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Réels, suites & séries numériques

Analyse · leçon socle (gratuite)

BTSL1L2L3Maths ingénieurCAPES

Réels et suites numériques — socle

Idée. Une suite (un)(u_n) est une liste infinie de réels, indexée par nNn\in\mathbb{N}. La question centrale du chapitre est : que devient unu_n quand nn grandit ? Tout le reste — définition de la limite, théorèmes d'existence, suites récurrentes, bornes supérieures — sert à répondre proprement à cette question, y compris quand on ne sait pas calculer la limite.

Note (périmètre de vérification). Tout ce qui se calcule ici est certifié machine (_verif_suites_series.py) : limites, rangs N(ε)N(\varepsilon), points fixes, monotonie et encadrements sur des dizaines de termes, valeurs affichées. Les deux énoncés qui reposent sur la construction de R\mathbb{R} — la propriété de la borne supérieure et le théorème « toute suite monotone bornée converge » qui en découle — sont admis à ce palier ; l'approfondissement en esquisse la preuve.

A. Limite d'une suite et théorèmes d'existence

  • Définition. (un)(u_n) converge vers \ell si, pour tout ε>0\varepsilon>0, il existe un rang NN tel que nNun<εn\geq N\Rightarrow\lvert u_n-\ell\rvert<\varepsilon. Autrement dit : aussi petit que soit ε\varepsilon, tous les termes finissent par rester dans ]ε,+ε[]\ell-\varepsilon,\ell+\varepsilon[. La limite est unique. Une suite qui ne converge pas diverge (vers ±\pm\infty, ou sans limite).
  • Ce que la définition ne dit pas. Elle ne demande ni monotonie ni que unu_n atteigne \ell : un=(1)nnu_n=\dfrac{(-1)^n}{n} converge vers 00 en oscillant, sans jamais valoir 00.
  • Opérations. Somme, produit, quotient (dénominateur de limite non nulle) de suites convergentes convergent vers la somme, le produit, le quotient des limites. Les formes indéterminées \infty-\infty, 0×0\times\infty, \tfrac\infty\infty, 00\tfrac00 se lèvent en factorisant le terme dominant ou par la quantité conjuguée : n2+nn=nn2+n+n12\sqrt{n^2+n}-n=\dfrac{n}{\sqrt{n^2+n}+n}\to\dfrac12.
  • Gendarmes. Si anunbna_n\leq u_n\leq b_n et an,bna_n,b_n\to\ell, alors unu_n\to\ell. Cas d'usage : unbn\lvert u_n\rvert\leq b_n avec bn0b_n\to0. C'est le théorème qu'on emploie quand unu_n contient un cosn\cos n, une partie entière, une somme qu'on ne sait pas calculer.
  • Théorème de la limite monotone (admis, repose sur la borne supérieure). Une suite croissante et majorée converge (vers sa borne supérieure) ; une suite croissante non majorée tend vers ++\infty. Même énoncé en décroissante/minorée. ⚠️ Il prouve l'existence de la limite sans la donner : pour l'identifier, on passe à la limite dans une relation vérifiée par unu_n.
  • Suites adjacentes. Si (an)(a_n) est croissante, (bn)(b_n) décroissante et bnan0b_n-a_n\to0, alors elles convergent vers une même limite \ell, et anbna_n\leq\ell\leq b_n pour tout nn : chaque couple (an,bn)(a_n,b_n) est un encadrement de \ell.

Deux suites de points en fonction du rang n : une suite croissante en bas et une suite decroissante en haut se rapprochent l'une de l'autre et d'une droite horizontale intermediaire, la limite commune, qu'elles encadrent a chaque rang.
Suites adjacentes an=kn1k2a_n=\sum_{k\leq n}\tfrac1{k^2} (croissante, en bas) et bn=an+1nb_n=a_n+\tfrac1n (décroissante, en haut) : l'écart 1n\tfrac1n fond, et chaque couple (an,bn)(a_n,b_n) encadre la limite commune π26\tfrac{\pi^2}6. La borne haute approche bien plus vite que la basse — le surplus 1n\tfrac1n compense presque exactement le reste de la série.

  • Limites de référence. qn0q^n\to0 si q<1\lvert q\rvert<1, qn+q^n\to+\infty si q>1q>1, (qn)(q^n) diverge sans limite si q1q\leq-1 ; nα+n^\alpha\to+\infty pour α>0\alpha>0 ; (1+1n)ne\left(1+\tfrac1n\right)^n\to e.
  • Croissances comparées. Pour α>0\alpha>0 et a>1a>1 : lnnnαann!nn\ln n\ll n^\alpha\ll a^n\ll n!\ll n^n, où unvnu_n\ll v_n signifie unvn0\tfrac{u_n}{v_n}\to0. Exemple : n32n0\dfrac{n^3}{2^n}\to0 bien que n3n^3 domine jusqu'à n=9n=9.

B. Suites récurrentes

  • Forme un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_n). Si (un)(u_n) converge vers \ell et ff est continue en \ell, alors =f()\ell=f(\ell) : la limite est un point fixe de ff. La méthode en quatre temps : (1) trouver un intervalle stable II (f(I)If(I)\subset I) contenant u0u_0 ; (2) monotonie — si ff est croissante sur II, (un)(u_n) est monotone, dans le sens donné par la comparaison de u0u_0 et u1u_1 ; sinon, lire le signe de f(x)xf(x)-x ; (3) bornée par les bords de II, donc convergente ; (4) identifier \ell parmi les points fixes.
  • Attractif ou répulsif. Si f()<1\lvert f'(\ell)\rvert<1, les termes proches de \ell s'en rapprochent (point fixe attractif, convergence géométrique de raison f()\approx\lvert f'(\ell)\rvert) ; si f()>1\lvert f'(\ell)\rvert>1 ils s'en éloignent (répulsif). Un point fixe n'est donc pas automatiquement une limite.

Toile d'araignee d'une suite recurrente : la courbe de f(x) = racine de 2 plus x, la diagonale y = x, et un escalier qui part de u0 = 0 et monte en marches de plus en plus courtes vers le point fixe 2, ou la courbe coupe la diagonale.
Toile d'araignée de un+1=2+unu_{n+1}=\sqrt{2+u_n}, u0=0u_0=0 : de la courbe à la diagonale y=xy=x, puis de la diagonale à la courbe. L'escalier monte vers le point fixe 22 parce que ff est croissante et que u1>u0u_1>u_0 ; les marches raccourcissent d'un facteur proche de f(2)=14f'(2)=\tfrac14 à chaque pas.

  • Arithmético-géométrique un+1=aun+bu_{n+1}=a\,u_n+b (a1a\neq1). Point fixe =b1a\ell=\dfrac{b}{1-a} ; la suite vn=unv_n=u_n-\ell est géométrique de raison aa, d'où la forme close un=+(u0)anu_n=\ell+(u_0-\ell)\,a^n. Convergence vers \ell si et seulement si a<1\lvert a\rvert<1 (ou u0=u_0=\ell).
  • Récurrence linéaire d'ordre 2 un+2=pun+1+qunu_{n+2}=p\,u_{n+1}+q\,u_n. On résout l'équation caractéristique r2=pr+qr^2=pr+q : deux racines réelles distinctes r1r2r_1\neq r_2 donnent un=Ar1n+Br2nu_n=A\,r_1^n+B\,r_2^n ; une racine double r0r_0 donne un=(A+Bn)r0nu_n=(A+Bn)\,r_0^n. Les constantes se lisent sur u0u_0 et u1u_1.

E. Réels : bornes, décimaux, suites extraites

  • Majorant, borne supérieure. MM majore ARA\subset\mathbb{R} si aMa\leq M pour tout aAa\in A. La borne supérieure supA\sup A est le plus petit des majorants ; elle est caractérisée par : pour tout ε>0\varepsilon>0, il existe aAa\in A avec a>supAεa>\sup A-\varepsilon. Elle n'est pas forcément atteinte : sup{11n}=1\sup\{1-\tfrac1n\}=1, jamais atteint. Quand elle l'est, c'est le maximum.
  • Propriété de la borne supérieure (axiome de R\mathbb{R}). Toute partie non vide et majorée de R\mathbb{R} admet une borne supérieure. C'est ce qui distingue R\mathbb{R} de Q\mathbb{Q} : {xQ:x2<2}\{x\in\mathbb{Q} : x^2<2\} est majoré et n'a pas de borne supérieure rationnelle. C'est aussi ce qui fonde le théorème de la limite monotone.
  • Décimaux et valeurs approchées. dn=10nx10nd_n=\dfrac{\lfloor 10^n x\rfloor}{10^n} est la valeur approchée décimale par défaut de xx à 10n10^{-n} près : dnx<dn+10nd_n\leq x<d_n+10^{-n}. Les décimaux sont denses dans R\mathbb{R} (entre deux réels distincts il y en a toujours un), et tout réel est limite de la suite de ses approximations décimales.
  • Suites extraites. (uφ(n))(u_{\varphi(n)}) avec φ\varphi strictement croissante. Si (un)(u_n) converge vers \ell, toute extraite converge vers \ell. Conséquence utile dans l'autre sens : deux extraites de limites différentes prouvent la divergence. Et si (u2n)(u_{2n}) et (u2n+1)(u_{2n+1}) convergent vers la même limite, alors (un)(u_n) converge.
  • Vitesse de convergence. Pour atteindre 10610^{-6} : 1n\tfrac1n demande un million de termes, 12n\tfrac1{2^n} en demande 2020, la méthode de Héron pour 2\sqrt2 en demande 44. Convergence géométrique (erreur divisée par une constante à chaque pas) contre quadratique (nombre de décimales justes doublé à chaque pas).
  • La série harmonique diverge. Hn=1+12++1nH_n=1+\tfrac12+\dots+\tfrac1n est croissante et H2nHn12H_{2n}-H_n\geq\tfrac12, donc HnH_n n'est pas majorée : Hn+H_n\to+\infty — très lentement (H10007,49H_{1000}\approx7{,}49). L'encadrement par des rectangles sous et sur 1x\tfrac1x donne ln(n+1)Hn1+lnn\ln(n+1)\leq H_n\leq1+\ln n.

Courbe decroissante de 1 sur x avec, sous elle et au-dessus d'elle, des rectangles de largeur 1 dont les hauteurs sont 1, un demi, un tiers... L'aire des rectangles hauts depasse l'aire sous la courbe, celle des rectangles bas lui est inferieure.
Comparaison série-intégrale sur f(x)=1xf(x)=\tfrac1x : chaque terme 1k\tfrac1k est l'aire d'un rectangle de largeur 11. Les rectangles sur la courbe (hauteur 1k\tfrac1k sur [k,k+1][k,k+1]) majorent l'aire ln\ln ; les rectangles sous la courbe la minorent. D'où ln(n+1)Hn1+lnn\ln(n+1)\leq H_n\leq1+\ln n, et la même idée donne les séries de Riemann.

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Dans le palier approfondissement (Pro) : Séries numériques, convergence absolue et construction de R

  • C. Séries à termes positifs
  • D. Convergence absolue, séries alternées, sommes, et R\mathbb{R}

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