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Fonctions d'une variable réelle

Analyse · leçon socle (gratuite)

L1L2L3Maths ingénieurCAPES

Fonctions d'une variable réelle — socle

Idée. Tu sais déjà calculer avec les fonctions : dériver, dresser un tableau de variations, lire une limite. Ce chapitre répond à une autre question : pourquoi ces calculs ont-ils le droit de conclure ? Pourquoi une fonction continue qui change de signe s'annule-t-elle, pourquoi une dérivée positive fait-elle croître, pourquoi une tangente approche-t-elle la courbe ? Les théorèmes qui portent ces réponses — valeurs intermédiaires, bornes atteintes, bijection, Rolle, accroissements finis — sont démontrés ici, et chacun vient avec l'exemple qui montre que ses hypothèses ne sont pas décoratives.

Note (périmètre de vérification). Tout ce qui se calcule ici est certifié machine (_verif_fonctions_reelles.py) : limites des deux côtés, prolongements, taux d'accroissement, points cc des théorèmes, inégalités par le signe d'une dérivée, valeurs affichées. Les théorèmes sont démontrés dans la leçon et les exercices. Un seul énoncé est admis à ce palier — Bolzano-Weierstrass (déjà admis au chapitre sur les suites), qui sert à prouver le théorème des bornes atteintes.

A. Limites et continuité

  • Les fonctions de référence. Le tableau à connaître, sans calcul :
fonction ensemble de définition parité / périodicité aux bornes
xnx^n (nn entier) R\mathbb{R} parité de nn ±\pm\infty selon nn
x\sqrt{x} [0,+[[0,+\infty[ +\to+\infty
1x\dfrac1x R\mathbb{R}^* impaire 00 en ±\pm\infty, ±\pm\infty en 00
lnx\ln x ]0,+[]0,+\infty[ -\infty en 0+0^+, ++\infty en ++\infty
exe^x R\mathbb{R} 00 en -\infty, ++\infty en ++\infty
sin\sin, cos\cos R\mathbb{R} impaire / paire, 2π2\pi-périodiques pas de limite en ±\pm\infty
tan\tan R{π2+kπ}\mathbb{R}\setminus\{\tfrac\pi2+k\pi\} impaire, π\pi-périodique ±\pm\infty aux pôles
  • Limite en un point. f(x)f(x)\to\ell quand xax\to a signifie : pour tout ε>0\varepsilon>0, il existe δ>0\delta>0 tel que 0<xa<δf(x)<ε0<\lvert x-a\rvert<\delta\Rightarrow\lvert f(x)-\ell\rvert<\varepsilon. Le δ\delta a le droit de dépendre de ε\varepsilon (et de aa). Version « à l'infini » : f(x)f(x)\to\ell quand x+x\to+\infty si, pour tout ε\varepsilon, il existe AA tel que x>Af(x)<εx>A\Rightarrow\lvert f(x)-\ell\rvert<\varepsilon. La limite est unique ; les opérations (somme, produit, quotient, composition) passent à la limite comme pour les suites, avec les mêmes formes indéterminées.
  • Caractérisation séquentielle. f(x)f(x)\to\ell quand xax\to a si et seulement si pour toute suite (xn)(x_n) de limite aa (avec xnax_n\neq a), f(xn)f(x_n)\to\ell. C'est l'outil pour réfuter une limite : deux suites xnax_n\to a et ynay_n\to a avec f(xn)f(x_n) et f(yn)f(y_n) de limites différentes prouvent que ff n'a pas de limite en aa. Exemple : sin ⁣(1x)\sin\!\left(\tfrac1x\right) en 00.
  • Limites à gauche et à droite. f(x)f(x)\to\ell^- en aa (par valeurs x<ax<a) et f(x)+f(x)\to\ell^+ (par x>ax>a). La limite existe si et seulement si les deux existent et coïncident. xx\dfrac{\lvert x\rvert}{x} vaut 1-1 à gauche de 00 et 11 à droite : pas de limite en 00.
  • Continuité. ff est continue en aa si f(x)f(a)f(x)\to f(a) quand xax\to a — la limite existe et vaut la valeur. Continue sur un intervalle = continue en chaque point. Sommes, produits, quotients (dénominateur non nul), composées de fonctions continues sont continues ; toutes les fonctions de référence sont continues sur leur ensemble de définition. f\lvert f\rvert, max(f,g)=f+g+fg2\max(f,g)=\tfrac{f+g+\lvert f-g\rvert}2 et min(f,g)\min(f,g) sont continues dès que ff et gg le sont.
  • Prolongement par continuité. Si ff n'est pas définie en aa mais admet une limite finie \ell en aa, on pose f~(a)=\tilde f(a)=\ell : f~\tilde f est continue en aa. Ainsi sinxx\dfrac{\sin x}{x} se prolonge par 11 en 00, xlnxx\ln x par 00 en 00. 1x\dfrac1x ne se prolonge pas : ses limites en 00 sont infinies.

B. Valeurs intermédiaires, bornes atteintes, bijection

  • Théorème des valeurs intermédiaires (TVI). Si ff est continue sur [a,b][a,b] et si yy est compris entre f(a)f(a) et f(b)f(b), alors il existe c[a,b]c\in[a,b] tel que f(c)=yf(c)=y. Forme la plus utilisée : f(a)f(a) et f(b)f(b) de signes contraires \Rightarrow ff s'annule sur ]a,b[]a,b[. La preuve est une dichotomie : on coupe l'intervalle en deux, on garde la moitié où le signe change, et les deux bornes forment des suites adjacentes dont la limite commune est un zéro de ff — la continuité sert exactement là, pour passer à la limite dans f(an)0f(bn)f(a_n)\leq0\leq f(b_n). ⚠️ Le théorème donne l'existence, jamais l'unicité (qui demande la stricte monotonie) ni la valeur.
  • Conséquences. Un polynôme de degré impair a au moins une racine réelle. Une fonction continue de [a,b][a,b] dans [a,b][a,b] a un point fixe (appliquer le TVI à f(x)xf(x)-x). L'image d'un intervalle par une fonction continue est un intervalle.
  • Théorème des bornes atteintes. Si ff est continue sur un segment [a,b][a,b], elle est bornée et atteint ses bornes : il existe x1,x2[a,b]x_1,x_2\in[a,b] avec f(x1)=minff(x_1)=\min f et f(x2)=maxff(x_2)=\max f. Preuve par Bolzano-Weierstrass (admis) : une suite (xn)(x_n) telle que f(xn)supff(x_n)\to\sup f admet une sous-suite convergente, et la continuité fait passer ff à la limite. Les trois hypothèses comptent : xxx\mapsto x sur ]0,1[]0,1[ n'atteint pas 11 (intervalle ouvert), 1x\tfrac1x sur ]0,1]]0,1] n'est pas bornée, arctan\arctan sur R\mathbb{R} est bornée sans atteindre ±π2\pm\tfrac\pi2 (non borné).
  • Théorème de la bijection. Si ff est continue et strictement monotone sur un intervalle II, alors ff réalise une bijection de II sur l'intervalle f(I)f(I), et sa réciproque f1f^{-1} est continue et strictement monotone (même sens). Si de plus ff est dérivable en x0x_0 avec f(x0)0f'(x_0)\neq0, alors f1f^{-1} est dérivable en y0=f(x0)y_0=f(x_0) et
    (f1)(y0)=1f(x0)=1f(f1(y0)).\bigl(f^{-1}\bigr)'(y_0)=\frac1{f'(x_0)}=\frac1{f'\bigl(f^{-1}(y_0)\bigr)}.
    Les courbes de ff et f1f^{-1} sont symétriques par rapport à la droite y=xy=x ; en un point où f=0f'=0 (tangente horizontale), f1f^{-1} a une tangente verticale et n'y est pas dérivable (x3x^3 en 00).

Courbe de tangente entre moins pi sur 2 et pi sur 2, courbe d'arctangente bornee par plus ou moins pi sur 2, symetriques l'une de l'autre par rapport a la diagonale y egale x en pointilles.
tan\tan et arctan\arctan, symétriques par rapport à la droite y=xy=x : les asymptotes verticales de tan\tan en ±π2\pm\tfrac\pi2 deviennent les asymptotes horizontales d'arctan\arctan, et le point (π4,1)\left(\tfrac\pi4,1\right) devient (1,π4)\left(1,\tfrac\pi4\right). La réciproque hérite de la continuité et de la stricte croissance ; sa pente en y=f(x)y=f(x) vaut 1f(x)\tfrac1{f'(x)}.

  • Fonctions trigonométriques inverses. tan\tan est continue et strictement croissante sur ]π2,π2[\left]-\tfrac\pi2,\tfrac\pi2\right[, de limites \mp\infty aux bornes : c'est une bijection sur R\mathbb{R}, de réciproque arctan:R]π2,π2[\arctan:\mathbb{R}\to\left]-\tfrac\pi2,\tfrac\pi2\right[, impaire, strictement croissante, de dérivée 11+x2\dfrac1{1+x^2}, avec arctan1=π4\arctan1=\tfrac\pi4 et arctanxπ2\arctan x\to\tfrac\pi2 en ++\infty. De même arcsin:[1,1][π2,π2]\arcsin:[-1,1]\to\left[-\tfrac\pi2,\tfrac\pi2\right] (réciproque de sin\sin restreint) et arccos:[1,1][0,π]\arccos:[-1,1]\to[0,\pi], dérivables sur ]1,1[]-1,1[ avec arcsinx=11x2\arcsin'x=\dfrac1{\sqrt{1-x^2}}, arccosx=11x2\arccos'x=-\dfrac1{\sqrt{1-x^2}}, et arcsinx+arccosx=π2\arcsin x+\arccos x=\tfrac\pi2. ⚠️ arcsin(sinx)\arcsin(\sin x) ne vaut xx que sur [π2,π2]\left[-\tfrac\pi2,\tfrac\pi2\right].

E. Dérivabilité, théorème de Rolle, accroissements finis

  • Dérivabilité en un point. ff est dérivable en aa si le taux d'accroissement f(a+h)f(a)h\dfrac{f(a+h)-f(a)}h a une limite finie quand h0h\to0 ; cette limite est f(a)f'(a), pente de la tangente. Dérivable \Rightarrow continue ; la réciproque est fausse : x\lvert x\rvert est continue en 00 et ses taux à gauche et à droite valent 1-1 et 11 (point anguleux). x\sqrt{x} n'est pas dérivable en 00 : son taux tend vers ++\infty (tangente verticale). xxx\lvert x\rvert, elle, est dérivable en 00, de dérivée 00.
  • Extremum et dérivée (Fermat). Si ff est dérivable en un point cc intérieur à l'intervalle et y admet un extremum local, alors f(c)=0f'(c)=0. La réciproque est fausse (x3x^3 en 00), et l'hypothèse « intérieur » compte : sur [0,1][0,1], xxx\mapsto x atteint son maximum en 11 avec f(1)=1f'(1)=1.
  • Théorème de Rolle. Si ff est continue sur [a,b][a,b], dérivable sur ]a,b[]a,b[, et si f(a)=f(b)f(a)=f(b), alors il existe c]a,b[c\in]a,b[ tel que f(c)=0f'(c)=0. Preuve : par les bornes atteintes, ff a un maximum et un minimum ; s'ils sont tous deux aux bornes, ff est constante ; sinon l'un est intérieur, et Fermat conclut. Trois hypothèses, aucune n'est superflue : x\lvert x\rvert sur [1,1][-1,1] (pas dérivable en 00) n'a aucun point à dérivée nulle.
  • Égalité des accroissements finis. Si ff est continue sur [a,b][a,b] et dérivable sur ]a,b[]a,b[, il existe c]a,b[c\in]a,b[ tel que
    f(b)f(a)=f(c)(ba).f(b)-f(a)=f'(c)\,(b-a).
    Autrement dit : la corde a la pente d'une tangente. Preuve : Rolle appliqué à g(x)=f(x)f(a)f(b)f(a)ba(xa)g(x)=f(x)-f(a)-\dfrac{f(b)-f(a)}{b-a}(x-a).

Courbe du logarithme, corde reliant les points d'abscisses 1 et e, et tangente en pointilles parallele a la corde au point d'abscisse e moins 1, entre les deux.
Égalité des accroissements finis sur ln\ln entre a=1a=1 et b=eb=e : la corde (de pente 1e1\tfrac1{e-1}) et, quelque part entre les deux, une tangente parallèle — ici en c=e11,718c=e-1\approx1{,}718, unique parce que 1x\tfrac1x est injective. Le théorème dit que cette tangente existe toujours ; il ne dit ni où, ni combien.

  • Inégalité des accroissements finis. Si fM\lvert f'\rvert\leq M sur ]a,b[]a,b[, alors f(b)f(a)Mba\lvert f(b)-f(a)\rvert\leq M\lvert b-a\rvert. C'est l'outil des majorations d'erreur et des suites contractantes : si fk<1\lvert f'\rvert\leq k<1 sur un intervalle stable contenant le point fixe \ell, alors un+1kun\lvert u_{n+1}-\ell\rvert\leq k\lvert u_n-\ell\rvert, donc unknu0\lvert u_n-\ell\rvert\leq k^n\lvert u_0-\ell\rvert — convergence géométrique.
  • Ce que la dérivée dit de la fonction. Sur un intervalle : f0    ff'\geq0\iff f croissante, f>0ff'>0\Rightarrow f strictement croissante, f=0ff'=0\Rightarrow f constante (ce sont des conséquences des accroissements finis, et elles supposent un intervalle). Inégalités classiques obtenues ainsi : sinxx\sin x\leq x pour x0x\geq0, ln(1+x)x\ln(1+x)\leq x, ex1+xe^x\geq1+x.
  • Théorème de la limite de la dérivée. Si ff est continue sur [a,b][a,b], dérivable sur ]a,b]]a,b], et si f(x)f'(x)\to\ell quand xa+x\to a^+, alors ff est dérivable en aa et f(a)=f'(a)=\ell. ⚠️ Sens unique : x2sin ⁣(1x)x^2\sin\!\left(\tfrac1x\right) prolongée par 00 est dérivable en 00 alors que ff' n'a pas de limite en 00.
  • Approximation affine. Près de aa, f(a+h)f(a)+f(a)hf(a+h)\approx f(a)+f'(a)\,h : la courbe se confond avec sa tangente. L'erreur se majore par les accroissements finis appliqués à ff' : si fM2\lvert f''\rvert\leq M_2, l'écart entre f(a+h)f(a+h) et f(a)+f(a)hf(a)+f'(a)h est au plus M2h2M_2h^2. L'approfondissement affine ce contrôle (Taylor-Lagrange), et le chapitre des développements limités en fait un calcul.
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Dans le palier approfondissement (Pro) : Convexité, continuité uniforme, dérivées itérées et formule de Taylor-Lagrange

  • C. Convexité
  • D. Continuité uniforme, dérivées itérées, formule de Taylor-Lagrange

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