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Exercices corrigés — Corps finis

Algèbre · 18 exercices-types du palier socle

L2L3Maths ingénieur

Chaque exercice donne l'énoncé, des indices progressifs et la correction rédigée étape par étape. Ouvre les blocs seulement après avoir cherché.

Revoir le cours : Corps finis Définitions, méthodes et exemples corrigés du chapitre.

La caractéristique est un nombre premier

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que la caractéristique d'un corps fini KK est un nombre premier pp.

Indices (3)

La caractéristique existe (finitude) : c'est le plus petit m>0m>0 avec m⋅1=0m\cdot 1=0.

Supposer m=abm=ab avec 1<a,b<m1<a,b<m et utiliser que KK est intègre.

Un corps n'a pas de diviseur de zéro.

Correction détaillée
Ce qu'est la caractéristique, et ce qu'on veut montrer

La caractéristique d'un corps KK est le plus petit entier m≥1m\geq 1 tel que

1+1+⋯+1⏟m fois=0\underbrace{1+1+\cdots+1}_{m\ \text{fois}}=0

s'il en existe un, et 00 sinon. On note m⋅1m\cdot 1 cette somme.

Sur un corps fini, une telle mm existe forcément — c'est le premier point à établir — et l'on veut montrer qu'elle est première.

L'idée : si mm se factorisait, on obtiendrait un produit nul de deux éléments non nuls. Or un corps est intègre : c'est là toute la démonstration.

Étape 1 — La caractéristique existe

Considérons la suite 1, 2⋅1, 3⋅1, …1,\ 2\cdot 1,\ 3\cdot 1,\ \dots dans KK. Comme KK est fini, elle ne peut pas prendre que des valeurs distinctes : il existe i<ji<j avec

i⋅1=j⋅1i\cdot 1=j\cdot 1

En soustrayant, (j−i)⋅1=0(j-i)\cdot 1=0 avec j−i≥1j-i\geq 1. L'ensemble des entiers m≥1m\geq 1 tels que m⋅1=0m\cdot 1=0 est donc non vide, et il admet un plus petit élément.

la caracteˊristique p est bien deˊfinie, et p≥2\text{la caract\'eristique } p\ \text{est bien d\'efinie, et } p\geq 2

(elle vaut au moins 22 car 1≠01\neq 0 dans un corps, par définition.)

Étape 2 — Elle est première

Supposons p=abp=ab avec 1<a,b<p1<a,b<p. Dans KK :

0=p⋅1=(ab)⋅1=(a⋅1)(b⋅1)0=p\cdot 1=(ab)\cdot 1=(a\cdot 1)(b\cdot 1)

La dernière égalité mérite un mot : (ab)⋅1(ab)\cdot 1 est la somme de abab termes égaux à 11, qu'on peut regrouper en aa paquets de bb, d'où le produit — c'est la distributivité.

Un corps est intègre (un produit est nul seulement si l'un des facteurs l'est : si xy=0xy=0 et x≠0x\neq 0, multiplier par x−1x^{-1} donne y=0y=0). Donc

a⋅1=0oub⋅1=0a\cdot 1=0\qquad\text{ou}\qquad b\cdot 1=0

Mais a<pa<p et b<pb<p contredisent la minimalité de pp.

p est premier\boxed{p\ \text{est premier}}
Étape 3 — Le morphisme canonique

Une reformulation plus structurelle, qui resservira. L'application

χ: Z→K,m↦m⋅1\chi:\ \mathbb{Z}\to K,\qquad m\mapsto m\cdot 1

est un morphisme d'anneaux. Son noyau est un idéal de Z\mathbb{Z}, donc de la forme pZp\mathbb{Z} — c'est exactement la définition de la caractéristique.

Le premier théorème d'isomorphisme donne

Z/pZ ≃ Im⁡χ ⊂ K\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}\ \simeq\ \operatorname{Im}\chi\ \subset\ K

Or un sous-anneau d'un corps est intègre, donc Z/pZ\mathbb{Z}/p\mathbb{Z} l'est aussi, ce qui force pp premier. On retrouve le résultat, et l'on obtient en prime le sous-corps premier (exercice A3).

Les conséquences immédiates

Le rêve du débutant. En caractéristique pp, (a+b)p=ap+bp(a+b)^p=a^p+b^p (exercice A6). Impossible en caractéristique 00, et c'est la clé du Frobenius (exercice C1).

Sur F2\mathbb{F}_2 : −1=1-1=1, donc soustraire c'est additionner. C'est ce qui simplifie tant les calculs binaires.

Contre-exemple si pp n'était pas premier. Z/6Z\mathbb{Z}/6\mathbb{Z} n'est pas un corps : 2×3=6≡02\times 3=6\equiv 0 avec 2≠02\neq 0 et 3≠03\neq 0. Ni 22 ni 33 n'y est inversible.

Z/nZ est un corps  ⟺  n est premier\boxed{\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\ \text{est un corps}\iff n\ \text{est premier}}

C'est le point de départ de toute la construction : les corps finis se bâtissent au-dessus des Fp\mathbb{F}_p, et de rien d'autre.

Réponse. La caractéristique d'un corps fini est un premier pp. (Énoncé vérifié machine : char(GF(4))=2, char(GF(9))=3, char(GF(25))=5 — _verif_corps_finis.py A2 ✓)
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Un corps fini a p^n éléments

DémonstrationDifficulté 3/5

Soit KK un corps fini de caractéristique pp. Montrer que ∣K∣=pn\lvert K\rvert=p^n pour un certain n≥1n\geq 1.

Indices (3)

Le sous-corps premier Fp\mathbb{F}_p s'injecte dans KK.

KK est un espace vectoriel sur Fp\mathbb{F}_p.

Un Fp\mathbb{F}_p-espace vectoriel de dimension nn a pnp^n éléments.

Correction détaillée
L'idée : un corps fini est un espace vectoriel

On veut montrer que ∣K∣=pn\lvert K\rvert=p^n — donc que seules les puissances de nombres premiers peuvent être des cardinaux de corps finis.

L'argument tient en une observation : KK contient Fp\mathbb{F}_p (exercice A3), et KK est un espace vectoriel sur Fp\mathbb{F}_p. Un espace vectoriel de dimension nn sur un corps à pp éléments a exactement pnp^n éléments.

corps fini ⟶ espace vectoriel ⟶ comptage\text{corps fini}\ \longrightarrow\ \text{espace vectoriel}\ \longrightarrow\ \text{comptage}
Étape 1 — La structure d'espace vectoriel

KK contient le sous-corps premier Fp\mathbb{F}_p (exercice A3). Prenons pour :

  • vecteurs : les éléments de KK, avec l'addition de KK ;
  • scalaires : les éléments de Fp⊂K\mathbb{F}_p\subset K, agissant par la multiplication de KK.

Les axiomes d'espace vectoriel — associativité, distributivité, 1⋅x=x1\cdot x=x — sont des cas particuliers des axiomes de corps de KK. Il n'y a rien à vérifier, tout est hérité.

KK est donc un Fp\mathbb{F}_p-espace vectoriel, et il est de dimension finie puisqu'il est fini (une famille génératrice finie existe : KK tout entier).

Étape 2 — Le comptage

Soit n=dim⁡FpKn=\dim_{\mathbb{F}_p}K et (e1,…,en)(e_1,\dots,e_n) une base. Tout élément de KK s'écrit de façon unique

x=λ1e1+⋯+λnen,λi∈Fpx=\lambda_1e_1+\cdots+\lambda_ne_n,\qquad \lambda_i\in\mathbb{F}_p

L'unicité est ce qui rend le comptage possible : l'application (λ1,…,λn)↦x(\lambda_1,\dots,\lambda_n)\mapsto x est une bijection de Fp n\mathbb{F}_p^{\,n} sur KK.

∣K∣=∣Fp n∣=p n\lvert K\rvert=\lvert\mathbb{F}_p^{\,n}\rvert=p^{\,n}
∣K∣=pn avec n=dim⁡FpK≥1\boxed{\lvert K\rvert=p^n\ \text{avec }n=\dim_{\mathbb{F}_p}K\geq 1}

(n≥1n\geq 1 car KK contient au moins {0,1}\{0,1\}.)

Ce que le théorème interdit

Il n'existe aucun corps à 66, 1010, 1212, 1515 éléments — ces nombres ne sont pas des puissances de premiers.

qcorps ?2,3,5,7,11ouiFp4=22, 8=23, 9=32ouiconstruits aux exercices A4, B2, E66=2×3NONdeux premiers distincts12=22×3NON16=24, 27=33oui\begin{array}{ccl} q & \text{corps ?} & \\\hline 2,3,5,7,11 & \text{oui} & \mathbb{F}_p\\ 4=2^2,\ 8=2^3,\ 9=3^2 & \text{oui} & \text{construits aux exercices A4, B2, E6}\\ 6=2\times 3 & \textbf{NON} & \text{deux premiers distincts}\\ 12=2^2\times 3 & \textbf{NON} & \\ 16=2^4,\ 27=3^3 & \text{oui} & \end{array}

⚠️ Ne pas confondre F4\mathbb{F}_4 et Z/4Z\mathbb{Z}/4\mathbb{Z}. Le second n'est pas un corps : 2×2=4≡02\times 2=4\equiv 0, donc 22 est un diviseur de zéro. F4\mathbb{F}_4 se construit autrement — comme quotient F2[X]/(X2+X+1)\mathbb{F}_2[X]/(X^2+X+1) (exercice A4).

Fpn ≠ Z/pnZdeˋs que n≥2\mathbb{F}_{p^n}\ \neq\ \mathbb{Z}/p^n\mathbb{Z}\quad\text{d\`es que }n\geq 2
La réciproque, et le programme du chapitre

Le théorème dit : si un corps fini existe, son cardinal est pnp^n. La réciproque est vraie aussi, mais elle demande une construction :

pour tout premier p et tout n≥1, il existe un corps aˋ pn eˊleˊments, UNIQUE aˋ isomorphisme preˋs\boxed{\text{pour tout premier }p\ \text{et tout }n\geq 1,\ \text{il existe un corps \`a }p^n\ \text{\'el\'ements, UNIQUE \`a isomorphisme pr\`es}}
  • l'existence est l'exercice E4 (corps de décomposition de Xpn−XX^{p^n}-X) ;
  • l'unicité est l'exercice E5.

C'est ce qui autorise la notation Fq\mathbb{F}_q ou GF(q)\mathrm{GF}(q) : il n'y a qu'un corps à qq éléments, et parler « du » corps à qq éléments a un sens.

⚠️ Nuance importante : unique à isomorphisme près, pas unique comme écriture. F2[X]/(X3+X+1)\mathbb{F}_2[X]/(X^3+X+1) et F2[X]/(X3+X2+1)\mathbb{F}_2[X]/(X^3+X^2+1) sont deux présentations différentes du même GF(8)\mathrm{GF}(8).

Réponse. ∣K∣=pn\lvert K\rvert=p^n (dimension nn sur Fp\mathbb{F}_p). (Vérifié machine : cardinaux 4,8,9,16,25,27,64=pn4,8,9,16,25,27,64=p^n — A1 ✓)
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Le sous-corps premier

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que le sous-corps premier d'un corps fini de caractéristique pp est isomorphe à Fp=Z/pZ\mathbb{F}_p=\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}.

Indices (3)

Considérer le morphisme d'anneaux Z→K\mathbb{Z}\to K, k↦k⋅1k\mapsto k\cdot 1.

Son noyau est pZp\mathbb{Z} (par définition de la caractéristique).

Appliquer le théorème d'isomorphisme.

Correction détaillée
Ce qu'est le sous-corps premier

Le sous-corps premier de KK est le plus petit sous-corps de KK — c'est-à-dire l'intersection de tous les sous-corps, ou de façon équivalente le sous-corps engendré par 11.

On veut montrer qu'en caractéristique pp, il est isomorphe à Fp=Z/pZ\mathbb{F}_p=\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}.

C'est ce résultat qui permet de dire « KK contient Fp\mathbb{F}_p », et donc de le voir comme un Fp\mathbb{F}_p-espace vectoriel (exercice A2).

Étape 1 — Le morphisme et son noyau

Reprenons χ:Z→K\chi:\mathbb{Z}\to K, m↦m⋅1m\mapsto m\cdot 1 (exercice A1). C'est l'unique morphisme d'anneaux de Z\mathbb{Z} vers KK — un morphisme unitaire est déterminé par l'image de 11.

Son noyau est pZp\mathbb{Z} par définition de la caractéristique.

Le premier théorème d'isomorphisme donne alors

Z/pZ → ∼  Im⁡χ={0, 1, 2⋅1, …, (p−1)⋅1}\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}\ \xrightarrow{\ \sim\ }\ \operatorname{Im}\chi=\{0,\ 1,\ 2\cdot 1,\ \dots,\ (p-1)\cdot 1\}
Étape 2 — L'image est un corps

Im⁡χ\operatorname{Im}\chi est isomorphe à Z/pZ\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}, qui est un corps puisque pp est premier (exercice A1) : tout aa non nul modulo pp est premier avec pp, donc inversible par Bézout.

Im⁡χ≃Fp est un sous-corps de K\boxed{\operatorname{Im}\chi\simeq\mathbb{F}_p\ \text{est un sous-corps de }K}

C'est le plus petit. Tout sous-corps LL de KK contient 11 (par définition d'un sous-corps unitaire), donc contient toutes les sommes m⋅1m\cdot 1, donc contient Im⁡χ\operatorname{Im}\chi.

Le sous-corps premier est donc bien Im⁡χ≃Fp\operatorname{Im}\chi\simeq\mathbb{F}_p.

Une identification à comprendre

On écrit couramment Fp⊂K\mathbb{F}_p\subset K, en identifiant l'entier mm à l'élément m⋅1m\cdot 1 de KK. C'est un abus commode mais réel : les éléments de KK ne sont pas des entiers.

Exemple sur GF(4)=F2[X]/(X2+X+1)\mathrm{GF}(4)=\mathbb{F}_2[X]/(X^2+X+1) : ses quatre éléments sont 0,1,α,α+10,1,\alpha,\alpha+1 (exercice A4). Son sous-corps premier est {0,1}≃F2\{0,1\}\simeq\mathbb{F}_2, et α\alpha n'y est pas.

F2={0,1} ⊊ GF(4)={0,1,α,α+1}\mathbb{F}_2=\{0,1\}\ \subsetneq\ \mathrm{GF}(4)=\{0,1,\alpha,\alpha+1\}

Autre exemple : dans GF(8)\mathrm{GF}(8), le sous-corps premier est encore {0,1}\{0,1\} — et c'est le seul sous-corps propre, puisque les sous-corps de GF(23)\mathrm{GF}(2^3) correspondent aux diviseurs de 33, à savoir 11 et 33 (exercice D1).

Ce que ça enchaîne

Les trois premiers exercices s'emboîtent :

A1la caracteˊristique p est premieˋreA3donc Fp⊂KA2donc K est un Fp-espace vectoriel, et ∣K∣=pn\begin{array}{ll} \text{A1} & \text{la caract\'eristique } p \text{ est premi\`ere}\\ \text{A3} & \text{donc } \mathbb{F}_p \subset K\\ \text{A2} & \text{donc } K \text{ est un } \mathbb{F}_p\text{-espace vectoriel, et } \lvert K\rvert=p^n \end{array}

L'ordre logique est A1 puis A3 puis A2, même si l'énoncé les présente autrement : A2 a besoin de A3, qui a besoin de A1.

Et l'on obtient au passage une information sur les morphismes : tout morphisme de corps entre corps finis fixe le sous-corps premier, puisqu'il envoie 11 sur 11, donc m⋅1m\cdot 1 sur m⋅1m\cdot 1. C'est ce qui donne son sens au groupe de Galois de l'exercice C6 — le groupe des automorphismes fixant Fp\mathbb{F}_p est en réalité le groupe de tous les automorphismes.

Réponse. Le sous-corps premier ≅Fp\cong\mathbb{F}_p, de cardinal pp. (Vérifié machine : ∣Fp∣=2\lvert\mathbb{F}_p\rvert=2 dans GF(8), 33 dans GF(27) — A3 ✓)
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Table de GF(4)

CalculDifficulté 3/5

Construire GF(4)=F2[X]/(X2+X+1)\mathrm{GF}(4)=\mathbb{F}_2[X]/(X^2+X+1) : avec α=X\alpha=X, calculer α2\alpha^2, α3\alpha^3, et dresser la table de multiplication des éléments non nuls.

Indices (3)

La relation α2+α+1=0\alpha^2+\alpha+1=0 donne α2=α+1\alpha^2=\alpha+1 (caractéristique 22).

Les 44 éléments sont 0,1,α,α+10,1,\alpha,\alpha+1.

Réduire chaque produit modulo α2=α+1\alpha^2=\alpha+1.

Correction détaillée
La construction, et pourquoi $X^2+X+1$

GF(4)=F2[X]/(X2+X+1)\mathrm{GF}(4)=\mathbb{F}_2[X]/(X^2+X+1). C'est un corps parce que X2+X+1X^2+X+1 est irréductible sur F2\mathbb{F}_2 (exercice E1) : un polynôme de degré 22 est réductible si et seulement s'il a une racine, et

P(0)=1,P(1)=1+1+1=1P(0)=1,\qquad P(1)=1+1+1=1

(modulo 22). Aucune racine, donc irréductible — et c'est le seul irréductible de degré 22 sur F2\mathbb{F}_2 (exercice D4 : N2(2)=1N_2(2)=1).

Les éléments du quotient sont les restes de la division par X2+X+1X^2+X+1, donc les polynômes de degré ≤1\leq 1 :

GF(4)={0, 1, α, α+1},α=Xˉ\mathrm{GF}(4)=\{0,\ 1,\ \alpha,\ \alpha+1\},\qquad \alpha=\bar X

Quatre éléments ✓ — cohérent avec ∣K∣=pn=22\lvert K\rvert=p^n=2^2.

Étape 1 — La relation fondamentale

Dans le quotient, X2+X+1=0X^2+X+1=0, donc

α2+α+1=0 ⟹ α2=−α−1=α+1\alpha^2+\alpha+1=0\ \Longrightarrow\ \alpha^2=-\alpha-1=\alpha+1

(en caractéristique 22, −1=1-1=1 : les signes disparaissent.)

α2=α+1\boxed{\alpha^2=\alpha+1}

C'est la seule règle à connaître : elle permet de ramener toute puissance de α\alpha à un polynôme de degré ≤1\leq 1.

Étape 2 — Les puissances de $\alpha$
α2=α+1\alpha^2=\alpha+1
α3=α⋅α2=α(α+1)=α2+α=(α+1)+α=2α+1=1\alpha^3=\alpha\cdot\alpha^2=\alpha(\alpha+1)=\alpha^2+\alpha=(\alpha+1)+\alpha=2\alpha+1=1

(car 2α=02\alpha=0 en caractéristique 22.)

α3=1\boxed{\alpha^3=1}

α\alpha est donc d'ordre 33 dans le groupe multiplicatif, qui a 4−1=34-1=3 éléments : α\alpha est primitif, et GF(4)×={1,α,α2}\mathrm{GF}(4)^\times=\{1,\alpha,\alpha^2\} est cyclique (exercice B1).

Contrôle par le théorème de Lagrange : l'ordre divise ∣K×∣=3\lvert K^\times\rvert=3, qui est premier, donc l'ordre est 11 ou 33. Comme α≠1\alpha\neq 1, c'est 33 ✓.

Étape 3 — La table de multiplication
×1αα+111αα+1ααα+11α+1α+11α\begin{array}{c|ccc} \times & 1 & \alpha & \alpha+1\\\hline 1 & 1 & \alpha & \alpha+1\\ \alpha & \alpha & \alpha+1 & 1\\ \alpha+1 & \alpha+1 & 1 & \alpha \end{array}

Les trois calculs non triviaux :

α⋅α=α2=α+1\alpha\cdot\alpha=\alpha^2=\alpha+1
α⋅(α+1)=α2+α=(α+1)+α=1\alpha\cdot(\alpha+1)=\alpha^2+\alpha=(\alpha+1)+\alpha=1
(α+1)(α+1)=α2+2α+1=α2+1=(α+1)+1=α(\alpha+1)(\alpha+1)=\alpha^2+2\alpha+1=\alpha^2+1=(\alpha+1)+1=\alpha

Les inverses se lisent sur la table — ce sont les positions du 11 :

1−1=1,α−1=α+1,(α+1)−1=α1^{-1}=1,\qquad \alpha^{-1}=\alpha+1,\qquad (\alpha+1)^{-1}=\alpha

Contrôles de cohérence : chaque ligne et chaque colonne est une permutation des trois éléments (conséquence de x↦axx\mapsto ax bijective pour a≠0a\neq 0), et la table est symétrique (commutativité) ✓. En notation exponentielle, elle se réduit à αiαj=αi+j mod 3\alpha^i\alpha^j=\alpha^{i+j\bmod 3}.

$\mathrm{GF}(4)$ n'est PAS $\mathbb{Z}/4\mathbb{Z}$

C'est l'erreur la plus fréquente, et elle se voit sur la structure additive.

GF(4)Z/4Zcorps ?ouinoncaracteˊristique24x+x=0 pour tout x2+2=0 seulementgroupe additif(Z/2)2Z/4diviseurs de 0aucun2×2=0\begin{array}{lll} & \mathrm{GF}(4) & \mathbb{Z}/4\mathbb{Z}\\\hline \text{corps ?} & \textbf{oui} & \text{non}\\ \text{caract\'eristique} & 2 & 4\\ x+x & =0\ \text{pour tout }x & 2+2=0\ \text{seulement}\\ \text{groupe additif} & (\mathbb{Z}/2)^2 & \mathbb{Z}/4\\ \text{diviseurs de }0 & \text{aucun} & 2\times 2=0 \end{array}

Dans GF(4)\mathrm{GF}(4), tout élément vérifie x+x=0x+x=0 : le groupe additif est le groupe de Klein, pas le groupe cyclique d'ordre 44.

👉 La règle générale : Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} n'est un corps que si nn est premier. Pour q=pnq=p^n avec n≥2n\geq 2, il faut passer par un quotient de polynômes — c'est tout l'objet de l'exercice E4.

Réponse. α2=α+1\alpha^2=\alpha+1, α3=1\alpha^3=1 ; F4×\mathbb{F}_4^\times cyclique d'ordre 33. (Vérifié machine : A4 (α²=α+1, α³=1) — E2 ✓)
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x^q = x dans GF(q)

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que tout élément xx de Fq\mathbb{F}_q (avec q=pnq=p^n) vérifie xq=xx^q=x (généralisation du petit théorème de Fermat).

Indices (3)

Traiter d'abord x=0x=0.

Pour x≠0x\neq 0, utiliser que Fq×\mathbb{F}_q^\times a q−1q-1 éléments.

Appliquer le théorème de Lagrange (ou g∣G∣=eg^{\lvert G\rvert}=e).

Correction détaillée
L'énoncé, et sa portée

Pour tout x∈Fqx\in\mathbb{F}_q avec q=pnq=p^n :

xq=x\boxed{x^q=x}

C'est la généralisation du petit théorème de Fermat (ap≡a(modp)a^p\equiv a\pmod p), qui en est le cas n=1n=1.

Ce résultat est le pivot du chapitre : il dit que Fq\mathbb{F}_q est exactement l'ensemble des racines de Xq−XX^q-X, ce qui donnera la factorisation de l'exercice C5, l'existence (E4) et le comptage des irréductibles (D3).

Étape 1 — Le cas $x\neq 0$

Fq×\mathbb{F}_q^\times est un groupe multiplicatif à q−1q-1 éléments.

Le théorème de Lagrange affirme que l'ordre d'un élément divise l'ordre du groupe. Donc si dd est l'ordre de xx, on a d∣q−1d\mid q-1, et

xq−1=(xd)(q−1)/d=1(q−1)/d=1x^{q-1}=(x^{d})^{(q-1)/d}=1^{(q-1)/d}=1

En multipliant par xx :

xq=xx^{q}=x
Étape 2 — Le cas $x=0$
0q=0=x ✓0^q=0=x\ \checkmark

(avec q≥2q\geq 2, donc pas de 000^0.) Le cas est trivial, mais il faut le dire : c'est ce qui permet d'écrire « pour tout x∈Fqx\in\mathbb{F}_q » et non « pour tout xx non nul ».

xq=x pour les q eˊleˊments de Fq\boxed{x^q=x\ \text{pour les } q \text{ \'el\'ements de }\mathbb{F}_q}

C'est cette formulation complète qui rend le polynôme Xq−XX^q-X intéressant : il a exactement qq racines dans Fq\mathbb{F}_q, donc toutes ses racines y sont.

Vérification sur $\mathrm{GF}(4)$ et $\mathrm{GF}(8)$

Sur GF(4)\mathrm{GF}(4), il faut x4=xx^4=x :

α4=α3⋅α=1⋅α=α ✓\alpha^4=\alpha^3\cdot\alpha=1\cdot\alpha=\alpha\ \checkmark

(en utilisant α3=1\alpha^3=1, exercice A4.) De même (α+1)4=(α+1)(\alpha+1)^4=(\alpha+1), puisque α+1=α2\alpha+1=\alpha^2 et (α2)4=α8=(α3)2α2=α2(\alpha^2)^4=\alpha^8=(\alpha^3)^2\alpha^2=\alpha^2 ✓.

Sur GF(8)\mathrm{GF}(8), il faut x8=xx^8=x, c'est-à-dire x7=1x^7=1 pour x≠0x\neq 0. Or α\alpha y est d'ordre 77 (exercice B2), donc α7=1\alpha^7=1 ✓, et tout élément non nul est une puissance de α\alpha.

Sur F5\mathbb{F}_5 (cas n=1n=1, Fermat) : 25=32=30+2≡2(mod5)2^5=32=30+2\equiv 2\pmod 5 ✓.

Les trois conséquences majeures

1. Le polynôme Xq−XX^q-X est scindé sur Fq\mathbb{F}_q et à racines simples :

Xq−X=∏a∈Fq(X−a)X^q-X=\prod_{a\in\mathbb{F}_q}(X-a)

car il a qq racines distinctes et son degré est qq (exercice C5).

2. Les carrés. xq−1=1x^{q-1}=1 pour x≠0x\neq 0, donc (x(q−1)/2)2=1(x^{(q-1)/2})^2=1 lorsque qq est impair, d'où x(q−1)/2=±1x^{(q-1)/2}=\pm 1. C'est le critère d'Euler, qui distingue les carrés des non-carrés (exercice B5).

3. Le Frobenius est d'ordre nn. x↦xpx\mapsto x^p itéré nn fois donne x↦xpn=xq=xx\mapsto x^{p^n}=x^q=x, c'est-à-dire l'identité. Donc l'ordre de φ\varphi divise nn — et vaut exactement nn (exercice C2).

👉 Chacune de ces trois conséquences ouvre une section du chapitre. xq=xx^q=x est le théorème le plus rentable de la page.

Réponse. xq=xx^q=x pour tout x∈Fqx\in\mathbb{F}_q. (Vérifié machine sur 55 corps : xq−1=1x^{q-1}=1 si x≠0x\neq0, xq=xx^q=x — B3 ✓ ; recoupe Fermat (Arithmétique))
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Le rêve du débutant

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer qu'en caractéristique pp, (a+b)p=ap+bp(a+b)^p=a^p+b^p pour tous a,ba,b (« freshman's dream »).

Indices (3)

Développer par la formule du binôme.

Étudier la divisibilité de (pk)\binom{p}{k} par pp pour 0<k<p0<k<p.

En caractéristique pp, p⋅c=0p\cdot c=0.

Correction détaillée
Le « rêve du débutant », et pourquoi il est vrai ici
(a+b)p=ap+bpen caracteˊristique p\boxed{(a+b)^p=a^p+b^p\quad\text{en caract\'eristique }p}

L'identité est fausse sur R\mathbb{R} — d'où son surnom, freshman's dream : c'est l'erreur classique de l'étudiant qui « distribue » l'exposant.

Elle devient vraie en caractéristique pp parce que tous les termes intermédiaires du binôme portent un facteur pp, donc s'annulent. Toute la démonstration consiste à établir ce fait sur les coefficients binomiaux.

Étape 1 — Les coefficients binomiaux du milieu

Lemme. Pour pp premier et 1≤k≤p−11\leq k\leq p-1, pp divise (pk)\binom pk.

Écrivons la relation classique

k(pk)=p(p−1k−1)k\binom pk=p\binom{p-1}{k-1}

(elle se vérifie en développant les factorielles.) Le membre de droite est divisible par pp, donc p∣k(pk)p\mid k\binom pk.

Or 1≤k≤p−11\leq k\leq p-1, donc p∤kp\nmid k. Comme pp est premier, le lemme d'Euclide donne

p ∣ (pk)p\ \Big\vert\ \binom pk

⚠️ La primalité est indispensable. Pour p=4p=4 : (42)=6\binom 42=6 n'est pas divisible par 44. Et de fait, (a+b)4≠a4+b4(a+b)^4\neq a^4+b^4 dans Z/4Z\mathbb{Z}/4\mathbb{Z} — qui n'est d'ailleurs pas un corps.

Étape 2 — Le binôme
(a+b)p=∑k=0p(pk)ap−kbk=ap+∑k=1p−1(pk)ap−kbk⏟chaque (pk)≡0+bp(a+b)^p=\sum_{k=0}^{p}\binom pk a^{p-k}b^{k}=a^p+\underbrace{\sum_{k=1}^{p-1}\binom pk a^{p-k}b^k}_{\text{chaque }\binom pk\equiv 0}+b^p

Chaque coefficient du milieu est un multiple de pp, donc nul dans KK : (pk)⋅y=0\binom pk\cdot y=0 pour tout yy, puisque p⋅1=0p\cdot 1=0.

(a+b)p=ap+bp\boxed{(a+b)^p=a^p+b^p}

Exemple sur F2\mathbb{F}_2 : (a+b)2=a2+2ab+b2=a2+b2(a+b)^2=a^2+2ab+b^2=a^2+b^2, le terme croisé 2ab2ab disparaissant.

Sur F3\mathbb{F}_3 : (a+b)3=a3+3a2b+3ab2+b3=a3+b3(a+b)^3=a^3+3a^2b+3ab^2+b^3=a^3+b^3.

Étape 3 — Itérer

En appliquant l'identité nn fois :

(a+b)pn=((a+b)p)pn−1=(ap+bp)pn−1=⋯=apn+bpn(a+b)^{p^n}=\big((a+b)^p\big)^{p^{n-1}}=(a^p+b^p)^{p^{n-1}}=\cdots=a^{p^n}+b^{p^n}
(a+b)q=aq+bqpour q=pn\boxed{(a+b)^{q}=a^{q}+b^{q}\quad\text{pour }q=p^n}

Et pour la soustraction : (a−b)p=ap+(−b)p=ap−bp(a-b)^p=a^p+(-b)^p=a^p-b^p si pp est impair (car (−1)p=−1(-1)^p=-1), et =ap+bp=ap−bp=a^p+b^p=a^p-b^p si p=2p=2 (car −1=1-1=1). L'identité vaut donc dans les deux cas.

Ce que ça déclenche : le Frobenius

L'application

φ: K→K,x↦xp\varphi:\ K\to K,\qquad x\mapsto x^p

est un morphisme de corps :

φ(a+b)=φ(a)+φ(b)(c’est exactement ce qu’on vient de montrer)\varphi(a+b)=\varphi(a)+\varphi(b)\quad\text{(c'est exactement ce qu'on vient de montrer)}
φ(ab)=(ab)p=apbp=φ(a)φ(b)(commutativiteˊ)\varphi(ab)=(ab)^p=a^pb^p=\varphi(a)\varphi(b)\quad\text{(commutativit\'e)}
φ(1)=1\varphi(1)=1

C'est le Frobenius, et il est au cœur de tout le lot C. Le point remarquable est que l'additivité — la propriété qu'on n'attend jamais d'une puissance — est précisément ce que le rêve du débutant fournit.

👉 Sur R\mathbb{R}, x↦x2x\mapsto x^2 n'est ni additive ni injective. En caractéristique pp, x↦xpx\mapsto x^p est additif et injectif, et sur un corps fini c'est un automorphisme (exercice C1). C'est l'une des différences les plus frappantes entre les deux mondes.

Réponse. (a+b)p=ap+bp(a+b)^p=a^p+b^p en caractéristique pp. (Base du Frobenius — vérifié machine : φ additif sur GF(8)/GF(9)/GF(27) — C1 ✓)
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Le groupe multiplicatif est cyclique

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que Fq×\mathbb{F}_q^\times est un groupe cyclique (théorème de l'élément primitif).

Indices (3)

Dans un corps, Xd−1X^d-1 a au plus dd racines.

En déduire que #{x∈Fq×:xd=1}≤d\#\{x\in\mathbb{F}_q^\times:x^d=1\}\leq d pour tout dd.

Un groupe abélien fini d'ordre NN vérifiant cette borne pour tout d∣Nd\mid N est cyclique.

Correction détaillée
Le théorème, et pourquoi il est loin d'être évident
Fq× est cyclique\boxed{\mathbb{F}_q^\times\ \text{est cyclique}}

c'est-à-dire : il existe gg tel que tout élément non nul s'écrive gkg^k. Un tel gg est dit primitif.

Pourquoi ce n'est pas évident : le groupe multiplicatif d'un anneau quelconque n'est généralement pas cyclique. (Z/8Z)×={1,3,5,7}(\mathbb{Z}/8\mathbb{Z})^\times=\{1,3,5,7\} ne l'est pas — tous ses éléments non neutres sont d'ordre 22. C'est le fait d'être un corps qui change tout, par une propriété très particulière : un polynôme de degré dd a au plus dd racines.

L'argument compte les éléments par leur ordre, et montre qu'il n'y a pas assez de place pour éviter l'ordre maximal.

Étape 1 — Le comptage par les ordres

Notons ψ(d)\psi(d) le nombre d'éléments de Fq×\mathbb{F}_q^\times d'ordre exactement dd. Comme tout ordre divise q−1q-1 (Lagrange), on a

∑d∣q−1ψ(d)=q−1\sum_{d\mid q-1}\psi(d)=q-1

Par ailleurs, l'identité classique sur l'indicatrice d'Euler donne

∑d∣q−1φ(d)=q−1\sum_{d\mid q-1}\varphi(d)=q-1

Il suffit donc de montrer ψ(d)≤φ(d)\psi(d)\leq\varphi(d) pour tout dd : deux sommes égales dont chaque terme du premier membre est majoré par le terme correspondant du second forcent l'égalité terme à terme.

Étape 2 — La majoration $\psi(d)\leq\varphi(d)$

Si ψ(d)=0\psi(d)=0, l'inégalité est acquise.

Sinon, soit xx d'ordre dd. Les dd éléments 1,x,…,xd−11,x,\dots,x^{d-1} sont distincts et vérifient tous yd=1y^d=1 : ce sont donc dd racines du polynôme Xd−1X^d-1.

Or un polynôme de degré dd sur un CORPS a au plus dd racines — c'est ici que l'intégrité intervient de façon décisive. Donc

{y: yd=1}={1,x,…,xd−1}=⟨x⟩\{y:\ y^d=1\}=\{1,x,\dots,x^{d-1}\}=\langle x\rangle

Tout élément d'ordre dd est donc dans ⟨x⟩\langle x\rangle, groupe cyclique d'ordre dd, qui en contient exactement φ(d)\varphi(d) (les xkx^k avec gcd⁡(k,d)=1\gcd(k,d)=1).

ψ(d)≤φ(d)\psi(d)\leq\varphi(d)
Étape 3 — Conclure

Des deux sommes égales et de ψ(d)≤φ(d)\psi(d)\leq\varphi(d), on tire ψ(d)=φ(d)\psi(d)=\varphi(d) pour tout d∣q−1d\mid q-1.

En particulier pour d=q−1d=q-1 :

ψ(q−1)=φ(q−1)≥1\psi(q-1)=\varphi(q-1)\geq 1

Il existe donc au moins un élément d'ordre q−1q-1, c'est-à-dire un générateur :

Fq×=⟨g⟩≃Z/(q−1)Z\boxed{\mathbb{F}_q^\times=\langle g\rangle\simeq\mathbb{Z}/(q-1)\mathbb{Z}}

et le nombre d'éléments primitifs est exactement φ(q−1)\varphi(q-1) (exercice B3).

Le contraste, et ce que le théorème donne
groupecyclique ?F7×oui3 primitif:3,2,6,4,5,1GF(8)×ouiα d’ordre 7(Z/8Z)×NONtous d’ordre≤2(Z/12Z)×NON\begin{array}{lcl} \text{groupe} & \text{cyclique ?} & \\\hline \mathbb{F}_7^\times & \text{oui} & 3\ \text{primitif} : 3,2,6,4,5,1\\ \mathrm{GF}(8)^\times & \text{oui} & \alpha\ \text{d'ordre }7\\ (\mathbb{Z}/8\mathbb{Z})^\times & \textbf{NON} & \text{tous d'ordre}\leq 2\\ (\mathbb{Z}/12\mathbb{Z})^\times & \textbf{NON} & \end{array}

Les deux derniers ne sont pas des corps — et c'est exactement pour cela que l'argument des racines ne s'y applique pas : dans Z/8Z\mathbb{Z}/8\mathbb{Z}, le polynôme X2−1X^2-1 a quatre racines (1,3,5,71,3,5,7), ce qui est impossible sur un corps.

Ce que le théorème achète : une table de logarithmes. Chaque élément non nul s'écrit αk\alpha^k, et la multiplication devient une addition d'exposants modulo q−1q-1 (exercice B2). C'est ce qui rend l'arithmétique dans GF(28)\mathrm{GF}(2^8) implantable par deux tables de 256256 octets — le cœur de l'AES et de Reed-Solomon (exercice D6).

Réponse. Fq×\mathbb{F}_q^\times est cyclique. (Vérifié machine : élément d'ordre q−1q-1 trouvé dans GF(8),GF(16),GF(9),GF(25) — B1 ✓ ; recoupe Théorie des groupes)
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Table des logarithmes de GF(8)

CalculDifficulté 3/5

Dans GF(8)=F2[X]/(X3+X+1)\mathrm{GF}(8)=\mathbb{F}_2[X]/(X^3+X+1), montrer que α=X\alpha=X est primitif (ordre 77) et dresser la table des puissances α0,…,α6\alpha^0,\dots,\alpha^6.

Indices (3)

α3=α+1\alpha^3=\alpha+1 ; calculer les puissances successives.

∣F8×∣=7\lvert\mathbb{F}_8^\times\rvert=7 est premier : tout élément ≠1\neq 1 est d'ordre 77.

Réduire chaque puissance modulo α3=α+1\alpha^3=\alpha+1.

Correction détaillée
Ce qu'on construit, et à quoi ça sert

GF(8)=F2[X]/(X3+X+1)\mathrm{GF}(8)=\mathbb{F}_2[X]/(X^3+X+1), avec α=Xˉ\alpha=\bar X. On veut montrer que α\alpha est primitif (d'ordre 77) et dresser la table des puissances.

Cette table est l'outil de calcul du chapitre : elle transforme la multiplication en addition d'exposants, et donne les inverses par lecture directe.

La relation fondamentale, issue du quotient :

α3+α+1=0 ⟹ α3=α+1\alpha^3+\alpha+1=0\ \Longrightarrow\ \boxed{\alpha^3=\alpha+1}

(caractéristique 22 : les signes disparaissent.)

Étape 1 — Calculer les puissances

On multiplie par α\alpha à chaque pas, en réduisant par α3=α+1\alpha^3=\alpha+1 dès qu'un α3\alpha^3 apparaît.

α4=α⋅α3=α(α+1)=α2+α\alpha^4=\alpha\cdot\alpha^3=\alpha(\alpha+1)=\alpha^2+\alpha
α5=α⋅α4=α3+α2=(α+1)+α2=α2+α+1\alpha^5=\alpha\cdot\alpha^4=\alpha^3+\alpha^2=(\alpha+1)+\alpha^2=\alpha^2+\alpha+1
α6=α⋅α5=α3+α2+α=(α+1)+α2+α=α2+1\alpha^6=\alpha\cdot\alpha^5=\alpha^3+\alpha^2+\alpha=(\alpha+1)+\alpha^2+\alpha=\alpha^2+1

(le α\alpha et le α\alpha s'annulent, caractéristique 22.)

α7=α⋅α6=α3+α=(α+1)+α=1\alpha^7=\alpha\cdot\alpha^6=\alpha^3+\alpha=(\alpha+1)+\alpha=1
α7=1\boxed{\alpha^7=1}
Étape 2 — La table complète
puissanceforme polynomialebinaireα01001α1α010α2α2100α3α+1011α4α2+α110α5α2+α+1111α6α2+1101\begin{array}{clc} \text{puissance} & \text{forme polynomiale} & \text{binaire}\\\hline \alpha^0 & 1 & 001\\ \alpha^1 & \alpha & 010\\ \alpha^2 & \alpha^2 & 100\\ \alpha^3 & \alpha+1 & 011\\ \alpha^4 & \alpha^2+\alpha & 110\\ \alpha^5 & \alpha^2+\alpha+1 & 111\\ \alpha^6 & \alpha^2+1 & 101 \end{array}

Le contrôle qui valide la table : les sept écritures binaires sont toutes distinctes et couvrent les sept vecteurs non nuls de F2 3\mathbb{F}_2^{\,3}. Si deux coïncidaient, la table serait fausse ou α\alpha ne serait pas primitif.

Étape 3 — $\alpha$ est primitif

L'ordre de α\alpha divise ∣GF(8)×∣=7\lvert\mathrm{GF}(8)^\times\rvert=7 (Lagrange). Or 77 est premier, donc l'ordre vaut 11 ou 77.

Comme α≠1\alpha\neq 1, l'ordre est 77 :

α est primitif\boxed{\alpha\ \text{est primitif}}

Cas particulier heureux : quand q−1q-1 est premier, tout élément ≠0,1\neq 0,1 est primitif — il n'y a rien à vérifier. En général il faut tester que α(q−1)/ℓ≠1\alpha^{(q-1)/\ell}\neq 1 pour chaque facteur premier ℓ\ell de q−1q-1.

Nombre d'éléments primitifs : φ(7)=6\varphi(7)=6, c'est-à-dire tous les éléments sauf 11 (exercice B3).

Comment s'en servir : logarithmes discrets

La table fait passer de la notation polynomiale à la notation exponentielle, et la multiplication devient une addition modulo 77 :

αi⋅αj=α(i+j) mod 7\alpha^i\cdot\alpha^j=\alpha^{(i+j)\bmod 7}

Exemple. (α2+1)(α+1)(\alpha^2+1)(\alpha+1). Lisons la table : α2+1=α6\alpha^2+1=\alpha^6 et α+1=α3\alpha+1=\alpha^3. Donc

(α2+1)(α+1)=α6⋅α3=α9=α9−7=α2(\alpha^2+1)(\alpha+1)=\alpha^6\cdot\alpha^3=\alpha^{9}=\alpha^{9-7}=\alpha^2

Contrôle par le calcul direct :

(α2+1)(α+1)=α3+α2+α+1=(α+1)+α2+α+1=α2(\alpha^2+1)(\alpha+1)=\alpha^3+\alpha^2+\alpha+1=(\alpha+1)+\alpha^2+\alpha+1=\alpha^2

(les deux α\alpha s'annulent, les deux 11 aussi) ✓

Les inverses se lisent tout aussi vite : (αk)−1=α7−k(\alpha^k)^{-1}=\alpha^{7-k}. Ainsi

α−1=α6=α2+1\alpha^{-1}=\alpha^{6}=\alpha^2+1

Vérification : α(α2+1)=α3+α=(α+1)+α=1\alpha(\alpha^2+1)=\alpha^3+\alpha=(\alpha+1)+\alpha=1 ✓

👉 C'est exactement le principe des tables de logarithmes de GF(256)\mathrm{GF}(256) employées dans AES et Reed-Solomon : deux tableaux de 256256 octets remplacent toute la multiplication.

Réponse. α\alpha primitif, α7=1\alpha^7=1, les αk\alpha^k (0≤k≤60\leq k\leq 6) sont les 77 éléments non nuls. (Vérifié machine : ord(X)=7 dans GF(8), {X0,…,X6}\{X^0,\dots,X^6\} distincts — B2 ✓)
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Ordre divisant q-1

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que l'ordre multiplicatif de tout x∈Fq×x\in\mathbb{F}_q^\times divise q−1q-1, et qu'il y a exactement φ(q−1)\varphi(q-1) éléments primitifs.

Indices (3)

⟨x⟩\langle x\rangle est un sous-groupe de Fq×\mathbb{F}_q^\times.

Appliquer Lagrange.

Dans un groupe cyclique d'ordre NN, le nombre de générateurs est φ(N)\varphi(N).

Correction détaillée
Les deux énoncés
  1. L'ordre multiplicatif de tout x∈Fq×x\in\mathbb{F}_q^\times divise q−1q-1 ;
  2. il y a exactement φ(q−1)\varphi(q-1) éléments primitifs.

Le premier est le théorème de Lagrange appliqué au groupe multiplicatif. Le second exploite la cyclicité établie à l'exercice B1 : dans un groupe cyclique d'ordre mm, les générateurs sont les gkg^k avec gcd⁡(k,m)=1\gcd(k,m)=1.

Étape 1 — L'ordre divise $q-1$

Fq×\mathbb{F}_q^\times est un groupe fini de cardinal q−1q-1. Le théorème de Lagrange dit que l'ordre de tout sous-groupe divise l'ordre du groupe.

Or l'ordre d'un élément xx est par définition le cardinal du sous-groupe ⟨x⟩\langle x\rangle qu'il engendre. Donc

ord(x) ∣ q−1\boxed{\mathrm{ord}(x)\ \mid\ q-1}

Conséquence directe : xq−1=1x^{q-1}=1 pour tout x≠0x\neq 0, ce qui redonne xq=xx^q=x (exercice A5).

Étape 2 — Le compte des primitifs

Par l'exercice B1, Fq×=⟨g⟩\mathbb{F}_q^\times=\langle g\rangle est cyclique d'ordre m=q−1m=q-1.

L'ordre de gkg^k vaut mgcd⁡(k,m)\dfrac{m}{\gcd(k,m)}. Justification : (gk)j=1(g^k)^j=1 équivaut à m∣kjm\mid kj, soit mgcd⁡(k,m) ∣ j\frac{m}{\gcd(k,m)}\ \Big\vert\ j, et le plus petit tel jj est bien mgcd⁡(k,m)\frac{m}{\gcd(k,m)}.

gkg^k est donc primitif — d'ordre mm — si et seulement si gcd⁡(k,m)=1\gcd(k,m)=1. Le nombre de tels kk dans {0,…,m−1}\{0,\dots,m-1\} est par définition

φ(q−1) eˊleˊments primitifs\boxed{\varphi(q-1)\ \text{\'el\'ements primitifs}}
Trois exemples chiffrés
corpsq−1φ(q−1)GF(4)3φ(3)=2α et α2GF(8)7φ(7)=6tous sauf 1F1312φ(12)=42, 6, 7, 11GF(256)255φ(255)=128la moitieˊ\begin{array}{lccl} \text{corps} & q-1 & \varphi(q-1) & \\\hline \mathrm{GF}(4) & 3 & \varphi(3)=2 & \alpha\ \text{et}\ \alpha^2\\ \mathrm{GF}(8) & 7 & \varphi(7)=6 & \text{tous sauf }1\\ \mathbb{F}_{13} & 12 & \varphi(12)=4 & 2,\ 6,\ 7,\ 11\\ \mathrm{GF}(256) & 255 & \varphi(255)=128 & \text{la moiti\'e} \end{array}

Détail de φ(12)\varphi(12) : 12=22×312=2^2\times 3, donc φ(12)=12(1−12)(1−13)=12×12×23=4\varphi(12)=12\left(1-\frac12\right)\left(1-\frac13\right)=12\times\frac12\times\frac23=4.

Détail de φ(255)\varphi(255) : 255=3×5×17255=3\times 5\times 17, donc φ(255)=2×4×16=128\varphi(255)=2\times 4\times 16=128.

👉 Quand q−1q-1 est premier (comme 77 pour GF(8)\mathrm{GF}(8)), tout élément ≠1\neq 1 est primitif : c'est le cas le plus commode, et c'est pourquoi GF(8)\mathrm{GF}(8) sert d'exemple partout.

Comment tester la primitivité en pratique

Vérifier αq−1=1\alpha^{q-1}=1 ne prouve rien : c'est vrai pour tout élément non nul. Ce qui distingue un primitif est que rien de plus petit ne marche.

α primitif  ⟺  α(q−1)/ℓ≠1 pour tout facteur premier ℓ de q−1\boxed{\alpha\ \text{primitif}\iff \alpha^{(q-1)/\ell}\neq 1\ \text{pour tout facteur premier }\ell\ \text{de }q-1}

Pourquoi c'est suffisant : si l'ordre dd de α\alpha était un diviseur strict de q−1q-1, il diviserait (q−1)/ℓ(q-1)/\ell pour au moins un facteur premier ℓ\ell, et l'on aurait α(q−1)/ℓ=1\alpha^{(q-1)/\ell}=1.

Exemple sur F13\mathbb{F}_{13}, où q−1=12=22×3q-1=12=2^2\times 3. Testons 22 :

212/2=26=64=52+12≡12≠12^{12/2}=2^6=64=52+12\equiv 12\neq 1
212/3=24=16≡3≠12^{12/3}=2^4=16\equiv 3\neq 1

Les deux tests passent, donc 22 est primitif ✓ — deux exponentiations au lieu de douze.

⚠️ Ce test suppose de connaître la factorisation de q−1q-1, ce qui est facile pour les petits corps et difficile pour les très grands. C'est d'ailleurs sur cette difficulté que reposent certains protocoles cryptographiques.

Réponse. ord⁡(x)∣q−1\operatorname{ord}(x)\mid q-1 ; φ(q−1)\varphi(q-1) éléments primitifs. (Vérifié machine : ord∣q−1\mid q-1 ; primitifs de GF(8)=φ(7)=6\varphi(7)=6, GF(16)=φ(15)=8\varphi(15)=8 — B4/B5 ✓)
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Bijectivité de x ↦ x^k

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que x↦xkx\mapsto x^k est une bijection de Fq\mathbb{F}_q si et seulement si gcd⁡(k,q−1)=1\gcd(k,q-1)=1. Application : x↦x3x\mapsto x^3 sur GF(8)\mathrm{GF}(8).

Indices (3)

L'application fixe 00 ; étudier sa restriction au groupe cyclique Fq×\mathbb{F}_q^\times.

Dans un groupe cyclique d'ordre NN, x↦xkx\mapsto x^k est bijective   ⟺  gcd⁡(k,N)=1\iff\gcd(k,N)=1.

gcd⁡(3,7)=1\gcd(3,7)=1 pour GF(8)\mathrm{GF}(8).

Correction détaillée
L'énoncé, et le mécanisme
x↦xk bijective sur Fq  ⟺  gcd⁡(k,q−1)=1\boxed{x\mapsto x^k\ \text{bijective sur }\mathbb{F}_q\iff\gcd(k,q-1)=1}

L'idée : sur Fq×≃Z/(q−1)Z\mathbb{F}_q^\times\simeq\mathbb{Z}/(q-1)\mathbb{Z} (exercice B1), élever à la puissance kk devient multiplier par kk dans Z/(q−1)Z\mathbb{Z}/(q-1)\mathbb{Z}.

ga ⟼ gkac’est-aˋ-direa ⟼ kag^{a}\ \longmapsto\ g^{ka}\qquad\text{c'est-\`a-dire}\qquad a\ \longmapsto\ ka

Et une multiplication par kk dans Z/mZ\mathbb{Z}/m\mathbb{Z} est bijective si et seulement si kk y est inversible, c'est-à-dire si gcd⁡(k,m)=1\gcd(k,m)=1.

Un problème de puissances devient un problème de PGCD. C'est le gain du logarithme discret.

Étape 1 — Le sens direct

Supposons d=gcd⁡(k,q−1)>1d=\gcd(k,q-1)>1. Prenons gg primitif et posons x=g(q−1)/dx=g^{(q-1)/d}, qui est différent de 11 puisque (q−1)/d<q−1(q-1)/d<q-1 et que gg est d'ordre q−1q-1.

Alors

xk=gk(q−1)/d=(gq−1)k/d=1k/d=1x^k=g^{k(q-1)/d}=\big(g^{q-1}\big)^{k/d}=1^{k/d}=1

(on utilise que d∣kd\mid k, donc k/dk/d est entier.)

On a donc xk=1kx^k=1^k avec x≠1x\neq 1 : l'application n'est pas injective.

Étape 2 — La réciproque

Supposons gcd⁡(k,q−1)=1\gcd(k,q-1)=1. Par Bézout, il existe u,vu,v avec

ku+(q−1)v=1ku+(q-1)v=1

Alors, pour tout x≠0x\neq 0 :

(xk)u=xku=x1−(q−1)v=x⋅(xq−1)−v=x⋅1=x(x^{k})^{u}=x^{ku}=x^{1-(q-1)v}=x\cdot\big(x^{q-1}\big)^{-v}=x\cdot 1=x

(en utilisant xq−1=1x^{q-1}=1, exercice B3.)

L'application y↦yuy\mapsto y^u est donc l'inverse de x↦xkx\mapsto x^k sur Fq×\mathbb{F}_q^\times : elle est bijective. Et 0↦00\mapsto 0 complète la bijection sur Fq\mathbb{F}_q tout entier.

bijective, d’inverse y↦yu avec ku≡1 ⁣ ⁣(modq−1)\boxed{\text{bijective, d'inverse } y\mapsto y^{u}\ \text{avec } ku\equiv 1\!\!\pmod{q-1}}
Application : $x\mapsto x^3$ sur $\mathrm{GF}(8)$
q=8,q−1=7,gcd⁡(3,7)=1q=8,\qquad q-1=7,\qquad \gcd(3,7)=1

L'application est donc bijective. Cherchons son inverse : il faut uu avec 3u≡1(mod7)3u\equiv 1\pmod 7. Testons : 3×5=15=14+1≡13\times 5=15=14+1\equiv 1 ✓, donc u=5u=5.

(x3)5=x pour tout x∈GF(8)\boxed{(x^3)^5=x\ \text{pour tout }x\in\mathrm{GF}(8)}

Vérification sur la table de l'exercice B2, en exposants modulo 77 :

xx3α0=1α0=1α1α3α2α6α3α9=α2α4α12=α5α5α15=α1α6α18=α4\begin{array}{ccc} x & x^3 & \\\hline \alpha^0=1 & \alpha^0=1 & \\ \alpha^1 & \alpha^3 & \\ \alpha^2 & \alpha^6 & \\ \alpha^3 & \alpha^{9}=\alpha^2 & \\ \alpha^4 & \alpha^{12}=\alpha^5 & \\ \alpha^5 & \alpha^{15}=\alpha^1 & \\ \alpha^6 & \alpha^{18}=\alpha^4 & \end{array}

Les exposants images sont 0,3,6,2,5,1,40,3,6,2,5,1,4 : une permutation de {0,…,6}\{0,\dots,6\} ✓ — c'est exactement la multiplication par 33 modulo 77.

Le contre-exemple, et l'usage cryptographique

Sur F7\mathbb{F}_7, x↦x3x\mapsto x^3 n'est PAS bijective : q−1=6q-1=6 et gcd⁡(3,6)=3>1\gcd(3,6)=3>1.

13=1,23=8≡1,43=64≡11^3=1,\quad 2^3=8\equiv 1,\quad 4^3=64\equiv 1

Trois éléments s'écrasent sur 11 — l'image ne compte que 6/3=26/3=2 valeurs non nulles.

⚠️ Le même exposant 33 est bijectif sur GF(8)\mathrm{GF}(8) et ne l'est pas sur F7\mathbb{F}_7. Ce n'est pas kk qui décide, c'est sa relation à q−1q-1.

L'usage en cryptographie. C'est exactement le mécanisme de RSA : on chiffre par x↦xex\mapsto x^e et l'on déchiffre par y↦ydy\mapsto y^d où ed≡1ed\equiv 1 modulo l'ordre du groupe. La condition gcd⁡(e,⋅)=1\gcd(e,\cdot)=1 est ce qui garantit que le déchiffrement existe.

👉 Et le Frobenius x↦xpx\mapsto x^p est le cas k=pk=p : sur Fq\mathbb{F}_q avec q=pnq=p^n, gcd⁡(p,pn−1)=1\gcd(p,p^n-1)=1 toujours (une puissance de pp et son prédécesseur sont premiers entre eux). Le Frobenius est donc toujours bijectif — c'est l'exercice C1.

Réponse. x↦xkx\mapsto x^k bijective   ⟺  gcd⁡(k,q−1)=1\iff\gcd(k,q-1)=1 ; cube bijectif sur GF(8) mais pas GF(4). (Vérifié machine : D5 ✓)
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Résidus quadratiques

DémonstrationDifficulté 3/5

Pour qq impair, montrer qu'il y a exactement q−12\tfrac{q-1}{2} carrés non nuls dans Fq\mathbb{F}_q.

Indices (3)

Considérer σ:Fq×→Fq×, x↦x2\sigma:\mathbb{F}_q^\times\to\mathbb{F}_q^\times,\ x\mapsto x^2.

σ\sigma est un morphisme de groupes ; déterminer son noyau.

∣im⁡σ∣=∣Fq×∣/∣ker⁡σ∣\lvert\operatorname{im}\sigma\rvert=\lvert\mathbb{F}_q^\times\rvert/\lvert\ker\sigma\rvert.

Correction détaillée
Ce qu'on compte, et l'outil

Pour qq impair, on veut montrer qu'il y a exactement q−12\dfrac{q-1}{2} carrés non nuls dans Fq\mathbb{F}_q.

L'outil est le morphisme d'élévation au carré

σ: Fq×→Fq×,x↦x2\sigma:\ \mathbb{F}_q^\times\to\mathbb{F}_q^\times,\qquad x\mapsto x^2

et le théorème d'isomorphisme : le cardinal de l'image est celui du groupe divisé par celui du noyau.

Étape 1 — Le noyau a deux éléments
x∈ker⁡σ  ⟺  x2=1  ⟺  x2−1=0  ⟺  (x−1)(x+1)=0x\in\ker\sigma\iff x^2=1\iff x^2-1=0\iff (x-1)(x+1)=0

Un corps est intègre, donc x=1x=1 ou x=−1x=-1.

Ces deux valeurs sont distinctes parce que qq est impair : si 1=−11=-1, alors 2=02=0, donc la caractéristique serait 22 et qq une puissance de 22, donc pair.

∣ker⁡σ∣=2\lvert\ker\sigma\rvert=2
Étape 2 — Le comptage

σ\sigma est un morphisme de groupes (la multiplication est commutative, donc (xy)2=x2y2(xy)^2=x^2y^2). Le théorème d'isomorphisme donne

∣Im⁡σ∣=∣Fq×∣∣ker⁡σ∣=q−12\lvert\operatorname{Im}\sigma\rvert=\frac{\lvert\mathbb{F}_q^\times\rvert}{\lvert\ker\sigma\rvert}=\frac{q-1}{2}
il y a exactement q−12 carreˊs non nuls\boxed{\text{il y a exactement }\frac{q-1}{2}\ \text{carr\'es non nuls}}

Autrement dit : exactement la moitié des éléments non nuls sont des carrés. L'autre moitié n'en est pas.

Vérifications, et le critère d'Euler
corps(q−1)/2carreˊs non nulsF521, 4F731, 2, 4F1151, 3, 4, 5, 9\begin{array}{lcl} \text{corps} & (q-1)/2 & \text{carr\'es non nuls}\\\hline \mathbb{F}_5 & 2 & 1,\ 4\\ \mathbb{F}_7 & 3 & 1,\ 2,\ 4\\ \mathbb{F}_{11} & 5 & 1,\ 3,\ 4,\ 5,\ 9 \end{array}

Détail pour F7\mathbb{F}_7 : 12=11^2=1, 22=42^2=4, 32=23^2=2, 42=24^2=2, 52=45^2=4, 62=16^2=1. On obtient bien {1,2,4}\{1,2,4\}, chaque carré étant atteint deux fois — par xx et par −x-x.

Le critère d'Euler, qui décide sans énumérer :

x est un carreˊ  ⟺  x(q−1)/2=1x\ \text{est un carr\'e}\iff x^{(q-1)/2}=1

Pourquoi : par la cyclicité (exercice B1), x=gax=g^a, et xx est un carré si et seulement si aa est pair. Or x(q−1)/2=ga(q−1)/2x^{(q-1)/2}=g^{a(q-1)/2} vaut 11 exactement quand q−1q-1 divise a(q−1)/2a(q-1)/2, c'est-à-dire quand aa est pair.

Test sur F7\mathbb{F}_7 : 33=27=21+6≡6=−1≠13^{3}=27=21+6\equiv 6=-1\neq 1, donc 33 n'est pas un carré ✓ (il est absent de la liste). Et 23=8≡12^3=8\equiv 1, donc 22 est un carré ✓.

Le cas pair, et l'usage

⚠️ En caractéristique 22, tout est carré. L'hypothèse « qq impair » n'est pas décorative : si q=2nq=2^n, alors x↦x2x\mapsto x^2 est le Frobenius, donc bijectif (exercices B4 et C1), et le noyau est réduit à {1}\{1\}.

sur GF(8) : les 7 eˊleˊments non nuls sont TOUS des carreˊs\text{sur }\mathrm{GF}(8)\ :\ \text{les 7 \'el\'ements non nuls sont TOUS des carr\'es}

La racine carrée y est même unique et se calcule : x=xq/2\sqrt{x}=x^{q/2}.

Vérification sur GF(8)\mathrm{GF}(8) : α=α4\sqrt{\alpha}=\alpha^{4}, et en effet (α4)2=α8=α7⋅α=α(\alpha^4)^2=\alpha^8=\alpha^7\cdot\alpha=\alpha ✓.

Usages des résidus quadratiques : le symbole de Legendre et la loi de réciprocité, les tests de primalité (Solovay-Strassen), et les protocoles à divulgation nulle — où la difficulté de décider si un nombre est un carré modulo un composé sert de fondement.

Réponse. Exactement q−12\tfrac{q-1}{2} carrés non nuls. (Vérifié machine : GF(9)→44, GF(25)→1212 — D4 ✓)
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Produit des éléments non nuls (Wilson)

DémonstrationDifficulté 3/5

Dans Fq\mathbb{F}_q (q=pn≥3q=p^n\geq 3), calculer le produit ∏x∈Fq×x\prod_{x\in\mathbb{F}_q^\times}x de tous les éléments non nuls (généralisation du théorème de Wilson).

Indices (3)

Apparier chaque xx avec son inverse x−1x^{-1} (produit 11).

Les éléments égaux à leur inverse vérifient x2=1x^2=1, soit (x−1)(x+1)=0(x-1)(x+1)=0.

Distinguer qq impair (1≠−11\neq -1) et qq pair (caractéristique 22, −1=1-1=1).

Correction détaillée
Le théorème de Wilson, et sa généralisation

Le théorème de Wilson classique dit (p−1)!≡−1(modp)(p-1)!\equiv-1\pmod p. On veut la version pour tout corps fini :

∏x∈Fq×x = ?\prod_{x\in\mathbb{F}_q^\times}x\ =\ ?

L'idée : dans le produit, presque tous les éléments s'apparient avec leur inverse et donnent 11. Ne survivent que les éléments égaux à leur propre inverse.

x=x−1  ⟺  x2=1x=x^{-1}\iff x^2=1

Tout revient donc à compter les solutions de x2=1x^2=1 — ce qu'on a fait à l'exercice B5.

Étape 1 — L'appariement

Groupons les éléments de Fq×\mathbb{F}_q^\times par paires {x,x−1}\{x,x^{-1}\}. Chaque paire contribue x⋅x−1=1x\cdot x^{-1}=1 au produit, donc n'y change rien.

Restent les éléments non appariés, c'est-à-dire ceux qui sont leur propre inverse :

x=x−1  ⟺  x2=1  ⟺  (x−1)(x+1)=0  ⟺  x=±1x=x^{-1}\iff x^2=1\iff (x-1)(x+1)=0\iff x=\pm 1
∏x∈Fq×x = ∏involutifsx\prod_{x\in\mathbb{F}_q^\times}x\ =\ \prod_{\text{involutifs}}x
Étape 2 — Les deux cas

Cas qq impair. Alors 1≠−11\neq -1, et il y a exactement deux éléments involutifs :

∏x≠0x=1⋅(−1)=−1\prod_{x\neq 0}x=1\cdot(-1)=\boxed{-1}

Cas q=2nq=2^n (caractéristique 22). Alors −1=1-1=1, et le seul élément involutif est 11 :

∏x≠0x=1\prod_{x\neq 0}x=\boxed{1}

Les deux cas se réunissent en une formule unique, puisque 1=−11=-1 en caractéristique 22 :

∏x∈Fq×x=−1\boxed{\prod_{x\in\mathbb{F}_q^\times}x=-1}

⚠️ Mais il faut savoir lire ce −1-1 : sur GF(8)\mathrm{GF}(8) il vaut 11, et écrire « le produit vaut −1≠1-1\neq 1 » y serait faux.

Vérifications

Sur F5\mathbb{F}_5 : 1×2×3×4=24=20+4≡4=−11\times 2\times 3\times 4=24=20+4\equiv 4=-1 ✓

Sur F7\mathbb{F}_7 : 6!=720=714+6≡6=−16!=720=714+6\equiv 6=-1 ✓ (et 714=7×102714=7\times 102).

Sur F11\mathbb{F}_{11} : le produit vaut 10=−110=-1 ✓.

Sur GF(8)\mathrm{GF}(8) : les sept éléments non nuls sont α0,…,α6\alpha^0,\dots,\alpha^6, donc le produit vaut

α0+1+2+3+4+5+6=α21=α21−14=α7=1\alpha^{0+1+2+3+4+5+6}=\alpha^{21}=\alpha^{21-14}=\alpha^{7}=1

(car 21=3×721=3\times 7.) Et 1=−11=-1 en caractéristique 22 ✓.

Sur GF(4)\mathrm{GF}(4) : 1⋅α⋅α2=α3=11\cdot\alpha\cdot\alpha^2=\alpha^3=1 ✓.

Une preuve alternative, par la cyclicité

Par l'exercice B1, Fq×={g0,g1,…,gq−2}\mathbb{F}_q^\times=\{g^0,g^1,\dots,g^{q-2}\}. Le produit vaut donc

∏x≠0x=gS,S=0+1+⋯+(q−2)=(q−2)(q−1)2\prod_{x\neq 0}x=g^{S},\qquad S=0+1+\cdots+(q-2)=\frac{(q-2)(q-1)}{2}

et il suffit de lire SS modulo q−1q-1, puisque gg est d'ordre q−1q-1.

Cas qq impair. Alors q−1q-1 est pair, et S=(q−2)⋅q−12S=(q-2)\cdot\dfrac{q-1}{2}. Comme q−2q-2 est impair, écrivons q−2=1+(q−3)q-2=1+(q-3) avec q−3q-3 pair :

S=q−12+q−32⏟entier (q−1) ≡ q−12(modq−1)S=\frac{q-1}{2}+\underbrace{\frac{q-3}{2}}_{\text{entier}}\,(q-1)\ \equiv\ \frac{q-1}{2}\pmod{q-1}
∏x≠0x=g(q−1)/2=−1\prod_{x\neq 0}x=g^{(q-1)/2}=-1

car ce nombre a pour carré gq−1=1g^{q-1}=1 sans valoir 11 (gg est d'ordre q−1q-1).

Cas q=2nq=2^n avec n≥2n\geq 2. Alors q−2q-2 est pair, et

S=q−22 (q−1) ≡ 0(modq−1)S=\frac{q-2}{2}\,(q-1)\ \equiv\ 0\pmod{q-1}
∏x≠0x=g0=1\prod_{x\neq 0}x=g^{0}=1

Contrôle sur GF(8)\mathrm{GF}(8) : S=6×72=21=3×7S=\frac{6\times 7}{2}=21=3\times 7, multiple de 7=q−17=q-1 ✓, donc le produit vaut 11 — ce que le calcul direct avait déjà donné.

⚠️ Le cas q=2q=2 est à part : le groupe est réduit à {1}\{1\}, et le produit vaut 1=−11=-1.

👉 Les deux preuves éclairent différemment : l'appariement dit pourquoi (les inverses se neutralisent deux à deux), la cyclicité dit combien (une somme d'exposants lue modulo q−1q-1). La seconde montre en prime que le résultat ne dépend d'aucun choix de gg.

Réponse. ∏x≠0x=−1\prod_{x\neq 0}x=-1 si qq impair, =1=1 si qq pair — Wilson généralisé. (Recoupe Wilson (Arithmétique) ; Fq×\mathbb{F}_q^\times cyclique vérifié machine B1)
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Corps $\iff$ irréductible

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que Fp[X]/(m)\mathbb{F}_p[X]/(m) est un corps si et seulement si mm est irréductible sur Fp\mathbb{F}_p.

Indices (3)

Sens réciproque : si m=abm=ab non trivial, exhiber des diviseurs de zéro.

Sens direct : si mm irréductible et a≢0a\not\equiv 0, alors gcd⁡(a,m)=1\gcd(a,m)=1.

Utiliser Bézout pour l'inverse.

Correction détaillée
Le critère, et pourquoi il fonde tout
Fp[X]/(m) est un corps  ⟺  m est irreˊductible\boxed{\mathbb{F}_p[X]/(m)\ \text{est un corps}\iff m\ \text{est irr\'eductible}}

C'est la recette de fabrication des corps finis : pour construire GF(pn)\mathrm{GF}(p^n), il suffit de trouver un irréductible de degré nn sur Fp\mathbb{F}_p (exercice E4).

L'analogie à garder : c'est l'exact parallèle de « Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} est un corps si et seulement si nn est premier ». Irréductible est à Fp[X]\mathbb{F}_p[X] ce que premier est à Z\mathbb{Z} — les deux anneaux sont euclidiens, donc principaux, et les mêmes théorèmes s'y appliquent.

Étape 1 — Si $m$ est réductible, ce n'est pas un corps

Supposons m=abm=ab avec 1≤deg⁡a,deg⁡b<deg⁡m1\leq\deg a,\deg b<\deg m.

Dans le quotient, aˉbˉ=mˉ=0\bar a\bar b=\bar m=0, alors que aˉ≠0\bar a\neq 0 et bˉ≠0\bar b\neq 0 — car m∤am\nmid a et m∤bm\nmid b, leurs degrés étant strictement plus petits.

aˉbˉ=0 avec aˉ,bˉ≠0\bar a\bar b=0\ \text{avec}\ \bar a,\bar b\neq 0

L'anneau a donc des diviseurs de zéro : il n'est pas intègre, donc pas un corps.

⚠️ Il faut aussi écarter deg⁡m=0\deg m=0 (le quotient est nul) et mm constante non nulle. On suppose donc deg⁡m≥1\deg m\geq 1.

Étape 2 — Si $m$ est irréductible, c'est un corps

Soit aˉ≠0\bar a\neq 0, c'est-à-dire m∤am\nmid a.

Comme mm est irréductible, ses seuls diviseurs sont les constantes et ses associés. Le pgcd gcd⁡(a,m)\gcd(a,m) divise mm, donc vaut 11 ou mm (à une constante près). Or il ne peut pas valoir mm, puisque m∤am\nmid a. Donc

gcd⁡(a,m)=1\gcd(a,m)=1

Bézout dans Fp[X]\mathbb{F}_p[X] — qui est euclidien, donc principal — fournit u,vu,v avec

au+mv=1au+mv=1

En passant au quotient, mvmv disparaît :

aˉuˉ=1ˉ\bar a\bar u=\bar 1

aˉ\bar a est donc inversible, d'inverse uˉ\bar u. Tout élément non nul étant inversible, l'anneau est un corps.

Fp[X]/(m) est un corps de cardinal pdeg⁡m\boxed{\mathbb{F}_p[X]/(m)\ \text{est un corps de cardinal }p^{\deg m}}

(les éléments sont les restes de degré <deg⁡m<\deg m, il y en a pdeg⁡mp^{\deg m}.)

La méthode pratique : calculer un inverse

La preuve est constructive : l'algorithme d'Euclide étendu donne l'inverse.

Exemple sur GF(8)=F2[X]/(X3+X+1)\mathrm{GF}(8)=\mathbb{F}_2[X]/(X^3+X+1) : inversons α=X\alpha=X.

Divisons X3+X+1X^3+X+1 par XX :

X3+X+1=X⋅(X2+1)+1X^3+X+1=X\cdot(X^2+1)+1

Le reste vaut 11, donc en réarrangeant :

1=(X3+X+1)−X(X2+1)1=(X^3+X+1)-X(X^2+1)

et modulo X3+X+1X^3+X+1, le premier terme s'annule :

1≡−X(X2+1)≡X(X2+1)(modX3+X+1)1\equiv -X(X^2+1)\equiv X(X^2+1)\pmod{X^3+X+1}

(caractéristique 22.) Donc

α−1=α2+1\boxed{\alpha^{-1}=\alpha^2+1}

Vérification : α(α2+1)=α3+α=(α+1)+α=1\alpha(\alpha^2+1)=\alpha^3+\alpha=(\alpha+1)+\alpha=1 ✓ — en utilisant α3=α+1\alpha^3=\alpha+1.

Contrôle par la table (exercice B2) : α2+1=α6\alpha^2+1=\alpha^6, et α⋅α6=α7=1\alpha\cdot\alpha^6=\alpha^7=1 ✓.

Le parallèle avec les entiers, en une table
ZFp[X]nombre premierpolynoˆme irreˊductibleZ/nZ corps  ⟺  n premierFp[X]/(m) corps  ⟺  m irreˊductibledivision euclidiennedivision euclidienneBeˊzoutBeˊzoutEuclide eˊtenduEuclide eˊtendu\begin{array}{ll} \mathbb{Z} & \mathbb{F}_p[X]\\\hline \text{nombre premier} & \text{polyn\^ome irr\'eductible}\\ \mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\ \text{corps}\iff n\ \text{premier} & \mathbb{F}_p[X]/(m)\ \text{corps}\iff m\ \text{irr\'eductible}\\ \text{division euclidienne} & \text{division euclidienne}\\ \text{B\'ezout} & \text{B\'ezout}\\ \text{Euclide \'etendu} & \text{Euclide \'etendu} \end{array}

Les deux anneaux sont euclidiens, donc principaux, donc factoriels — et tous les théorèmes arithmétiques s'y transposent mot pour mot.

👉 La seule différence pratique est la notion de « taille » : la valeur absolue d'un côté, le degré de l'autre. C'est ce degré qui borne la division euclidienne et rend l'algorithme d'Euclide fini.

⚠️ Une différence structurelle importante : Z\mathbb{Z} n'a qu'un premier de chaque valeur, tandis que Fp[X]\mathbb{F}_p[X] a plusieurs irréductibles de chaque degré (exercice D4 : N2(3)=2N_2(3)=2). Deux choix différents donnent deux présentations du même corps — isomorphes, mais pas identiques (exercice E5).

Réponse. Fp[X]/(m)\mathbb{F}_p[X]/(m) corps   ⟺  m\iff m irréductible. (Vérifié machine : F_2[X]/(X²) a des diviseurs de zéro — E5 ; recoupe Polynômes (K[X]/(P) corps   ⟺  \iff P irréductible))
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Tester l'irréductibilité

CalculDifficulté 3/5

Déterminer si X2+X+1X^2+X+1, X2+1X^2+1 (sur F2\mathbb{F}_2 puis F3\mathbb{F}_3), X2+2X^2+2 (sur F5\mathbb{F}_5) sont irréductibles.

Indices (3)

Un polynôme de degré 22 ou 33 est irréductible   ⟺  \iff il n'a pas de racine.

Évaluer le polynôme en chaque élément du corps de base.

Une racine ⇒\Rightarrow un facteur de degré 11.

Correction détaillée
Le critère pour les petits degrés

Pour un polynôme de degré 22 ou 33 :

irreˊductible  ⟺  aucune racine dans Fp\boxed{\text{irr\'eductible}\iff \text{aucune racine dans }\mathbb{F}_p}

Pourquoi : une factorisation non triviale d'un polynôme de degré 22 ou 33 comporte nécessairement un facteur de degré 11, c'est-à-dire une racine.

⚠️ Le critère TOMBE dès le degré 44 : X4+X2+1=(X2+X+1)2X^4+X^2+1=(X^2+X+1)^2 sur F2\mathbb{F}_2 n'a aucune racine (P(0)=P(1)=1P(0)=P(1)=1) et n'est pourtant pas irréductible. Il faut alors tester aussi la divisibilité par les irréductibles de degré 22.

(a) $X^2+X+1$ sur $\mathbb{F}_2$
P(0)=0+0+1=1≠0P(0)=0+0+1=1\neq 0
P(1)=1+1+1=3≡1≠0(mod2)P(1)=1+1+1=3\equiv 1\neq 0\pmod 2

Aucune racine, degré 22 :

X2+X+1 est IRREˊDUCTIBLE sur F2\boxed{X^2+X+1\ \text{est IRR\'EDUCTIBLE sur }\mathbb{F}_2}

C'est même le seul irréductible de degré 22 sur F2\mathbb{F}_2 : il y en a N2(2)=1N_2(2)=1 (exercice D4). Il sert donc à construire GF(4)\mathrm{GF}(4), et il n'y a pas d'autre choix possible (exercice A4).

(b) $X^2+1$ sur $\mathbb{F}_2$ puis sur $\mathbb{F}_3$

Sur F2\mathbb{F}_2 :

P(1)=1+1=2≡0(mod2)P(1)=1+1=2\equiv 0\pmod 2

11 est racine, donc X+1X+1 divise PP :

X2+1=(X+1)2 sur F2 : REˊDUCTIBLE\boxed{X^2+1=(X+1)^2\ \text{sur }\mathbb{F}_2\ :\ R\'EDUCTIBLE}

Vérification : (X+1)2=X2+2X+1=X2+1(X+1)^2=X^2+2X+1=X^2+1 ✓ — le terme croisé disparaît, c'est le rêve du débutant (exercice A6).

Sur F3\mathbb{F}_3 :

P(0)=1,P(1)=2,P(2)=4+1=5≡2(mod3)P(0)=1,\qquad P(1)=2,\qquad P(2)=4+1=5\equiv 2\pmod 3

Aucune racine :

X2+1 est IRREˊDUCTIBLE sur F3\boxed{X^2+1\ \text{est IRR\'EDUCTIBLE sur }\mathbb{F}_3}

⚠️ Le même polynôme change de nature selon le corps. Réductible sur F2\mathbb{F}_2, irréductible sur F3\mathbb{F}_3, et bien sûr réductible sur C\mathbb{C}. « Irréductible » n'a de sens que relativement à un corps.

C'est ce polynôme qui sert à construire GF(9)\mathrm{GF}(9) (exercice E6).

(c) $X^2+2$ sur $\mathbb{F}_5$

Testons les cinq éléments :

P(0)=2P(1)=1+2=3P(2)=4+2=6≡1P(3)=9+2=11≡1P(4)=16+2=18≡3\begin{array}{lll} P(0)=2 & P(1)=1+2=3 & P(2)=4+2=6\equiv 1\\ P(3)=9+2=11\equiv 1 & P(4)=16+2=18\equiv 3 & \end{array}

Aucune racine :

X2+2 est IRREˊDUCTIBLE sur F5\boxed{X^2+2\ \text{est IRR\'EDUCTIBLE sur }\mathbb{F}_5}

Lecture par les carrés (exercice B5), plus rapide : X2+2=0X^2+2=0 demande x2=−2=3x^2=-2=3. Or les carrés non nuls de F5\mathbb{F}_5 sont {1,4}\{1,4\}, et 33 n'y est pas. Pas de racine.

Ce polynôme permet de construire GF(25)\mathrm{GF}(25).

Ce qu'il faut faire au-delà du degré 3
deg⁡Pmeˊthode2, 3chercher une racinesuffisant4, 5racines ET division par les irr. de degreˊ 2ndivision par tous les irr. de degreˊ≤n/2ou gcd⁡(P,Xpd−X)\begin{array}{lll} \deg P & \text{m\'ethode} & \\\hline 2,\ 3 & \text{chercher une racine} & \text{suffisant}\\ 4,\ 5 & \text{racines ET division par les irr. de degr\'e }2 & \\ n & \text{division par tous les irr. de degr\'e}\leq n/2 & \text{ou }\gcd(P,X^{p^d}-X) \end{array}

Le critère efficace en général : PP de degré nn est irréductible sur Fp\mathbb{F}_p si et seulement si

P∣Xpn−Xetgcd⁡(P, Xpn/ℓ−X)=1P\mid X^{p^n}-X\qquad\text{et}\qquad \gcd\big(P,\ X^{p^{n/\ell}}-X\big)=1

pour tout facteur premier ℓ\ell de nn. C'est l'exercice D3 retourné en algorithme, et c'est ainsi que les logiciels de calcul procèdent.

Exemple d'application : sur F2\mathbb{F}_2, X4+X+1X^4+X+1 est irréductible. Il n'a pas de racine (P(0)=P(1)=1P(0)=P(1)=1), et il n'est pas divisible par le seul irréductible de degré 22, X2+X+1X^2+X+1 — car (X2+X+1)2=X4+X2+1≠X4+X+1(X^2+X+1)^2=X^4+X^2+1\neq X^4+X+1. C'est l'un des trois irréductibles de degré 44 (exercice D5).

Réponse. X2+X+1X^2+X+1 irréd./F2\mathbb{F}_2 ; X2+1X^2+1 réd./F2\mathbb{F}_2 mais irréd./F3\mathbb{F}_3 ; X2+2X^2+2 irréd./F5\mathbb{F}_5. (Vérifié machine : E1 ✓)
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Arithmétique dans GF(8)

CalculDifficulté 3/5

Dans GF(8)=F2[X]/(X3+X+1)\mathrm{GF}(8)=\mathbb{F}_2[X]/(X^3+X+1) (avec α3=α+1\alpha^3=\alpha+1), calculer α−1\alpha^{-1} et (α2+1)(α+1)(\alpha^2+1)(\alpha+1).

Indices (3)

α−1=αq−2=α6\alpha^{-1}=\alpha^{q-2}=\alpha^6 (ou via Bézout).

Utiliser la table des logarithmes (cf. B2).

Réduire les produits modulo α3=α+1\alpha^3=\alpha+1.

Correction détaillée
Ce qu'on calcule, et les deux méthodes

Dans GF(8)=F2[X]/(X3+X+1)\mathrm{GF}(8)=\mathbb{F}_2[X]/(X^3+X+1), avec α3=α+1\alpha^3=\alpha+1 :

  1. α−1\alpha^{-1} ;
  2. (α2+1)(α+1)(\alpha^2+1)(\alpha+1).

Deux voies, à connaître toutes les deux :

  • le calcul direct, en réduisant par α3=α+1\alpha^3=\alpha+1 ;
  • la table des logarithmes (exercice B2), qui transforme le produit en addition d'exposants.

La seconde est plus rapide ; la première ne demande rien à mémoriser. On fera les deux, chacune servant de contrôle à l'autre.

Étape 1 — L'inverse, par calcul direct

On cherche β\beta avec αβ=1\alpha\beta=1. Essayons β=aα2+bα+c\beta=a\alpha^2+b\alpha+c :

αβ=aα3+bα2+cα=a(α+1)+bα2+cα=bα2+(a+c)α+a\alpha\beta=a\alpha^3+b\alpha^2+c\alpha=a(\alpha+1)+b\alpha^2+c\alpha=b\alpha^2+(a+c)\alpha+a

Pour que cela vaille 11, il faut

b=0,a+c=0,a=1b=0,\qquad a+c=0,\qquad a=1

d'où a=1a=1, c=1c=1, b=0b=0 :

α−1=α2+1\boxed{\alpha^{-1}=\alpha^2+1}

Vérification : α(α2+1)=α3+α=(α+1)+α=1\alpha(\alpha^2+1)=\alpha^3+\alpha=(\alpha+1)+\alpha=1 ✓ (les deux α\alpha s'annulent en caractéristique 22).

Étape 2 — L'inverse, par la table

La table de l'exercice B2 donne α2+1=α6\alpha^2+1=\alpha^6. Comme α\alpha est d'ordre 77 :

α−1=α7−1=α6=α2+1 ✓\alpha^{-1}=\alpha^{7-1}=\alpha^{6}=\alpha^2+1\ \checkmark

Une ligne au lieu d'un système. C'est tout l'intérêt de la représentation exponentielle : l'inverse de αk\alpha^k est αq−1−k\alpha^{q-1-k}, sans le moindre calcul.

Troisième voie, par Euclide étendu (exercice E1) : X3+X+1=X(X2+1)+1X^3+X+1=X(X^2+1)+1, donc 1≡X(X2+1)1\equiv X(X^2+1), donc α−1=α2+1\alpha^{-1}=\alpha^2+1 ✓. Trois méthodes, même résultat.

Étape 3 — Le produit $(\alpha^2+1)(\alpha+1)$

Par calcul direct, on développe puis on réduit :

(α2+1)(α+1)=α3+α2+α+1(\alpha^2+1)(\alpha+1)=\alpha^3+\alpha^2+\alpha+1

Remplaçons α3\alpha^3 par α+1\alpha+1 :

=(α+1)+α2+α+1=α2+2α⏟=0+2⏟=0=α2=(\alpha+1)+\alpha^2+\alpha+1=\alpha^2+\underbrace{2\alpha}_{=0}+\underbrace{2}_{=0}=\alpha^2
(α2+1)(α+1)=α2\boxed{(\alpha^2+1)(\alpha+1)=\alpha^2}

Par la table : α2+1=α6\alpha^2+1=\alpha^6 et α+1=α3\alpha+1=\alpha^3, donc

α6⋅α3=α9=α9−7=α2 ✓\alpha^6\cdot\alpha^3=\alpha^{9}=\alpha^{9-7}=\alpha^{2}\ \checkmark

Les deux méthodes concordent — et la seconde tient en une addition 6+3=9≡26+3=9\equiv 2.

La méthode à retenir, et son usage industriel
opeˊrationforme polynomialeforme exponentielleadditionfacile (XOR bit aˋ bit)difficilemultiplicationlourde (reˊduction)facile(i+j mod q−1)inverseEuclide eˊtenduimmeˊdiat(q−1−k)\begin{array}{lll} \text{op\'eration} & \text{forme polynomiale} & \text{forme exponentielle}\\\hline \text{addition} & \textbf{facile} \text{ (XOR bit \`a bit)} & \text{difficile}\\ \text{multiplication} & \text{lourde (r\'eduction)} & \textbf{facile} (i+j\bmod q{-}1)\\ \text{inverse} & \text{Euclide \'etendu} & \textbf{imm\'ediat} (q{-}1{-}k) \end{array}

👉 Aucune des deux représentations n'est bonne pour tout : l'addition est triviale en polynomial et pénible en exponentiel, la multiplication l'inverse.

La solution industrielle est de garder les deux tables — log⁡\log et exp⁡\exp — et de passer de l'une à l'autre selon l'opération. Pour GF(256)\mathrm{GF}(256), cela fait deux tableaux de 256256 octets, soit un demi-kilooctet, et toute l'arithmétique du corps devient une suite de lectures de table.

C'est exactement ce que font les implantations d'AES et de Reed-Solomon (exercice D6).

Réponse. α−1=α2+1 (=α6)\alpha^{-1}=\alpha^2+1\,(=\alpha^6) ; (α2+1)(α+1)=α2(\alpha^2+1)(\alpha+1)=\alpha^2. (Vérifié machine : X−1=X6X^{-1}=X^6 dans GF(8) — E4 ✓)
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Existence de GF(p^n)

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer qu'il existe un corps à pnp^n éléments, pour tout premier pp et tout n≥1n\geq 1.

Indices (3)

Considérer un corps de décomposition de Xq−XX^q-X (q=pnq=p^n) sur Fp\mathbb{F}_p (existence admise).

Vérifier que Xq−XX^q-X est séparable (sa dérivée vaut −1-1 en caractéristique pp).

Montrer que l'ensemble de ses racines est un sous-corps à qq éléments.

Correction détaillée
Ce qu'on veut construire
pour tout premier p et tout n≥1, il existe un corps aˋ pn eˊleˊments\boxed{\text{pour tout premier }p\ \text{et tout }n\geq 1,\ \text{il existe un corps \`a }p^n\ \text{\'el\'ements}}

C'est la réciproque de l'exercice A2, qui disait seulement que si un corps fini existe, son cardinal est une puissance de premier.

Deux voies, complémentaires :

  • par un irréductible : Fp[X]/(m)\mathbb{F}_p[X]/(m) avec deg⁡m=n\deg m=n. Constructive et immédiate à mettre en œuvre — mais il faut prouver qu'un tel mm existe ;
  • par le corps de décomposition de Xpn−XX^{p^n}-X. Abstraite mais complète, sans hypothèse préalable.

On présente la seconde, puis on montre que la première en découle.

Étape 1 — Le corps de décomposition

Soit LL un corps de décomposition de P=Xq−XP=X^{q}-X sur Fp\mathbb{F}_p, où q=pnq=p^n — c'est-à-dire le plus petit corps où PP est scindé. Son existence est un théorème général d'algèbre, valable sur tout corps.

Posons

K={x∈L : xq=x}K=\{x\in L\ :\ x^{q}=x\}

l'ensemble des racines de PP dans LL. On va montrer que KK est un corps à qq éléments.

Étape 2 — $K$ est un sous-corps

Il faut vérifier la stabilité par les quatre opérations. L'ingrédient est le Frobenius (exercice A6) : x↦xqx\mapsto x^q est un morphisme, puisque qq est une puissance de pp.

Addition : si xq=xx^q=x et yq=yy^q=y, alors

(x+y)q=xq+yq=x+y(x+y)^q=x^q+y^q=x+y

C'est ici que le rêve du débutant est indispensable — sur Q\mathbb{Q} cette étape échouerait, et l'ensemble des racines ne serait pas stable.

Multiplication : (xy)q=xqyq=xy(xy)^q=x^qy^q=xy ✓

Opposé : (−x)q=(−1)qxq(-x)^q=(-1)^qx^q. Si pp est impair, qq l'est aussi et (−1)q=−1(-1)^q=-1 ✓ ; si p=2p=2, alors −x=x-x=x ✓.

Inverse : pour x≠0x\neq 0, (x−1)q=(xq)−1=x−1(x^{-1})^q=(x^q)^{-1}=x^{-1} ✓

Et 0,1∈K0,1\in K : 0q=00^q=0 et 1q=11^q=1 ✓

K est un sous-corps de LK\ \text{est un sous-corps de }L
Étape 3 — $K$ a exactement $q$ éléments

KK est l'ensemble des racines de P=Xq−XP=X^q-X, polynôme de degré qq. Il en a donc au plus qq. Reste à montrer qu'elles sont toutes simples — sinon il y en aurait moins.

Dérivons :

P′=qXq−1−1=p n⏟=0 dans FpXq−1−1=−1P'=qX^{q-1}-1=\underbrace{p^{\,n}}_{=0\ \text{dans }\mathbb{F}_p}X^{q-1}-1=-1
gcd⁡(P,P′)=gcd⁡(P,−1)=1\gcd(P,P')=\gcd(P,-1)=1

Un polynôme premier avec sa dérivée n'a que des racines simples. Comme PP est scindé dans LL (par définition du corps de décomposition), il y a exactement qq racines distinctes :

∣K∣=q=pn\boxed{\lvert K\rvert=q=p^n}

👉 Le calcul de P′=−1P'=-1 est le cœur de la preuve. En caractéristique 00, la dérivée serait qXq−1−1qX^{q-1}-1, non constante : il faudrait examiner ses racines pour conclure ; c'est l'annulation de qq en caractéristique pp qui rend la séparabilité immédiate.

La voie constructive, et le lien

Corollaire : il existe un irréductible de degré nn sur Fp\mathbb{F}_p.

En effet, Fq×\mathbb{F}_q^\times est cyclique (exercice B1), engendré par un gg. Alors Fq=Fp(g)\mathbb{F}_q=\mathbb{F}_p(g), et le polynôme minimal de gg sur Fp\mathbb{F}_p est irréductible de degré

[Fq:Fp]=n[\mathbb{F}_q:\mathbb{F}_p]=n

On peut donc aussi écrire Fq=Fp[X]/(m)\mathbb{F}_q=\mathbb{F}_p[X]/(m) — c'est la voie constructive, et l'exercice D4 compte même ces irréductibles :

Np(n)=1n∑d∣nμ(d) pn/d > 0N_p(n)=\frac1n\sum_{d\mid n}\mu(d)\,p^{n/d}\ >\ 0

Exemple pour p=2p=2, n=3n=3 : N2(3)=2N_2(3)=2, à savoir X3+X+1X^3+X+1 et X3+X2+1X^3+X^2+1. Deux présentations différentes de GF(8)\mathrm{GF}(8) — isomorphes par l'exercice E5.

existenceci-dessus (E4)uniciteˊexercice E5\begin{array}{ll} \text{existence} & \text{ci-dessus (E4)}\\ \text{unicit\'e} & \text{exercice E5} \end{array}

Les deux ensemble justifient la notation Fq\mathbb{F}_q : il y a un corps à qq éléments, et il n'y en a qu'un.

Réponse. Il existe un corps à pnp^n éléments (les racines de Xq−XX^q-X dans son corps de décomposition). (La formule Np(n)>0N_p(n)>0 de D4 confirme a posteriori qu'un irréductible de degré nn existe ; recoupe Polynômes.)
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Unicité de GF(p^n)

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que deux corps à q=pnq=p^n éléments sont isomorphes. (On admettra l'unicité du corps de décomposition.)

Indices (3)

Montrer que tout corps à qq éléments est corps de décomposition de Xq−XX^q-X sur Fp\mathbb{F}_p.

Utiliser que tout élément vérifie xq=xx^q=x (lot A).

Invoquer l'unicité du corps de décomposition.

Correction détaillée
L'énoncé, et ce qu'il autorise
deux corps aˋ q=pn eˊleˊments sont ISOMORPHES\boxed{\text{deux corps \`a } q=p^n \text{ \'el\'ements sont ISOMORPHES}}

C'est ce théorème qui donne son sens à la notation Fq\mathbb{F}_q, et qui permet de dire « le corps à qq éléments ».

L'idée : montrer que tout corps à qq éléments est un corps de décomposition de Xq−XX^q-X sur Fp\mathbb{F}_p, puis invoquer l'unicité admise du corps de décomposition.

Autrement dit, on ramène une question sur les corps à une question sur un polynôme fixé, qui ne dépend que de qq et pp.

Étape 1 — Même caractéristique, même sous-corps premier

Soient KK et K′K' deux corps à q=pnq=p^n éléments.

Leur caractéristique est nécessairement pp : par l'exercice A2, ∣K∣=(car K)m\lvert K\rvert=(\mathrm{car}\,K)^{m} pour un certain mm, et l'écriture d'un entier comme puissance d'un premier est unique. Donc car K=p\mathrm{car}\,K=p et m=nm=n.

Par l'exercice A3, tous deux contiennent Fp\mathbb{F}_p — le même, à isomorphisme canonique près. On peut donc les voir comme des extensions de Fp\mathbb{F}_p, et chercher un isomorphisme qui fixe Fp\mathbb{F}_p.

Étape 2 — Tous deux sont corps de décomposition de $X^q-X$

Par l'exercice A5, tout élément de KK vérifie xq=xx^q=x. Donc les qq éléments de KK sont des racines de P=Xq−XP=X^q-X, polynôme de degré qq.

PP a donc au moins qq racines dans KK, et au plus qq (son degré) : il est scindé à racines simples dans KK, et

P=∏a∈K(X−a)P=\prod_{a\in K}(X-a)

KK est engendré par ces racines — puisqu'il est l'ensemble de ces racines. C'est donc un corps de décomposition de PP sur Fp\mathbb{F}_p : il est minimal parmi les corps où PP est scindé, car aucun sous-corps strict ne peut contenir les qq racines.

Le même raisonnement vaut pour K′K'.

Étape 3 — Conclure

Le corps de décomposition d'un polynôme sur un corps donné est unique à isomorphisme près — théorème admis, valable sur tout corps.

KK et K′K' étant tous deux corps de décomposition du même polynôme Xq−XX^q-X sur le même corps Fp\mathbb{F}_p :

K≃K′\boxed{K\simeq K'}

et l'isomorphisme fixe Fp\mathbb{F}_p point par point.

Ce que le théorème NE dit pas : que l'isomorphisme soit unique. Il y en a exactement nn — ce sont les puissances du Frobenius, et c'est l'exercice C6.

L'exemple qui rend le théorème concret

Sur F2\mathbb{F}_2, il y a deux irréductibles de degré 33 (exercice D4, N2(3)=2N_2(3)=2) :

X3+X+1etX3+X2+1X^3+X+1\qquad\text{et}\qquad X^3+X^2+1

Ils donnent deux constructions de GF(8)\mathrm{GF}(8) :

K=F2[X]/(X3+X+1),K′=F2[Y]/(Y3+Y2+1)K=\mathbb{F}_2[X]/(X^3+X+1),\qquad K'=\mathbb{F}_2[Y]/(Y^3+Y^2+1)

Ce sont des corps différents comme ensembles — leurs éléments sont des classes de polynômes en XX d'un côté, en YY de l'autre — et pourtant isomorphes.

L'isomorphisme explicite. Il faut envoyer α=Xˉ\alpha=\bar X sur une racine de X3+X+1X^3+X+1 dans K′K'. Posons β=Yˉ\beta=\bar Y, de sorte que β3=β2+1\beta^3=\beta^2+1. On vérifie que β3\beta^3 convient :

l’eˊleˊment β3 est racine de X3+X+1 dans K′\text{l'\'el\'ement }\beta^{3}\ \text{est racine de } X^3+X+1\ \text{dans }K'

et l'application α↦β3\alpha\mapsto\beta^3 s'étend en un isomorphisme de corps.

👉 La morale pratique : le choix de l'irréductible est une convention de codage, pas un choix mathématique. Les normes le fixent pour l'interopérabilité — AES emploie X8+X4+X3+X+1X^8+X^4+X^3+X+1 pour GF(256)\mathrm{GF}(256), Reed-Solomon parfois un autre. Deux implantations aux polynômes différents calculent dans le même corps mais ne s'entendent pas sur les octets : il faut convenir du polynôme, pas seulement du cardinal.

Réponse. Deux corps à qq éléments sont isomorphes (== corps de décomposition de Xq−XX^q-X). (Vérifié machine : Xq−X=∏(X−a)X^q-X=\prod(X-a) — C6 ✓)
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Construire GF(9)

CalculDifficulté 3/5

Construire GF(9)=F3[X]/(X2+1)\mathrm{GF}(9)=\mathbb{F}_3[X]/(X^2+1). En notant i=Xi=X (donc i2=−1=2i^2=-1=2), calculer (1+i)(2+i)(1+i)(2+i) et i4i^4.

Indices (3)

X2+1X^2+1 est irréductible sur F3\mathbb{F}_3 (E2).

Les 99 éléments sont a+bia+bi, a,b∈F3a,b\in\mathbb{F}_3.

Réduire avec i2=2i^2=2 et les coefficients modulo 33.

Correction détaillée
La construction, et l'analogie avec $\mathbb{C}$

GF(9)=F3[X]/(X2+1)\mathrm{GF}(9)=\mathbb{F}_3[X]/(X^2+1), licite car X2+1X^2+1 est irréductible sur F3\mathbb{F}_3 (exercice E2 : P(0)=1P(0)=1, P(1)=2P(1)=2, P(2)=2P(2)=2, aucune racine).

En notant i=Xˉi=\bar X, on a i2=−1=2i^2=-1=2 dans F3\mathbb{F}_3. Les neuf éléments sont

GF(9)={a+bi : a,b∈{0,1,2}}\mathrm{GF}(9)=\{a+bi\ :\ a,b\in\{0,1,2\}\}

L'analogie avec C=R[X]/(X2+1)\mathbb{C}=\mathbb{R}[X]/(X^2+1) est exacte : même construction, même règle i2=−1i^2=-1. Seul le corps de base change.

⚠️ Mais elle ne se prolonge pas partout : sur F2\mathbb{F}_2, X2+1=(X+1)2X^2+1=(X+1)^2 (exercice E2), donc cette construction échoue en caractéristique 22. Il faut alors X2+X+1X^2+X+1 (exercice A4).

Étape 1 — $(1+i)(2+i)$

Développons comme dans C\mathbb{C}, puis réduisons modulo 33 :

(1+i)(2+i)=2+i+2i+i2=2+3i+i2(1+i)(2+i)=2+i+2i+i^2=2+3i+i^2

Deux réductions à faire :

  • 3i=03i=0 modulo 3 ;
  • i2=−1=2i^2=-1=2.
(1+i)(2+i)=2+0+(−1)=1(1+i)(2+i)=2+0+(-1)=1
(1+i)(2+i)=1\boxed{(1+i)(2+i)=1}

Conséquence remarquable : 1+i1+i et 2+i2+i sont inverses l'un de l'autre ! (1+i)−1=2+i(1+i)^{-1}=2+i.

Contrôle : recalculons autrement. 2+i=−1+i=−(1−i)2+i=-1+i=-(1-i), et (1+i)(1−i)=1−i2=1−(−1)=2(1+i)(1-i)=1-i^2=1-(-1)=2. Donc (1+i)(2+i)=−(1+i)(1−i)=−2=1(1+i)(2+i)=-(1+i)(1-i)=-2=1 modulo 33 ✓.

Étape 2 — $i^4$
i2=−1=2i^2=-1=2
i4=(i2)2=(−1)2=1i^4=(i^2)^2=(-1)^2=1
i4=1\boxed{i^4=1}

ii est donc d'ordre 44 dans GF(9)×\mathrm{GF}(9)^\times, groupe à 88 éléments.

⚠️ ii n'est donc PAS primitif : il faudrait l'ordre 88. Le sous-groupe qu'il engendre est {1,i,−1,−i}={1,i,2,2i}\{1,i,-1,-i\}=\{1,i,2,2i\}, d'ordre 44 — c'est un sous-groupe strict.

Contrôle par Lagrange : 4∣84\mid 8 ✓.

Étape 3 — Trouver un élément primitif

Cherchons un générateur de GF(9)×\mathrm{GF}(9)^\times, d'ordre 88. Essayons g=1+ig=1+i.

g2=(1+i)2=1+2i+i2=1+2i−1=2ig^2=(1+i)^2=1+2i+i^2=1+2i-1=2i
g4=(2i)2=4i2=4×(−1)=−4=−1=2(mod3)g^4=(2i)^2=4i^2=4\times(-1)=-4=-1=2\pmod 3
g8=(g4)2=(−1)2=1g^8=(g^4)^2=(-1)^2=1

L'ordre divise 88 et ne vaut ni 11, ni 22 (g2=2i≠1g^2=2i\neq 1), ni 44 (g4=−1≠1g^4=-1\neq 1). Donc il vaut 88 :

1+i est primitif\boxed{1+i\ \text{est primitif}}

Le test rapide (exercice B3) : q−1=8=23q-1=8=2^3, dont le seul facteur premier est 22. Il suffit donc de vérifier g8/2=g4≠1g^{8/2}=g^4\neq 1 — et l'on a bien g4=−1≠1g^4=-1\neq 1 ✓. Une seule exponentiation.

Nombre d'éléments primitifs : φ(8)=4\varphi(8)=4.

La table des puissances, et ce qu'elle montre
g01g11+ig22ig3g⋅g2=(1+i)(2i)=2i+2i2=2i−2=2i+1g42g52+2ig6ig72+i\begin{array}{cl} g^0 & 1\\ g^1 & 1+i\\ g^2 & 2i\\ g^3 & g\cdot g^2=(1+i)(2i)=2i+2i^2=2i-2=2i+1\\ g^4 & 2\\ g^5 & 2+2i\\ g^6 & i\\ g^7 & 2+i \end{array}

Détail de g3g^3 : 2i2=2×(−1)=−2=12i^2=2\times(-1)=-2=1 modulo 33, d'où 2i+12i+1.

Contrôles : les huit valeurs sont distinctes et couvrent les huit éléments non nuls ✓ · g4=2=−1g^4=2=-1 ✓ · g6=ig^6=i, cohérent avec ii d'ordre 44 puisque gcd⁡(6,8)=2\gcd(6,8)=2 donne l'ordre 8/2=48/2=4 ✓ · g7=(g1)−1=2+ig^7=(g^1)^{-1}=2+i, ce qui redonne (1+i)−1=2+i(1+i)^{-1}=2+i de l'étape 1 ✓.

👉 Le contrôle croisé le plus parlant : l'étape 1 a trouvé (1+i)(2+i)=1(1+i)(2+i)=1 par un calcul direct, et la table le retrouve par les exposants (1+7=8≡01+7=8\equiv 0). Deux chemins indépendants, même résultat.

Réponse. GF(9)={a+bi}\mathrm{GF}(9)=\{a+bi\}, i2=2i^2=2 ; (1+i)(2+i)=1(1+i)(2+i)=1, i4=1i^4=1. (Vérifié machine : GF(9)=F_3[X]/(X²+1) est un corps — A1 ✓)
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S'entraîner davantage sur corps finis

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