Fonctions d'une variable réelle — socle
Idée. Tu sais déjà calculer avec les fonctions : dériver, dresser un tableau de variations, lire une limite. Ce chapitre répond à une autre question : pourquoi ces calculs ont-ils le droit de conclure ? Pourquoi une fonction continue qui change de signe s'annule-t-elle, pourquoi une dérivée positive fait-elle croître, pourquoi une tangente approche-t-elle la courbe ? Les théorèmes qui portent ces réponses — valeurs intermédiaires, bornes atteintes, bijection, Rolle, accroissements finis — sont démontrés ici, et chacun vient avec l'exemple qui montre que ses hypothèses ne sont pas décoratives.
Note (périmètre de vérification). Tout ce qui se calcule ici est certifié machine (
_verif_fonctions_reelles.py) : limites des deux côtés, prolongements, taux d'accroissement, pointsdes théorèmes, inégalités par le signe d'une dérivée, valeurs affichées. Les théorèmes sont démontrés dans la leçon et les exercices. Un seul énoncé est admis à ce palier — Bolzano-Weierstrass (déjà admis au chapitre sur les suites), qui sert à prouver le théorème des bornes atteintes.
A. Limites et continuité
- Les fonctions de référence. Le tableau à connaître, sans calcul :
| fonction | ensemble de définition | parité / périodicité | aux bornes |
|---|---|---|---|
| parité de |
|||
| — | |||
| impaire | |||
| — | |||
| — | |||
| impaire / paire, |
pas de limite en |
||
| impaire, |
- Limite en un point.
quand signifie : pour tout , il existe tel que . Le a le droit de dépendre de (et de ). Version « à l'infini » : quand si, pour tout , il existe tel que . La limite est unique ; les opérations (somme, produit, quotient, composition) passent à la limite comme pour les suites, avec les mêmes formes indéterminées. - Caractérisation séquentielle.
quand si et seulement si pour toute suite de limite (avec ), . C'est l'outil pour réfuter une limite : deux suites et avec et de limites différentes prouvent que n'a pas de limite en . Exemple : en . - Limites à gauche et à droite.
en (par valeurs ) et (par ). La limite existe si et seulement si les deux existent et coïncident. vaut à gauche de et à droite : pas de limite en . - Continuité.
est continue en si quand — la limite existe et vaut la valeur. Continue sur un intervalle = continue en chaque point. Sommes, produits, quotients (dénominateur non nul), composées de fonctions continues sont continues ; toutes les fonctions de référence sont continues sur leur ensemble de définition. , et sont continues dès que et le sont. - Prolongement par continuité. Si
n'est pas définie en mais admet une limite finie en , on pose : est continue en . Ainsi se prolonge par en , par en . ne se prolonge pas : ses limites en sont infinies.
B. Valeurs intermédiaires, bornes atteintes, bijection
- Théorème des valeurs intermédiaires (TVI). Si
est continue sur et si est compris entre et , alors il existe tel que . Forme la plus utilisée : et de signes contraires s'annule sur . La preuve est une dichotomie : on coupe l'intervalle en deux, on garde la moitié où le signe change, et les deux bornes forment des suites adjacentes dont la limite commune est un zéro de — la continuité sert exactement là, pour passer à la limite dans . ⚠️ Le théorème donne l'existence, jamais l'unicité (qui demande la stricte monotonie) ni la valeur. - Conséquences. Un polynôme de degré impair a au moins une racine réelle. Une fonction continue de
dans a un point fixe (appliquer le TVI à ). L'image d'un intervalle par une fonction continue est un intervalle. - Théorème des bornes atteintes. Si
est continue sur un segment , elle est bornée et atteint ses bornes : il existe avec et . Preuve par Bolzano-Weierstrass (admis) : une suite telle que admet une sous-suite convergente, et la continuité fait passer à la limite. Les trois hypothèses comptent : sur n'atteint pas (intervalle ouvert), sur n'est pas bornée, sur est bornée sans atteindre (non borné). - Théorème de la bijection. Si
est continue et strictement monotone sur un intervalle , alors réalise une bijection de sur l'intervalle , et sa réciproque est continue et strictement monotone (même sens). Si de plus est dérivable en avec , alors est dérivable en et Les courbes deet sont symétriques par rapport à la droite ; en un point où (tangente horizontale), a une tangente verticale et n'y est pas dérivable ( en ).
- Fonctions trigonométriques inverses.
est continue et strictement croissante sur , de limites aux bornes : c'est une bijection sur , de réciproque , impaire, strictement croissante, de dérivée , avec et en . De même (réciproque de restreint) et , dérivables sur avec , , et . ⚠️ ne vaut que sur .
E. Dérivabilité, théorème de Rolle, accroissements finis
- Dérivabilité en un point.
est dérivable en si le taux d'accroissement a une limite finie quand ; cette limite est , pente de la tangente. Dérivable continue ; la réciproque est fausse : est continue en et ses taux à gauche et à droite valent et (point anguleux). n'est pas dérivable en : son taux tend vers (tangente verticale). , elle, est dérivable en , de dérivée . - Extremum et dérivée (Fermat). Si
est dérivable en un point intérieur à l'intervalle et y admet un extremum local, alors . La réciproque est fausse ( en ), et l'hypothèse « intérieur » compte : sur , atteint son maximum en avec . - Théorème de Rolle. Si
est continue sur , dérivable sur , et si , alors il existe tel que . Preuve : par les bornes atteintes, a un maximum et un minimum ; s'ils sont tous deux aux bornes, est constante ; sinon l'un est intérieur, et Fermat conclut. Trois hypothèses, aucune n'est superflue : sur (pas dérivable en ) n'a aucun point à dérivée nulle. - Égalité des accroissements finis. Si
est continue sur et dérivable sur , il existe tel que Autrement dit : la corde a la pente d'une tangente. Preuve : Rolle appliqué à.
- Inégalité des accroissements finis. Si
sur , alors . C'est l'outil des majorations d'erreur et des suites contractantes : si sur un intervalle stable contenant le point fixe , alors , donc — convergence géométrique. - Ce que la dérivée dit de la fonction. Sur un intervalle :
croissante, strictement croissante, constante (ce sont des conséquences des accroissements finis, et elles supposent un intervalle). Inégalités classiques obtenues ainsi : pour , , . - Théorème de la limite de la dérivée. Si
est continue sur , dérivable sur , et si quand , alors est dérivable en et . ⚠️ Sens unique : prolongée par est dérivable en alors que n'a pas de limite en . - Approximation affine. Près de
, : la courbe se confond avec sa tangente. L'erreur se majore par les accroissements finis appliqués à : si , l'écart entre et est au plus . L'approfondissement affine ce contrôle (Taylor-Lagrange), et le chapitre des développements limités en fait un calcul.