctions : on y identifie deux fonctions égales presque partout (B6). Sans cette identification, ∥f∥1=∫∣f∣\lVert f\rVert_1=\int\lvert f\rvert ne serait qu'une semi-norme — elle s'annulerait sur des fonctions non nulles, comme 1Q\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}.

ℹ️ C'est cette identification qui rend L1L^1 normé — sa complétude, elle, est le théorème de Riesz-Fischer (D3) — et qui fait de L2L^2 un Hilbert (D4).

Réponse. L1L^1 : ∫∣f∣<∞\int|f|<\infty ; ∣∫f∣≤∫∣f∣|\int f|\leq\int|f| ; absolue convergence. (Conclusion certifiée sur instances ; preuve = relecture)
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Dirichlet : Lebesgue oui, Riemann non

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que la fonction de Dirichlet 1Q\mathbf 1_{\mathbb{Q}} sur [0,1][0,1] est Lebesgue-intégrable d'intégrale 00, mais n'est pas Riemann-intégrable.

Indices (3)

Lebesgue : ∫1Q dλ=λ(Q∩[0,1])\int\mathbf 1_{\mathbb{Q}}\,d\lambda=\lambda(\mathbb{Q}\cap[0,1]).

λ(Q)=0\lambda(\mathbb{Q})=0.

Riemann : comparer sommes inférieures et supérieures de Darboux.

Correction détaillée
La fonction de Dirichlet
1Q(x)={1si x∈Q0sinon\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}(x)=\begin{cases}1&\text{si }x\in\mathbb{Q}\\0&\text{sinon}\end{cases}

👉 C'est le contre-exemple fondateur : discontinue en tout point de [0,1][0,1], puisque tout intervalle contient à la fois des rationnels et des irrationnels. Riemann n'en fera rien ; Lebesgue l'intègre sans effort.

C'est précisément pour des fonctions de ce genre que la théorie a été construite.

Au sens de Lebesgue : intégrale nulle

C'est une fonction étagée — elle ne prend que deux valeurs. On applique donc directement B1 :

∫[0,1]1Q dλ=1⋅λ([0,1]∩Q)+0⋅λ([0,1]∖Q).\int_{[0,1]}\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}\,d\lambda=1\cdot\lambda\big([0,1]\cap\mathbb{Q}\big)+0\cdot\lambda\big([0,1]\setminus\mathbb{Q}\big).

Or λ([0,1]∩Q)=0\lambda([0,1]\cap\mathbb{Q})=0 car Q\mathbb{Q} est dénombrable (A4, A5) :

∫[0,1]1Q dλ=1⋅0+0⋅1=0\boxed{\int_{[0,1]}\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}\,d\lambda=1\cdot 0+0\cdot 1=0}

👉 Le calcul tient en une ligne, et il ne demande aucune limite. Toute la difficulté a été absorbée en amont, par la construction de λ\lambda.

ℹ️ Lecture directe : 1Q=0\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}=0 presque partout, donc son intégrale est celle de la fonction nulle (B6).

Au sens de Riemann : non intégrable

Riemann encadre par des sommes de Darboux sur une subdivision σ\sigma de [0,1][0,1].

Sur tout sous-intervalle [xi,xi+1][x_i,x_{i+1}] non réduit à un point, la densité de Q\mathbb{Q} et de son complémentaire donne

sup⁡[xi,xi+1]1Q=1,inf⁡[xi,xi+1]1Q=0.\sup_{[x_i,x_{i+1}]}\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}=1,\qquad \inf_{[x_i,x_{i+1}]}\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}=0.

D'où, quelle que soit la subdivision :

Ssup(σ)=∑i1⋅(xi+1−xi)=1,Sinf(σ)=∑i0⋅(xi+1−xi)=0.S_{\text{sup}}(\sigma)=\sum_i 1\cdot(x_{i+1}-x_i)=1,\qquad S_{\text{inf}}(\sigma)=\sum_i 0\cdot(x_{i+1}-x_i)=0.

Les sommes supérieures valent toujours 11, les inférieures toujours 00 : elles ne se rejoignent jamais.

1Q n’est pas Riemann-inteˊgrable sur [0,1]\boxed{\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}\ \text{n'est pas Riemann-intégrable sur }[0,1]}

👉 Raffiner la subdivision ne sert à rien — c'est ce qui distingue ce cas d'une fonction simplement « difficile ». L'écart reste 11 à toutes les étapes.

Pourquoi Lebesgue réussit là où Riemann échoue

👉 Les deux théories ne découpent pas le même axe :

découpe conséquence
Riemann l'abscisse, en petits intervalles chaque morceau contient du 00 et du 11 : rien ne converge
Lebesgue l'ordonnée, en niveaux deux niveaux seulement, et l'on mesure leurs images réciproques

Lebesgue demande « où ff vaut-elle 11 ? » et répond « sur un ensemble de mesure 00 ». La question de Riemann — « que vaut ff près de ce point ? » — n'a pas de réponse stable ici.

Le critère qui tranche (Lebesgue, admis) : ff bornée est Riemann-intégrable sur [a,b][a,b] si et seulement si l'ensemble de ses points de discontinuité est négligeable. Ici il vaut [0,1][0,1] tout entier, de mesure 11.

⚠️ Et la comparaison n'est pas à sens unique. Sur un segment, toute fonction Riemann-intégrable est Lebesgue-intégrable, de même intégrale — Lebesgue étend Riemann. Mais sur un intervalle non borné, sin⁡(x)/x\sin(x)/x est Riemann-généralisée sans être Lebesgue (B3). Les deux théories ne sont pas emboîtées partout.

ℹ️ Le gain réel de Lebesgue n'est pas d'intégrer plus de fonctions : c'est de rendre l'intégrale stable par passage à la limite (lot E). C'est cette stabilité qui manquait à Riemann, et qui rend LpL^p complet (D3).

Réponse. ∫1Q dλ=0\int\mathbf 1_{\mathbb{Q}}\,d\lambda=0 (Lebesgue) ; non Riemann (inf 0≠0\neq sup 11). (Vérifié sur instances : λ(Q)=0\lambda(\mathbb{Q})=0, Darboux inf=0≠=0\neqsup=1=1 — B ✓)
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Calculs concrets d'intégrales

CalculDifficulté 3/5

Calculer ∫01x2 dλ\int_0^1 x^2\,d\lambda, ∫0+∞e−x dλ\int_0^{+\infty} e^{-x}\,d\lambda et ∫01xn dλ\int_0^1 x^n\,d\lambda. Rappeler pourquoi, sur une fonction continue, Lebesgue == Riemann.

Indices (3)

Sur une fonction réglée, l'intégrale de Lebesgue redonne celle de Riemann.

∫01xn=1n+1\int_0^1 x^n=\tfrac1{n+1}.

∫0∞e−x=1\int_0^\infty e^{-x}=1.

Correction détaillée
Le principe : sur un segment, Lebesgue = Riemann

👉 Pour une fonction CONTINUE sur un segment, les deux intégrales coïncident. On peut donc utiliser toutes les techniques du calcul intégral usuel — primitives, intégration par parties, changement de variable.

C'est le critère de Lebesgue rappelé en B4 : une fonction continue n'a aucun point de discontinuité, donc elle est Riemann-intégrable, donc les deux notions se rejoignent.

⚠️ Ce pont n'est pas une évidence de définition — c'est un théorème. Sans lui, chaque calcul concret demanderait de revenir aux étagées.

Les trois calculs

(a) ∫01x2 dλ=[x33]01=13.\displaystyle\int_0^1 x^2\,d\lambda=\left[\frac{x^3}{3}\right]_0^1=\frac13.

(b) ∫0+∞e−x dλ=[−e−x]0+∞=0−(−1)=1.\displaystyle\int_0^{+\infty}e^{-x}\,d\lambda=\left[-e^{-x}\right]_0^{+\infty}=0-(-1)=1.

⚠️ Ici l'intervalle est non borné, donc Riemann ne s'applique qu'en version généralisée. Au sens de Lebesgue, aucune précaution : e−x≥0e^{-x}\geq 0, l'intégrale est définie (B2) et vaut 11 — finie, donc e−x∈L1e^{-x}\in L^1.

(c) ∫01xn dλ=[xn+1n+1]01=1n+1.\displaystyle\int_0^1 x^n\,d\lambda=\left[\frac{x^{n+1}}{n+1}\right]_0^1=\frac{1}{n+1}.

∫01x2=13,∫0+∞e−x=1,∫01xn=1n+1\boxed{\int_0^1 x^2=\frac13,\qquad \int_0^{+\infty}e^{-x}=1,\qquad \int_0^1 x^n=\frac{1}{n+1}}

Contrôle sur (c) : pour n=2n=2 on retrouve 13\tfrac13 ✓, et pour n=0n=0 on trouve 1=λ([0,1])1=\lambda([0,1]) ✓

Ce que le troisième calcul prépare
∫01xn dλ=1n+1 →n→∞ 0.\int_0^1 x^n\,d\lambda=\frac{1}{n+1}\ \xrightarrow[n\to\infty]{}\ 0.

👉 Ce passage à la limite sera justifié en E3 par la convergence dominée : xn→0x^n\to 0 presque partout sur [0,1][0,1] — partout sauf en x=1x=1, qui est négligeable — et la suite est dominée par la constante 11, intégrable sur [0,1][0,1].

⚠️ Le point x=1x=1 est le détail qui compte. En x=1x=1, xn=1x^n=1 pour tout nn : la convergence n'est pas partout. Elle est presque partout, et c'est exactement ce que la théorie de Lebesgue sait exploiter — Riemann n'a aucun énoncé de ce genre.

ℹ️ La convergence est aussi non uniforme sur [0,1][0,1] : sup⁡[0,1]xn=1\sup_{[0,1]}x^n=1 pour tout nn. Les théorèmes de Riemann, qui exigent l'uniformité, ne s'appliqueraient pas. Ceux du lot E, si.

Quand le pont avec Riemann ne suffit plus
situation que faire
ff continue sur un segment primitives, comme d'habitude
f≥0f\geq 0 sur un intervalle non borné Lebesgue direct ; l'intégrale existe dans [0,+∞][0,+\infty]
ff de signe variable, non bornée vérifier ∫∣f∣<∞\int\lvert f\rvert<\infty d'abord (B3)
ff très irrégulière (1Q\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}) revenir aux étagées (B4)
une limite ∫fn→∫f\int f_n\to\int f convergence monotone ou dominée (E1, E3)

👉 La troisième ligne est celle qu'on saute. Écrire ∫f\int f sans avoir vérifié l'intégrabilité absolue est l'erreur la plus fréquente du chapitre — et elle est invisible tant qu'on ne tombe pas sur un cas comme sin⁡(x)/x\sin(x)/x.

ℹ️ Un repère utile, de la même famille que (b) : ∫0+∞xs−1e−x dx=Γ(s)\displaystyle\int_0^{+\infty}x^{s-1}e^{-x}\,dx=\Gamma(s) converge pour tout s>0s>0, et Γ(n+1)=n!\Gamma(n+1)=n!. Ces intégrales positives sur ]0,∞[]0,\infty[ sont le terrain naturel de Lebesgue.

Réponse. ∫01x2=13\int_0^1x^2=\tfrac13, ∫0∞e−x=1\int_0^\infty e^{-x}=1, ∫01xn=1n+1\int_0^1x^n=\tfrac1{n+1}. (Vérifié machine : sympy — B ✓)
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Égalité presque partout et intégrale

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que si f=gf=g presque partout alors ∫f=∫g\int f=\int g. En déduire que modifier une fonction sur Q\mathbb{Q} ne change pas son intégrale, et que ∫∣h∣=0  ⟺  h=0\int|h|=0\iff h=0 p.p.

Indices (3)

f−g=0f-g=0 hors d'un négligeable NN.

∫N∣f−g∣ dμ=0\int_N|f-g|\,d\mu=0 car μ(N)=0\mu(N)=0.

∫∣h∣=0\int|h|=0 force {∣h∣>1/n}\{|h|>1/n\} négligeable.

Correction détaillée
L'énoncé, et pourquoi il est le pivot du chapitre
f=g presque partout ⟹ ∫f dμ=∫g dμ\boxed{f=g\ \text{presque partout}\ \Longrightarrow\ \int f\,d\mu=\int g\,d\mu}

👉 C'est la propriété qui donne à l'intégrale de Lebesgue toute sa souplesse. Ce qui se passe sur un ensemble de mesure nulle n'a aucun effet sur l'intégrale — donc on peut modifier une fonction sur un négligeable, la corriger là où elle est mal définie, ou l'identifier à une version plus régulière.

Rien de tel chez Riemann, où modifier une fonction sur Q\mathbb{Q} peut détruire l'intégrabilité (B4).

La preuve

Posons N={x:f(x)≠g(x)}N=\{x:f(x)\neq g(x)\}, qui vérifie μ(N)=0\mu(N)=0 par hypothèse.

Étape 1 — une fonction nulle hors d'un négligeable a une intégrale nulle. Soit h≥0h\geq 0 avec h=0h=0 hors de NN. Toute étagée φ≤h\varphi\leq h est nulle hors de NN, donc

∫φ dμ=∑ici μ(Ai)\int\varphi\,d\mu=\sum_i c_i\,\mu(A_i)

où chaque AiA_i portant ci>0c_i>0 est inclus dans NN, donc de mesure nulle. Ainsi ∫φ=0\int\varphi=0 pour toute telle φ\varphi, et par passage au supremum (B2) : ∫h=0\int h=0.

Étape 2 — conclure. Décomposons :

f=f 1Ω∖N⏟= g 1Ω∖N+f 1N⏟nulle hors de N.f=\underbrace{f\,\mathbf{1}_{\Omega\setminus N}}_{=\,g\,\mathbf{1}_{\Omega\setminus N}}+\underbrace{f\,\mathbf{1}_{N}}_{\text{nulle hors de }N}.

Par linéarité et par l'étape 1, ∫f=∫g 1Ω∖N+0\int f=\int g\,\mathbf{1}_{\Omega\setminus N}+0, et symétriquement pour gg. Donc ∫f=∫g\int f=\int g. ■\blacksquare

Intégrale nulle et nullité presque partout

Réciproque partielle, valable pour h≥0h\geq 0 :

∫∣h∣ dμ=0 ⟺ h=0 p.p.\int\lvert h\rvert\,d\mu=0\ \Longleftrightarrow\ h=0\ \text{p.p.}

Le sens ⇐\Leftarrow vient de ce qui précède. Pour ⇒\Rightarrow, l'argument mérite d'être vu :

Pour chaque nn, sur l'ensemble {∣h∣>1n}\{\lvert h\rvert>\tfrac1n\} la fonction dépasse 1n\tfrac1n, donc par monotonie

1n μ({∣h∣>1n}) ≤ ∫∣h∣ dμ=0⟹μ({∣h∣>1n})=0.\frac1n\,\mu\Big(\Big\{\lvert h\rvert>\frac1n\Big\}\Big)\ \leq\ \int\lvert h\rvert\,d\mu=0\qquad\Longrightarrow\qquad \mu\Big(\Big\{\lvert h\rvert>\frac1n\Big\}\Big)=0.

Or

{h≠0}=⋃n≥1{∣h∣>1n}\{h\neq 0\}=\bigcup_{n\geq 1}\Big\{\lvert h\rvert>\frac1n\Big\}

est une réunion dénombrable de négligeables, donc négligeable (A5). Donc h=0h=0 p.p. ■\blacksquare

👉 Encore l'axiome de dénombrabilité. Sans lui, la réunion ne serait pas contrôlée et le résultat tomberait. C'est la troisième fois du chapitre que tout repose là-dessus.

⚠️ La positivité est indispensable : ∫−11x dλ=0\int_{-1}^{1}x\,d\lambda=0 sans que xx soit nulle p.p. — les contributions se compensent.

Les deux conséquences qui structurent la suite

1. Modifier une fonction sur Q\mathbb{Q} ne change rien. Comme λ(Q)=0\lambda(\mathbb{Q})=0, toute redéfinition de ff sur les rationnels laisse ∫f\int f inchangée.

Exemple : 1Q\mathbf{1}_{\mathbb{Q}} et la fonction nulle ont la même intégrale — c'est une autre lecture de B4.

2. LpL^p est un espace de CLASSES. On identifie ff et gg dès qu'elles sont égales p.p. Sans cela, ∥f∥1=∫∣f∣\lVert f\rVert_1=\int\lvert f\rvert ne serait qu'une semi-norme : elle s'annulerait sur 1Q≠0\mathbf{1}_{\mathbb{Q}}\neq 0.

👉 C'est ce quotient qui rend LpL^p normé — sa complétude, elle, est le théorème de Riesz-Fischer (D3) — et qui fait de L2L^2 un espace de Hilbert (D4). Toute la théorie des espaces fonctionnels en dépend.

⚠️ Conséquence pratique à ne pas oublier : un élément de LpL^p n'a pas de valeur en un point donné. Écrire « f(0)=3f(0)=3 pour f∈L1f\in L^1 » n'a aucun sens — {0}\{0\} est négligeable, donc la valeur en 00 n'est pas déterminée par la classe.

ℹ️ C'est pourquoi les énoncés de convergence du lot E se formulent tous « presque partout » et jamais « partout ».

Réponse. f=gf=g p.p. ⇒∫f=∫g\Rightarrow\int f=\int g ; ∫∣h∣=0  ⟺  h=0\int|h|=0\iff h=0 p.p. (Vérifié sur instances : modifier sur Q\mathbb{Q} négligeable n'altère pas ∫\int — B ✓)
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Convergence monotone (Beppo Levi)

DémonstrationDifficulté 3/5

Énoncer le théorème de convergence monotone. L'illustrer sur fn=1[0,1−1/n]f_n=\mathbf 1_{[0,1-1/n]}. En déduire l'interversion ∑/∫\sum/\int pour des fonctions ≥0\geq0.

Indices (3)

0≤fn↑f0\leq f_n\uparrow f (croissance p.p.) ⇒∫fn↑∫f\Rightarrow\int f_n\uparrow\int f.

∫fn=λ([0,1−1/n])=1−1/n\int f_n=\lambda([0,1-1/n])=1-1/n.

Sommes partielles ↑\uparrow d'une série à termes positifs.

Correction détaillée
L'énoncé

Théorème de convergence monotone (Beppo Levi). Soit (fn)(f_n) une suite de fonctions mesurables positives telle que

0≤f1≤f2≤⋯etfn→n→∞f  p.p.0\leq f_1\leq f_2\leq\cdots\qquad\text{et}\qquad f_n\xrightarrow[n\to\infty]{}f\ \text{ p.p.}

Alors

lim⁡n→∞∫fn dμ=∫f dμ\boxed{\lim_{n\to\infty}\int f_n\,d\mu=\int f\,d\mu}

👉 Aucune hypothèse de domination n'est requise — c'est ce qui distingue ce théorème de la convergence dominée (E3). La croissance suffit, et les deux membres peuvent valoir +∞+\infty ensemble.

⚠️ Les deux hypothèses sont indispensables : positivité et croissance. Sans positivité, fn=−1[n,+∞[f_n=-\mathbf{1}_{[n,+\infty[} croît vers 00 alors que ∫fn=−∞\int f_n=-\infty pour tout nn.

L'illustration : $f_n=\mathbf{1}_{[0,1-1/n]}$

La suite est bien croissante : l'intervalle [0,1−1n][0,1-\tfrac1n] grandit avec nn, donc l'indicatrice ne peut que croître.

Les intégrales :

∫fn dλ=λ([0,1−1n])=1−1n.\int f_n\,d\lambda=\lambda\Big(\Big[0,1-\frac1n\Big]\Big)=1-\frac1n.
nn 11 22 55 100100 →∞\to\infty
∫fn\int f_n 00 12\tfrac12 45\tfrac45 99100\tfrac{99}{100} →1\to 1

La limite ponctuelle : pour x∈[0,1[x\in[0,1[, on a x≤1−1nx\leq 1-\tfrac1n dès que n>11−xn>\tfrac{1}{1-x}, donc fn(x)→1f_n(x)\to 1. En x=1x=1, fn(1)=0f_n(1)=0 pour tout nn.

Donc fn→1[0,1[f_n\to\mathbf{1}_{[0,1[} partout, et

∫1[0,1[ dλ=λ([0,1[)=1.\int\mathbf{1}_{[0,1[}\,d\lambda=\lambda([0,1[)=1.
lim⁡n∫fn=1=∫lim⁡nfn ✓\lim_n\int f_n=1=\int\lim_n f_n\ \checkmark

ℹ️ Le point x=1x=1 ne change rien : {1}\{1\} est négligeable, et 1[0,1[=1[0,1]\mathbf{1}_{[0,1[}=\mathbf{1}_{[0,1]} presque partout (B6).

La conséquence : interversion somme-intégrale gratuite

Pour des fonctions positives gk≥0g_k\geq 0, appliquons le théorème aux sommes partielles fn=∑k=1ngkf_n=\sum_{k=1}^{n}g_k, qui forment bien une suite croissante :

∫∑k≥1gk dμ=∑k≥1∫gk dμ\boxed{\int\sum_{k\geq 1}g_k\,d\mu=\sum_{k\geq 1}\int g_k\,d\mu}

👉 Aucune hypothèse de convergence n'est nécessaire. Les deux membres peuvent valoir +∞+\infty simultanément, et l'égalité reste vraie dans [0,+∞][0,+\infty].

⚠️ C'est un privilège du cas positif. Pour des termes de signe variable, il faut une hypothèse — c'est l'objet de E6, où l'on exige ∑k∫∣gk∣<∞\sum_k\int\lvert g_k\rvert<\infty.

Exemple. Sur [0,1][0,1] avec gk(x)=xkg_k(x)=x^k :

∫01∑k≥0xk dx=∫0111−x dx=+∞,∑k≥0∫01xk dx=∑k≥01k+1=+∞.\int_0^1\sum_{k\geq 0}x^k\,dx=\int_0^1\frac{1}{1-x}\,dx=+\infty,\qquad \sum_{k\geq 0}\int_0^1 x^k\,dx=\sum_{k\geq 0}\frac{1}{k+1}=+\infty.

Les deux divergent — et le théorème l'affirme quand même ✓ C'est exactement ce que « l'égalité vaut dans [0,+∞][0,+\infty] » veut dire.

Où ce théorème est réellement utilisé

👉 Il ne sert pas qu'à calculer des limites : il est un maillon de la CONSTRUCTION. Rappel de B2 : la linéarité ∫(f+g)=∫f+∫g\int(f+g)=\int f+\int g pour les fonctions positives se démontre par Beppo Levi, en approchant ff et gg par des suites croissantes d'étagées.

L'ordre logique est donc :

eˊtageˊes (B1) → monotonie (B2) → Beppo Levi → lineˊariteˊ → Fatou (E2) → DCT (E3).\text{étagées (B1)}\ \to\ \text{monotonie (B2)}\ \to\ \textbf{Beppo Levi}\ \to\ \text{linéarité}\ \to\ \text{Fatou (E2)}\ \to\ \text{DCT (E3)}.

⚠️ Ne pas invoquer la linéarité pour démontrer Beppo Levi : ce serait circulaire. C'est une erreur qu'on commet facilement en récitant le cours dans l'ordre où il est présenté plutôt que dans l'ordre où il se démontre.

ℹ️ Autre usage courant : intervertir une série et une intégrale pour calculer une somme, comme dans le calcul de ∫01ln⁡xx−1dx=π26\int_0^1\frac{\ln x}{x-1}dx=\frac{\pi^2}{6} — où l'on développe 11−x\frac{1}{1-x} en série et où tous les termes sont positifs.

Réponse. MCT : fn↑f⇒∫fn↑∫ff_n\uparrow f\Rightarrow\int f_n\uparrow\int f ; ∫∑uk=∑∫uk\int\sum u_k=\sum\int u_k (uk≥0u_k\geq0). (Vérifié sur instances : ∫fn=1−1n↑1\int f_n=1-\tfrac1n\uparrow1, ∑1k+1=+∞\sum\tfrac1{k+1}=+\infty — E ✓)
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Lemme de Fatou et masse fuyante

DémonstrationDifficulté 3/5

Énoncer le lemme de Fatou. Montrer sur fn=n 1(0,1/n)f_n=n\,\mathbf 1_{(0,1/n)} que l'inégalité ∫lim inf⁡fn≤lim inf⁡∫fn\int\liminf f_n\leq\liminf\int f_n peut être stricte.

Indices (3)

fn≥0⇒∫lim inf⁡fn≤lim inf⁡∫fnf_n\geq0\Rightarrow\int\liminf f_n\leq\liminf\int f_n.

∫fn=n⋅1n=1\int f_n=n\cdot\tfrac1n=1 pour tout nn.

fn(x)→0f_n(x)\to0 pour tout x>0x>0.

Correction détaillée
L'énoncé

Lemme de Fatou. Pour toute suite de fonctions mesurables positives :

∫lim inf⁡nfn dμ ≤ lim inf⁡n∫fn dμ\boxed{\int\liminf_{n}f_n\,d\mu\ \leq\ \liminf_{n}\int f_n\,d\mu}

👉 Aucune hypothèse de convergence ni de monotonie. C'est ce qui fait sa force : il s'applique à n'importe quelle suite positive, y compris une suite qui ne converge pas du tout.

⚠️ C'est une INÉGALITÉ, et le sens compte. L'intégrale de la limite inférieure est inférieure — jamais l'inverse. Retenez le sens par l'exemple qui suit, pas par cœur.

Le contre-exemple : la masse fuyante
fn=n 1]0,1/n[.f_n=n\,\mathbf{1}_{]0,1/n[}.

Les intégrales sont toutes égales à 11 :

∫fn dλ=n⋅λ(]0,1n[)=n⋅1n=1pour tout n.\int f_n\,d\lambda=n\cdot\lambda\Big(\Big]0,\frac1n\Big[\Big)=n\cdot\frac1n=1\qquad\text{pour tout }n.

La limite ponctuelle est nulle. Fixons x>0x>0. Dès que n>1xn>\tfrac1x, on a 1n<x\tfrac1n<x donc x∉ ]0,1n[x\notin\ ]0,\tfrac1n[ et fn(x)=0f_n(x)=0. Ainsi

fn(x)→n→∞0pour tout x>0,f_n(x)\xrightarrow[n\to\infty]{}0\qquad\text{pour tout }x>0,

donc lim inf⁡nfn=0\liminf_n f_n=0 presque partout.

Confrontons :

∫lim inf⁡nfn=∫0=0<lim inf⁡n∫fn=1.\int\liminf_n f_n=\int 0=0\qquad<\qquad \liminf_n\int f_n=1.
0<1 : l’ineˊgaliteˊ de Fatou est STRICTE\boxed{0<1\ :\ \text{l'inégalité de Fatou est STRICTE}}

👉 L'image à retenir : la masse 11 ne disparaît pas, elle s'échappe — le pic devient de plus en plus haut et de plus en plus étroit, et à la limite il n'y a plus rien à voir en aucun point, alors que l'aire est restée constante.

Ce que l'exemple interdit

Cet exemple à lui seul montre qu'on ne peut pas espérer mieux que l'inégalité :

énoncé tentant vrai ?
∫lim inf⁡fn≤lim inf⁡∫fn\int\liminf f_n\leq\liminf\int f_n oui (Fatou)
∫lim⁡fn=lim⁡∫fn\int\lim f_n=\lim\int f_n sans hypothèse non — ici 0≠10\neq 1
lim inf⁡∫fn≤∫lim inf⁡fn\liminf\int f_n\leq\int\liminf f_n non — ce serait 1≤01\leq 0

👉 La troisième ligne est le test de mémoire. Si tu hésites sur le sens de l'inégalité, refaites mentalement l'exemple : la limite ponctuelle « perd » de la masse, donc c'est elle qui est du petit côté.

⚠️ La positivité est requise. Sans elle, fn=−n1]0,1/n[f_n=-n\mathbf{1}_{]0,1/n[} donnerait ∫lim inf⁡fn=0\int\liminf f_n=0 et lim inf⁡∫fn=−1\liminf\int f_n=-1 : l'inégalité s'inverserait.

À quoi Fatou sert vraiment

👉 C'est l'outil quand on ne SAIT PAS si la limite se comporte bien. Il donne toujours une majoration, sans rien exiger — et c'est souvent tout ce dont on a besoin.

Usage type : montrer qu'une limite est intégrable. Si fn≥0f_n\geq 0, fn→ff_n\to f p.p. et ∫fn≤M\int f_n\leq M pour tout nn, alors

∫f=∫lim inf⁡fn ≤ lim inf⁡∫fn ≤ M<∞,\int f=\int\liminf f_n\ \leq\ \liminf\int f_n\ \leq\ M<\infty,

donc f∈L1f\in L^1. On obtient l'intégrabilité de la limite sans hypothèse de domination.

Et c'est le maillon vers la convergence dominée. La preuve de la DCT (E3) consiste à appliquer Fatou deux fois — à g+fng+f_n et à g−fng-f_n, où gg est la dominante — ce qui encadre lim sup⁡\limsup et lim inf⁡\liminf et force l'égalité.

Beppo Levi (E1) → Fatou → convergence domineˊe (E3).\text{Beppo Levi (E1)}\ \to\ \textbf{Fatou}\ \to\ \text{convergence dominée (E3)}.

ℹ️ Fatou sert aussi à démontrer la semi-continuité inférieure de la norme LpL^p : si fn→ff_n\to f p.p., alors ∥f∥p≤lim inf⁡∥fn∥p\lVert f\rVert_p\leq\liminf\lVert f_n\rVert_p. C'est un ingrédient de la complétude (D3).

Réponse. Fatou : ∫lim inf⁡≤lim inf⁡∫\int\liminf\leq\liminf\int ; strict pour n1(0,1/n)n\mathbf 1_{(0,1/n)} (0<10<1). (Vérifié sur instances : ∫fn=1\int f_n=1, ∫lim inf⁡=0\int\liminf=0 — E ✓)
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Convergence dominée (Lebesgue)

DémonstrationDifficulté 3/5

Énoncer le théorème de convergence dominée. L'appliquer à fn=xnf_n=x^n sur [0,1][0,1] pour justifier ∫01xn dλ→0\int_0^1 x^n\,d\lambda\to0.

Indices (3)

fn→ff_n\to f p.p. et ∣fn∣≤g∈L1|f_n|\leq g\in L^1 (dominante).

Conclusion ∫fn→∫f\int f_n\to\int f.

xn→0x^n\to0 pour x<1x<1, dominée par g=1g=1.

Correction détaillée
L'énoncé

Théorème de convergence dominée (Lebesgue). Soit (fn)(f_n) mesurables telles que

  1. fn→ff_n\to f presque partout ;
  2. il existe g∈L1g\in L^1 avec ∣fn∣≤g\lvert f_n\rvert\leq g p.p., pour tout nn.

Alors f∈L1f\in L^1 et

lim⁡n→∞∫fn dμ=∫f dμet meˆme∫∣fn−f∣ dμ→0.\boxed{\lim_{n\to\infty}\int f_n\,d\mu=\int f\,d\mu}\qquad\text{et même}\qquad \int\lvert f_n-f\rvert\,d\mu\to 0.

👉 C'est le théorème le plus utilisé de toute la théorie. Il n'exige ni monotonie, ni positivité, ni convergence uniforme — seulement une dominante intégrable, indépendante de nn.

⚠️ « Indépendante de nn » est l'hypothèse qu'on croit vérifier et qu'on ne vérifie pas. Une majoration ∣fn∣≤gn\lvert f_n\rvert\leq g_n qui dépend de nn ne sert à rien.

L'application à $f_n=x^n$ sur $[0,1]$

Vérifions les deux hypothèses, dans l'ordre.

1. Convergence p.p. Pour x∈[0,1[x\in[0,1[, xn→0x^n\to 0. En x=1x=1, 1n=11^n=1 pour tout nn. La convergence vers 00 a donc lieu partout sauf en x=1x=1 — et λ({1})=0\lambda(\{1\})=0, donc

fn→0presque partout ✓f_n\to 0\quad\text{presque partout}\ \checkmark

2. Domination. Sur [0,1][0,1], ∣xn∣≤1\lvert x^n\rvert\leq 1, et la constante g=1g=1 vérifie

∫011 dλ=λ([0,1])=1<∞⟹g∈L1([0,1]) ✓\int_0^1 1\,d\lambda=\lambda([0,1])=1<\infty\qquad\Longrightarrow\qquad g\in L^1([0,1])\ \checkmark

Conclusion :

lim⁡n→∞∫01xn dλ=∫010 dλ=0.\lim_{n\to\infty}\int_0^1 x^n\,d\lambda=\int_0^1 0\,d\lambda=0.

Contrôle par le calcul direct (B5) :

∫01xn dλ=1n+1 →n→∞ 0 ✓\int_0^1 x^n\,d\lambda=\frac{1}{n+1}\ \xrightarrow[n\to\infty]{}\ 0\ \checkmark

👉 Ici les deux voies concordent. L'intérêt du théorème est évidemment ailleurs : dans les cas où l'on ne sait pas calculer ∫fn\int f_n.

⚠️ Deux points que cet exemple met en lumière

1. La convergence n'est pas uniforme. sup⁡[0,1]xn=1\sup_{[0,1]}x^n=1 pour tout nn : la suite ne converge pas uniformément vers 00.

👉 Les théorèmes classiques de Riemann, qui exigent l'uniformité, ne s'appliquent donc pas. La DCT, si. C'est exactement le gain de la théorie de Lebesgue — remplacer une hypothèse d'uniformité, rarement vérifiée, par une hypothèse de domination, souvent facile.

2. La convergence n'est pas partout. Le point x=1x=1 résiste, et c'est sans importance : « presque partout » suffit.

⚠️ Chez Riemann, aucun énoncé n'accepte une exception ponctuelle de ce genre. Il faudrait modifier la limite en ce point — sans conséquence pour Riemann tant qu'il s'agit d'un nombre fini de points, mais une modification sur un ensemble dense peut détruire l'intégrabilité (B4).

ℹ️ Sur [0,1][0,1], la domination était triviale car la suite y est bornée par 11. Sur un intervalle non borné, c'est presque toujours l'hypothèse difficile — et l'exercice E4 montre ce qui se passe quand elle manque.

Comment l'appliquer en pratique

👉 La marche à suivre, dans cet ordre :

étape ce qu'on écrit
1. identifier la limite ponctuelle « pour xx fixé, fn(x)→…f_n(x)\to\dots »
2. repérer où la convergence échoue « sauf en x=1x=1, négligeable »
3. exhiber une dominante « ∣fn∣≤g\lvert f_n\rvert\leq g avec g=…g=\dots »
4. vérifier g∈L1g\in L^1 « ∫g=⋯<∞\int g=\dots<\infty »
5. conclure lim⁡∫fn=∫f\lim\int f_n=\int f

⚠️ L'étape 3 est celle qu'on bâcle, et c'est la seule qui puisse être fausse. Écrire « la suite est bornée » ne suffit pas : il faut une fonction explicite, indépendante de nn, et intégrable.

⚠️ Sur un intervalle non borné, une constante n'est jamais intégrable : ∫R1 dλ=+∞\int_{\mathbb{R}}1\,d\lambda=+\infty. Il faut une dominante qui décroît, du type C1+x2\frac{C}{1+x^2} ou Ce−∣x∣Ce^{-\lvert x\rvert}.

ℹ️ Corollaire très utilisé : si μ(Ω)<∞\mu(\Omega)<\infty et ∣fn∣≤M\lvert f_n\rvert\leq M (constante), la domination est automatique. C'est le cas de cet exercice, et c'est pourquoi il paraît facile.

Réponse. DCT : fn→ff_n\to f p.p. + dominée ⇒∫fn→∫f\Rightarrow\int f_n\to\int f ; ∫01xn→0\int_0^1 x^n\to0. (Vérifié sur instances : xn→0x^n\to0 p.p., ∣xn∣≤1|x^n|\leq1, 1n+1→0\tfrac1{n+1}\to0 — E ✓)
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Échec sans domination

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer par un contre-exemple que, sans dominante intégrable, fn→ff_n\to f p.p. n'entraîne pas ∫fn→∫f\int f_n\to\int f. Quelle dominante manque-t-il pour la masse fuyante fn=n1(0,1/n)f_n=n\mathbf 1_{(0,1/n)} ?

Indices (3)

Reprendre la masse fuyante de Fatou.

fn→0f_n\to0 p.p. mais ∫fn=1\int f_n=1.

Une dominante g≥sup⁡nfng\geq\sup_n f_n aurait ∫g=+∞\int g=+\infty.

Correction détaillée
Le contre-exemple : la masse fuyante
fn=n 1]0,1/n[sur [0,1].f_n=n\,\mathbf{1}_{]0,1/n[}\qquad\text{sur }[0,1].

Convergence ponctuelle. Pour x>0x>0 fixé, dès que n>1xn>\tfrac1x on a 1n<x\tfrac1n<x, donc x∉ ]0,1n[x\notin\ ]0,\tfrac1n[ et fn(x)=0f_n(x)=0. Ainsi

fn⟶0presque partout.f_n\longrightarrow 0\qquad\text{presque partout}.

Intégrales. Pour tout nn :

∫fn dλ=n⋅λ(]0,1n[)=n⋅1n=1.\int f_n\,d\lambda=n\cdot\lambda\Big(\Big]0,\frac1n\Big[\Big)=n\cdot\frac1n=1.
∫fn=1 pour tout n,mais∫lim⁡fn=∫0=0\boxed{\int f_n=1\ \text{pour tout }n,\qquad\text{mais}\qquad \int\lim f_n=\int 0=0}

👉 La conclusion de la DCT est donc FAUSSE ici : 1↛01\not\to 0. Une hypothèse manque, et il faut savoir laquelle.

Quelle dominante manquerait-il ?

Cherchons la plus petite fonction gg qui majorerait toutes les fnf_n :

g(x)=sup⁡n≥1fn(x).g(x)=\sup_{n\geq 1}f_n(x).

Fixons x∈ ]0,1]x\in\ ]0,1]. Les nn tels que x<1nx<\tfrac1n sont ceux avec n<1xn<\tfrac1x, et pour ceux-là fn(x)=nf_n(x)=n. Le plus grand est n=⌈1x⌉−1n=\lceil\tfrac1x\rceil-1, donc

g(x) ≈ 1x.g(x)\ \approx\ \frac1x.

Or

∫01dxx=[ln⁡x]01=+∞.\int_0^1\frac{dx}{x}=\big[\ln x\big]_0^1=+\infty.
g≈1x n’est PAS inteˊgrable sur ]0,1]\boxed{g\approx\tfrac1x\ \text{n'est PAS intégrable sur }]0,1] }

👉 Il n'existe donc AUCUNE dominante intégrable. Ce n'est pas qu'on n'en a pas trouvé : la plus petite candidate possible échoue déjà, donc toutes échouent.

⚠️ C'est la bonne façon de montrer qu'une hypothèse est indispensable : exhiber le meilleur candidat et montrer qu'il ne convient pas.

Ce que le contre-exemple isole
hypothèse de la DCT vérifiée ici ?
mesurabilité des fnf_n oui
convergence p.p. vers ff oui, vers 00
dominante g∈L1g\in L^1 NON

👉 Une seule hypothèse manque, et la conclusion tombe entièrement. C'est ce qui prouve que la domination n'est pas une commodité technique mais le cœur du théorème.

Et Fatou, lui, tient toujours (E2) :

∫lim inf⁡fn=0 ≤ lim inf⁡∫fn=1 ✓\int\liminf f_n=0\ \leq\ \liminf\int f_n=1\ \checkmark

👉 Fatou n'exige aucune domination — il ne donne qu'une inégalité, et cette inégalité est ici stricte. C'est exactement la marge que la domination sert à refermer.

Les trois façons dont la masse peut s'échapper

👉 Il vaut la peine de connaître les trois profils, car ils reviennent constamment :

nom suite ce qui se passe
pic qui monte n 1]0,1/n[n\,\mathbf{1}_{]0,1/n[} la masse se concentre en 00 et disparaît du graphe
masse qui part à l'infini 1[n,n+1]\mathbf{1}_{[n,n+1]} sur R\mathbb{R} la bosse glisse vers la droite sans se déformer
bosse qui s'étale 1n 1[0,n]\tfrac1n\,\mathbf{1}_{[0,n]} sur R\mathbb{R} l'aire reste 11, la hauteur tend vers 00

Dans les trois cas : fn→0f_n\to 0 p.p. et ∫fn=1\int f_n=1 pour tout nn.

⚠️ Les deuxième et troisième n'existent que sur un domaine de mesure infinie. Sur [0,1][0,1], seul le pic est possible — et c'est pourquoi, sur un espace de mesure finie avec des fnf_n uniformément bornées, la domination est automatique (E3).

ℹ️ Ces trois exemples réapparaissent en D6 pour distinguer les modes de convergence : ils convergent tous vers 00 presque partout, aucun ne converge dans L1L^1.

Réponse. Sans domination, ∫fn=1↛0=∫lim⁡\int f_n=1\not\to0=\int\lim ; sup⁡nfn∼1x∉L1\sup_n f_n\sim\tfrac1x\notin L^1. (Vérifié sur instances : ∫fn=1\int f_n=1, ∫lim⁡=0\int\lim=0 — E ✓)
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Intégrale à paramètre : continuité, dérivation sous ∫

DémonstrationDifficulté 3/5

Énoncer les théorèmes de continuité et de dérivation sous le signe ∫\int (via la DCT). Les appliquer à F(t)=∫0+∞e−tx dλ(x)F(t)=\int_0^{+\infty}e^{-tx}\,d\lambda(x) pour t>0t>0.

Indices (3)

Continuité : x↦f(t,x)x\mapsto f(t,x) continue en tt, domination locale uniforme.

Dérivation : ∂tf\partial_t f existe et est dominée par g∈L1g\in L^1 indépendante de tt.

F(t)=1/tF(t)=1/t, F′(t)=−1/t2F'(t)=-1/t^2.

Correction détaillée
Les deux théorèmes

Soit F(t)=∫Ωf(t,x) dμ(x)F(t)=\displaystyle\int_\Omega f(t,x)\,d\mu(x).

Continuité. Si x↦f(t,x)x\mapsto f(t,x) est mesurable pour chaque tt, si t↦f(t,x)t\mapsto f(t,x) est continue p.p., et s'il existe g∈L1g\in L^1 indépendante de tt avec ∣f(t,x)∣≤g(x)\lvert f(t,x)\rvert\leq g(x), alors FF est continue.

Dérivation. Si de plus ∂f∂t\dfrac{\partial f}{\partial t} existe et si ∣∂f∂t(t,x)∣≤h(x)\left\lvert\dfrac{\partial f}{\partial t}(t,x)\right\rvert\leq h(x) avec h∈L1h\in L^1 indépendante de tt, alors FF est dérivable et

F′(t)=∫Ω∂f∂t(t,x) dμ(x)\boxed{F'(t)=\int_\Omega\frac{\partial f}{\partial t}(t,x)\,d\mu(x)}

👉 Les deux se démontrent par la DCT, appliquée à une suite tn→tt_n\to t quelconque : la continuité séquentielle suffit, et pour la dérivée on applique la DCT au taux d'accroissement, majoré par hh via le théorème des accroissements finis.

⚠️ « Indépendante de tt » est l'hypothèse critique, exactement comme le « indépendante de nn » de E3. Une majoration qui dépend de tt ne prouve rien.

Application à $F(t)=\int_0^{+\infty}e^{-tx}\,d\lambda(x)$

Calcul direct d'abord, pour avoir la cible :

F(t)=∫0+∞e−tx dx=[−e−txt]0+∞=0+1t=1t(t>0).F(t)=\int_0^{+\infty}e^{-tx}\,dx=\left[-\frac{e^{-tx}}{t}\right]_0^{+\infty}=0+\frac1t=\frac1t\qquad(t>0).

⚠️ L'intégrale diverge pour t≤0t\leq 0 : e−txe^{-tx} ne décroît plus. Le domaine d'étude est donc ]0,+∞[]0,+\infty[, et cette restriction va se retrouver dans la domination.

Contrôle par dérivation directe : F′(t)=−1t2F'(t)=-\dfrac{1}{t^2}.

⚠️ La domination exige de se restreindre à $t\geq a>0$

Cherchons une dominante pour ∣e−tx∣=e−tx\lvert e^{-tx}\rvert=e^{-tx}, valable pour tous les tt du domaine.

Sur ]0,+∞[]0,+\infty[ tout entier, c'est impossible : quand t→0+t\to 0^+, e−tx→1e^{-tx}\to 1 pour tout xx, et la constante 11 n'est pas intégrable sur ]0,+∞[]0,+\infty[.

👉 La sortie est de travailler sur [a,+∞[[a,+\infty[ avec a>0a>0 fixé. Pour t≥at\geq a :

e−tx≤e−ax,∫0+∞e−ax dx=1a<∞ ✓e^{-tx}\leq e^{-ax},\qquad \int_0^{+\infty}e^{-ax}\,dx=\frac1a<\infty\ \checkmark

Pour la dérivée, de même :

∣∂∂te−tx∣=x e−tx≤x e−ax,∫0+∞x e−ax dx=1a2<∞ ✓\left\lvert\frac{\partial}{\partial t}e^{-tx}\right\rvert=x\,e^{-tx}\leq x\,e^{-ax},\qquad \int_0^{+\infty}x\,e^{-ax}\,dx=\frac{1}{a^2}<\infty\ \checkmark

Les théorèmes s'appliquent donc sur [a,+∞[[a,+\infty[, et comme a>0a>0 est arbitraire, la conclusion vaut sur ]0,+∞[]0,+\infty[ tout entier — la continuité et la dérivabilité étant des propriétés locales.

👉 Cette technique — dominer sur un compact ou un fermé strictement inclus, puis recoller — est LA méthode standard. Elle sert dès que la dominante « globale » n'existe pas.

Le résultat, et son contrôle
F′(t)=∫0+∞∂∂te−tx dx=∫0+∞(−x e−tx) dx=−1t2.F'(t)=\int_0^{+\infty}\frac{\partial}{\partial t}e^{-tx}\,dx=\int_0^{+\infty}\big(-x\,e^{-tx}\big)\,dx=-\frac{1}{t^2}.

Et le calcul direct donne F(t)=1tF(t)=\dfrac1t, donc F′(t)=−1t2F'(t)=-\dfrac{1}{t^2} ✓

Les deux voies concordent — c'est le contrôle qui valide l'application du théorème.

👉 En itérant, on obtient une famille d'intégrales utiles :

F(n)(t)=∫0+∞(−x)ne−tx dx=(−1)n n!tn+1⟹∫0+∞xne−tx dx=n!tn+1.F^{(n)}(t)=\int_0^{+\infty}(-x)^n e^{-tx}\,dx=\frac{(-1)^n\,n!}{t^{n+1}}\qquad\Longrightarrow\qquad \int_0^{+\infty}x^n e^{-tx}\,dx=\frac{n!}{t^{n+1}}.

En t=1t=1 : ∫0+∞xne−x dx=n!\displaystyle\int_0^{+\infty}x^n e^{-x}\,dx=n!, qui est la fonction Γ\Gamma.

ℹ️ C'est l'intérêt réel du théorème : dériver sous l'intégrale transforme une famille d'intégrales difficiles en une simple dérivation. La méthode s'appelle parfois « astuce de Feynman », et elle repose entièrement sur la DCT.

Réponse. Continuité/dérivation sous ∫\int par domination L1L^1 ; F(t)=1tF(t)=\tfrac1t, F′(t)=−1t2F'(t)=-\tfrac1{t^2}. (Conclusion certifiée sur instances ; preuve par DCT = relecture)
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Interversion somme-intégrale

DémonstrationDifficulté 3/5

Donner les deux théorèmes d'interversion ∑k∫=∫∑k\sum_k\int=\int\sum_k : (i) termes ≥0\geq0 (Beppo Levi), (ii) convergence normale ∑k∫∣uk∣<∞\sum_k\int|u_k|<\infty (DCT). Justifier ∫01∑k≥0xk dλ\int_0^1\sum_{k\geq0}x^k\,d\lambda puis ∫01∑k≥0(−1)kxk dλ=ln⁡2\int_0^1\sum_{k\geq0}(-1)^k x^k\,d\lambda=\ln 2.

Indices (3)

(i) uk≥0u_k\geq0 : toujours valable (Beppo Levi).

(ii) ∑k∫∣uk∣<∞\sum_k\int|u_k|<\infty : appliquer la DCT aux sommes partielles.

∑(−1)kxk=11+x\sum(-1)^k x^k=\tfrac1{1+x}, ∫01dx1+x=ln⁡2\int_0^1\tfrac{dx}{1+x}=\ln2.

Correction détaillée
Les deux théorèmes d'interversion

(i) Termes positifs — Beppo Levi (E1). Si uk≥0u_k\geq 0 mesurables :

∫∑k≥0uk dμ=∑k≥0∫uk dμ.\int\sum_{k\geq 0}u_k\,d\mu=\sum_{k\geq 0}\int u_k\,d\mu.

👉 Aucune hypothèse. Les deux membres peuvent valoir +∞+\infty ensemble, et l'égalité tient dans [0,+∞][0,+\infty].

(ii) Convergence normale — via la DCT. Si ∑k≥0∫∣uk∣ dμ<∞\displaystyle\sum_{k\geq 0}\int\lvert u_k\rvert\,d\mu<\infty, alors ∑uk\sum u_k converge p.p., sa somme est dans L1L^1, et l'interversion est licite.

⚠️ La condition porte sur ∑∫∣uk∣\sum\int\lvert u_k\rvert, pas sur ∫∑∣uk∣\int\sum\lvert u_k\rvert — mais par (i) appliqué aux ∣uk∣\lvert u_k\rvert, les deux sont égaux. C'est donc la même condition, écrite du côté commode.

(a) Le cas positif : $\sum_k x^k$ sur $[0,1]$

Les termes uk(x)=xku_k(x)=x^k sont positifs : le théorème (i) s'applique sans condition.

Côté gauche : la série géométrique somme à 11−x\dfrac{1}{1-x} pour x∈[0,1[x\in[0,1[, donc

∫01dx1−x=[−ln⁡(1−x)]01=+∞.\int_0^1\frac{dx}{1-x}=\big[-\ln(1-x)\big]_0^1=+\infty.

Côté droit :

∑k≥0∫01xk dx=∑k≥01k+1=+∞(seˊrie harmonique).\sum_{k\geq 0}\int_0^1 x^k\,dx=\sum_{k\geq 0}\frac{1}{k+1}=+\infty\qquad\text{(série harmonique)}.
+∞=+∞ : l’eˊgaliteˊ tient\boxed{+\infty=+\infty\ :\ \text{l'égalité tient}}

👉 C'est le point du théorème (i) qu'on trouve étrange et qui est essentiel : il ne dit pas que l'intégrale est finie, il dit que les deux calculs donnent la même réponse, finie ou non. Ici les deux divergent, et c'est une information — pas un échec.

ℹ️ On retrouve ∫01xk dx=1k+1\int_0^1 x^k\,dx=\frac{1}{k+1} de B5.

⚠️ (b) Le cas alterné : le théorème (ii) NE S'APPLIQUE PAS

Prenons uk(x)=(−1)kxku_k(x)=(-1)^k x^k et testons l'hypothèse de (ii) avant toute chose :

∫01∣uk∣ dx=∫01xk dx=1k+1,∑k≥01k+1=+∞.\int_0^1\lvert u_k\rvert\,dx=\int_0^1 x^k\,dx=\frac{1}{k+1},\qquad \sum_{k\geq 0}\frac{1}{k+1}=+\infty.
La convergence normale EˊCHOUE — (ii) est inapplicable ici\boxed{\text{La convergence normale ÉCHOUE — (ii) est inapplicable ici}}

👉 Et pourtant le résultat annoncé est vrai. C'est exactement le genre de situation où l'on invoque un théorème par habitude sans vérifier son hypothèse, et où l'on obtient la bonne réponse pour une mauvaise raison.

⚠️ Toujours tester l'hypothèse AVANT d'invoquer le théorème. Ici elle échoue, donc il faut une autre justification.

La justification correcte : DCT sur les sommes partielles

Posons Sn(x)=∑k=0n(−1)kxkS_n(x)=\displaystyle\sum_{k=0}^{n}(-1)^k x^k. La somme géométrique donne une forme close :

Sn(x)=1−(−x)n+11+x.S_n(x)=\frac{1-(-x)^{n+1}}{1+x}.

Convergence p.p. Pour x∈[0,1[x\in[0,1[, (−x)n+1→0(-x)^{n+1}\to 0, donc Sn(x)→11+xS_n(x)\to\dfrac{1}{1+x}. Le point x=1x=1 est négligeable ✓

Domination — et elle existe :

∣Sn(x)∣=∣1−(−x)n+1∣1+x ≤ 1+xn+11+x ≤ 21+x ≤ 2,\lvert S_n(x)\rvert=\frac{\lvert 1-(-x)^{n+1}\rvert}{1+x}\ \leq\ \frac{1+x^{n+1}}{1+x}\ \leq\ \frac{2}{1+x}\ \leq\ 2,

et la constante 22 est intégrable sur [0,1][0,1] : ∫012 dx=2<∞\int_0^1 2\,dx=2<\infty ✓

La DCT s'applique donc aux sommes partielles :

∫01∑k≥0(−1)kxk dx=lim⁡n∫01Sn=∫01dx1+x=[ln⁡(1+x)]01=ln⁡2.\int_0^1\sum_{k\geq 0}(-1)^kx^k\,dx=\lim_n\int_0^1 S_n=\int_0^1\frac{dx}{1+x}=\big[\ln(1+x)\big]_0^1=\ln 2.
∫01∑k≥0(−1)kxk dλ=ln⁡2≈0,6931\boxed{\int_0^1\sum_{k\geq 0}(-1)^kx^k\,d\lambda=\ln 2\approx 0{,}6931}

Contrôle : ∑k≥0(−1)kk+1=1−12+13−14+⋯=ln⁡2\displaystyle\sum_{k\geq 0}\frac{(-1)^k}{k+1}=1-\tfrac12+\tfrac13-\tfrac14+\cdots=\ln 2 ✓ — c'est la série harmonique alternée.

Ce que ce couple d'exemples enseigne
∑xk\sum x^k ∑(−1)kxk\sum(-1)^kx^k
signe des termes positifs alternés
théorème (i) applicable ? oui, sans condition non (termes non positifs)
∑∫∣uk∣\sum\int\lvert u_k\rvert +∞+\infty +∞+\infty
théorème (ii) applicable ? sans objet NON
justification retenue Beppo Levi DCT sur les sommes partielles
résultat +∞=+∞+\infty=+\infty ln⁡2\ln 2

👉 La leçon : quand aucun des deux théorèmes d'interversion ne s'applique, il reste la DCT appliquée directement à la suite des sommes partielles. C'est souvent possible, et plus facile qu'il n'y paraît — ici la forme close de SnS_n donnait la dominante immédiatement — mais pas toujours : il faut exhiber une dominante des SnS_n, qui peut ne pas exister.

ℹ️ La série harmonique alternée converge conditionnellement et non absolument : c'est précisément ce qui met (ii) en échec, et c'est le même phénomène que sin⁡(x)/x\sin(x)/x en B3. Lebesgue exige l'absolu ; ce qui converge par compensation demande un traitement à part.

Réponse. ∫∑uk=∑∫uk\int\sum u_k=\sum\int u_k (termes ≥0\geq0 ou domination L1L^1) ; ∫01dλ1+x=ln⁡2\int_0^1\tfrac{d\lambda}{1+x}=\ln2. (Vérifié sur instances : ∑1k+1=+∞\sum\tfrac1{k+1}=+\infty ; ln⁡2\ln2 — E ✓)
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