Espaces euclidiens & isométries — socle
Idée. Tu sais déjà mesurer dans un espace euclidien : le produit scalaire donne les longueurs, les angles, les projections (chapitre Formes quadratiques, approfondissement A à D). Ce chapitre répond à une autre question : quelles applications linéaires respectent ces mesures ? Ce sont les isométries — rotations, réflexions, et en dimension
Note (périmètre de vérification). Tout ce qui est une matrice ou un nombre est certifié machine (
_verif_espaces_euclidiens.py) : orthogonalité, déterminants, axes et angles — le signe de l'angle par le produit mixte —, points fixes, centres de similitudes, projecteurs. Les classifications deet des isométries affines du plan, la décomposition en réflexions en dimensions et sont démontrées dans la leçon et les exercices. Trois énoncés sont admis : le théorème de Cartan-Dieudonné (dimension ), la réduction des isométries en dimension , la liste des sous-groupes finis de — tous trois en approfondissement.
A. Espace euclidien, orientation, produit mixte
- Rappel en une page (le détail est au chapitre Formes quadratiques, approfondissement A–D). Un espace euclidien est un espace vectoriel réel de dimension finie muni d'un produit scalaire
(bilinéaire, symétrique, défini positif). Il définit la norme , la distance , l'orthogonalité , et l'inégalité de Cauchy-Schwarz , d'où l'angle . Dans une base orthonormée (BON) , les coordonnées se lisent : et . Le procédé de Gram-Schmidt fabrique une BON à partir de toute famille libre. - Projection orthogonale. Sur une droite
: . Sur un plan de de vecteur normal : , et la distance de au plan vaut . Dans tous les cas , et (Pythagore). - Matrices orthogonales. Une matrice carrée
est orthogonale si ; de façon équivalente, ses colonnes forment une BON, ou encore (l'inverse est gratuit). Alors (car ). ⚠️ La réciproque est fausse : a pour déterminant et n'est pas orthogonale (sa seconde colonne a pour norme ). Et une matrice symétrique n'a rien à voir avec une matrice orthogonale : contre . - Orientation. Deux bases de
ont la même orientation si le déterminant de la matrice de passage est positif ; cela partage les bases en deux classes. Orienter , c'est déclarer l'une des deux classe des bases directes (l'autre, des indirectes). Dans on prend la base canonique directe ; alors une base est directe si et seulement si . Pour une BON, le déterminant vaut : changer l'ordre de deux vecteurs, ou remplacer par , change l'orientation. - Angle orienté de deux vecteurs non nuls
du plan orienté : l'unique tel que et — le déterminant (dans une BON directe) donne le signe. Donc , et changer l'orientation du plan change tous les signes. C'est l'angle de la rotation qui envoie sur . - Produit mixte. Dans
orienté, (dans une BON directe — sa valeur ne dépend pas de la BON directe choisie). Il vaut le volume orienté du parallélépipède construit sur ; il est nul si et seulement si les trois vecteurs sont coplanaires, positif si et seulement si est une base directe. Il est trilinéaire, alterné (échanger deux vecteurs change le signe), invariant par permutation circulaire. - Produit vectoriel. L'unique vecteur
tel que pour tout ; en coordonnées dans une BON directe : Il est orthogonal àet à , nul si et seulement si sont colinéaires, et est l'aire du parallélogramme construit sur (identité de Lagrange : ). Si , la base est directe. Il est anticommutatif : . Recoupement avec le chapitre Matrices : le déterminant est un facteur d'aire ; ici il devient un volume.
B. Isométries vectorielles du plan et de l'espace
- Définition. Un endomorphisme
de est une isométrie vectorielle (ou automorphisme orthogonal) s'il conserve la norme : pour tout . Les conditions suivantes sont équivalentes : conserve la norme conserve le produit scalaire (par polarisation, ) envoie une BON sur une BON la matrice de dans une BON est orthogonale. Une isométrie est bijective, conserve les angles et les distances, et ses valeurs propres réelles valent . - Les groupes. Les matrices orthogonales
forment le groupe orthogonal ; celles de déterminant le groupe spécial orthogonal , sous-groupe d'indice . Une isométrie de déterminant est directe (elle conserve l'orientation), de déterminant indirecte. - Dimension 2 — rotations.
est l'ensemble des rotations . On a : composer, c'est ajouter les angles, et est abélien — c'est l'exemple à avoir en tête, l'isomorphisme vers les complexes de module étant celui du chapitre Nombres complexes (multiplier par = tourner de ). Une rotation avec n'a aucun vecteur fixe non nul. - Dimension 2 — réflexions.
est l'ensemble des réflexions : symétrie orthogonale par rapport à la droite d'angle . Une réflexion est involutive ( ), a pour valeurs propres (sur l'axe) et (sur la normale), et . On lit l'axe comme . Classification de (démontrée en B3) : toute matrice orthogonale est une rotation ou une réflexion. - Composer deux réflexions.
: la composée de deux réflexions d'axes et est la rotation d'angle double de l'angle — et dans l'ordre inverse, la rotation d'angle opposé. Réciproquement : toute rotation est composée de deux réflexions (dont l'une peut être choisie librement), et toute isométrie du plan est composée d'au plus deux réflexions — démontré en B2. Enfin : une réflexion suivie d'une rotation est une réflexion — et dans l'autre ordre, , une réflexion encore, mais pas la même.
- Dimension 3 — la classification. Soit
. On regarde le déterminant et la dimension de (les vecteurs fixes) :
| nature | ce qui reste fixe | ||
|---|---|---|---|
| identité | tout | ||
| rotation d'axe |
une droite | ||
| réflexion par rapport au plan |
un plan | ||
| antirotation (rotation d'axe |
le seul vecteur nul ; |
⚠️
- Rotation de l'espace : axe et angle. Si
, , son axe est la droite et son angle vérifie La trace ne donne que, donc au signe près. Le signe n'a de sens qu'une fois l'axe orienté par un vecteur : on prend hors de l'axe, et le signe de est celui du produit mixte . Changer en change le signe de : une rotation d'angle autour de est la rotation d'angle autour de . Exemple (certifié) : la permutation circulaire est la rotation d'axe et d'angle (trace , , ). - Réflexion de l'espace. La réflexion par rapport au plan
a pour matrice : elle fixe et renverse . Antirotation : avec rotation d'axe et réflexion par rapport à ; alors dès que (pour , tout axe convient) et . - Reconnaître une isométrie sur sa matrice — le geste central du chapitre : (1) vérifier
; (2) calculer ; (3) calculer (et si ) ; (4) pour une rotation, lire sur la trace puis le signe sur un produit mixte, après avoir orienté l'axe. Sur : orthogonale, , axe , trace donc , et : rotation d'angle autour de .
E. Isométries affines du plan et similitudes
- Isométrie affine. Une application
qui conserve les distances. Une telle application est nécessairement affine : elle s'écrit avec sa partie linéaire et — c'est de cette forme que part toute la classification ci-dessous. Ce passage se démontre en trois lignes : conserve les distances et fixe , donc conserve les normes, donc le produit scalaire (polarisation, C6) ; alors est une BON et , d'où : est linéaire, et orthogonale. Un déplacement a , un antidéplacement . Les déplacements forment un groupe ; la composée de deux antidéplacements est un déplacement. - Classification par les points fixes (démontrée en E1). On résout
, c'est-à-dire :
| partie linéaire | points fixes | nature |
|---|---|---|
| aucun (si |
translation de vecteur |
|
| un point |
rotation de centre |
|
| une droite |
réflexion d'axe |
|
| aucun | réflexion glissée : réflexion d'axe |
Le cas «
- Composées. Deux réflexions d'axes parallèles distants de
composent une translation de longueur , perpendiculaire aux axes, dirigée du premier axe vers le second ; d'axes sécants en faisant l'angle orienté du premier axe vers le second, une rotation de centre et d'angle . Dans les deux cas, l'ordre inverse donne l'application réciproque. Deux rotations de centres distincts et d'angles composent une rotation d'angle (d'un troisième centre), ou une translation si . L'ordre compte : et n'ont pas le même centre. - Similitudes. On identifie le plan à
. Une similitude directe est avec : c'est la composée d'une rotation d'angle et d'une homothétie de rapport , de même centre si (l'unique point fixe ; si c'est une translation). Elle s'écrit . Une similitude indirecte est : réflexion composée avec la même rotation-homothétie ; elle renverse les angles orientés. Une similitude multiplie toutes les distances par , conserve les rapports de longueurs et les angles (au signe près pour une indirecte). Elle est déterminée par l'image de deux points : , donnent pour une directe. Les isométries sont les similitudes de rapport .
- Le groupe des isométries du carré. Les isométries du plan qui conservent un carré fixent son centre (isobarycentre des sommets), donc sont linéaires si l'on place le centre en
; elles permutent les sommets et sont déterminées par l'image de deux sommets adjacents. Il y en a exactement : les rotations d'angles et les réflexions d'axes les deux médianes et les deux diagonales. C'est le groupe diédral du chapitre Groupes — retrouvé ici comme un groupe de matrices, non abélien ( ). Pour le triangle équilatéral : rotations et réflexions, (toute permutation des sommets est réalisée). Le chapitre Burnside fait agir ces groupes pour compter des coloriages.