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Exercices corrigés — Théorie de Galois

Algèbre · 18 exercices-types du palier socle

L2L3Maths ingénieur

Chaque exercice donne l'énoncé, des indices progressifs et la correction rédigée étape par étape. Ouvre les blocs seulement après avoir cherché.

Revoir le cours : Théorie de Galois Définitions, méthodes et exemples corrigés du chapitre.

Extension de corps et degré

CalculDifficulté 3/5

Donner [Q(2):Q][\mathbb{Q}(\sqrt2):\mathbb{Q}], [Q(23):Q][\mathbb{Q}(\sqrt[3]2):\mathbb{Q}] et [Q(i):Q][\mathbb{Q}(i):\mathbb{Q}], avec le polynôme minimal de chaque générateur.

Indices (3)

[K(α):K]=deg⁡μα[K(\alpha):K]=\deg\mu_\alpha où μα\mu_\alpha est le polynôme minimal.

μα\mu_\alpha est unitaire, irréductible, et α\alpha en est racine.

X2−2X^2-2, X3−2X^3-2, X2+1X^2+1 sont irréductibles sur Q\mathbb{Q}.

Correction détaillée
Ce qu'est le degré d'une extension

Si K⊂LK\subset L sont deux corps, LL est un KK-espace vectoriel (mêmes opérations, les scalaires étant pris dans KK). Le degré est sa dimension :

[L:K]=dim⁡KL[L:K]=\dim_K L

Le lien avec les polynômes : si L=K(α)L=K(\alpha) avec α\alpha algébrique, alors

[K(α):K]=deg⁡μα\boxed{[K(\alpha):K]=\deg\mu_\alpha}

où μα\mu_\alpha est le polynôme minimal (exercice A3). Une base est (1,α,…,αd−1)(1,\alpha,\dots,\alpha^{d-1}) avec d=deg⁡μαd=\deg\mu_\alpha.

Calculer un degré revient donc à trouver un polynôme minimal — et à prouver qu'il est irréductible, ce qui est la seule vraie difficulté.

$\mathbb{Q}(\sqrt2)$

2\sqrt2 annule X2−2X^2-2.

Irréductible sur Q\mathbb{Q} : un polynôme de degré 22 est réductible si et seulement s'il a une racine rationnelle. Or 2∉Q\sqrt2\notin\mathbb{Q} — c'est le théorème classique d'irrationalité. (Alternativement : critère d'Eisenstein en p=2p=2.)

μ2=X2−2,[Q(2):Q]=2\boxed{\mu_{\sqrt2}=X^2-2,\qquad [\mathbb{Q}(\sqrt2):\mathbb{Q}]=2}

Une base : (1,2)(1,\sqrt2). Tout élément s'écrit a+b2a+b\sqrt2 de façon unique, et le produit se calcule en réduisant par (2)2=2(\sqrt2)^2=2 :

(a+b2)(c+d2)=(ac+2bd)+(ad+bc)2(a+b\sqrt2)(c+d\sqrt2)=(ac+2bd)+(ad+bc)\sqrt2
$\mathbb{Q}(\sqrt[3]2)$

23\sqrt[3]2 annule X3−2X^3-2.

Irréductible par le critère d'Eisenstein en p=2p=2 : le coefficient dominant 11 n'est pas divisible par 22, tous les autres (0,0,−20,0,-2) le sont, et le terme constant −2-2 n'est pas divisible par 44.

μ23=X3−2,[Q(23):Q]=3\boxed{\mu_{\sqrt[3]2}=X^3-2,\qquad [\mathbb{Q}(\sqrt[3]2):\mathbb{Q}]=3}

Base : (1,23,43)(1,\sqrt[3]2,\sqrt[3]4).

⚠️ Cette extension n'est PAS galoisienne : elle ne contient qu'une des trois racines de X3−2X^3-2, les deux autres étant complexes. C'est le contre-exemple central du chapitre (exercices B2 et E5).

$\mathbb{Q}(i)$

ii annule X2+1X^2+1, irréductible sur Q\mathbb{Q} (pas de racine réelle, donc a fortiori pas de racine rationnelle).

μi=X2+1,[Q(i):Q]=2\boxed{\mu_i=X^2+1,\qquad [\mathbb{Q}(i):\mathbb{Q}]=2}

Base : (1,i)(1,i), et Q(i)={a+bi:a,b∈Q}\mathbb{Q}(i)=\{a+bi:a,b\in\mathbb{Q}\}.

Contrairement à Q(23)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2), celle-ci EST galoisienne : elle contient les deux racines ±i\pm i de X2+1X^2+1. Son groupe de Galois est {id, la conjugaison}≃Z/2Z\{\mathrm{id},\ \text{la conjugaison}\}\simeq\mathbb{Z}/2\mathbb{Z}.

Le tableau, et le critère qui décide
αμαdegreˊgaloisienne ?2X2−22oui (±2 reˊels)iX2+12oui23X3−23NON2+3X4−10X2+14oui (exercice A6)\begin{array}{lccl} \alpha & \mu_\alpha & \text{degr\'e} & \text{galoisienne ?}\\\hline \sqrt2 & X^2-2 & 2 & \text{oui (}\pm\sqrt2\text{ r\'eels)}\\ i & X^2+1 & 2 & \text{oui}\\ \sqrt[3]2 & X^3-2 & 3 & \textbf{NON}\\ \sqrt2+\sqrt3 & X^4-10X^2+1 & 4 & \text{oui (exercice A6)} \end{array}

👉 Le critère : K(α)/KK(\alpha)/K est galoisienne si et seulement si K(α)K(\alpha) contient toutes les racines de μα\mu_\alpha (et que celles-ci sont simples). En degré 22 (hors caractéristique 22) c'est automatique — la seconde racine est −α-\alpha moins le coefficient, donc elle est dans l'extension. En degré ≥3\geq 3, ça ne l'est plus.

Deux outils d'irréductibilité, à avoir en réflexe :

  • degré ≤3\leq 3 : pas de racine dans KK suffit ;
  • Eisenstein en pp : p∤anp\nmid a_n, p∣aip\mid a_i pour i<ni<n, p2∤a0p^2\nmid a_0.
Réponse. [Q(2):Q]=2[\mathbb{Q}(\sqrt2):\mathbb{Q}]=2, [Q(23):Q]=3[\mathbb{Q}(\sqrt[3]2):\mathbb{Q}]=3, [Q(i):Q]=2[\mathbb{Q}(i):\mathbb{Q}]=2. (Vérifié machine — A1 ✓)
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Tour des degrés

DémonstrationDifficulté 3/5

Démontrer la multiplicativité des degrés : si K⊆L⊆MK\subseteq L\subseteq M sont des extensions finies, alors [M:K]=[M:L] [L:K][M:K]=[M:L]\,[L:K]. L'appliquer à [Q(2,3):Q][\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3):\mathbb{Q}].

Indices (3)

Prendre une base (ei)(e_i) de L/KL/K et une base (fj)(f_j) de M/LM/L.

Montrer que (eifj)(e_if_j) est une base de M/KM/K.

Génération + liberté.

Correction détaillée
Le théorème de la base télescopique
K⊆L⊆M ⟹ [M:K]=[M:L]⋅[L:K]\boxed{K\subseteq L\subseteq M\ \Longrightarrow\ [M:K]=[M:L]\cdot[L:K]}

L'idée : si (ei)(e_i) est une base de LL sur KK et (fj)(f_j) une base de MM sur LL, alors les produits (eifj)(e_if_j) forment une base de MM sur KK.

nombre de produits=[L:K]×[M:L]\text{nombre de produits}=[L:K]\times[M:L]

C'est l'outil de calcul le plus employé du chapitre : il ramène le calcul d'un degré à une tour d'extensions simples.

Étape 1 — La famille est génératrice

Soit x∈Mx\in M. Comme (fj)j≤m(f_j)_{j\leq m} engendre MM sur LL :

x=∑jλjfj,λj∈Lx=\sum_j \lambda_j f_j,\qquad \lambda_j\in L

Chaque λj\lambda_j est dans LL, donc s'écrit dans la base (ei)i≤n(e_i)_{i\leq n} :

λj=∑iμijei,μij∈K\lambda_j=\sum_i \mu_{ij}e_i,\qquad \mu_{ij}\in K

En reportant :

x=∑i,jμij eifjx=\sum_{i,j}\mu_{ij}\,e_if_j

Les nmnm produits engendrent donc MM sur KK.

Étape 2 — La famille est libre

Supposons ∑i,jμijeifj=0\sum_{i,j}\mu_{ij}e_if_j=0 avec μij∈K\mu_{ij}\in K. Regroupons par jj — c'est le geste décisif :

∑j(∑iμijei)⏟∈ Lfj=0\sum_j\underbrace{\left(\sum_i\mu_{ij}e_i\right)}_{\in\,L}f_j=0

Les coefficients entre parenthèses sont dans LL, et (fj)(f_j) est libre sur LL. Donc chacun est nul :

∑iμijei=0pour tout j\sum_i\mu_{ij}e_i=0\qquad\text{pour tout } j

Et (ei)(e_i) étant libre sur KK, tous les μij\mu_{ij} sont nuls.

[M:K]=nm=[M:L]⋅[L:K]\boxed{[M:K]=nm=[M:L]\cdot[L:K]}

👉 Le regroupement par jj est le seul pas subtil : il transforme une relation à coefficients dans KK en une relation à coefficients dans LL, ce qui permet d'utiliser successivement les deux hypothèses de liberté.

Étape 3 — Application à $\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3)$

Montons la tour Q⊂Q(2)⊂Q(2,3)\mathbb{Q}\subset\mathbb{Q}(\sqrt2)\subset\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3).

Premier étage : [Q(2):Q]=2[\mathbb{Q}(\sqrt2):\mathbb{Q}]=2 (exercice A1).

Second étage : 3\sqrt3 annule X2−3X^2-3 sur Q(2)\mathbb{Q}(\sqrt2). Le degré vaut 22 si ce polynôme y reste irréductible, c'est-à-dire si

3∉Q(2)\sqrt3\notin\mathbb{Q}(\sqrt2)

Preuve. Supposons 3=a+b2\sqrt3=a+b\sqrt2 avec a,b∈Qa,b\in\mathbb{Q}. En élevant au carré :

3=a2+2b2+2ab23=a^2+2b^2+2ab\sqrt2

Si ab≠0ab\neq 0, alors 2=3−a2−2b22ab∈Q\sqrt2=\dfrac{3-a^2-2b^2}{2ab}\in\mathbb{Q} — absurde. Donc a=0a=0 ou b=0b=0 :

  • b=0b=0 donnerait 3=a∈Q\sqrt3=a\in\mathbb{Q}, faux ;
  • a=0a=0 donnerait 3=2b23=2b^2, soit b=3/2∉Qb=\sqrt{3/2}\notin\mathbb{Q} (car 3/23/2 n'est pas un carré de rationnel).
[Q(2,3):Q(2)]=2[\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3):\mathbb{Q}(\sqrt2)]=2
[Q(2,3):Q]=2×2=4\boxed{[\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3):\mathbb{Q}]=2\times 2=4}

Une base : (1, 2, 3, 6)(1,\ \sqrt2,\ \sqrt3,\ \sqrt6) — les quatre produits eifje_if_j.

Les corollaires qu'on utilise sans arrêt

1. Le degré d'un sous-corps DIVISE le degré total. Si K⊂L⊂MK\subset L\subset M, alors [L:K]∣[M:K][L:K]\mid[M:K].

Application immédiate : dans Q(2,3)\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3) de degré 44, les corps intermédiaires ont un degré divisant 44, donc 11, 22 ou 44. Aucun corps de degré 33, sans avoir à chercher.

2. Un degré premier interdit tout intermédiaire strict. Si [M:K]=p[M:K]=p est premier, les seuls corps entre KK et MM sont KK et MM.

Q(23) de degreˊ 3 : aucun corps intermeˊdiaire\mathbb{Q}(\sqrt[3]2)\ \text{de degr\'e } 3\ :\ \text{aucun corps interm\'ediaire}

3. La borne de la constructibilité (exercice C3) : une tour de degrés 22 donne un degré total 2k2^k, et c'est exactement l'argument qui interdit la trisection.

👉 La multiplicativité est le pont entre l'algèbre linéaire et la théorie des corps. Elle transforme une question de structure en une question de divisibilité d'entiers.

Réponse. [M:K]=[M:L][L:K][M:K]=[M:L][L:K] ; [Q(2,3):Q]=4[\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3):\mathbb{Q}]=4. (Vérifié machine — A2 ✓)
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Polynôme minimal

DémonstrationDifficulté 3/5

Soit α\alpha algébrique sur KK. Montrer qu'il existe un unique polynôme unitaire irréductible μα∈K[X]\mu_\alpha\in K[X] tel que μα(α)=0\mu_\alpha(\alpha)=0, et que [K(α):K]=deg⁡μα[K(\alpha):K]=\deg\mu_\alpha.

Indices (3)

Considérer l'idéal I={P∈K[X]:P(α)=0}I=\{P\in K[X]:P(\alpha)=0\}, noyau de l'évaluation.

K[X]K[X] est principal : I=(μ)I=(\mu) avec μ\mu unitaire.

K(α)≅K[X]/(μ)K(\alpha)\cong K[X]/(\mu) ; corps   ⟺  μ\iff\mu irréductible.

Correction détaillée
Ce qu'on construit

Soit α\alpha algébrique sur KK — c'est-à-dire annulé par un polynôme non nul de K[X]K[X]. On veut :

  1. l'existence et l'unicité d'un polynôme unitaire irréductible μα\mu_\alpha annulant α\alpha ;
  2. l'égalité [K(α):K]=deg⁡μα[K(\alpha):K]=\deg\mu_\alpha.

L'outil : le morphisme d'évaluation et le fait que K[X]K[X] est principal. C'est le même schéma que pour construire les corps finis.

Étape 1 — Le noyau de l'évaluation

Considérons

εα: K[X]→K(α),P↦P(α)\varepsilon_\alpha:\ K[X]\to K(\alpha),\qquad P\mapsto P(\alpha)

C'est un morphisme d'anneaux. Son noyau I={P:P(α)=0}I=\{P:P(\alpha)=0\} est un idéal, non nul puisque α\alpha est algébrique.

K[X]K[X] étant principal, I=(μ)I=(\mu) pour un μ\mu qu'on peut choisir unitaire (en divisant par le coefficient dominant). Ce μ\mu est le polynôme unitaire de plus petit degré annulant α\alpha.

μα existe, et P(α)=0  ⟺  μα∣P\boxed{\mu_\alpha\ \text{existe, et } P(\alpha)=0\iff\mu_\alpha\mid P}
Étape 2 — Il est irréductible

Supposons μα=QR\mu_\alpha=QR avec deg⁡Q,deg⁡R<deg⁡μα\deg Q,\deg R<\deg\mu_\alpha. Alors

0=μα(α)=Q(α)R(α)0=\mu_\alpha(\alpha)=Q(\alpha)R(\alpha)

K(α)K(\alpha) étant un corps, donc intègre, on a Q(α)=0Q(\alpha)=0 ou R(α)=0R(\alpha)=0. Dans les deux cas, on obtient un annulateur de degré strictement plus petit que μα\mu_\alpha — contredisant sa minimalité.

μα est irreˊductible\mu_\alpha\ \text{est irr\'eductible}

Unicité : si μ′\mu' est un autre unitaire irréductible annulant α\alpha, alors μα∣μ′\mu_\alpha\mid\mu'. L'irréductibilité de μ′\mu' et le caractère unitaire des deux forcent μ′=μα\mu'=\mu_\alpha.

👉 Réciproquement, tout polynôme unitaire irréductible annulant α\alpha est le polynôme minimal. C'est le critère pratique : on exhibe un annulateur, on prouve son irréductibilité, et c'est gagné.

Étape 3 — Le degré, et la base

Par le premier théorème d'isomorphisme :

K[X]/(μα) ≃ K[α]K[X]/(\mu_\alpha)\ \simeq\ K[\alpha]

Le membre de gauche est un corps puisque μα\mu_\alpha est irréductible, donc K[α]=K(α)K[\alpha]=K(\alpha) — les polynômes en α\alpha suffisent, pas besoin de fractions.

Les classes de 1,X,…,Xd−11,X,\dots,X^{d-1} forment une base du quotient (d=deg⁡μαd=\deg\mu_\alpha), donc

[K(α):K]=d,base (1,α,…,αd−1)\boxed{[K(\alpha):K]=d,\qquad\text{base } (1,\alpha,\dots,\alpha^{d-1})}

Toute puissance supérieure se réduit par la relation μα(α)=0\mu_\alpha(\alpha)=0. C'est exactement ce qu'on fait dans GF(8)\mathrm{GF}(8) avec α3=α+1\alpha^3=\alpha+1.

Comment calculer en pratique

Réduire une puissance : sur Q(23)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2), où α3=2\alpha^3=2,

α4=α⋅α3=2α,α5=2α2\alpha^4=\alpha\cdot\alpha^3=2\alpha,\qquad \alpha^5=2\alpha^2

Inverser un élément — par Bézout, comme dans tout quotient par un irréductible. Cherchons (1+α)−1(1+\alpha)^{-1} dans Q(23)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2). Divisons X3−2X^3-2 par X+1X+1 :

X3−2=(X+1)(X2−X+1)−3X^3-2=(X+1)(X^2-X+1)-3

Vérification : (X+1)(X2−X+1)=X3+1(X+1)(X^2-X+1)=X^3+1, et X3+1−3=X3−2X^3+1-3=X^3-2 ✓

En évaluant en α\alpha, où α3−2=0\alpha^3-2=0 :

0=(1+α)(α2−α+1)−3 ⟹ (1+α)−1=α2−α+130=(1+\alpha)(\alpha^2-\alpha+1)-3\ \Longrightarrow\ (1+\alpha)^{-1}=\frac{\alpha^2-\alpha+1}{3}
tout eˊleˊment de K(α) s’inverse par une division euclidienne\boxed{\text{tout \'el\'ement de } K(\alpha)\ \text{s'inverse par une division euclidienne}}

C'est ce qui rend K(α)K(\alpha) effectivement calculable, et c'est ce que font les logiciels de calcul formel.

Réponse. μα\mu_\alpha unitaire irréductible unique, [K(α):K]=deg⁡μα[K(\alpha):K]=\deg\mu_\alpha. (Vérifié machine : minpoly irréductible — A3 ✓ ; recoupe Anneaux/Polynômes)
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Corps de rupture et de décomposition

CalculDifficulté 3/5

Déterminer le corps de décomposition sur Q\mathbb{Q} et son degré pour : (a) X2−2X^2-2 ; (b) X3−2X^3-2.

Indices (3)

Corps de décomposition = plus petit corps où PP est scindé.

X3−2X^3-2 a pour racines 23, j23, j223\sqrt[3]2,\ j\sqrt[3]2,\ j^2\sqrt[3]2 (j=e2iπ/3j=e^{2i\pi/3}).

Il faut adjoindre 23\sqrt[3]2 ET jj.

Correction détaillée
Rupture et décomposition : la distinction qui structure le chapitre
corps de RUPTUREcontient UNE racine de Pcorps de DEˊCOMPOSITIONcontient TOUTES les racines\begin{array}{ll} \text{corps de RUPTURE} & \text{contient UNE racine de } P\\ \text{corps de D\'ECOMPOSITION} & \text{contient TOUTES les racines} \end{array}

Le corps de rupture est K[X]/(P)K[X]/(P) pour PP irréductible. Le corps de décomposition s'obtient en itérant jusqu'à ce que PP soit scindé.

C'est cette distinction qui sépare galoisien de non galoisien : une extension est galoisienne quand elle est un corps de décomposition (exercice B3). Q(23)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2) est un corps de rupture qui n'est pas un corps de décomposition — d'où tous ses défauts.

(a) $X^2-2$

Les racines sont ±2\pm\sqrt2. Adjoindre l'une donne l'autre, puisque −2=−1⋅2-\sqrt2=-1\cdot\sqrt2 et que −1∈Q-1\in\mathbb{Q}.

corps de deˊcomposition=Q(2),degreˊ 2\boxed{\text{corps de d\'ecomposition}=\mathbb{Q}(\sqrt2),\qquad\text{degr\'e } 2}

Rupture et décomposition coïncident. C'est une propriété générale du degré 22 : si X2+bX+cX^2+bX+c a une racine α\alpha dans une extension, l'autre est −b−α-b-\alpha, qui y est aussi (somme des racines).

en degreˊ 2 : toute extension est GALOISIENNE\text{en degr\'e } 2\ :\ \text{toute extension est GALOISIENNE}
(b) $X^3-2$ — le cas instructif

Les trois racines complexes :

23,j23,j223avec j=e2iπ/3=−1+i32\sqrt[3]2,\qquad j\sqrt[3]2,\qquad j^2\sqrt[3]2\qquad\text{avec } j=e^{2i\pi/3}=\frac{-1+i\sqrt3}{2}

Adjoindre 23\sqrt[3]2 ne suffit PAS : Q(23)⊂R\mathbb{Q}(\sqrt[3]2)\subset\mathbb{R}, alors que les deux autres racines sont complexes non réelles. Un sous-corps de R\mathbb{R} ne peut pas les contenir.

Il faut donc adjoindre aussi jj :

corps de deˊcomposition=Q(23, j)\boxed{\text{corps de d\'ecomposition}=\mathbb{Q}(\sqrt[3]2,\ j)}

Le degré, par la tour (exercice A2) :

[Q(23,j):Q]=[Q(23,j):Q(23)]⋅[Q(23):Q][\mathbb{Q}(\sqrt[3]2,j):\mathbb{Q}]=[\mathbb{Q}(\sqrt[3]2,j):\mathbb{Q}(\sqrt[3]2)]\cdot[\mathbb{Q}(\sqrt[3]2):\mathbb{Q}]

Le second facteur vaut 33. Le premier vaut 22 : jj annule X2+X+1X^2+X+1, qui reste irréductible sur Q(23)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2) car ce corps est réel et jj ne l'est pas.

[Q(23,j):Q]=3×2=6\boxed{[\mathbb{Q}(\sqrt[3]2,j):\mathbb{Q}]=3\times 2=6}
Ce que le degré 6 annonce

Le groupe de Galois du corps de décomposition d'un polynôme de degré nn se plonge dans le groupe symétrique SnS_n : les automorphismes permutent les racines (exercice B1), donc

∣Gal⁡∣ ∣ n!\lvert\operatorname{Gal}\rvert\ \Big\vert\ n!

Ici 6=3!6=3! : le groupe de Galois est tout S3S_3. C'est le cas maximal, et il fait de X3−2X^3-2 l'exemple standard du chapitre (exercice E5).

Comparaison :

Pcorps de deˊcompositiondegreˊGal⁡X2−2Q(2)2Z/2X3−2Q(23,j)6S3(X2−2)(X2−3)Q(2,3)4(Z/2)2X4−10X2+1Q(2,3)4(Z/2)2\begin{array}{lccl} P & \text{corps de d\'ecomposition} & \text{degr\'e} & \operatorname{Gal}\\\hline X^2-2 & \mathbb{Q}(\sqrt2) & 2 & \mathbb{Z}/2\\ X^3-2 & \mathbb{Q}(\sqrt[3]2,j) & 6 & S_3\\ (X^2-2)(X^2-3) & \mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3) & 4 & (\mathbb{Z}/2)^2\\ X^4-10X^2+1 & \mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3) & 4 & (\mathbb{Z}/2)^2 \end{array}

⚠️ Les deux dernières lignes donnent le MÊME corps — c'est l'exercice A6 : 2+3\sqrt2+\sqrt3 engendre tout Q(2,3)\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3).

Pourquoi le corps de décomposition est le bon objet
proprieˊteˊconseˊquenceexiste toujourson peut toujours scinder un polynoˆmeunique aˋ isomorphisme preˋsle corps de deˊcomposition, au singuliergaloisien si P seˊparablela correspondance s’applique\begin{array}{ll} \text{propri\'et\'e} & \text{cons\'equence}\\\hline \text{existe toujours} & \text{on peut toujours scinder un polyn\^ome}\\ \text{unique \`a isomorphisme pr\`es} & \text{le corps de d\'ecomposition, au singulier}\\ \text{galoisien si } P \text{ s\'eparable} & \text{la correspondance s'applique} \end{array}

En caractéristique 00, tout irréductible est séparable (exercice C6), donc tout corps de décomposition est galoisien. C'est ce qui rend la théorie si régulière sur Q\mathbb{Q}.

👉 La stratégie du chapitre : pour étudier un polynôme, on passe à son corps de décomposition, on calcule le groupe de Galois, et l'on lit les propriétés du polynôme sur la structure du groupe — résolubilité par radicaux (lot D), corps intermédiaires (lot E).

Réponse. (a) Q(2)\mathbb{Q}(\sqrt2), degré 22 ; (b) Q(23,j)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2,j), degré 66. (Vérifié machine : ordre de Gal = 6 — A4 ✓)
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Extension finie ⇒ algébrique

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que toute extension finie L/KL/K est algébrique (tout α∈L\alpha\in L est algébrique sur KK).

Indices (3)

Soit n=[L:K]n=[L:K] et α∈L\alpha\in L.

Les 1,α,…,αn1,\alpha,\dots,\alpha^n sont n+1n+1 vecteurs dans un espace de dimension nn.

Ils sont donc liés.

Correction détaillée
L'énoncé, et l'idée en une ligne
L/K finie ⟹ L/K algeˊbrique\boxed{L/K\ \text{finie}\ \Longrightarrow\ L/K\ \text{alg\'ebrique}}

L'idée : dans un espace de dimension nn, toute famille de n+1n+1 vecteurs est liée. Appliquée aux puissances de α\alpha, cette relation de liaison est un polynôme annulateur.

1, α, α2, …, αn(n+1 vecteurs dans un espace de dimension n)1,\ \alpha,\ \alpha^2,\ \dots,\ \alpha^{n}\qquad (n+1\ \text{vecteurs dans un espace de dimension } n)

C'est un argument d'algèbre linéaire pure, et il donne même une borne sur le degré.

Étape 1 — La famille des puissances est liée

Soit n=[L:K]n=[L:K] et α∈L\alpha\in L. Les n+1n+1 éléments

1, α, α2, …, αn1,\ \alpha,\ \alpha^2,\ \dots,\ \alpha^{n}

vivent dans un KK-espace vectoriel de dimension nn. Ils sont donc liés : il existe a0,…,an∈Ka_0,\dots,a_n\in K non tous nuls avec

a0+a1α+⋯+anαn=0a_0+a_1\alpha+\cdots+a_n\alpha^{n}=0
Étape 2 — Conclure

Posons P=a0+a1X+⋯+anXnP=a_0+a_1X+\cdots+a_nX^n. C'est un polynôme non nul de K[X]K[X] (les aia_i ne sont pas tous nuls) qui annule α\alpha.

α est algeˊbrique sur K, de degreˊ≤n\boxed{\alpha\ \text{est alg\'ebrique sur } K,\ \text{de degr\'e}\leq n}

La borne est utile : deg⁡μα≤[L:K]\deg\mu_\alpha\leq[L:K], et par la multiplicativité (exercice A2) on a même mieux —

deg⁡μα=[K(α):K] ∣ [L:K]\deg\mu_\alpha=[K(\alpha):K]\ \Big\vert\ [L:K]

le degré de tout élément DIVISE le degré de l'extension.

La réciproque est fausse, et l'exemple compte

⚠️ Algébrique n'implique PAS finie. Le contre-exemple standard est

Q‾={nombres algeˊbriques}\overline{\mathbb{Q}}=\{\text{nombres alg\'ebriques}\}

Toute extension algébrique de Q\mathbb{Q}, mais de degré infini : elle contient 2n\sqrt[n]2 pour tout nn, donc des éléments de degré arbitrairement grand.

[Q‾:Q]=∞[\overline{\mathbb{Q}}:\mathbb{Q}]=\infty

L'énoncé correct :

L/K finie  ⟺  L/K algeˊbrique ET de type fini\boxed{L/K\ \text{finie}\iff L/K\ \text{alg\'ebrique ET de type fini}}

où « de type fini » signifie L=K(α1,…,αr)L=K(\alpha_1,\dots,\alpha_r) avec un nombre fini de générateurs.

Une application immédiate : les corps intermédiaires

Application du théorème. Si α,β\alpha,\beta sont algébriques sur KK, alors α+β\alpha+\beta, αβ\alpha\beta et α/β\alpha/\beta le sont aussi.

Pourquoi : K(α,β)K(\alpha,\beta) est de degré fini — au plus deg⁡μα⋅deg⁡μβ\deg\mu_\alpha\cdot\deg\mu_\beta par la tour — donc toute extension algébrique par le théorème. Or α+β\alpha+\beta y est.

les nombres algeˊbriques forment un CORPS\boxed{\text{les nombres alg\'ebriques forment un CORPS}}

C'est loin d'être évident directement : trouver un polynôme annulant 2+3\sqrt2+\sqrt3 demande un calcul (exercice A6), et pour 2+53\sqrt2+\sqrt[3]5 il serait bien plus pénible. Le théorème garantit son existence sans le construire.

Le degré est majoré : [Q(2,3):Q]=4[\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3):\mathbb{Q}]=4, donc deg⁡μ2+3\deg\mu_{\sqrt2+\sqrt3} divise 44. On trouvera exactement 44 (exercice A6).

Réponse. Finie ⇒\Rightarrow algébrique (argument de dimension). (Vérifié machine : éléments testés algébriques — A6 ✓)
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Élément primitif d'une extension

CalculDifficulté 3/5

Montrer que Q(2,3)=Q(2+3)\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3)=\mathbb{Q}(\sqrt2+\sqrt3), et donner le polynôme minimal de θ=2+3\theta=\sqrt2+\sqrt3.

Indices (3)

Q(θ)⊆Q(2,3)\mathbb{Q}(\theta)\subseteq\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3) est clair.

Calculer θ3\theta^3 pour exprimer 2\sqrt2 en fonction de θ\theta.

θ2=5+26\theta^2=5+2\sqrt6, donc θ\theta a degré 44.

Correction détaillée
Ce qu'on montre, et pourquoi c'est surprenant
Q(2,3)=Q(2+3)\boxed{\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3)=\mathbb{Q}(\sqrt2+\sqrt3)}

Deux générateurs remplacés par un seul. C'est surprenant : rien ne laisse deviner qu'en connaissant la somme, on retrouve chacun des termes.

C'est un cas particulier du théorème de l'élément primitif (exercice C1), qui affirme que toute extension finie séparable est simple. Ici on le vérifie explicitement, ce qui est plus instructif que d'invoquer le théorème.

Étape 1 — L'inclusion facile

θ=2+3\theta=\sqrt2+\sqrt3 est visiblement dans Q(2,3)\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3), donc

Q(θ) ⊆ Q(2,3)\mathbb{Q}(\theta)\ \subseteq\ \mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3)
Étape 2 — L'inclusion difficile : retrouver $\sqrt2$ et $\sqrt3$

Calculons θ3\theta^3. D'abord

θ2=(2+3)2=2+26+3=5+26\theta^2=(\sqrt2+\sqrt3)^2=2+2\sqrt6+3=5+2\sqrt6

puis

θ3=θ⋅θ2=(2+3)(5+26)=52+53+212+218\theta^3=\theta\cdot\theta^2=(\sqrt2+\sqrt3)(5+2\sqrt6)=5\sqrt2+5\sqrt3+2\sqrt{12}+2\sqrt{18}

Or 12=23\sqrt{12}=2\sqrt3 et 18=32\sqrt{18}=3\sqrt2 :

θ3=52+53+43+62=112+93\theta^3=5\sqrt2+5\sqrt3+4\sqrt3+6\sqrt2=11\sqrt2+9\sqrt3

Nous avons deux équations linéaires en 2\sqrt2 et 3\sqrt3 :

{θ=2+3θ3=112+93\begin{cases}\theta=\sqrt2+\sqrt3\\ \theta^3=11\sqrt2+9\sqrt3\end{cases}

Résolvons. θ3−9θ=(11−9)2=22\theta^3-9\theta=(11-9)\sqrt2=2\sqrt2, donc

2=θ3−9θ2\boxed{\sqrt2=\frac{\theta^3-9\theta}{2}}

et 11θ−θ3=(11−9)3=2311\theta-\theta^3=(11-9)\sqrt3=2\sqrt3, donc

3=11θ−θ32\boxed{\sqrt3=\frac{11\theta-\theta^3}{2}}

Les deux sont des polynômes en θ\theta à coefficients rationnels, donc dans Q(θ)\mathbb{Q}(\theta). L'inclusion réciproque est établie :

Q(2,3)=Q(θ)\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3)=\mathbb{Q}(\theta)
Étape 3 — Le polynôme minimal de $\theta$

Repartons de θ2=5+26\theta^2=5+2\sqrt6 :

θ2−5=26\theta^2-5=2\sqrt6

Élevons au carré pour éliminer le radical :

(θ2−5)2=4×6=24(\theta^2-5)^2=4\times 6=24
θ4−10θ2+25=24 ⟹ θ4−10θ2+1=0\theta^4-10\theta^2+25=24\ \Longrightarrow\ \theta^4-10\theta^2+1=0
μθ=X4−10X2+1\boxed{\mu_\theta=X^4-10X^2+1}

Il est bien de degré 44, conforme à [Q(θ):Q]=[Q(2,3):Q]=4[\mathbb{Q}(\theta):\mathbb{Q}]=[\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3):\mathbb{Q}]=4 (exercice A2) — et c'est cette égalité de degrés qui prouve l'irréductibilité, sans avoir à la vérifier directement.

Les quatre racines sont ±2±3\pm\sqrt2\pm\sqrt3, obtenues en changeant indépendamment les signes. Elles sont toutes dans Q(2,3)\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3) : l'extension est donc galoisienne, et son groupe agit en changeant les signes (exercice B4).

Pourquoi la somme marche, et quand elle échoue

La raison de fond : les quatre conjugués ±2±3\pm\sqrt2\pm\sqrt3 sont deux à deux distincts. Un automorphisme qui fixe θ\theta doit fixer 2\sqrt2 et 3\sqrt3 (par les formules de l'étape 2), donc être l'identité. Le corps fixe de {id}\{\mathrm{id}\} étant LL tout entier, on a Q(θ)=L\mathbb{Q}(\theta)=L.

⚠️ Certaines combinaisons échouent. 2⋅3=6\sqrt2\cdot\sqrt3=\sqrt6 engendre seulement Q(6)\mathbb{Q}(\sqrt6), de degré 22 — pas les 44 attendus.

Q(6) ⊊ Q(2,3)\mathbb{Q}(\sqrt6)\ \subsetneq\ \mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3)

Le théorème de l'élément primitif garantit qu'un générateur existe, et la preuve montre que presque tout 2+c3\sqrt2+c\sqrt3 convient — seules quelques valeurs de cc échouent. Ici c=1c=1 marche.

👉 Application pratique : au lieu de manipuler une extension à plusieurs générateurs, on se ramène toujours à K(θ)K(\theta), où le calcul se fait par division euclidienne (exercice A3). C'est ce qui rend les extensions finies effectivement calculables.

Réponse. Q(2,3)=Q(2+3)\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3)=\mathbb{Q}(\sqrt2+\sqrt3), μθ=X4−10X2+1\mu_\theta=X^4-10X^2+1. (Vérifié machine — A2/A5 ✓)
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Automorphismes et borne |Gal| ≤ [L:K]

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer qu'un KK-automorphisme de LL permute les racines de tout P∈K[X]P\in K[X], et en déduire ∣Gal⁡(L/K)∣≤[L:K]\lvert\operatorname{Gal}(L/K)\rvert\leq[L:K] (pour L=K(α)L=K(\alpha)).

Indices (3)

Si P(α)=0P(\alpha)=0 et σ\sigma fixe KK, appliquer σ\sigma à P(α)=0P(\alpha)=0.

σ(P(α))=P(σ(α))\sigma(P(\alpha))=P(\sigma(\alpha)) car σ\sigma fixe les coefficients.

σ\sigma est déterminé par σ(α)\sigma(\alpha), qui est une racine de μα\mu_\alpha.

Correction détaillée
Ce qu'on établit, et pourquoi c'est le point de départ

Un KK-automorphisme de LL est un automorphisme de corps qui fixe KK point par point. Ils forment le groupe Gal⁡(L/K)\operatorname{Gal}(L/K).

Deux énoncés :

  1. un tel automorphisme permute les racines de tout P∈K[X]P\in K[X] ;
  2. pour L=K(α)L=K(\alpha), on en déduit ∣Gal⁡(L/K)∣≤[L:K]\lvert\operatorname{Gal}(L/K)\rvert\leq[L:K].

Le premier point est le mécanisme central de tout le chapitre : un automorphisme ne peut envoyer α\alpha que sur un conjugué de α\alpha. Le groupe de Galois est donc un sous-groupe du groupe des permutations des racines.

Étape 1 — Les automorphismes permutent les racines

Soit σ∈Gal⁡(L/K)\sigma\in\operatorname{Gal}(L/K), P=∑aiXi∈K[X]P=\sum a_iX^i\in K[X], et β∈L\beta\in L une racine de PP.

Appliquons σ\sigma à l'égalité P(β)=0P(\beta)=0 :

0=σ(P(β))=σ ⁣(∑iaiβi)=∑iσ(ai) σ(β)i0=\sigma\big(P(\beta)\big)=\sigma\!\left(\sum_i a_i\beta^i\right)=\sum_i\sigma(a_i)\,\sigma(\beta)^i

Or σ\sigma fixe KK, donc σ(ai)=ai\sigma(a_i)=a_i :

0=∑iai σ(β)i=P(σ(β))0=\sum_i a_i\,\sigma(\beta)^i=P\big(\sigma(\beta)\big)
σ(β) est encore une racine de P\boxed{\sigma(\beta)\ \text{est encore une racine de } P}

σ\sigma envoie donc l'ensemble des racines de PP dans lui-même. Cet ensemble étant fini et σ\sigma injective, c'est une permutation.

👉 C'est l'hypothèse « σ\sigma fixe KK » qui fait tout. Sans elle, les coefficients bougeraient et le polynôme image ne serait plus PP.

Étape 2 — La majoration du cardinal

Soit L=K(α)L=K(\alpha) et μα\mu_\alpha le polynôme minimal, de degré d=[L:K]d=[L:K] (exercice A3).

Un automorphisme est entièrement déterminé par σ(α)\sigma(\alpha). En effet, tout élément de LL s'écrit Q(α)Q(\alpha) avec Q∈K[X]Q\in K[X], et

σ(Q(α))=Q(σ(α))\sigma\big(Q(\alpha)\big)=Q\big(\sigma(\alpha)\big)

par le même calcul qu'à l'étape 1.

Et σ(α)\sigma(\alpha) doit être une racine de μα\mu_\alpha dans LL — il y en a au plus dd.

∣Gal⁡(L/K)∣≤d=[L:K]\boxed{\lvert\operatorname{Gal}(L/K)\rvert\leq d=[L:K]}
Quand y a-t-il égalité

L'inégalité peut être stricte, et c'est ce qui distingue les extensions galoisiennes des autres. Deux causes possibles :

1. Toutes les racines ne sont pas dans LL. C'est le cas de Q(23)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2) : μ=X3−2\mu=X^3-2 a trois racines, mais deux sont complexes et Q(23)⊂R\mathbb{Q}(\sqrt[3]2)\subset\mathbb{R}. Il n'y a donc qu'un choix pour σ(α)\sigma(\alpha), à savoir α\alpha lui-même :

∣Gal⁡(Q(23)/Q)∣=1<3\lvert\operatorname{Gal}(\mathbb{Q}(\sqrt[3]2)/\mathbb{Q})\rvert=1<3

2. Les racines ne sont pas distinctes (défaut de séparabilité). Impossible en caractéristique 00 (exercice C6), mais réel en caractéristique pp.

∣Gal⁡(L/K)∣=[L:K]  ⟺  L/K galoisienne\boxed{\lvert\operatorname{Gal}(L/K)\rvert=[L:K]\iff L/K\ \text{galoisienne}}

C'est la définition retenue à l'exercice B3.

La conséquence : $\operatorname{Gal}$ se plonge dans $S_n$

Si LL est le corps de décomposition d'un PP de degré nn à racines distinctes, tout automorphisme permute ces nn racines, et il est déterminé par cette permutation (les racines engendrent LL).

Gal⁡(L/K) ↪ Sn\boxed{\operatorname{Gal}(L/K)\ \hookrightarrow\ S_n}

Conséquences immédiates :

∣Gal⁡∣ ∣ n!\lvert\operatorname{Gal}\rvert\ \Big\vert\ n!
PnGal⁡X2−22Z/2=S2maximalX3−23S3maximal, ordre 6X4−10X2+14(Z/2)2ordre 4<24X5−6X+35S5maximal, ordre 120\begin{array}{lccl} P & n & \operatorname{Gal} & \\\hline X^2-2 & 2 & \mathbb{Z}/2=S_2 & \text{maximal}\\ X^3-2 & 3 & S_3 & \text{maximal, ordre } 6\\ X^4-10X^2+1 & 4 & (\mathbb{Z}/2)^2 & \text{ordre } 4<24\\ X^5-6X+3 & 5 & S_5 & \text{maximal, ordre } 120 \end{array}

👉 C'est ce plongement qui permet de traduire une question sur les polynômes en une question de théorie des groupes. Le lot D en tire la résolubilité par radicaux : X5−6X+3X^5-6X+3 n'est pas résoluble parce que S5S_5 ne l'est pas.

Réponse. σ\sigma permute les racines ; ∣Gal⁡(L/K)∣≤[L:K]\lvert\operatorname{Gal}(L/K)\rvert\leq[L:K]. (Vérifié machine — B ✓)
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Premiers groupes de Galois

CalculDifficulté 3/5

Déterminer Gal⁡(Q(2)/Q)\operatorname{Gal}(\mathbb{Q}(\sqrt2)/\mathbb{Q}), puis montrer que Q(23)/Q\mathbb{Q}(\sqrt[3]2)/\mathbb{Q} n'a qu'un seul automorphisme (l'identité).

Indices (3)

Un automorphisme envoie 2\sqrt2 sur une racine de X2−2X^2-2 DANS le corps.

X2−2X^2-2 a deux racines ±2\pm\sqrt2, toutes deux dans Q(2)\mathbb{Q}(\sqrt2).

X3−2X^3-2 n'a qu'UNE racine réelle ; Q(23)⊂R\mathbb{Q}(\sqrt[3]2)\subset\mathbb{R}.

Correction détaillée
Deux calculs qui s'opposent

On calcule deux groupes de Galois, et le contraste est tout le sujet :

  • Gal⁡(Q(2)/Q)\operatorname{Gal}(\mathbb{Q}(\sqrt2)/\mathbb{Q}) a deux éléments, donc autant que le degré : l'extension est galoisienne ;
  • Gal⁡(Q(23)/Q)\operatorname{Gal}(\mathbb{Q}(\sqrt[3]2)/\mathbb{Q}) n'en a qu'un, pour un degré 33 : elle ne l'est pas.

La méthode est la même dans les deux cas : chercher où peut aller le générateur, en utilisant l'exercice B1.

Étape 1 — $\mathbb{Q}(\sqrt2)$

μ2=X2−2\mu_{\sqrt2}=X^2-2, de racines ±2\pm\sqrt2, toutes deux dans Q(2)\mathbb{Q}(\sqrt2).

Un automorphisme σ\sigma est déterminé par σ(2)∈{2,−2}\sigma(\sqrt2)\in\{\sqrt2,-\sqrt2\} :

id2↦2σ2↦−2\begin{array}{ll} \mathrm{id} & \sqrt2\mapsto\sqrt2\\ \sigma & \sqrt2\mapsto-\sqrt2 \end{array}

σ\sigma est bien un automorphisme — il faut le vérifier, l'existence n'est pas gratuite. Sur a+b2a+b\sqrt2, il agit par a−b2a-b\sqrt2, et l'on contrôle la multiplicativité :

σ((a+b2)(c+d2))=σ((ac+2bd)+(ad+bc)2)=(ac+2bd)−(ad+bc)2\sigma\big((a+b\sqrt2)(c+d\sqrt2)\big)=\sigma\big((ac+2bd)+(ad+bc)\sqrt2\big)=(ac+2bd)-(ad+bc)\sqrt2
σ(a+b2) σ(c+d2)=(a−b2)(c−d2)=(ac+2bd)−(ad+bc)2 ✓\sigma(a+b\sqrt2)\,\sigma(c+d\sqrt2)=(a-b\sqrt2)(c-d\sqrt2)=(ac+2bd)-(ad+bc)\sqrt2\ \checkmark
Gal⁡(Q(2)/Q)={id,σ}≃Z/2Z\boxed{\operatorname{Gal}(\mathbb{Q}(\sqrt2)/\mathbb{Q})=\{\mathrm{id},\sigma\}\simeq\mathbb{Z}/2\mathbb{Z}}

Et ∣Gal⁡∣=2=[Q(2):Q]\lvert\operatorname{Gal}\rvert=2=[\mathbb{Q}(\sqrt2):\mathbb{Q}] : galoisienne ✓

Étape 2 — $\mathbb{Q}(\sqrt[3]2)$

μ23=X3−2\mu_{\sqrt[3]2}=X^3-2, de racines

23,j23,j223\sqrt[3]2,\qquad j\sqrt[3]2,\qquad j^2\sqrt[3]2

Un automorphisme σ\sigma doit envoyer 23\sqrt[3]2 sur une racine appartenant à Q(23)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2).

Or Q(23)⊂R\mathbb{Q}(\sqrt[3]2)\subset\mathbb{R} — c'est un corps de nombres réels, engendré par un réel. Et j23j\sqrt[3]2, j223j^2\sqrt[3]2 sont complexes non réels, puisque j=−1+i32j=\frac{-1+i\sqrt3}{2} a une partie imaginaire non nulle.

la seule racine disponible est 23 lui-meˆme\text{la seule racine disponible est}\ \sqrt[3]2\ \text{lui-m\^eme}
Gal⁡(Q(23)/Q)={id}\boxed{\operatorname{Gal}(\mathbb{Q}(\sqrt[3]2)/\mathbb{Q})=\{\mathrm{id}\}}
∣Gal⁡∣=1 < 3=[Q(23):Q]\lvert\operatorname{Gal}\rvert=1\ <\ 3=[\mathbb{Q}(\sqrt[3]2):\mathbb{Q}]

L'extension n'est pas galoisienne.

Ce que ce contraste enseigne
[L:Q]∣Gal⁡∣Q(2)22galoisienneQ(i)22galoisienneQ(23)31NONQ(23,j)66galoisienne\begin{array}{lccl} & [L:\mathbb{Q}] & \lvert\operatorname{Gal}\rvert & \\\hline \mathbb{Q}(\sqrt2) & 2 & 2 & \text{galoisienne}\\ \mathbb{Q}(i) & 2 & 2 & \text{galoisienne}\\ \mathbb{Q}(\sqrt[3]2) & 3 & \mathbf{1} & \textbf{NON}\\ \mathbb{Q}(\sqrt[3]2,j) & 6 & 6 & \text{galoisienne} \end{array}

👉 La différence n'est pas le degré, c'est la présence de TOUTES les racines. Q(23)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2) est un corps de rupture sans être un corps de décomposition (exercice A4).

Le remède : adjoindre jj. On passe alors à Q(23,j)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2,j), de degré 66, avec 66 automorphismes — c'est le corps de décomposition, et il est galoisien.

toute extension finie seˊparable se plonge dans une extension galoisienne\boxed{\text{toute extension finie séparable se plonge dans une extension galoisienne}}

(sa clôture galoisienne, obtenue en adjoignant tous les conjugués.)

Pourquoi le degré 2 est galoisien (hors caractéristique 2)

Soit [L:K]=2[L:K]=2 et α∈L∖K\alpha\in L\setminus K. Son polynôme minimal est de degré 22 :

μα=X2+bX+c\mu_\alpha=X^2+bX+c

La somme des racines vaut −b∈K-b\in K, donc si α\alpha est racine, l'autre est −b−α-b-\alpha, qui appartient à LL (différence de deux éléments de LL).

les deux racines sont dans L ⟹ L est un corps de deˊcomposition\text{les deux racines sont dans } L\ \Longrightarrow\ L\ \text{est un corps de d\'ecomposition}
toute extension de degreˊ 2 est galoisienne (en car. ≠2)\boxed{\text{toute extension de degr\'e } 2\ \text{est galoisienne (en car. } \neq 2)}

👉 En degré 33, l'argument tombe : connaître une racine ne donne que la somme des deux autres, pas chacune. C'est exactement pourquoi Q(23)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2) échoue, et pourquoi 33 est le premier degré intéressant.

ℹ️ La restriction « en caractéristique ≠2\neq 2 » écarte les extensions inséparables où μ=X2−a\mu=X^2-a a une racine double (à ne pas confondre avec celles d'Artin-Schreier, X2+X+aX^2+X+a, qui sont séparables).

Réponse. Gal⁡(Q(2)/Q)≅C2\operatorname{Gal}(\mathbb{Q}(\sqrt2)/\mathbb{Q})\cong C_2 ; Q(23)/Q\mathbb{Q}(\sqrt[3]2)/\mathbb{Q} : seul id\mathrm{id}, non galoisienne. (Vérifié machine — B2/B4 ✓)
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Caractérisation des extensions galoisiennes

DémonstrationDifficulté 3/5

Énoncer ce qu'est une extension galoisienne et expliquer pourquoi L/KL/K est galoisienne si et seulement si ∣Gal⁡(L/K)∣=[L:K]\lvert\operatorname{Gal}(L/K)\rvert=[L:K] (de façon équivalente : LL est le corps de décomposition d'un polynôme séparable).

Indices (3)

Galoisienne = normale + séparable.

Normale : LL corps de décomposition (toute racine d'un irréductible ayant une racine dans LL y est entièrement).

En caractéristique 0, séparable est automatique.

Correction détaillée
Trois définitions équivalentes

Une extension finie L/KL/K est galoisienne si l'une de ces conditions — équivalentes — est vérifiée :

(i)∣Gal⁡(L/K)∣=[L:K](ii)LGal⁡(L/K)=K(le corps fixe est exactement K)(iii)L est le corps de deˊcomposition d’un polynoˆme SEˊPARABLE de K[X]\begin{array}{ll} \text{(i)} & \lvert\operatorname{Gal}(L/K)\rvert=[L:K]\\ \text{(ii)} & L^{\operatorname{Gal}(L/K)}=K\quad\text{(le corps fixe est exactement } K)\\ \text{(iii)} & L \text{ est le corps de d\'ecomposition d'un polyn\^ome S\'EPARABLE de } K[X] \end{array}

Chacune sert à quelque chose de différent : (i) est le critère de calcul, (ii) le critère structurel qui fonde la correspondance, (iii) le critère de construction.

On dit aussi : L/KL/K est normale (toutes les racines) et séparable (racines simples).

Pourquoi (i) est le bon critère de calcul

L'exercice B1 donne toujours ∣Gal⁡(L/K)∣≤[L:K]\lvert\operatorname{Gal}(L/K)\rvert\leq[L:K]. L'égalité signifie donc qu'il y a autant d'automorphismes que possible — le groupe est aussi gros qu'il peut l'être.

Deux façons de perdre des automorphismes, et donc deux façons de n'être pas galoisien :

deˊfaut de NORMALITEˊtoutes les racines ne sont pas dans Ldeˊfaut de SEˊPARABILITEˊles racines ne sont pas distinctes\begin{array}{ll} \text{d\'efaut de NORMALIT\'E} & \text{toutes les racines ne sont pas dans } L\\ \text{d\'efaut de S\'EPARABILIT\'E} & \text{les racines ne sont pas distinctes} \end{array}

Exemple du premier : Q(23)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2), où 1<31<3 (exercice B2).

Exemple du second : en caractéristique pp, Fp(t1/p)/Fp(t)\mathbb{F}_p(t^{1/p})/\mathbb{F}_p(t). Le polynôme Xp−tX^p-t y vaut (X−t1/p)p(X-t^{1/p})^p — une racine d'ordre pp. Il n'y a donc qu'un automorphisme pour un degré pp.

⚠️ En caractéristique 00, le second défaut n'existe pas (exercice C6). Sur Q\mathbb{Q}, galoisien équivaut donc simplement à « corps de décomposition ».

Pourquoi (ii) est le bon critère structurel

Le corps fixe est

LG={x∈L : σ(x)=x pour tout σ∈G}L^{G}=\{x\in L\ :\ \sigma(x)=x\ \text{pour tout }\sigma\in G\}

On a toujours K⊆LGK\subseteq L^G, puisque les automorphismes fixent KK par définition. L'égalité dit que le groupe voit tout ce qui dépasse de KK : aucun élément hors de KK n'échappe à tous les automorphismes.

Sur Q(23)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2), où G={id}G=\{\mathrm{id}\} :

LG=L=Q(23) ≠ QL^G=L=\mathbb{Q}(\sqrt[3]2)\ \neq\ \mathbb{Q}

Le groupe est trop petit pour distinguer quoi que ce soit ✓ non galoisienne.

Sur Q(2)\mathbb{Q}(\sqrt2), où σ(a+b2)=a−b2\sigma(a+b\sqrt2)=a-b\sqrt2 :

σ(x)=x  ⟺  b=−b  ⟺  b=0  ⟺  x∈Q\sigma(x)=x\iff b=-b\iff b=0\iff x\in\mathbb{Q}
LG=Q ✓ galoisienneL^G=\mathbb{Q}\ \checkmark\ \text{galoisienne}

👉 C'est (ii) qui fonde la correspondance de Galois : la bijection H↦LHH\mapsto L^H n'est injective que si l'on sait remonter, et le lemme d'Artin (exercice B5) est ce qui le garantit.

Pourquoi (iii) est le bon critère de construction

Il donne une recette : pour fabriquer une extension galoisienne, prendre un polynôme séparable et son corps de décomposition.

Pcorps de deˊcompositionGal⁡X2−2Q(2)Z/2X3−2Q(23,j)S3X4−10X2+1Q(2,3)(Z/2)2ΦnQ(ζn)(Z/nZ)×\begin{array}{lll} P & \text{corps de d\'ecomposition} & \operatorname{Gal}\\\hline X^2-2 & \mathbb{Q}(\sqrt2) & \mathbb{Z}/2\\ X^3-2 & \mathbb{Q}(\sqrt[3]2,j) & S_3\\ X^4-10X^2+1 & \mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3) & (\mathbb{Z}/2)^2\\ \Phi_n & \mathbb{Q}(\zeta_n) & (\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})^\times \end{array}

Et il donne aussi la clôture galoisienne : pour rendre Q(23)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2) galoisienne, on prend le corps de décomposition de son polynôme minimal, à savoir Q(23,j)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2,j).

toute extension finie seˊparable a une CLOˆTURE galoisienne\boxed{\text{toute extension finie s\'eparable a une CL\^OTURE galoisienne}}
Ce que « galoisienne » achète
sans l’hypotheˋseavecle groupe peut eˆtre trivial∣G∣=[L:K]pas de correspondancebijection sous-groupes↔corps intermeˊdiairesLG peut deˊpasser KLG=K\begin{array}{ll} \text{sans l'hypoth\`ese} & \text{avec}\\\hline \text{le groupe peut \^etre trivial} & \lvert G\rvert=[L:K]\\ \text{pas de correspondance} & \text{bijection sous-groupes} \leftrightarrow \text{corps interm\'ediaires}\\ L^G \text{ peut d\'epasser } K & L^G=K \end{array}

👉 Tout le lot E suppose l'extension galoisienne. Sans cette hypothèse, la correspondance s'effondre : Q(23)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2) a un sous-groupe (le trivial) et deux corps intermédiaires (Q\mathbb{Q} et lui-même) — la bijection ne peut pas exister.

Le contrôle systématique, avant d'appliquer quoi que ce soit du lot E :

compter les automorphismes, et comparer au degreˊ\text{compter les automorphismes, et comparer au degr\'e}
Réponse. Galoisienne   ⟺  ∣Gal⁡(L/K)∣=[L:K]  ⟺  \iff\lvert\operatorname{Gal}(L/K)\rvert=[L:K]\iff corps de décomposition séparable. (Vérifié machine : galoisiennes ont ∣Gal⁡∣=[L:K]\lvert\operatorname{Gal}\rvert=[L:K] — ✓)
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Le groupe de Klein Gal(Q(√2,√3)/Q)

CalculDifficulté 3/5

Montrer que Gal⁡(Q(2,3)/Q)≅(Z/2Z)2\operatorname{Gal}(\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3)/\mathbb{Q})\cong(\mathbb{Z}/2\mathbb{Z})^2 (groupe de Klein), en décrivant ses 44 éléments.

Indices (3)

Un automorphisme est déterminé par (σ(2),σ(3))(\sigma(\sqrt2),\sigma(\sqrt3)).

σ(2)∈{±2}\sigma(\sqrt2)\in\{\pm\sqrt2\}, σ(3)∈{±3}\sigma(\sqrt3)\in\{\pm\sqrt3\} : 44 choix.

Chaque automorphisme est d'ordre ≤2\leq 2.

Correction détaillée
Ce qu'on calcule
Gal⁡(Q(2,3)/Q) ≃ (Z/2Z)2\operatorname{Gal}\big(\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3)/\mathbb{Q}\big)\ \simeq\ (\mathbb{Z}/2\mathbb{Z})^2

le groupe de Klein : quatre éléments, tous d'ordre ≤2\leq 2, et non cyclique.

Le mécanisme : un automorphisme est déterminé par ses valeurs sur les deux générateurs, et chacune peut changer de signe indépendamment. D'où 2×2=42\times 2=4 possibilités.

L'exercice A2 a donné [L:Q]=4[L:\mathbb{Q}]=4, donc si les quatre existent bien, l'extension est galoisienne.

Étape 1 — Les quatre candidats

Par l'exercice B1, σ(2)\sigma(\sqrt2) est racine de X2−2X^2-2, donc vaut ±2\pm\sqrt2 ; de même σ(3)=±3\sigma(\sqrt3)=\pm\sqrt3. Quatre combinaisons :

2↦3↦6↦id236σ−23−6τ2−3−6στ−2−36\begin{array}{lccc} & \sqrt2\mapsto & \sqrt3\mapsto & \sqrt6\mapsto\\\hline \mathrm{id} & \sqrt2 & \sqrt3 & \sqrt6\\ \sigma & -\sqrt2 & \sqrt3 & -\sqrt6\\ \tau & \sqrt2 & -\sqrt3 & -\sqrt6\\ \sigma\tau & -\sqrt2 & -\sqrt3 & \sqrt6 \end{array}

La colonne 6\sqrt6 se DÉDUIT : 6=2⋅3\sqrt6=\sqrt2\cdot\sqrt3, et un morphisme respecte les produits. C'est le contrôle qui valide la table.

Ces quatre applications existent bien : l'extension étant de degré 44 et galoisienne (c'est le corps de décomposition de (X2−2)(X2−3)(X^2-2)(X^2-3), séparable), il y a exactement 44 automorphismes — et les quatre candidats sont distincts.

Étape 2 — La structure du groupe

Chaque élément non trivial est d'ordre 22 :

σ2(2)=σ(−2)=2,σ2(3)=3 ⟹ σ2=id\sigma^2(\sqrt2)=\sigma(-\sqrt2)=\sqrt2,\qquad \sigma^2(\sqrt3)=\sqrt3\ \Longrightarrow\ \sigma^2=\mathrm{id}

et de même τ2=(στ)2=id\tau^2=(\sigma\tau)^2=\mathrm{id}.

Le groupe est abélien, et il faut le vérifier plutôt que l'affirmer. Sur 2\sqrt2 :

στ(2)=σ(τ(2))=σ(2)=−2\sigma\tau(\sqrt2)=\sigma\big(\tau(\sqrt2)\big)=\sigma(\sqrt2)=-\sqrt2
τσ(2)=τ(σ(2))=τ(−2)=−2\tau\sigma(\sqrt2)=\tau\big(\sigma(\sqrt2)\big)=\tau(-\sqrt2)=-\sqrt2

Les deux coïncident ✓ Le même calcul sur 3\sqrt3 donne −3-\sqrt3 des deux côtés. Comme un automorphisme est déterminé par ses valeurs sur les générateurs, στ=τσ\sigma\tau=\tau\sigma.

👉 La raison de fond : σ\sigma ne touche qu'à 2\sqrt2, τ\tau qu'à 3\sqrt3 — ils agissent sur des coordonnées indépendantes, donc l'ordre est sans effet.

G={id,σ,τ,στ}≃(Z/2Z)2\boxed{G=\{\mathrm{id},\sigma,\tau,\sigma\tau\}\simeq(\mathbb{Z}/2\mathbb{Z})^2}

Ce n'est PAS Z/4Z\mathbb{Z}/4\mathbb{Z} : aucun élément n'est d'ordre 44.

Étape 3 — Le contrôle par les corps fixes

Chaque élément d'ordre 22 fixe un sous-corps de degré 22 :

L⟨σ⟩=Q(3)σ fixe 3L⟨τ⟩=Q(2)τ fixe 2L⟨στ⟩=Q(6)στ fixe 6\begin{array}{ll} L^{\langle\sigma\rangle}=\mathbb{Q}(\sqrt3) & \sigma \text{ fixe } \sqrt3\\ L^{\langle\tau\rangle}=\mathbb{Q}(\sqrt2) & \tau \text{ fixe } \sqrt2\\ L^{\langle\sigma\tau\rangle}=\mathbb{Q}(\sqrt6) & \sigma\tau \text{ fixe } \sqrt6 \end{array}

La dernière ligne est la plus instructive : στ\sigma\tau change les deux signes, donc leur produit 6\sqrt6 est invariant. C'est ce qui fait apparaître un troisième corps quadratique auquel on ne pense pas.

Contrôle global : LG=QL^G=\mathbb{Q}, car un élément fixé par σ\sigma et τ\tau n'a de composante ni sur 2\sqrt2, ni sur 3\sqrt3, ni sur 6\sqrt6 ✓ — l'extension est bien galoisienne (critère (ii) de l'exercice B3).

Ce que le groupe de Klein annonce

Trois sous-groupes d'ordre 22 — un par élément non trivial — donc trois corps intermédiaires de degré 22 :

Q(2),Q(3),Q(6)\mathbb{Q}(\sqrt2),\qquad \mathbb{Q}(\sqrt3),\qquad \mathbb{Q}(\sqrt6)

C'est le contenu de l'exercice E3, et c'est une différence nette avec Z/4\mathbb{Z}/4, qui n'aurait qu'un sous-groupe d'ordre 22, donc un seul corps intermédiaire.

la structure du GROUPE deˊtermine le nombre de corps intermeˊdiaires\boxed{\text{la structure du GROUPE d\'etermine le nombre de corps interm\'ediaires}}

Et le groupe étant abélien, tous ses sous-groupes sont normaux : les trois corps intermédiaires sont donc galoisiens sur Q\mathbb{Q} (exercice E4). C'est le contraste avec S3S_3, non abélien, où seul A3A_3 l'est (exercice E5).

Le lien avec l'élément primitif : θ=2+3\theta=\sqrt2+\sqrt3 engendre LL (exercice A6) précisément parce que ses quatre conjugués ±2±3\pm\sqrt2\pm\sqrt3 sont distincts — un par élément du groupe. Le seul automorphisme fixant θ\theta est l'identité.

Réponse. Gal⁡(Q(2,3)/Q)≅(Z/2)2\operatorname{Gal}(\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3)/\mathbb{Q})\cong(\mathbb{Z}/2)^2. (Vérifié machine : ordre 4, V₄ — B3 ✓)
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Lemme d'Artin (corps fixe)

DémonstrationDifficulté 3/5

Soit GG un groupe fini d'automorphismes de LL et K=LGK=L^G le corps fixe. Admettre [L:LG]=∣G∣[L:L^G]=\lvert G\rvert ; en déduire que L/LGL/L^G est galoisienne de groupe GG.

Indices (3)

G⊆Gal⁡(L/LG)G\subseteq\operatorname{Gal}(L/L^G) par définition de LGL^G.

∣Gal⁡(L/LG)∣≤[L:LG]=∣G∣\lvert\operatorname{Gal}(L/L^G)\rvert\leq[L:L^G]=\lvert G\rvert.

Comparer les deux inégalités.

Correction détaillée
Ce que le lemme d'Artin apporte

Soit GG un groupe fini d'automorphismes de LL, et K=LGK=L^G son corps fixe. Le lemme d'Artin — qu'on admet — affirme

[L:LG]=∣G∣\boxed{[L:L^G]=\lvert G\rvert}

C'est le sens DIFFICILE de la correspondance. L'inégalité ∣Gal⁡∣≤[L:K]\lvert\operatorname{Gal}\rvert\leq[L:K] (exercice B1) va dans un sens ; le lemme d'Artin fournit l'autre, et il part d'un groupe donné plutôt que d'une extension donnée.

On en déduit que L/LGL/L^G est galoisienne, de groupe exactement GG.

Étape 1 — $G\subseteq\operatorname{Gal}(L/L^G)$

Chaque σ∈G\sigma\in G fixe LGL^G par définition même du corps fixe. C'est donc un LGL^G-automorphisme de LL :

G ⊆ Gal⁡(L/LG)G\ \subseteq\ \operatorname{Gal}(L/L^G)

C'est une inclusion de groupes, pas encore une égalité.

Étape 2 — L'égalité, par un encadrement

Enchaînons les deux résultats :

∣G∣ ≤⏟eˊtape 1 ∣Gal⁡(L/LG)∣ ≤⏟exercice B1 [L:LG] =⏟Artin ∣G∣\lvert G\rvert\ \underbrace{\leq}_{\text{\'etape 1}}\ \lvert\operatorname{Gal}(L/L^G)\rvert\ \underbrace{\leq}_{\text{exercice B1}}\ [L:L^G]\ \underbrace{=}_{\text{Artin}}\ \lvert G\rvert

Toutes les inégalités sont donc des égalités :

G=Gal⁡(L/LG)et∣Gal⁡(L/LG)∣=[L:LG]\boxed{G=\operatorname{Gal}(L/L^G)\qquad\text{et}\qquad \lvert\operatorname{Gal}(L/L^G)\rvert=[L:L^G]}

La seconde égalité est exactement le critère (i) de l'exercice B3 :

L/LG est GALOISIENNE, de groupe GL/L^G\ \text{est GALOISIENNE, de groupe } G

👉 L'encadrement est le geste à retenir : deux inégalités faciles refermées par un théorème difficile. C'est la structure de preuve la plus fréquente du chapitre.

Ce que le lemme rend possible

Il fournit le sens H↦LHH\mapsto L^H de la correspondance. Sans lui, on ne saurait pas que des sous-groupes distincts donnent des corps fixes distincts.

Preuve de l'injectivité, en une ligne : si LH1=LH2L^{H_1}=L^{H_2}, alors par le lemme H1=Gal⁡(L/LH1)=Gal⁡(L/LH2)=H2H_1=\operatorname{Gal}(L/L^{H_1})=\operatorname{Gal}(L/L^{H_2})=H_2.

H ⟼ LH est INJECTIVE\boxed{H\ \longmapsto\ L^H\ \text{est INJECTIVE}}

Et la surjectivité vient de l'autre sens : si MM est intermédiaire, alors L/ML/M est galoisienne (elle hérite de la normalité et de la séparabilité), donc M=LGal⁡(L/M)M=L^{\operatorname{Gal}(L/M)}.

Les deux ensemble donnent la bijection de l'exercice E1.

Une vérification, et une application

Vérification sur Q(2,3)\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3), avec G={id,σ,τ,στ}G=\{\mathrm{id},\sigma,\tau,\sigma\tau\} :

LG=Q,[L:Q]=4=∣G∣ ✓L^G=\mathbb{Q},\qquad [L:\mathbb{Q}]=4=\lvert G\rvert\ \checkmark

Et pour H=⟨σ⟩H=\langle\sigma\rangle d'ordre 22 :

LH=Q(3),[L:Q(3)]=2=∣H∣ ✓L^H=\mathbb{Q}(\sqrt3),\qquad [L:\mathbb{Q}(\sqrt3)]=2=\lvert H\rvert\ \checkmark

Une application remarquable : le lemme permet de construire des extensions galoisiennes à groupe imposé. Partant d'un LL et d'un groupe fini GG d'automorphismes, on obtient automatiquement une extension galoisienne L/LGL/L^G de groupe GG.

👉 C'est ce qui rend abordable le problème inverse de Galois dans certains cas : SnS_n agit sur K(X1,…,Xn)K(X_1,\dots,X_n) en permutant les variables, et le corps fixe est celui des fonctions symétriques. Le lemme donne alors une extension galoisienne de groupe SnS_n — mais sur un corps de fractions, pas sur Q\mathbb{Q}, ce qui laisse le problème ouvert (exercice D6).

Réponse. L/LGL/L^G galoisienne, Gal⁡(L/LG)=G\operatorname{Gal}(L/L^G)=G (lemme d'Artin). (Vérifié machine : corps fixe de GG = ℚ sur ℚ(√2,√3) — E ✓)
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Groupe de Galois d'un corps fini

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que Gal⁡(Fpn/Fp)\operatorname{Gal}(\mathbb{F}_{p^n}/\mathbb{F}_p) est cyclique d'ordre nn, engendré par le Frobenius φ:x↦xp\varphi:x\mapsto x^p.

Indices (3)

φ\varphi est un morphisme de corps (rêve du débutant) fixant Fp\mathbb{F}_p (petit Fermat).

L'ordre de φ\varphi : φk=id  ⟺  xpk=x ∀x  ⟺  pn−1∣pk−1\varphi^k=\mathrm{id}\iff x^{p^k}=x\ \forall x\iff p^n-1\mid p^k-1.

Le plus petit tel kk est nn ; et ∣Gal⁡∣≤n\lvert\operatorname{Gal}\rvert\leq n.

Correction détaillée
L'énoncé, et pourquoi c'est le cas le plus simple
Gal⁡(Fpn/Fp)=⟨φ⟩≃Z/nZ,φ(x)=xp\boxed{\operatorname{Gal}(\mathbb{F}_{p^n}/\mathbb{F}_p)=\langle\varphi\rangle\simeq\mathbb{Z}/n\mathbb{Z},\qquad \varphi(x)=x^p}

Cyclique, engendré par le Frobenius, d'ordre nn. Toujours. Pour aucune autre famille d'extensions la réponse n'est aussi uniforme.

La raison de cette simplicité : Fpn\mathbb{F}_{p^n} est le corps de décomposition de Xpn−XX^{p^n}-X, dont la structure ne dépend que de pp et nn — pas d'un choix de polynôme.

Étape 1 — Le Frobenius est un automorphisme

φ(x)=xp\varphi(x)=x^p est additif grâce au « rêve du débutant » :

(a+b)p=ap+bp(a+b)^p=a^p+b^p

car (pk)\binom pk est divisible par pp pour 1≤k≤p−11\leq k\leq p-1 (pp premier).

Multiplicatif : (ab)p=apbp(ab)^p=a^pb^p par commutativité.

Bijectif : injectif car un morphisme de corps l'est toujours, puis surjectif par finitude.

Il fixe Fp\mathbb{F}_p : ap=aa^p=a pour a∈Fpa\in\mathbb{F}_p, c'est le petit théorème de Fermat.

φ∈Gal⁡(Fpn/Fp)\varphi\in\operatorname{Gal}(\mathbb{F}_{p^n}/\mathbb{F}_p)
Étape 2 — Son ordre est exactement $n$

L'ordre divise nn : pour tout x∈Fpnx\in\mathbb{F}_{p^n}, on a xpn=xx^{p^n}=x, donc

φ n(x)=xpn=x ⟹ φ n=id\varphi^{\,n}(x)=x^{p^n}=x\ \Longrightarrow\ \varphi^{\,n}=\mathrm{id}

Il ne peut pas être plus petit. Si φ d=id\varphi^{\,d}=\mathrm{id} avec d<nd<n, alors xpd=xx^{p^d}=x pour les pnp^n éléments du corps. Le polynôme Xpd−XX^{p^d}-X, de degré pdp^d, aurait donc pnp^n racines :

pd<pn— impossiblep^{d}<p^{n}\qquad\text{— impossible}
ord(φ)=n\boxed{\mathrm{ord}(\varphi)=n}

👉 C'est un argument de comptage de racines, exactement comme à l'exercice B1. Un polynôme non nul ne peut pas avoir plus de racines que son degré : c'est le seul outil employé, et il suffit.

Étape 3 — Il n'y a rien d'autre

⟨φ⟩\langle\varphi\rangle a donc nn éléments, et l'exercice B1 donne

∣Gal⁡∣≤[Fpn:Fp]=n\lvert\operatorname{Gal}\rvert\leq[\mathbb{F}_{p^n}:\mathbb{F}_p]=n

L'encadrement se referme :

n≤∣Gal⁡∣≤nn\leq\lvert\operatorname{Gal}\rvert\leq n
Gal⁡(Fpn/Fp)=⟨φ⟩, cyclique d’ordre n\boxed{\operatorname{Gal}(\mathbb{F}_{p^n}/\mathbb{F}_p)=\langle\varphi\rangle,\ \text{cyclique d'ordre } n}

L'extension est donc galoisienne (critère (i)), ce qui était attendu : Fpn\mathbb{F}_{p^n} est le corps de décomposition de Xpn−XX^{p^n}-X, séparable puisque sa dérivée vaut −1-1.

ℹ️ Toute extension de corps finis est galoisienne, et l'hypothèse « fixant Fp\mathbb{F}_p » est superflue : tout automorphisme fixe le sous-corps premier automatiquement.

La correspondance, entièrement explicite

Le groupe étant cyclique d'ordre nn, ses sous-groupes sont en bijection avec les diviseurs de nn :

⟨φ d⟩ d’ordre nd ⟷ Fpd\langle\varphi^{\,d}\rangle\ \text{d'ordre } \frac nd\ \longleftrightarrow\ \mathbb{F}_{p^{d}}
sous-corps de Fpn ⟷ diviseurs de n\boxed{\text{sous-corps de }\mathbb{F}_{p^n}\ \longleftrightarrow\ \text{diviseurs de } n}

Sur F26\mathbb{F}_{2^6}, où n=6n=6 :

sous-groupeordrecorps fixe{id}1F64⟨φ3⟩2F8⟨φ2⟩3F4⟨φ⟩6F2\begin{array}{ccc} \text{sous-groupe} & \text{ordre} & \text{corps fixe}\\\hline \{\mathrm{id}\} & 1 & \mathbb{F}_{64}\\ \langle\varphi^3\rangle & 2 & \mathbb{F}_{8}\\ \langle\varphi^2\rangle & 3 & \mathbb{F}_{4}\\ \langle\varphi\rangle & 6 & \mathbb{F}_{2} \end{array}

👉 Tout est abélien, donc toutes les sous-extensions sont galoisiennes (exercice E4). C'est le contraste maximal avec S3S_3 (exercice E5), où la non-commutativité crée des corps intermédiaires non galoisiens.

Le contraste avec Q\mathbb{Q} : sur les corps finis, Gal⁡\operatorname{Gal} est toujours cyclique ; sur Q\mathbb{Q}, il peut être n'importe quel groupe fini connu — et savoir s'il peut être tous est le problème inverse de Galois, ouvert (exercice D6).

Réponse. Gal⁡(Fpn/Fp)=⟨φ⟩≅Z/nZ\operatorname{Gal}(\mathbb{F}_{p^n}/\mathbb{F}_p)=\langle\varphi\rangle\cong\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} (Frobenius). (Vérifié machine : ordre du Frobenius = n — B6 ✓ ; recoupe Corps finis)
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Théorème fondamental de la correspondance

DémonstrationDifficulté 3/5

Énoncer la correspondance de Galois : pour L/KL/K galoisienne de groupe GG, décrire la bijection entre sous-groupes de GG et corps intermédiaires, et son sens (croissant/décroissant).

Indices (3)

À H≤GH\leq G on associe son corps fixe LHL^H.

À un corps intermédiaire MM on associe Gal⁡(L/M)\operatorname{Gal}(L/M).

Plus HH est gros, plus LHL^H est petit.

Correction détaillée
Le théorème, et pourquoi c'est le sommet du chapitre

Soit L/KL/K galoisienne de groupe GG. Alors

{sous-groupes de G} ⟷ {corps M, K⊆M⊆L}\boxed{\{\text{sous-groupes de } G\}\ \longleftrightarrow\ \{\text{corps } M,\ K\subseteq M\subseteq L\}}

est une bijection, donnée dans les deux sens par

H ⟼ LH={x∈L:σ(x)=x ∀σ∈H}H\ \longmapsto\ L^H=\{x\in L:\sigma(x)=x\ \forall\sigma\in H\}
M ⟼ Gal⁡(L/M)M\ \longmapsto\ \operatorname{Gal}(L/M)

Et elle RENVERSE l'inclusion : plus le groupe est gros, plus il fixe peu de choses, donc plus le corps est petit.

👉 C'est le sommet du chapitre parce que c'est un changement de monde : une question sur des corps — objets infinis, difficiles à énumérer — devient une question sur les sous-groupes d'un groupe fini, qu'on peut lister exhaustivement.

Pourquoi c'est une bijection

Les deux applications sont inverses l'une de l'autre, et chaque sens repose sur un résultat distinct.

Sens H↦LH↦Gal⁡(L/LH)=HH\mapsto L^H\mapsto\operatorname{Gal}(L/L^H)=H : c'est le lemme d'Artin (exercice B5). Il donne [L:LH]=∣H∣[L:L^H]=\lvert H\rvert, d'où l'égalité par encadrement.

Sens M↦Gal⁡(L/M)↦LGal⁡(L/M)=MM\mapsto\operatorname{Gal}(L/M)\mapsto L^{\operatorname{Gal}(L/M)}=M : il faut savoir que L/ML/M est encore galoisienne. C'est vrai : LL est le corps de décomposition d'un P∈K[X]P\in K[X] séparable, et ce même PP, vu dans M[X]M[X], a LL pour corps de décomposition. Le critère (iii) de l'exercice B3 s'applique, donc LGal⁡(L/M)=ML^{\operatorname{Gal}(L/M)}=M par le critère (ii).

les deux composeˊes sont l’identiteˊ\boxed{\text{les deux compos\'ees sont l'identit\'e}}

⚠️ M/KM/K, en revanche, n'a AUCUNE raison d'être galoisienne — c'est exactement l'objet de l'exercice E4, et la source des exemples les plus instructifs.

Le renversement de l'inclusion, et pourquoi il est inévitable
H1⊆H2 ⟹ LH1⊇LH2H_1\subseteq H_2\ \Longrightarrow\ L^{H_1}\supseteq L^{H_2}

La raison tient en une phrase : plus il y a de conditions « σ(x)=x\sigma(x)=x » à satisfaire, moins il y a de xx qui les satisfont toutes.

Les deux extrémités sont les cas limites :

sous-groupe⟷corps{id} (le plus petit)⟷L (le plus grand)G (le plus grand)⟷K (le plus petit)\begin{array}{ccc} \text{sous-groupe} & \longleftrightarrow & \text{corps}\\\hline \{\mathrm{id}\}\ \text{(le plus petit)} & \longleftrightarrow & L\ \text{(le plus grand)}\\ G\ \text{(le plus grand)} & \longleftrightarrow & K\ \text{(le plus petit)} \end{array}

La seconde ligne, LG=KL^G=K, est la définition (ii) d'une extension galoisienne. La correspondance ne fait donc que prolonger cette égalité à tous les niveaux intermédiaires.

👉 Conséquence pratique : le treillis des corps intermédiaires est le treillis des sous-groupes retourné. Dessiner l'un, c'est dessiner l'autre.

Ce que le théorème permet de FAIRE
question sur les corpsdevientcombien de corps intermeˊdiaires ?combien de sous-groupes ?de quel degreˊ ?de quel indice ? (exercice E2)lesquels sont galoisiens ?lesquels sont normaux ? (exercice E4)reˊsoluble par radicaux ?groupe reˊsoluble ? (lot D)\begin{array}{ll} \text{question sur les corps} & \text{devient}\\\hline \text{combien de corps interm\'ediaires ?} & \text{combien de sous-groupes ?}\\ \text{de quel degr\'e ?} & \text{de quel indice ? (exercice E2)}\\ \text{lesquels sont galoisiens ?} & \text{lesquels sont normaux ? (exercice E4)}\\ \text{r\'esoluble par radicaux ?} & \text{groupe r\'esoluble ? (lot D)} \end{array}

Le gain est de nature, pas de degré. Chercher tous les corps entre Q\mathbb{Q} et Q(2,3)\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3) « à la main » est un problème sans méthode ; lister les sous-groupes d'un groupe à 44 éléments est un exercice de première année qu'on termine en trois lignes (exercice E3).

fini⟷infini : c’est tout le beˊneˊfice\boxed{\text{fini} \longleftrightarrow \text{infini : c'est tout le b\'en\'efice}}
L'hypothèse « galoisienne » n'est pas négociable

Contre-exemple : L=Q(23)L=\mathbb{Q}(\sqrt[3]2), non galoisienne (exercice B2).

sous-groupes de G={id}1corps intermeˊdiaires2 (Q et L)\begin{array}{ll} \text{sous-groupes de } G=\{\mathrm{id}\} & \mathbf{1}\\ \text{corps interm\'ediaires} & \mathbf{2}\ (\mathbb{Q}\ \text{et}\ L) \end{array}

1≠21\neq 2 : aucune bijection ne peut exister.

Le remède est la clôture galoisienne : passer à Q(23,j)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2,j), de groupe S3S_3. On y retrouve 66 sous-groupes et 66 corps intermédiaires, et Q(23)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2) réapparaît comme l'un d'eux — associé à un sous-groupe d'ordre 22, non normal, ce qui explique après coup pourquoi il n'était pas galoisien (exercice E5).

👉 Contrôle systématique avant toute application : compter les automorphismes et comparer au degré. Un seul chiffre, et il décide si tout ce lot s'applique.

Réponse. Bijection décroissante sous-groupes ↔\leftrightarrow corps intermédiaires. (Vérifié machine : 5 ↔ 5 sur ℚ(√2,√3) — E1 ✓)
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Degrés dans la correspondance

DémonstrationDifficulté 3/5

Pour L/KL/K galoisienne de groupe GG et H≤GH\leq G, montrer [L:LH]=∣H∣[L:L^H]=\lvert H\rvert et [LH:K]=[G:H][L^H:K]=[G:H].

Indices (3)

L/LHL/L^H est galoisienne de groupe HH (lemme d'Artin).

Donc [L:LH]=∣H∣[L:L^H]=\lvert H\rvert.

Tour des degrés : [L:K]=[L:LH] [LH:K][L:K]=[L:L^H]\,[L^H:K] et [L:K]=∣G∣[L:K]=\lvert G\rvert.

Correction détaillée
Les deux formules de degré

Pour L/KL/K galoisienne de groupe GG et H≤GH\leq G :

[L:LH]=∣H∣et[LH:K]=[G:H]=∣G∣∣H∣\boxed{[L:L^H]=\lvert H\rvert\qquad\text{et}\qquad [L^H:K]=[G:H]=\frac{\lvert G\rvert}{\lvert H\rvert}}

C'est ce qui rend la correspondance CALCULABLE, et pas seulement vraie. L'exercice E1 dit qu'il y a une bijection ; celui-ci dit où chaque corps se situe dans la tour, sans jamais avoir à décrire ce corps explicitement.

Étape 1 — La première formule est le lemme d'Artin

HH est un groupe fini d'automorphismes de LL, et son corps fixe est LHL^H. Le lemme d'Artin (exercice B5) donne directement

[L:LH]=∣H∣[L:L^H]=\lvert H\rvert

Rien de plus n'est requis : ni que HH soit normal, ni même que L/KL/K soit galoisienne — le lemme part d'un groupe, pas d'une extension.

Étape 2 — La seconde par multiplicativité des degrés

La tour K⊆LH⊆LK\subseteq L^H\subseteq L donne (exercice A2)

[L:K]=[L:LH]⋅[LH:K][L:K]=[L:L^H]\cdot[L^H:K]

Or [L:K]=∣G∣[L:K]=\lvert G\rvert (L/KL/K galoisienne, critère (i)) et [L:LH]=∣H∣[L:L^H]=\lvert H\rvert (étape 1) :

∣G∣=∣H∣⋅[LH:K]\lvert G\rvert=\lvert H\rvert\cdot[L^H:K]
[LH:K]=∣G∣∣H∣=[G:H]\boxed{[L^H:K]=\frac{\lvert G\rvert}{\lvert H\rvert}=[G:H]}

👉 Le degré au-dessus est l'ORDRE, le degré en dessous est l'INDICE. C'est la façon la plus courte de retenir le renversement : HH grand ⟹\Longrightarrow [LH:K][L^H:K] petit ⟹\Longrightarrow LHL^H proche de KK.

La vérification qui doit devenir un réflexe

Les deux degrés se multiplient pour redonner ∣G∣\lvert G\rvert :

[LH:K]⏟[G:H]×[L:LH]⏟∣H∣=∣G∣∣H∣×∣H∣=∣G∣=[L:K]\underbrace{[L^H:K]}_{[G:H]}\times\underbrace{[L:L^H]}_{\lvert H\rvert}=\frac{\lvert G\rvert}{\lvert H\rvert}\times\lvert H\rvert=\lvert G\rvert=[L:K]

Sur Q(2,3)\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3), avec ∣G∣=4\lvert G\rvert=4 et H=⟨σ⟩H=\langle\sigma\rangle d'ordre 22 :

[LH:Q]=42=2,[L:LH]=2,2×2=4 ✓[L^H:\mathbb{Q}]=\frac42=2,\qquad [L:L^H]=2,\qquad 2\times 2=4\ \checkmark

Et l'on sait ainsi que L⟨σ⟩L^{\langle\sigma\rangle} est un corps quadratique — avant même de savoir que c'est Q(3)\mathbb{Q}(\sqrt3).

👉 C'est le mode d'emploi normal : le degré vient du groupe, l'identification du corps vient ensuite, en cherchant ce qui est invariant.

Trois conséquences immédiates

1. Le théorème de Lagrange devient un théorème sur les corps. ∣H∣\lvert H\rvert divise ∣G∣\lvert G\rvert, donc

[LH:K] divise toujours [L:K][L^H:K]\ \text{divise toujours}\ [L:K]

2. Un groupe d'ordre premier n'a pas de corps intermédiaire. Si ∣G∣=p\lvert G\rvert=p, ses seuls sous-groupes sont {id}\{\mathrm{id}\} et GG, donc les seuls corps sont LL et KK : l'extension est sans étage.

3. Un sous-groupe d'indice 22 donne un corps quadratique. Sur S3S_3, A3A_3 est d'indice 22 et son corps fixe est Q(j)\mathbb{Q}(j) (exercice E5).

G∣H∣[LH:K]exemple(Z/2)222Q(3)S332Q(j)S323Q(23)Z/422un seul eˊtage\begin{array}{lccc} G & \lvert H\rvert & [L^H:K] & \text{exemple}\\\hline (\mathbb{Z}/2)^2 & 2 & 2 & \mathbb{Q}(\sqrt3)\\ S_3 & 3 & 2 & \mathbb{Q}(j)\\ S_3 & 2 & 3 & \mathbb{Q}(\sqrt[3]2)\\ \mathbb{Z}/4 & 2 & 2 & \text{un seul \'etage} \end{array}

La troisième ligne mérite un regard : un sous-groupe d'ordre 22 dans S3S_3 donne un corps de degré 33 — c'est bien Q(23)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2), dont on sait qu'il n'est pas galoisien. Le degré ne dit rien de la normalité ; c'est l'exercice E4 qui s'en charge.

Réponse. [L:LH]=∣H∣[L:L^H]=\lvert H\rvert, [LH:K]=[G:H][L^H:K]=[G:H]. (Vérifié machine : ∣H∣⋅[LH:Q]=4\lvert H\rvert\cdot[L^H:\mathbb{Q}]=4 — E2 ✓)
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La correspondance sur Q(√2,√3)

CalculDifficulté 3/5

Pour L=Q(2,3)L=\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3), G≅(Z/2)2G\cong(\mathbb{Z}/2)^2, lister les 55 sous-groupes et leurs corps fixes, avec les degrés.

Indices (3)

G={id,σ,τ,στ}G=\{\mathrm{id},\sigma,\tau,\sigma\tau\} (σ:2↦−2\sigma:\sqrt2\mapsto-\sqrt2, τ:3↦−3\tau:\sqrt3\mapsto-\sqrt3).

Sous-groupes : {id}\{\mathrm{id}\}, ⟨σ⟩\langle\sigma\rangle, ⟨τ⟩\langle\tau\rangle, ⟨στ⟩\langle\sigma\tau\rangle, GG.

σ\sigma fixe 3\sqrt3 ; τ\tau fixe 2\sqrt2 ; στ\sigma\tau fixe 6\sqrt6.

Correction détaillée
Le treillis complet, en un tableau

L=Q(2,3)L=\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3), G={id,σ,τ,στ}≃(Z/2)2G=\{\mathrm{id},\sigma,\tau,\sigma\tau\}\simeq(\mathbb{Z}/2)^2 (exercice B4). Cinq sous-groupes, cinq corps :

H∣H∣[LH:Q]LH{id}14Q(2,3)=L⟨σ⟩22Q(3)⟨τ⟩22Q(2)⟨στ⟩22Q(6)G41Q\begin{array}{lccl} H & \lvert H\rvert & [L^H:\mathbb{Q}] & L^H\\\hline \{\mathrm{id}\} & 1 & 4 & \mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3)=L\\ \langle\sigma\rangle & 2 & 2 & \mathbb{Q}(\sqrt3)\\ \langle\tau\rangle & 2 & 2 & \mathbb{Q}(\sqrt2)\\ \langle\sigma\tau\rangle & 2 & 2 & \mathbb{Q}(\sqrt6)\\ G & 4 & 1 & \mathbb{Q} \end{array}

C'est l'exemple canonique : assez petit pour être écrit en entier, assez riche pour montrer trois corps intermédiaires — dont un auquel personne ne pense.

Étape 1 — Les cinq sous-groupes, et pourquoi il n'y en a pas d'autre

Dans (Z/2)2(\mathbb{Z}/2)^2, tout élément non trivial est d'ordre 22. Un sous-groupe propre non trivial a donc un ordre divisant 44 et différent de 11 et 44 : il est d'ordre 22, donc engendré par un unique élément non trivial.

Il y a exactement 33 éléments non triviaux, donc 33 sous-groupes d'ordre 22 :

⟨σ⟩,⟨τ⟩,⟨στ⟩\langle\sigma\rangle,\qquad\langle\tau\rangle,\qquad\langle\sigma\tau\rangle

Avec {id}\{\mathrm{id}\} et GG, cela fait 55, et c'est complet.

⚠️ Le contraste avec Z/4Z\mathbb{Z}/4\mathbb{Z} — même ordre, treillis différent : Z/4\mathbb{Z}/4 n'a qu'un sous-groupe d'ordre 22 (engendré par 22), donc un seul corps intermédiaire. Deux groupes d'ordre 44, deux géométries de tour.

Étape 2 — Identifier chaque corps fixe

Méthode générale : chercher ce que HH laisse invariant, en écrivant un élément quelconque de LL dans la base {1,2,3,6}\{1,\sqrt2,\sqrt3,\sqrt6\} (exercice A2) :

x=a+b2+c3+d6x=a+b\sqrt2+c\sqrt3+d\sqrt6

Pour ⟨σ⟩\langle\sigma\rangle (2↦−2\sqrt2\mapsto-\sqrt2, 3\sqrt3 fixe, donc 6↦−6\sqrt6\mapsto-\sqrt6) :

σ(x)=a−b2+c3−d6\sigma(x)=a-b\sqrt2+c\sqrt3-d\sqrt6
σ(x)=x  ⟺  b=−b et d=−d  ⟺  b=d=0\sigma(x)=x\iff b=-b\ \text{et}\ d=-d\iff b=d=0
L⟨σ⟩={a+c3}=Q(3) ✓L^{\langle\sigma\rangle}=\{a+c\sqrt3\}=\mathbb{Q}(\sqrt3)\ \checkmark

Pour ⟨στ⟩\langle\sigma\tau\rangle (2↦−2\sqrt2\mapsto-\sqrt2 ET 3↦−3\sqrt3\mapsto-\sqrt3, donc 6↦+6\sqrt6\mapsto+\sqrt6) :

στ(x)=a−b2−c3+d6\sigma\tau(x)=a-b\sqrt2-c\sqrt3+d\sqrt6
στ(x)=x  ⟺  b=c=0 ⟹ L⟨στ⟩=Q(6)\sigma\tau(x)=x\iff b=c=0\ \Longrightarrow\ L^{\langle\sigma\tau\rangle}=\mathbb{Q}(\sqrt6)

👉 Q(6)\mathbb{Q}(\sqrt6) est le corps qu'on oublie, et c'est le plus instructif : il ne contient ni 2\sqrt2 ni 3\sqrt3, mais leur produit. Le calcul le fait apparaître tout seul, là où l'intuition l'aurait manqué.

Étape 3 — Les contrôles

Contrôle par les degrés (exercice E2) : chaque sous-groupe d'ordre 22 donne bien un corps de degré 4/2=24/2=2 ✓ et l'on retrouve trois corps quadratiques.

Contrôle par la complétude : les trois corps quadratiques sont distincts, car 2,3,6\sqrt2,\sqrt3,\sqrt6 sont deux à deux non proportionnels sur Q\mathbb{Q}. Et il n'y en a pas d'autre : la correspondance étant une bijection, 55 sous-groupes donnent exactement 55 corps.

aucun autre corps quadratique n’est cacheˊ dans L\boxed{\text{aucun autre corps quadratique n'est cach\'e dans } L}

C'est le résultat le plus fort du calcul, et il serait très difficile à obtenir directement : montrer « à la main » qu'il n'existe pas de 7\sqrt7 ni de 10\sqrt{10} dans LL demanderait un argument par cas ; ici c'est une conséquence de la bijection.

Le treillis, et pourquoi tout est galoisien
L↙↓↘Q(2)Q(3)Q(6)↘↓↙Q\begin{array}{ccccc} & & L & & \\ & \swarrow & \downarrow & \searrow & \\ \mathbb{Q}(\sqrt2) & & \mathbb{Q}(\sqrt3) & & \mathbb{Q}(\sqrt6)\\ & \searrow & \downarrow & \swarrow & \\ & & \mathbb{Q} & & \end{array}

GG est abélien, donc TOUS ses sous-groupes sont normaux (la conjugaison y est triviale). Par l'exercice E4 :

les cinq corps sont galoisiens sur Q\boxed{\text{les cinq corps sont galoisiens sur } \mathbb{Q}}

Et l'on peut nommer les quotients : G/⟨σ⟩≃Z/2G/\langle\sigma\rangle\simeq\mathbb{Z}/2, ce qui redonne Gal⁡(Q(3)/Q)≃Z/2\operatorname{Gal}(\mathbb{Q}(\sqrt3)/\mathbb{Q})\simeq\mathbb{Z}/2 ✓

👉 C'est le contraste à retenir avec l'exercice E5 : sur S3S_3, non abélien, trois des six corps ne sont pas galoisiens. La commutativité du groupe est exactement ce qui rend le treillis « uniformément galoisien ».

Réponse. 55 sous-groupes ↔ {Q,Q(2),Q(3),Q(6),L}\{\mathbb{Q},\mathbb{Q}(\sqrt2),\mathbb{Q}(\sqrt3),\mathbb{Q}(\sqrt6),L\}. (Vérifié machine : bijection 5↔5 — E1/E3 ✓)
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Normalité et sous-extensions galoisiennes

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que dans la correspondance, LH/KL^H/K est galoisienne si et seulement si H◃GH\triangleleft G, et qu'alors Gal⁡(LH/K)≅G/H\operatorname{Gal}(L^H/K)\cong G/H.

Indices (3)

σ∈G\sigma\in G envoie LHL^H sur LσHσ−1L^{\sigma H\sigma^{-1}}.

LHL^H stable par tout GG   ⟺  σHσ−1=H\iff\sigma H\sigma^{-1}=H   ⟺  H\iff H normal.

La restriction G→Gal⁡(LH/K)G\to\operatorname{Gal}(L^H/K) a pour noyau HH.

Correction détaillée
L'équivalence, et pourquoi elle est le vrai théorème
LH/K est galoisienne  ⟺  H◃G, et alors Gal⁡(LH/K)≃G/H\boxed{L^H/K\ \text{est galoisienne}\iff H\triangleleft G,\ \text{et alors}\ \operatorname{Gal}(L^H/K)\simeq G/H}

C'est le deuxième étage de la correspondance, et c'est celui qui donne un sens concret à la notion de sous-groupe normal : un mot d'algèbre abstraite devient une propriété observable des corps.

sous-groupe normal⟷ sous-extension galoisiennegroupe quotient G/H⟷ son groupe de Galois\begin{array}{ll} \text{sous-groupe normal} & \longleftrightarrow\ \text{sous-extension galoisienne}\\ \text{groupe quotient } G/H & \longleftrightarrow\ \text{son groupe de Galois} \end{array}
Étape 1 — Le mécanisme : conjuguer un automorphisme

Le calcul central du théorème. Pour σ∈G\sigma\in G, on a

σ(LH)=LσHσ−1\boxed{\sigma(L^H)=L^{\sigma H\sigma^{-1}}}

Preuve, en deux lignes. Soit x∈LHx\in L^H et τ∈σHσ−1\tau\in\sigma H\sigma^{-1}, disons τ=σhσ−1\tau=\sigma h\sigma^{-1} avec h∈Hh\in H. Alors

τ(σ(x))=σhσ−1σ(x)=σ(h(x))=σ(x)\tau\big(\sigma(x)\big)=\sigma h\sigma^{-1}\sigma(x)=\sigma\big(h(x)\big)=\sigma(x)

puisque h(x)=xh(x)=x. Donc σ(x)∈LσHσ−1\sigma(x)\in L^{\sigma H\sigma^{-1}}, et l'inclusion réciproque s'obtient en appliquant le même argument à σ−1\sigma^{-1}.

👉 Toute l'équivalence est déjà là. Conjuguer le groupe revient à déplacer le corps ; HH est normal exactement quand ce déplacement ne bouge rien.

Étape 2 — Le sens « normal $\Longrightarrow$ galoisienne »

Si H◃GH\triangleleft G, alors σHσ−1=H\sigma H\sigma^{-1}=H pour tout σ\sigma, donc

σ(LH)=LHpour tout σ∈G\sigma(L^H)=L^H\qquad\text{pour tout } \sigma\in G

Chaque σ∈G\sigma\in G se restreint donc en un KK-automorphisme de LHL^H. On obtient un morphisme de groupes

ρ: G ⟶ Gal⁡(LH/K),σ⟼σ∣LH\rho:\ G\ \longrightarrow\ \operatorname{Gal}(L^H/K),\qquad \sigma\longmapsto\sigma_{\vert L^H}

Son noyau est HH : σ\sigma se restreint en l'identité de LHL^H exactement quand σ\sigma fixe LHL^H point par point, c'est-à-dire quand σ∈Gal⁡(L/LH)=H\sigma\in\operatorname{Gal}(L/L^H)=H (lemme d'Artin).

Par le premier théorème d'isomorphisme :

G/H ↪ Gal⁡(LH/K)G/H\ \hookrightarrow\ \operatorname{Gal}(L^H/K)

Et c'est une égalité par comptage : ∣G/H∣=[G:H]=[LH:K]\lvert G/H\rvert=[G:H]=[L^H:K] (exercice E2), donc le groupe de Galois atteint le degré — critère (i) :

Gal⁡(LH/K)≃G/H, et LH/K est galoisienne\boxed{\operatorname{Gal}(L^H/K)\simeq G/H,\ \text{et } L^H/K \text{ est galoisienne}}
Étape 3 — Le sens réciproque

Supposons LH/KL^H/K galoisienne, c'est-à-dire normale : elle contient toutes les racines des polynômes minimaux de ses éléments.

Pour σ∈G\sigma\in G et x∈LHx\in L^H, σ(x)\sigma(x) est un conjugué de xx (exercice B1), donc σ(x)∈LH\sigma(x)\in L^H par normalité. D'où σ(LH)⊆LH\sigma(L^H)\subseteq L^H, et l'égalité par dimension finie.

L'étape 1 donne alors

LσHσ−1=σ(LH)=LHL^{\sigma H\sigma^{-1}}=\sigma(L^H)=L^H

et la correspondance étant injective (exercice B5), on remonte aux groupes :

σHσ−1=Hpour tout σ∈G\sigma H\sigma^{-1}=H\qquad\text{pour tout }\sigma\in G
H◃G\boxed{H\triangleleft G}

👉 C'est ici que l'injectivité de la correspondance sert vraiment : sans elle, l'égalité des corps fixes ne permettrait pas de conclure à l'égalité des groupes.

L'exemple qui fait tout comprendre

L=Q(23,j)L=\mathbb{Q}(\sqrt[3]2,j), G≃S3G\simeq S_3, et H=⟨σ⟩H=\langle\sigma\rangle d'ordre 22, de corps fixe Q(23)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2).

HH n'est PAS normal dans S3S_3 : les trois sous-groupes d'ordre 22 y sont conjugués entre eux. Conjuguer HH déplace donc le corps fixe :

Q(23) ⟶ Q(j23) ⟶ Q(j223)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2)\ \longrightarrow\ \mathbb{Q}(j\sqrt[3]2)\ \longrightarrow\ \mathbb{Q}(j^2\sqrt[3]2)

Ces trois corps sont les trois corps de rupture de X3−2X^3-2, distincts et isomorphes — l'image exacte, du côté des corps, de la conjugaison des trois sous-groupes.

Q(23)/Q n’est pas galoisienne ✓\mathbb{Q}(\sqrt[3]2)/\mathbb{Q}\ \text{n'est pas galoisienne}\ \checkmark

ce qu'on savait déjà par le comptage direct de l'exercice B2 — mais on en a maintenant la RAISON structurelle, et non plus seulement le constat.

À l'inverse, A3A_3 est normal (d'indice 22, donc automatiquement normal), et son corps fixe Q(j)\mathbb{Q}(j) est bien galoisien, de groupe

Gal⁡(Q(j)/Q)≃S3/A3≃Z/2 ✓\operatorname{Gal}(\mathbb{Q}(j)/\mathbb{Q})\simeq S_3/A_3\simeq\mathbb{Z}/2\ \checkmark
Réponse. LH/KL^H/K galoisienne   ⟺  H◃G\iff H\triangleleft G, et Gal⁡(LH/K)≅G/H\operatorname{Gal}(L^H/K)\cong G/H. (Vérifié machine : A₃◁S₃ — E4 ✓ ; recoupe Groupes)
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Correspondance pour x³−2 (groupe S₃)

CalculDifficulté 3/5

Pour L=Q(23,j)L=\mathbb{Q}(\sqrt[3]2,j) (Gal⁡≅S3\operatorname{Gal}\cong S_3, ordre 66), dire quels corps intermédiaires sont galoisiens sur Q\mathbb{Q}, en utilisant la normalité des sous-groupes de S3S_3.

Indices (3)

S3S_3 a : {id}\{\mathrm{id}\}, trois sous-groupes d'ordre 22, un d'ordre 33 (A3A_3), S3S_3.

A3◃S3A_3\triangleleft S_3 ; les trois d'ordre 22 ne sont PAS normaux.

LA3=Q(j)L^{A_3}=\mathbb{Q}(j) (degré 22).

Correction détaillée
Le résultat : trois corps galoisiens sur six

L=Q(23,j)L=\mathbb{Q}(\sqrt[3]2,j), corps de décomposition de X3−2X^3-2, avec [L:Q]=6[L:\mathbb{Q}]=6 et G≃S3G\simeq S_3.

H∣H∣LH[LH:Q]galoisien ?{id}1L6OUI⟨τ1⟩2Q(23)3non⟨τ2⟩2Q(j23)3non⟨τ3⟩2Q(j223)3nonA33Q(j)2OUIS36Q1OUI\begin{array}{lcccl} H & \lvert H\rvert & L^H & [L^H:\mathbb{Q}] & \text{galoisien ?}\\\hline \{\mathrm{id}\} & 1 & L & 6 & \textbf{OUI}\\ \langle\tau_1\rangle & 2 & \mathbb{Q}(\sqrt[3]2) & 3 & \text{non}\\ \langle\tau_2\rangle & 2 & \mathbb{Q}(j\sqrt[3]2) & 3 & \text{non}\\ \langle\tau_3\rangle & 2 & \mathbb{Q}(j^2\sqrt[3]2) & 3 & \text{non}\\ A_3 & 3 & \mathbb{Q}(j) & 2 & \textbf{OUI}\\ S_3 & 6 & \mathbb{Q} & 1 & \textbf{OUI} \end{array}

Six sous-groupes, six corps, trois seulement galoisiens — c'est l'exemple le plus instructif du chapitre, précisément parce qu'il n'est pas uniforme.

Étape 1 — Les six sous-groupes de $S_3$

S3S_3 a 66 éléments : l'identité, 33 transpositions (ordre 22), 22 33-cycles (ordre 33).

Par Lagrange, un sous-groupe a pour ordre 11, 22, 33 ou 66 :

ordre 1{id} — un seulordre 2engendreˊ par une transposition — 3ordre 3engendreˊ par un 3-cycle — 1 (=A3, les deux 3-cycles l’engendrent)ordre 6S3 — un seul\begin{array}{ll} \text{ordre } 1 & \{\mathrm{id}\}\ \text{— un seul}\\ \text{ordre } 2 & \text{engendr\'e par une transposition — } \mathbf{3}\\ \text{ordre } 3 & \text{engendr\'e par un } 3\text{-cycle — } \mathbf{1}\ (=A_3,\ \text{les deux } 3\text{-cycles l'engendrent}) \\ \text{ordre } 6 & S_3\ \text{— un seul} \end{array}

Total : 66 sous-groupes ✓ — vérifié par énumération exhaustive des parties stables.

Étape 2 — Lesquels sont normaux

Le contrôle est la conjugaison : H◃GH\triangleleft G signifie gHg−1=HgHg^{-1}=H pour tout gg.

{id}normal (toujours)⟨(1 2)⟩NON:(1 3)(1 2)(1 3)−1=(2 3)∉HA3normal (indice 2)S3normal (toujours)\begin{array}{ll} \{\mathrm{id}\} & \textbf{normal}\ \text{(toujours)}\\ \langle(1\,2)\rangle & \textbf{NON} : (1\,3)(1\,2)(1\,3)^{-1}=(2\,3)\notin H\\ A_3 & \textbf{normal}\ \text{(indice } 2)\\ S_3 & \textbf{normal}\ \text{(toujours)} \end{array}

La ligne 2 est le calcul à faire soi-même : conjuguer la transposition (1 2)(1\,2) par (1 3)(1\,3) donne (2 3)(2\,3), qui n'est pas dans ⟨(1 2)⟩\langle(1\,2)\rangle. Les trois sous-groupes d'ordre 22 sont donc conjugués entre eux, aucun n'est normal.

Pourquoi un sous-groupe d'indice 22 est toujours normal : il n'y a que deux classes, HH et son complémentaire, à gauche comme à droite — donc gH=HggH=Hg forcément.

3 normaux : {id}, A3, S3\boxed{3\ \text{normaux :}\ \{\mathrm{id}\},\ A_3,\ S_3}
Étape 3 — La traduction en corps

Par l'exercice E4, normal   ⟺  \iff galoisien :

A3A_3 normal ⟹\Longrightarrow Q(j)/Q\mathbb{Q}(j)/\mathbb{Q} galoisienne, de groupe

Gal⁡(Q(j)/Q)≃S3/A3≃Z/2 ✓\operatorname{Gal}(\mathbb{Q}(j)/\mathbb{Q})\simeq S_3/A_3\simeq\mathbb{Z}/2\ \checkmark

ce qui se vérifie directement : Q(j)\mathbb{Q}(j) est de degré 22, donc galoisienne (exercice B2), et l'automorphisme non trivial est la conjugaison complexe, j↦j2=jˉj\mapsto j^2=\bar j.

⟨τ1⟩\langle\tau_1\rangle non normal ⟹\Longrightarrow Q(23)/Q\mathbb{Q}(\sqrt[3]2)/\mathbb{Q} non galoisienne ✓ — ce que l'exercice B2 avait établi par comptage.

👉 Les deux méthodes concordent, et c'est ce qui valide la table. Mais elles ne donnent pas la même chose : le comptage constate, la normalité explique.

Ce que cet exemple enseigne

1. La non-normalité se VOIT dans les corps. Les trois corps de degré 33 sont distincts et isomorphes entre eux — image exacte de la conjugaison des trois sous-groupes (exercice E4, étape 1). Un automorphisme de LL les permute.

2. « Corps de rupture » et « corps de décomposition » se séparent ici. Q(23)\mathbb{Q}(\sqrt[3]2) contient une racine de X3−2X^3-2 ; il faut LL pour les avoir toutes.

3. Un corps intermédiaire peut être galoisien sur Q\mathbb{Q} ou pas, mais LL est TOUJOURS galoisien sur lui :

L/Q(23) est galoisienne de groupe ⟨τ1⟩≃Z/2L/\mathbb{Q}(\sqrt[3]2)\ \text{est galoisienne de groupe}\ \langle\tau_1\rangle\simeq\mathbb{Z}/2

C'est le sens M↦Gal⁡(L/M)M\mapsto\operatorname{Gal}(L/M) de l'exercice E1, qui ne demande aucune normalité. La normalité ne concerne que l'étage du BAS.

L/Mtoujours galoisienneM/Kgaloisienne  ⟺  H◃G\begin{array}{ll} L/M & \text{toujours galoisienne}\\ M/K & \text{galoisienne} \iff H \triangleleft G \end{array}

4. Et c'est le premier pas vers le lot D : la chaîne {id}◃A3◃S3\{\mathrm{id}\}\triangleleft A_3\triangleleft S_3, à quotients Z/3\mathbb{Z}/3 et Z/2\mathbb{Z}/2 abéliens, dit que S3S_3 est résoluble — donc que X3−2X^3-2 est résoluble par radicaux, ce que la formule de Cardan confirme.

Réponse. Q(j)\mathbb{Q}(j) galoisienne (A₃◁S₃) ; les 33 corps cubiques non galoisiens. (Vérifié machine : A₃◁S₃, transpositions non normales — E4 ✓)
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Extensions cyclotomiques

CalculDifficulté 3/5

Montrer que Gal⁡(Q(ζn)/Q)≅(Z/nZ)×\operatorname{Gal}(\mathbb{Q}(\zeta_n)/\mathbb{Q})\cong(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})^\times, d'ordre φ(n)\varphi(n). Donner l'ordre pour n=5,8,12n=5,8,12.

Indices (3)

Un automorphisme envoie ζn\zeta_n sur une autre racine primitive ζnk\zeta_n^k.

ζnk\zeta_n^k primitive   ⟺  gcd⁡(k,n)=1\iff\gcd(k,n)=1.

σk∘σl=σkl\sigma_k\circ\sigma_l=\sigma_{kl} : isomorphisme avec (Z/n)×(\mathbb{Z}/n)^\times.

Correction détaillée
Le théorème, et l'ordre pour trois valeurs de $n$
Gal⁡(Q(ζn)/Q) ≃ (Z/nZ)×,d’ordre φ(n)\boxed{\operatorname{Gal}\big(\mathbb{Q}(\zeta_n)/\mathbb{Q}\big)\ \simeq\ (\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})^\times,\qquad \text{d'ordre } \varphi(n)}
nφ(n)(Z/n)×cyclique ?54{1,2,3,4}OUI, ≃Z/484{1,3,5,7}NON, ≃(Z/2)2124{1,5,7,11}NON, ≃(Z/2)2\begin{array}{lccl} n & \varphi(n) & (\mathbb{Z}/n)^\times & \text{cyclique ?}\\\hline 5 & 4 & \{1,2,3,4\} & \textbf{OUI},\ \simeq\mathbb{Z}/4\\ 8 & 4 & \{1,3,5,7\} & \textbf{NON},\ \simeq(\mathbb{Z}/2)^2\\ 12 & 4 & \{1,5,7,11\} & \textbf{NON},\ \simeq(\mathbb{Z}/2)^2 \end{array}

Trois fois l'ordre 44, deux structures différentes — c'est exactement ce qui rend l'exemple utile : l'ordre ne détermine pas le groupe.

Ces extensions sont abéliennes, donc toutes leurs sous-extensions sont galoisiennes (exercice E4).

Étape 1 — Construire le morphisme

ζn=e2iπ/n\zeta_n=e^{2i\pi/n} est une racine primitive nn-ième de l'unité, et Q(ζn)\mathbb{Q}(\zeta_n) est le corps de décomposition de Xn−1X^n-1 : toutes les racines sont les ζnk\zeta_n^k, donc toutes dans le corps. L'extension est galoisienne.

Un automorphisme σ\sigma envoie ζn\zeta_n sur une racine primitive — il préserve l'ordre multiplicatif — donc

σ(ζn)=ζn kavec gcd⁡(k,n)=1\sigma(\zeta_n)=\zeta_n^{\,k}\qquad\text{avec}\ \gcd(k,n)=1

On pose χ(σ)=k mod n\chi(\sigma)=k\bmod n. C'est un morphisme de groupes :

σσ′(ζn)=σ(ζn k′)=(ζn k)k′=ζn kk′\sigma\sigma'(\zeta_n)=\sigma(\zeta_n^{\,k'})=\big(\zeta_n^{\,k}\big)^{k'}=\zeta_n^{\,kk'}
χ(σσ′)=χ(σ)χ(σ′)\chi(\sigma\sigma')=\chi(\sigma)\chi(\sigma')

Injectif : si k=1k=1 alors σ\sigma fixe ζn\zeta_n, donc tout le corps qu'il engendre.

Gal⁡ ↪ (Z/nZ)×\operatorname{Gal}\ \hookrightarrow\ (\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})^\times
Étape 2 — La surjectivité, et où est la difficulté
∣Gal⁡∣=[Q(ζn):Q]=deg⁡Φn=φ(n)=∣(Z/n)×∣\lvert\operatorname{Gal}\rvert=[\mathbb{Q}(\zeta_n):\mathbb{Q}]=\deg\Phi_n=\varphi(n)=\lvert(\mathbb{Z}/n)^\times\rvert

un morphisme injectif entre ensembles finis de même cardinal est bijectif.

Gal⁡(Q(ζn)/Q)≃(Z/n)×\boxed{\operatorname{Gal}(\mathbb{Q}(\zeta_n)/\mathbb{Q})\simeq(\mathbb{Z}/n)^\times}

⚠️ Toute la difficulté est concentrée dans une seule égalité : [Q(ζn):Q]=φ(n)[\mathbb{Q}(\zeta_n):\mathbb{Q}]=\varphi(n), c'est-à-dire l'irréductibilité de Φn\Phi_n sur Q\mathbb{Q}.

Ce n'est pas gratuit. Pour n=pn=p premier, le critère d'Eisenstein appliqué à Φp(X+1)\Phi_p(X+1) conclut ; pour nn quelconque, la preuve est nettement plus délicate, et l'on admet le résultat ici.

👉 Sans lui, on n'aurait qu'une injection — donc une majoration du degré, et pas le théorème.

Étape 3 — Les trois cas, calculés

n=5n=5. Φ5=X4+X3+X2+X+1\Phi_5=X^4+X^3+X^2+X+1, φ(5)=4\varphi(5)=4. Les ordres dans (Z/5)×(\mathbb{Z}/5)^\times :

ord(1)=1,ord(2)=4,ord(3)=4,ord(4)=2\mathrm{ord}(1)=1,\quad \mathrm{ord}(2)=4,\quad \mathrm{ord}(3)=4,\quad \mathrm{ord}(4)=2

22 est d'ordre 44 : le groupe est cyclique, ≃Z/4\simeq\mathbb{Z}/4.

n=8n=8. Φ8=X4+1\Phi_8=X^4+1, φ(8)=4\varphi(8)=4. Les ordres :

32=9≡1,52=25≡1,72=49≡1(mod8)3^2=9\equiv 1,\qquad 5^2=25\equiv 1,\qquad 7^2=49\equiv 1\pmod 8

Tous les éléments non triviaux sont d'ordre 22 : aucun élément d'ordre 44, donc ≃(Z/2)2\simeq(\mathbb{Z}/2)^2, le groupe de Klein.

n=12n=12. Φ12=X4−X2+1\Phi_{12}=X^4-X^2+1, φ(12)=4\varphi(12)=4, et de même

52=25≡1,72=49≡1,112=121≡1(mod12)5^2=25\equiv 1,\qquad 7^2=49\equiv 1,\qquad 11^2=121\equiv 1\pmod{12}

≃(Z/2)2\simeq(\mathbb{Z}/2)^2 également.

Ce que le contraste $n=5$ / $n=8$ enseigne

Le nombre de corps intermédiaires DIFFÈRE, à degré égal :

groupesous-groupes d’ordre 2corps quadratiquesQ(ζ5)Z/411: Q(5)Q(ζ8)(Z/2)233: Q(i), Q(2), Q(i2)\begin{array}{lccl} & \text{groupe} & \text{sous-groupes d'ordre } 2 & \text{corps quadratiques}\\\hline \mathbb{Q}(\zeta_5) & \mathbb{Z}/4 & 1 & \mathbf{1}:\ \mathbb{Q}(\sqrt5)\\ \mathbb{Q}(\zeta_8) & (\mathbb{Z}/2)^2 & 3 & \mathbf{3}:\ \mathbb{Q}(i),\ \mathbb{Q}(\sqrt2),\ \mathbb{Q}(i\sqrt2) \end{array}

Deux extensions de degré 44, deux treillis incomparables. Et cela se lit sur Q(ζ8)\mathbb{Q}(\zeta_8) : ζ8=22(1+i)\zeta_8=\frac{\sqrt2}{2}(1+i), donc le corps contient bien ii et 2\sqrt2 — c'est le Q(2,3)\mathbb{Q}(\sqrt2,\sqrt3) de l'exercice E3, avec ii à la place de 3\sqrt3.

(Z/n)×(\mathbb{Z}/n)^\times est cyclique exactement pour n=1,2,4,pk,2pkn=1,2,4,p^k,2p^k (pp premier impair). Ni 88 ni 1212 n'y sont, ce qui explique les deux « NON ».

👉 Le lien avec la constructibilité (lot C) : le groupe étant abélien, il est résoluble, et par le théorème de Gauss-Wantzel le polygone à nn côtés est constructible dès que φ(n)\varphi(n) est une puissance de 22 — d'où n=17n=17, avec φ(17)=16\varphi(17)=16.

Réponse. Gal⁡(Q(ζn)/Q)≅(Z/nZ)×\operatorname{Gal}(\mathbb{Q}(\zeta_n)/\mathbb{Q})\cong(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})^\times, ordres 4,4,44,4,4. (Vérifié machine — B5/C2 ✓ ; recoupe Arithmétique)
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