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Exercices corrigés — Réduction de Jordan

Algèbre linéaire · 18 exercices-types du palier socle

L2L3Maths ingénieur

Chaque exercice donne l'énoncé, des indices progressifs et la correction rédigée étape par étape. Ouvre les blocs seulement après avoir cherché.

Revoir le cours : Réduction de Jordan Définitions, méthodes et exemples corrigés du chapitre.

Le bloc de Jordan

CalculDifficulté 3/5

Soit J=J3(2)=(210021002)J=J_3(2)=\begin{pmatrix}2&1&0\\0&2&1\\0&0&2\end{pmatrix}. Calculer l'indice de nilpotence de N=J−2IN=J-2I et la dimension du sous-espace propre E2E_2.

Indices (3)

N=J−2IN=J-2I a des 11 sur la surdiagonale.

Calculer N2N^2 puis N3N^3.

E2=ker⁡NE_2=\ker N ; sa dimension =3−rg⁡N=3-\operatorname{rg}N.

Correction détaillée
Ce qu'on cherche, et pourquoi

Un bloc de Jordan J3(2)J_3(2) est une matrice diagonale de 22 à laquelle on a ajouté une diagonale de 11 juste au-dessus. Ces 11 changent tout : ils empêchent la matrice d'être diagonalisable, et ce sont eux qui donnent au bloc sa structure.

Deux nombres décrivent cette structure, et il faut bien les distinguer.

  • L'indice de nilpotence de N=J−2IN=J-2I : le plus petit pp tel que Np=0N^p=0. Il mesure combien de fois on peut appliquer NN avant que tout s'écrase.
  • La dimension de E2=ker⁡(J−2I)E_2=\ker(J-2I), le sous-espace propre : combien de vecteurs propres indépendants la matrice possède réellement pour la valeur propre 22.

L'intuition à garder : NN est une machine à décaler. Elle pousse chaque vecteur de base d'un cran vers la gauche, et le dernier tombe dans le vide.

Étape 1 — Écrire $N$ et regarder ce qu'elle fait
N=J−2I=(010001000)N=J-2I=\begin{pmatrix}0&1&0\\0&0&1\\0&0&0\end{pmatrix}

Lisons-la colonne par colonne, en notant e1,e2,e3e_1,e_2,e_3 la base canonique. La jj-ième colonne de NN donne NejN e_j :

Ne1=0,Ne2=e1,Ne3=e2N e_1=0,\qquad N e_2=e_1,\qquad N e_3=e_2

C'est exactement le décalage annoncé :

e3 ⟼ e2 ⟼ e1 ⟼ 0e_3\ \longmapsto\ e_2\ \longmapsto\ e_1\ \longmapsto\ 0

Cette chaîne est la clé de tout le chapitre. Sa longueur, ici 33, est la taille du bloc.

Étape 2 — L'indice de nilpotence

Calculons les puissances successives, en réutilisant le décalage plutôt qu'en multipliant des matrices à l'aveugle. Appliquer NN deux fois décale de deux crans :

N2e3=Ne2=e1,N2e2=Ne1=0,N2e1=0N^2 e_3=N e_2=e_1,\qquad N^2 e_2=N e_1=0,\qquad N^2 e_1=0

d'où

N2=(001000000) ≠ 0N^2=\begin{pmatrix}0&0&1\\0&0&0\\0&0&0\end{pmatrix}\ \neq\ 0

Trois crans, et il ne reste plus rien : N3e3=Ne1=0N^3 e_3=N e_1=0, et les deux autres étaient déjà nuls. Donc

N3=0,N2≠0 ⟹ p=3N^3=0,\qquad N^2\neq 0\ \Longrightarrow\ \boxed{p=3}

L'indice de nilpotence vaut 33 : c'est la longueur de la chaîne, donc la taille du bloc.

Étape 3 — La dimension du sous-espace propre

E2=ker⁡NE_2=\ker N. Résolvons Nx=0N x=0 avec x=(x1,x2,x3)x=(x_1,x_2,x_3) :

Nx=(x2x30)=0 ⟺ x2=x3=0N x=\begin{pmatrix}x_2\\x_3\\0\end{pmatrix}=0\ \Longleftrightarrow\ x_2=x_3=0

Le noyau est donc {(x1,0,0)}=Vect(e1)\{(x_1,0,0)\}=\mathrm{Vect}(e_1) :

dim⁡E2=1\boxed{\dim E_2=1}

Un seul vecteur propre (à multiple près) pour une valeur propre de multiplicité 33. C'est précisément ce qui empêche la diagonalisation : il faudrait 33 vecteurs propres indépendants pour former une base, on n'en a qu'un.

On peut aussi le lire par le rang : les colonnes 22 et 33 de NN sont e1e_1 et e2e_2, indépendantes, donc rg⁡N=2\operatorname{rg}N=2, et le théorème du rang donne dim⁡ker⁡N=3−2=1\dim\ker N=3-2=1.

Le tableau des rangs, à savoir lire

Toute l'information est dans la suite des rangs de NjN^j :

rg⁡N0=3,rg⁡N1=2,rg⁡N2=1,rg⁡N3=0\operatorname{rg}N^0=3,\quad \operatorname{rg}N^1=2,\quad \operatorname{rg}N^2=1,\quad \operatorname{rg}N^3=0

soit, en dimensions de noyaux : 1,2,31,2,3. Le noyau grandit d'exactement 11 à chaque cran, et met 33 crans à remplir tout l'espace.

Cette régularité — +1+1 à chaque étape — est la signature d'un bloc unique. On verra à l'exercice E1 que si le noyau grandissait de 22 d'un coup, il y aurait deux blocs.

Retenir : indice de nilpotence == taille du plus grand bloc, et dim⁡Eλ=\dim E_\lambda= nombre de blocs. Ici 33 et 11 : un seul bloc, de taille 33.

Réponse. Indice de nilpotence 33 ; dim⁡E2=1\dim E_2=1. (Vérifié machine : (J−2I)3=0(J-2I)^3=0, (J−2I)2≠0(J-2I)^2\neq0, dim⁡E2=1\dim E_2=1 — A1 ✓)
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Endomorphismes nilpotents

DémonstrationDifficulté 3/5

Soit NN un endomorphisme nilpotent (Nm=0N^m=0). Montrer que sa seule valeur propre est 00 et que son polynôme minimal est XpX^p (p=p= indice de nilpotence).

Indices (3)

Si Nv=λvNv=\lambda v avec v≠0v\neq0, itérer NN.

Nmv=λmv=0N^m v=\lambda^m v=0 force λ=0\lambda=0.

μN\mu_N divise XmX^m et Np−1≠0N^{p-1}\neq0.

Correction détaillée
Ce qu'il faut établir

Deux énoncés sur un endomorphisme nilpotent, c'est-à-dire tel que Nm=0N^m=0 pour un certain mm :

  1. sa seule valeur propre est 00 ;
  2. son polynôme minimal est XpX^p, où pp est l'indice de nilpotence (le plus petit exposant qui annule NN).

L'idée pour le premier point : une valeur propre survit aux puissances. Si Nx=λxN x=\lambda x, alors Nmx=λmxN^m x=\lambda^m x — le vecteur xx ne bouge pas, seul le scalaire est élevé à la puissance. Comme Nm=0N^m=0 écrase tout, λm\lambda^m doit être nul.

Étape 1 — La seule valeur propre est $0$

Soit λ\lambda une valeur propre et x≠0x\neq 0 un vecteur propre : Nx=λxN x=\lambda x.

Appliquons NN à répétition. Chaque application fait sortir un facteur λ\lambda :

N2x=N(λx)=λ Nx=λ2x,puis par reˊcurrenceNkx=λkxN^2x=N(\lambda x)=\lambda\,Nx=\lambda^2 x,\qquad\text{puis par récurrence}\qquad N^k x=\lambda^k x

En particulier pour k=mk=m :

0=Nmx=λmx0=N^m x=\lambda^m x

Or x≠0x\neq 0 : un produit λmx\lambda^m x ne peut être nul que si le scalaire l'est. Donc λm=0\lambda^m=0, et dans un corps cela force λ=0\lambda=0.

Réciproquement 00 est valeur propre : si pp est l'indice, Np−1≠0N^{p-1}\neq 0, donc il existe yy avec Np−1y≠0N^{p-1}y\neq 0 ; ce vecteur vérifie N (Np−1y)=Npy=0N\,(N^{p-1}y)=N^p y=0, c'est un vecteur propre pour 00.

Sp⁡(N)={0}\boxed{\operatorname{Sp}(N)=\{0\}}
Étape 2 — Le polynôme minimal

Rappel : μN\mu_N est le polynôme unitaire de plus petit degré qui annule NN, et tout polynôme annulateur est un multiple de μN\mu_N.

XpX^p annule NN par définition de l'indice. Donc μN∣Xp\mu_N\mid X^p, ce qui force μN=Xk\mu_N=X^k pour un k≤pk\leq p — les seuls diviseurs unitaires de XpX^p sont les XkX^k.

Mais XkX^k annule NN signifie Nk=0N^k=0. Par minimalité de pp (c'est le plus petit exposant annulateur), on a k≥pk\geq p. Les deux inégalités donnent k=pk=p :

μN=Xp\boxed{\mu_N=X^p}
Vérification sur un exemple qui tourne

Prenons N=(010001000)N=\begin{pmatrix}0&1&0\\0&0&1\\0&0&0\end{pmatrix}.

N2=(001000000)≠0,N3=0N^2=\begin{pmatrix}0&0&1\\0&0&0\\0&0&0\end{pmatrix}\neq 0,\qquad N^3=0

donc p=3p=3 et μN=X3\mu_N=X^3. Le polynôme caractéristique, lui, est χN=det⁡(XI−N)=X3\chi_N=\det(XI-N)=X^3 (matrice triangulaire à diagonale nulle).

Ici μN=χN\mu_N=\chi_N, mais ce n'est pas toujours le cas. Contre-exemple à retenir :

F=(0100000000010000),χF=X4,μF=X2F=\begin{pmatrix}0&1&0&0\\0&0&0&0\\0&0&0&1\\0&0&0&0\end{pmatrix},\qquad \chi_F=X^4,\qquad \mu_F=X^2

car F2=0F^2=0 directement. Deux blocs de taille 22 : l'indice est la taille du plus grand bloc, pas la dimension de l'espace.

Ce que ces deux résultats disent ensemble

Un nilpotent n'a aucune valeur propre exploitable : son spectre est réduit à 00. Il est donc diagonalisable si et seulement s'il est nul — car s'il était semblable à une diagonale, cette diagonale ne porterait que des 00, donc serait la matrice nulle, et une matrice semblable à 00 est 00.

N nilpotent diagonalisable ⟺ N=0N \text{ nilpotent diagonalisable}\ \Longleftrightarrow\ N=0

C'est pour cela que les nilpotents non nuls sont l'obstruction pure à la diagonalisation, et pourquoi la forme de Jordan les traite à part : on isole la partie diagonalisable (Dunford, exercice C1), et ce qui reste est un nilpotent qu'on réduit en chaînes.

Réponse. Seule valeur propre 00 ; μN=Xp\mu_N=X^p (p=p= indice). (Vérifié machine : vp(J3(0))={0}(J_3(0))=\{0\}, μ=X3\mu=X^3 — A2 ✓)
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Sous-espace propre vs caractéristique

CalculDifficulté 3/5

Pour A=(3−1111−1002)A=\begin{pmatrix}3&-1&1\\1&1&-1\\0&0&2\end{pmatrix}, vérifier χA=(X−2)3\chi_A=(X-2)^3, puis comparer les dimensions de E2=ker⁡(A−2I)E_2=\ker(A-2I) et du sous-espace caractéristique N2=ker⁡(A−2I)3N_2=\ker(A-2I)^3.

Indices (3)

Calculer χA=det⁡(XI−A)\chi_A=\det(XI-A).

dim⁡E2=3−rg⁡(A−2I)\dim E_2=3-\operatorname{rg}(A-2I) (multiplicité géométrique).

dim⁡N2=\dim N_2= multiplicité algébrique =3=3.

Correction détaillée
Ce qu'on compare, et pourquoi c'est le cœur du chapitre

Pour A=(3−1111−1002)A=\begin{pmatrix}3&-1&1\\1&1&-1\\0&0&2\end{pmatrix}, on veut confronter deux espaces attachés à la même valeur propre 22 :

  • le sous-espace propre E2=ker⁡(A−2I)E_2=\ker(A-2I) — les vrais vecteurs propres ;
  • le sous-espace caractéristique N2=ker⁡(A−2I)3N_2=\ker(A-2I)^3 — les vecteurs qui finissent par être annulés, quitte à appliquer A−2IA-2I plusieurs fois.

L'écart entre les deux est le défaut de diagonalisabilité. Si E2=N2E_2=N_2, la matrice est diagonalisable ; sinon, il faut Jordan.

Étape 1 — Le polynôme caractéristique
χA=det⁡(XI−A)=det⁡(X−31−1−1X−1100X−2)\chi_A=\det(XI-A)=\det\begin{pmatrix}X-3&1&-1\\-1&X-1&1\\0&0&X-2\end{pmatrix}

La dernière ligne n'a qu'un terme non nul : développons par cette ligne, ce qui évite tout calcul inutile.

χA=(X−2)det⁡(X−31−1X−1)=(X−2)[(X−3)(X−1)+1]\chi_A=(X-2)\det\begin{pmatrix}X-3&1\\-1&X-1\end{pmatrix}=(X-2)\big[(X-3)(X-1)+1\big]

Développons le crochet :

(X−3)(X−1)+1=X2−4X+3+1=X2−4X+4=(X−2)2(X-3)(X-1)+1=X^2-4X+3+1=X^2-4X+4=(X-2)^2
χA=(X−2)3\boxed{\chi_A=(X-2)^3}

Une seule valeur propre, 22, de multiplicité algébrique 33.

Étape 2 — Le sous-espace propre $E_2$
A−2I=(1−111−1−1000)A-2I=\begin{pmatrix}1&-1&1\\1&-1&-1\\0&0&0\end{pmatrix}

Résolvons (A−2I)x=0(A-2I)x=0. Les deux premières lignes donnent

{x1−x2+x3=0x1−x2−x3=0\begin{cases}x_1-x_2+x_3=0\\x_1-x_2-x_3=0\end{cases}

Soustrayons : 2x3=02x_3=0, donc x3=0x_3=0. En reportant : x1=x2x_1=x_2. Le noyau est

E2={(a,a,0)}=Vect((1,1,0)),dim⁡E2=1E_2=\{(a,a,0)\}=\mathrm{Vect}\big((1,1,0)\big),\qquad \boxed{\dim E_2=1}

Contrôle par le rang : les deux premières lignes de A−2IA-2I ne sont pas proportionnelles (l'une a +1+1 en dernière position, l'autre −1-1), donc rg⁡=2\operatorname{rg}=2 et dim⁡ker⁡=3−2=1\dim\ker=3-2=1. ✓

Étape 3 — Le sous-espace caractéristique $N_2$

Calculons (A−2I)2(A-2I)^2. Posons M=A−2IM=A-2I :

M2=(1−111−1−1000)(1−111−1−1000)=(002002000)M^2=\begin{pmatrix}1&-1&1\\1&-1&-1\\0&0&0\end{pmatrix}\begin{pmatrix}1&-1&1\\1&-1&-1\\0&0&0\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}0&0&2\\0&0&2\\0&0&0\end{pmatrix}

Détail de la première ligne, pour se convaincre : 1⋅1+(−1)⋅1+1⋅0=01\cdot 1+(-1)\cdot 1+1\cdot 0=0 · 1⋅(−1)+(−1)⋅(−1)+1⋅0=01\cdot(-1)+(-1)\cdot(-1)+1\cdot 0=0 · 1⋅1+(−1)⋅(−1)+1⋅0=21\cdot 1+(-1)\cdot(-1)+1\cdot 0=2.

Puis

M3=M2⋅M=(002002000)(1−111−1−1000)=0M^3=M^2\cdot M=\begin{pmatrix}0&0&2\\0&0&2\\0&0&0\end{pmatrix}\begin{pmatrix}1&-1&1\\1&-1&-1\\0&0&0\end{pmatrix}=0

car la troisième colonne de MM n'intervient que par sa dernière coordonnée, qui est nulle.

Donc M3=0M^3=0 et

N2=ker⁡M3=R3,dim⁡N2=3N_2=\ker M^3=\mathbb{R}^3,\qquad \boxed{\dim N_2=3}
Ce que l'écart raconte
dim⁡E2=1 < dim⁡N2=3=m2\dim E_2=1\ <\ \dim N_2=3=m_2

Le sous-espace caractéristique remplit ici tout l'espace : sa dimension égale toujours la multiplicité algébrique, et m2=3=nm_2=3=n. Le sous-espace propre, lui, est minuscule.

Suivons la croissance des noyaux :

dim⁡ker⁡M=1,dim⁡ker⁡M2=2,dim⁡ker⁡M3=3\dim\ker M=1,\qquad \dim\ker M^2=2,\qquad \dim\ker M^3=3

(rg⁡M2=1\operatorname{rg}M^2=1, car ses deux lignes non nulles sont identiques.) De nouveau +1+1 à chaque cran : un seul bloc de taille 33, et AA est semblable à J3(2)J_3(2). La base de Jordan sera construite à l'exercice E2.

diagonalisable  ⟺  χA scindeˊ et dim⁡Eλ=mλ pour tout λ\text{diagonalisable}\iff \chi_A\ \text{scind\'e et}\ \dim E_\lambda=m_\lambda \text{ pour tout }\lambda

Ici 1≠31\neq 3 : AA n'est pas diagonalisable, et l'écart 3−1=23-1=2 mesure le nombre de 11 sur-diagonaux qu'il faudra.

Réponse. χA=(X−2)3\chi_A=(X-2)^3 ; dim⁡E2=1<dim⁡N2=3\dim E_2=1<\dim N_2=3. (Vérifié machine — A3 ✓)
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Multiplicité géométrique ≤ algébrique

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que pour toute valeur propre, 1≤gλ≤mλ1\leq g_\lambda\leq m_\lambda (géométrique ≤\leq algébrique), et que uu est diagonalisable ssi χu\chi_u est scindé et gλ=mλg_\lambda=m_\lambda pour tout λ\lambda.

Indices (3)

Compléter une base de EλE_\lambda en une base de VV.

Dans cette base, AA est triangulaire par blocs avec λIgλ\lambda I_{g_\lambda} en haut.

χA\chi_A a alors (X−λ)gλ(X-\lambda)^{g_\lambda} en facteur.

Correction détaillée
Les deux inégalités, et l'enjeu

Pour une valeur propre λ\lambda de uu, on note

  • gλ=dim⁡ker⁡(u−λ id)g_\lambda=\dim\ker(u-\lambda\,\mathrm{id}), la multiplicité géométrique ;
  • mλm_\lambda la multiplicité algébrique, c'est-à-dire l'exposant de (X−λ)(X-\lambda) dans χu\chi_u.

On veut 1≤gλ≤mλ1\leq g_\lambda\leq m_\lambda, puis le critère de diagonalisabilité.

L'idée de la seconde inégalité, qui est la seule non triviale : compléter une base du sous-espace propre en une base de l'espace. Dans cette base, la matrice devient triangulaire par blocs et son caractéristique laisse voir un facteur (X−λ)gλ(X-\lambda)^{g_\lambda}.

Étape 1 — L'inégalité de gauche

λ\lambda est valeur propre : par définition il existe x≠0x\neq 0 avec u(x)=λxu(x)=\lambda x, donc ker⁡(u−λ id)\ker(u-\lambda\,\mathrm{id}) contient un vecteur non nul et

gλ≥1g_\lambda\geq 1

C'est la partie facile, mais elle mérite d'être dite : elle signifie qu'à toute valeur propre correspond au moins une direction stable.

Étape 2 — L'inégalité de droite, par complétion de base

Posons g=gλg=g_\lambda et prenons (e1,…,eg)(e_1,\dots,e_g) une base de ker⁡(u−λ id)\ker(u-\lambda\,\mathrm{id}). Complétons-la en une base B=(e1,…,eg,eg+1,…,en)\mathcal{B}=(e_1,\dots,e_g,e_{g+1},\dots,e_n) de l'espace (toujours possible, théorème de la base incomplète).

Chacun des e1,…,ege_1,\dots,e_g vérifie u(ei)=λeiu(e_i)=\lambda e_i : sa colonne dans la matrice n'a qu'un λ\lambda sur la ii-ième ligne. D'où la forme triangulaire par blocs

MatB(u)=(λIgB0C)\mathrm{Mat}_{\mathcal{B}}(u)=\begin{pmatrix}\lambda I_g & B\\ 0 & C\end{pmatrix}

où BB et CC sont quelconques. Le déterminant d'une telle matrice est le produit des déterminants diagonaux :

χu=det⁡(XI−MatB(u))=det⁡((X−λ)Ig)⋅det⁡(XI−C)=(X−λ)g χC\chi_u=\det(XI-\mathrm{Mat}_{\mathcal{B}}(u))=\det\big((X-\lambda)I_g\big)\cdot\det(XI-C)=(X-\lambda)^g\,\chi_C

(X−λ)g(X-\lambda)^g divise donc χu\chi_u, ce qui signifie exactement que l'exposant de (X−λ)(X-\lambda) dans χu\chi_u est au moins gg :

gλ≤mλ\boxed{g_\lambda\leq m_\lambda}

(Le facteur χC\chi_C peut d'ailleurs contribuer encore des (X−λ)(X-\lambda) — c'est ce qui arrive quand gλ<mλg_\lambda<m_\lambda.)

Étape 3 — Le critère de diagonalisabilité

Sens direct. Si uu est diagonalisable, il existe une base de vecteurs propres. Dans cette base, λ\lambda apparaît sur la diagonale exactement mλm_\lambda fois (lecture de χu\chi_u), et chacune de ces positions fournit un vecteur de base dans ker⁡(u−λ id)\ker(u-\lambda\,\mathrm{id}). Donc gλ≥mλg_\lambda\geq m_\lambda, et avec l'étape 2, gλ=mλg_\lambda=m_\lambda.

Réciproque. Les sous-espaces propres sont toujours en somme directe. Si gλ=mλg_\lambda=m_\lambda pour tout λ\lambda, la somme de leurs dimensions vaut ∑λmλ=deg⁡χu=n\sum_\lambda m_\lambda=\deg\chi_u=n (car χu\chi_u est scindé par hypothèse — sans cela la somme des mλm_\lambda serait <n<n). Une somme directe de dimension nn dans un espace de dimension nn, c'est l'espace entier : on obtient une base de vecteurs propres.

u diagonalisable  ⟺  χu scindeˊ et gλ=mλ pour tout λ\boxed{u\text{ diagonalisable}\iff \chi_u\text{ scind\'e et } g_\lambda=m_\lambda \text{ pour tout }\lambda}
L'exemple qui rend l'écart visible

Sur A=(3−1111−1002)A=\begin{pmatrix}3&-1&1\\1&1&-1\\0&0&2\end{pmatrix} (exercice A3) :

m2=3 (car χA=(X−2)3),g2=1m_2=3\ \text{(car }\chi_A=(X-2)^3),\qquad g_2=1

L'inégalité 1≤1≤31\leq 1\leq 3 est bien vérifiée, mais elle est stricte à droite : pas de diagonalisation.

Trois régimes à connaître, tous avec m2=3m_2=3 :

  • g2=3g_2=3 : trois blocs J1(2)J_1(2), la matrice est 2I2I, diagonalisable ;
  • g2=2g_2=2 : deux blocs, J2(2)⊕J1(2)J_2(2)\oplus J_1(2) ;
  • g2=1g_2=1 : un seul bloc, J3(2)J_3(2) — le cas de AA.

Le nombre de blocs est gλg_\lambda, et l'écart mλ−gλm_\lambda-g_\lambda est le nombre de 11 sur-diagonaux. Retenir cette lecture : elle transforme deux dimensions en une description complète de la forme réduite.

Réponse. 1≤gλ≤mλ1\leq g_\lambda\leq m_\lambda ; diagonalisable   ⟺  \iff χu\chi_u scindé et égalité partout. (Vérifié machine : g2=1<m2=3g_2=1<m_2=3 — A4 ✓)
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Indice de nilpotence et taille des blocs

CalculDifficulté 3/5

Soit N=(010001000)N=\begin{pmatrix}0&1&0\\0&0&1\\0&0&0\end{pmatrix}. Déterminer son indice de nilpotence et le relier à la taille de bloc.

Indices (3)

Calculer N2N^2, N3N^3.

L'indice == plus petit pp avec Np=0N^p=0.

Pour un seul bloc Jp(0)J_p(0), indice =p=p.

Correction détaillée
Ce qu'on veut relier

Pour N=(010001000)N=\begin{pmatrix}0&1&0\\0&0&1\\0&0&0\end{pmatrix}, on cherche l'indice de nilpotence, et surtout ce qu'il dit de la taille de bloc.

L'énoncé général visé, qui resservira partout dans le chapitre :

indice de nilpotence de N = taille du plus grand bloc Jk(0)\text{indice de nilpotence de }N\ =\ \text{taille du plus grand bloc }J_k(0)

L'intuition : chaque bloc de taille kk contient une chaîne de longueur kk, et il faut kk applications de NN pour la vider. Le bloc le plus long décide donc du moment où tout est enfin annulé.

Étape 1 — L'indice, par le décalage

NN est le décalage e3↦e2↦e1↦0e_3\mapsto e_2\mapsto e_1\mapsto 0. Appliquons-le successivement au vecteur le plus « haut » de la chaîne :

e3 → N  e2 → N  e1 → N  0e_3\ \xrightarrow{\ N\ }\ e_2\ \xrightarrow{\ N\ }\ e_1\ \xrightarrow{\ N\ }\ 0

Il faut donc 33 applications pour annuler e3e_3, et N2e3=e1≠0N^2e_3=e_1\neq 0 prouve que 22 ne suffisent pas. En matrices :

N2=(001000000)≠0,N3=0N^2=\begin{pmatrix}0&0&1\\0&0&0\\0&0&0\end{pmatrix}\neq 0,\qquad N^3=0
p=3\boxed{p=3}
Étape 2 — Le lien avec la taille de bloc

NN est le bloc J3(0)J_3(0) : un seul bloc, de taille 33, et l'indice vaut 33. La coïncidence n'est pas fortuite.

En général, pour Jk(0)J_k(0) le décalage a une chaîne de longueur kk, donc Jk(0)k−1≠0J_k(0)^{k-1}\neq 0 et Jk(0)k=0J_k(0)^k=0 : son indice est kk.

Si maintenant N=Jk1(0)⊕⋯⊕Jkr(0)N=J_{k_1}(0)\oplus\cdots\oplus J_{k_r}(0), les puissances se calculent bloc par bloc (c'est la propriété fondamentale d'une matrice diagonale par blocs) :

Nj=Jk1(0)j⊕⋯⊕Jkr(0)jN^j=J_{k_1}(0)^j\oplus\cdots\oplus J_{k_r}(0)^j

Cette matrice est nulle si et seulement si chaque bloc l'est, donc si et seulement si j≥kij\geq k_i pour tout ii. Le plus petit tel jj est

p=max⁡iki\boxed{p=\max_i k_i}
Exemple qui sépare indice et dimension
F=(0100000000010000)=J2(0)⊕J2(0)F=\begin{pmatrix}0&1&0&0\\0&0&0&0\\0&0&0&1\\0&0&0&0\end{pmatrix}=J_2(0)\oplus J_2(0)

Deux chaînes indépendantes de longueur 22 : e2↦e1↦0e_2\mapsto e_1\mapsto 0 et e4↦e3↦0e_4\mapsto e_3\mapsto 0. Chacune se vide en deux crans, donc

F2=0,p=2F^2=0,\qquad p=2

alors que l'espace est de dimension 44. L'indice n'est pas la dimension : c'est la longueur de la plus longue chaîne. Ici χF=X4\chi_F=X^4 mais μF=X2\mu_F=X^2.

Contraste avec NN ci-dessus : dimension 33, indice 33, une seule chaîne. C'est le cas où μ=χ\mu=\chi.

Le tableau des rangs comme empreinte

Comparons les deux matrices par leurs dimensions de noyaux successifs :

N=J3(0):dim⁡ker⁡Nj = 1, 2, 3N=J_3(0):\quad \dim\ker N^j\ =\ 1,\,2,\,3
F=J2(0)⊕J2(0):dim⁡ker⁡Fj = 2, 4F=J_2(0)\oplus J_2(0):\quad \dim\ker F^j\ =\ 2,\,4

Le premier saut donne le nombre de blocs (11 contre 22) ; le nombre de crans donne la taille du plus grand (33 contre 22).

Ces deux nombres ne suffisent pas toujours à tout déterminer, mais la suite complète des rangs, elle, détermine la forme de Jordan sans ambiguïté — c'est la formule de l'exercice E3.

Application : reconnaître un nilpotent à sa forme

L'indice sert de premier tri quand on rencontre une matrice nilpotente inconnue. Marche à suivre :

  1. calculer N,N2,N3,…N,N^2,N^3,\dots jusqu'à obtenir 00 — le rang d'arrêt est l'indice pp ;
  2. en déduire μN=Xp\mu_N=X^p (exercice A2) et donc la taille du plus grand bloc ;
  3. lire dim⁡ker⁡N\dim\ker N pour le nombre de blocs ;
  4. si ces deux nombres ne suffisent pas, dérouler la formule des rangs (exercice E3).

Exemple. M=(001000000)M=\begin{pmatrix}0&0&1\\0&0&0\\0&0&0\end{pmatrix}. On a M2=0M^2=0 et M≠0M\neq 0, donc p=2p=2 : plus grand bloc de taille 22. Et rg⁡M=1\operatorname{rg}M=1, donc dim⁡ker⁡M=2\dim\ker M=2 : deux blocs. Somme =3=3, plus grand =2=2, deux blocs : la seule partition est 2+12+1, d'où

M ∼ J2(0)⊕J1(0)M\ \sim\ J_2(0)\oplus J_1(0)

Noter que MM n'est pas J2(0)⊕J1(0)J_2(0)\oplus J_1(0) telle quelle — le 11 est en position (1,3)(1,3) et non (1,2)(1,2) — mais elle lui est semblable. La forme de Jordan est une classe de similitude, pas une écriture particulière.

Réponse. Indice 3=3= taille du bloc J3(0)J_3(0). (Vérifié machine — A5 ✓)
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Structure des endomorphismes nilpotents

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer qu'un endomorphisme nilpotent NN se décompose en blocs de Jordan Jki(0)J_{k_i}(0), et que les tailles kik_i sont déterminées par les dimensions des ker⁡Nj\ker N^j.

Indices (3)

NN a 00 pour seule valeur propre : tout l'espace est caractéristique.

Construire une base de vecteurs Nk−1x,…,Nx,xN^{k-1}x,\dots,Nx,x (chaînes de Jordan).

Le nombre de chaînes de longueur ≥j\geq j est dim⁡ker⁡Nj−dim⁡ker⁡Nj−1\dim\ker N^j-\dim\ker N^{j-1}.

Correction détaillée
Ce qu'on démontre, et l'idée de la preuve

Théorème de structure des nilpotents : si NN est nilpotent sur un espace VV de dimension finie, il existe une base dans laquelle

Mat(N)=Jk1(0)⊕Jk2(0)⊕⋯⊕Jkr(0)\mathrm{Mat}(N)=J_{k_1}(0)\oplus J_{k_2}(0)\oplus\cdots\oplus J_{k_r}(0)

et les tailles kik_i sont entièrement déterminées par les dimensions des ker⁡Nj\ker N^j.

L'idée : construire des chaînes x, Nx, N2x,…x,\ Nx,\ N^2x,\dots et montrer qu'on peut en choisir assez pour paver tout l'espace sans redondance. On procède en partant du haut — des vecteurs qui survivent le plus longtemps — et en descendant.

Étape 1 — La filtration par les noyaux

Posons Kj=ker⁡NjK_j=\ker N^j. Ces espaces s'emboîtent :

{0}=K0⊂K1⊂K2⊂⋯⊂Kp=V\{0\}=K_0\subset K_1\subset K_2\subset\cdots\subset K_p=V

En effet Njx=0N^j x=0 entraîne Nj+1x=N(Njx)=N(0)=0N^{j+1}x=N(N^jx)=N(0)=0, d'où Kj⊂Kj+1K_j\subset K_{j+1}. Et Kp=VK_p=V puisque Np=0N^p=0.

Deux faits utiles, faciles à vérifier :

  • N(Kj+1)⊂KjN(K_{j+1})\subset K_j : si Nj+1x=0N^{j+1}x=0 alors Nj(Nx)=0N^j(Nx)=0. Autrement dit NN fait descendre d'un étage.
  • Les inclusions sont strictes jusqu'à KpK_p : si Kj=Kj+1K_j=K_{j+1}, on montre par récurrence que la suite stationne, donc Kj=VK_j=V et j≥pj\geq p.
Étape 2 — Construire les chaînes, de haut en bas

On construit la base par étages décroissants.

Étage pp. Choisissons des vecteurs x1,…,xspx_1,\dots,x_{s_p} de KpK_p dont les classes forment une base d'un supplémentaire de Kp−1K_{p-1} dans KpK_p. Chacun engendre une chaîne complète

xi, Nxi, N2xi, …, Np−1xix_i,\ Nx_i,\ N^2x_i,\ \dots,\ N^{p-1}x_i

de longueur pp (elle ne s'arrête pas avant, sinon xix_i serait dans Kp−1K_{p-1}).

Étage p−1p-1. Les NxiNx_i sont dans Kp−1K_{p-1} et y sont indépendants modulo Kp−2K_{p-2}. On les complète par de nouveaux vecteurs yjy_j pour obtenir une base d'un supplémentaire de Kp−2K_{p-2} dans Kp−1K_{p-1} ; chaque yjy_j ouvre une chaîne de longueur p−1p-1.

Et ainsi de suite jusqu'à K1K_1. À chaque étage, on récupère ce qui descend de l'étage supérieur, et on complète.

La réunion de toutes les chaînes est une base de VV : la construction garantit l'indépendance (à chaque étage on complète une famille libre modulo l'étage inférieur) et le compte des dimensions donne exactement dim⁡V\dim V.

Étape 3 — Lire la matrice dans cette base

Ordonnons chaque chaîne du bas vers le haut :

Nk−1x, Nk−2x, …, Nx, xN^{k-1}x,\ N^{k-2}x,\ \dots,\ Nx,\ x

Notons v1=Nk−1x, v2=Nk−2x,…,vk=xv_1=N^{k-1}x,\ v_2=N^{k-2}x,\dots,v_k=x. Alors

Nv1=Nkx=0,Nv2=v1,…,Nvk=vk−1N v_1=N^k x=0,\qquad N v_2=v_1,\qquad\dots,\qquad N v_k=v_{k-1}

C'est exactement l'action d'un bloc Jk(0)J_k(0) : chaque vecteur est envoyé sur son voisin de gauche, le premier sur 00. La matrice de NN restreinte à cette chaîne est donc Jk(0)J_k(0), et l'espace se décompose en somme directe de ces chaînes.

N≃Jk1(0)⊕⋯⊕Jkr(0)\boxed{N\simeq J_{k_1}(0)\oplus\cdots\oplus J_{k_r}(0)}
Étape 4 — Les tailles sont déterminées par les rangs

Notons dj=dim⁡ker⁡Njd_j=\dim\ker N^j et rj=rg⁡Nj=n−djr_j=\operatorname{rg}N^j=n-d_j.

Un bloc Jk(0)J_k(0) contribue min⁡(j,k)\min(j,k) au noyau de NjN^j : sa chaîne a min⁡(j,k)\min(j,k) vecteurs annulés par NjN^j. En sommant sur les blocs :

dj=∑imin⁡(j,ki)d_j=\sum_i \min(j,k_i)

Cette formule inverse : le nombre de blocs de taille ≥j\geq j vaut dj−dj−1d_j-d_{j-1}, et le nombre de blocs de taille exactement jj vaut

(dj−dj−1)−(dj+1−dj)=2dj−dj−1−dj+1=rj−1−2rj+rj+1(d_j-d_{j-1})-(d_{j+1}-d_j)=2d_j-d_{j-1}-d_{j+1}=r_{j-1}-2r_j+r_{j+1}

(preuve détaillée à l'exercice E3). Comme les djd_j ne dépendent que de NN, les tailles sont les mêmes pour toute décomposition : la forme est unique à l'ordre des blocs près.

Exemple. F=J2(0)⊕J2(0)F=J_2(0)\oplus J_2(0) : d1=2d_1=2, d2=4d_2=4. Blocs de taille ≥1\geq 1 : d1−d0=2d_1-d_0=2. Blocs de taille ≥2\geq 2 : d2−d1=2d_2-d_1=2. Blocs de taille ≥3\geq 3 : 00. Donc 22 blocs de taille exactement 22. ✓

Réponse. N=⨁Jki(0)N=\bigoplus J_{k_i}(0), tailles lues sur dim⁡ker⁡Nj\dim\ker N^j. (Vérifié machine : tailles par les rangs — A6/E3 ✓)
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Polynôme minimal divise le caractéristique

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que μu∣χu\mu_u\mid\chi_u et que μu\mu_u, χu\chi_u ont les mêmes racines (les valeurs propres).

Indices (3)

Cayley-Hamilton : χu(u)=0\chi_u(u)=0, donc μu∣χu\mu_u\mid\chi_u.

Toute racine de μu\mu_u est valeur propre.

Toute valeur propre annule μu\mu_u.

Correction détaillée
Les deux énoncés, et ce qui les sépare

On veut montrer :

  1. μu∣χu\mu_u\mid\chi_u — c'est le théorème de Cayley-Hamilton, reformulé ;
  2. μu\mu_u et χu\chi_u ont les mêmes racines, à savoir les valeurs propres.

Attention à la nuance : mêmes racines ne veut pas dire mêmes multiplicités. χ\chi et μ\mu peuvent différer beaucoup en degré tout en ayant exactement le même ensemble de racines. C'est justement cet écart de multiplicités qui encode la taille des blocs de Jordan.

Rappel : μu\mu_u est le polynôme unitaire de plus petit degré tel que μu(u)=0\mu_u(u)=0, et tout polynôme annulateur est un multiple de μu\mu_u (division euclidienne).

Étape 1 — La divisibilité

Cayley-Hamilton affirme χu(u)=0\chi_u(u)=0 : le caractéristique est annulateur.

Or la propriété fondamentale du minimal est que tout annulateur en est un multiple. Voici l'argument, qui vaut la peine d'être refait : divisons χu\chi_u par μu\mu_u,

χu=Q μu+R,deg⁡R<deg⁡μu\chi_u=Q\,\mu_u+R,\qquad \deg R<\deg\mu_u

Évaluons en uu : 0=χu(u)=Q(u)μu(u)⏟=0+R(u)0=\chi_u(u)=Q(u)\underbrace{\mu_u(u)}_{=0}+R(u), donc R(u)=0R(u)=0. Si R≠0R\neq 0, on aurait un annulateur de degré strictement plus petit que μu\mu_u — impossible par minimalité. Donc R=0R=0 et

μu∣χu\boxed{\mu_u\mid\chi_u}

En particulier deg⁡μu≤n\deg\mu_u\leq n.

Étape 2 — Toute racine de $\mu_u$ est valeur propre

Soit λ\lambda une racine de μu\mu_u. Comme μu∣χu\mu_u\mid\chi_u, c'est aussi une racine de χu\chi_u, donc une valeur propre. Ce sens est immédiat.

Mais il vaut la peine d'en donner une preuve directe, qui n'utilise pas Cayley-Hamilton. Écrivons μu=(X−λ)Q\mu_u=(X-\lambda)Q avec deg⁡Q<deg⁡μu\deg Q<\deg\mu_u. Par minimalité, Q(u)≠0Q(u)\neq 0 : il existe donc yy avec x=Q(u)(y)≠0x=Q(u)(y)\neq 0. Alors

(u−λ id)(x)=(u−λ id)Q(u)(y)=μu(u)(y)=0(u-\lambda\,\mathrm{id})(x)=(u-\lambda\,\mathrm{id})Q(u)(y)=\mu_u(u)(y)=0

Donc xx est un vecteur propre pour λ\lambda, et λ\lambda est bien valeur propre.

Étape 3 — Toute valeur propre est racine de $\mu_u$

Soit λ\lambda une valeur propre et x≠0x\neq 0 tel que u(x)=λxu(x)=\lambda x.

Le point clé : pour tout polynôme PP, on a P(u)(x)=P(λ)xP(u)(x)=P(\lambda)x. En effet uk(x)=λkxu^k(x)=\lambda^k x (récurrence immédiate), et on somme les monômes avec leurs coefficients.

Appliquons cela à P=μuP=\mu_u :

0=μu(u)(x)=μu(λ) x0=\mu_u(u)(x)=\mu_u(\lambda)\,x

Comme x≠0x\neq 0, on obtient μu(λ)=0\mu_u(\lambda)=0.

{racines de μu}={racines de χu}=Sp⁡(u)\boxed{\{\text{racines de }\mu_u\}=\{\text{racines de }\chi_u\}=\operatorname{Sp}(u)}
Ce que l'écart de multiplicités encode

Prenons E=(210020002)=J2(2)⊕J1(2)E=\begin{pmatrix}2&1&0\\0&2&0\\0&0&2\end{pmatrix}=J_2(2)\oplus J_1(2).

χE=(X−2)3,μE=(X−2)2\chi_E=(X-2)^3,\qquad \mu_E=(X-2)^2

Vérifions le minimal : (E−2I)2=0(E-2I)^2=0 (le carré du décalage sur un bloc de taille 22 est nul), mais E−2I≠0E-2I\neq 0. Donc μE=(X−2)2\mu_E=(X-2)^2, bien un diviseur strict de χE\chi_E.

Même racine unique 22 des deux côtés, degrés différents. La lecture est la suivante :

  • l'exposant dans χ\chi donne la multiplicité algébrique — combien de fois λ\lambda occupe la diagonale, donc la taille totale occupée par ses blocs ;
  • l'exposant dans μ\mu donne la taille du plus grand bloc (exercice D4).

Cas particulier à retenir : uu est diagonalisable si et seulement si μu\mu_u est scindé à racines simples — tous les blocs de taille 11.

Réponse. μu∣χu\mu_u\mid\chi_u, mêmes racines == valeurs propres. (Vérifié machine : Cayley-Hamilton, μ∣χ\mu\mid\chi — B/D5 ✓)
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Caractéristique vs minimal

CalculDifficulté 3/5

Pour E=(210020002)=J2(2)⊕J1(2)E=\begin{pmatrix}2&1&0\\0&2&0\\0&0&2\end{pmatrix}=J_2(2)\oplus J_1(2), donner χE\chi_E et μE\mu_E, et expliquer pourquoi ils diffèrent.

Indices (3)

χE=(X−2)3\chi_E=(X-2)^3 (multiplicité algébrique 33).

μE=(X−2)c\mu_E=(X-2)^{c}, c=c= taille du plus grand bloc.

Vérifier (E−2I)2=0(E-2I)^2=0 mais E−2I≠0E-2I\neq0.

Correction détaillée
Ce qu'on calcule, et pourquoi ils diffèrent

Pour E=(210020002)=J2(2)⊕J1(2)E=\begin{pmatrix}2&1&0\\0&2&0\\0&0&2\end{pmatrix}=J_2(2)\oplus J_1(2), on veut χE\chi_E, μE\mu_E, et l'explication de leur écart.

L'énoncé nous donne déjà la structure : deux blocs, l'un de taille 22, l'autre de taille 11, tous deux pour la valeur propre 22. On va voir que χ\chi compte la place totale occupée, tandis que μ\mu ne retient que le plus grand bloc.

Étape 1 — Le polynôme caractéristique

EE est triangulaire supérieure : son caractéristique est le produit des (X−terme diagonal)(X-\text{terme diagonal}).

χE=(X−2)(X−2)(X−2)=(X−2)3\chi_E=(X-2)(X-2)(X-2)=\boxed{(X-2)^3}

La valeur propre 22 a donc pour multiplicité algébrique m2=3m_2=3, ce qui est cohérent : les tailles de blocs 2+12+1 font bien 33.

Étape 2 — Le polynôme minimal

Posons N=E−2IN=E-2I et regardons ce qu'elle fait :

N=(010000000) ≠0N=\begin{pmatrix}0&1&0\\0&0&0\\0&0&0\end{pmatrix}\ \neq 0

Donc μE≠X−2\mu_E\neq X-2 : la matrice n'est pas 2I2I, elle n'est pas diagonalisable.

Élevons au carré. La seule colonne non nulle de NN est la deuxième, égale à e1e_1, et Ne1=0Ne_1=0 ; donc

N2=0N^2=0

(X−2)2(X-2)^2 annule EE, et (X−2)(X-2) ne l'annule pas. Comme μE\mu_E divise χE=(X−2)3\chi_E=(X-2)^3, il est de la forme (X−2)k(X-2)^k, et on vient d'établir k=2k=2 :

μE=(X−2)2\boxed{\mu_E=(X-2)^2}
Étape 3 — Pourquoi ils diffèrent : chaque bloc a son mot à dire

La clé est que pour une matrice diagonale par blocs, μ\mu est le PPCM des minimaux de chaque bloc, alors que χ\chi en est le produit.

blocχμJ2(2)(X−2)2(X−2)2J1(2)(X−2)(X−2)\begin{array}{lll} \text{bloc} & \chi & \mu\\\hline J_2(2) & (X-2)^2 & (X-2)^2\\ J_1(2) & (X-2) & (X-2) \end{array}

Produit : (X−2)3=χE(X-2)^3=\chi_E. ✓ PPCM : (X−2)2=μE(X-2)^2=\mu_E. ✓

La raison est mécanique : un polynôme PP annule EE si et seulement s'il annule chaque bloc (les puissances se calculent bloc par bloc), donc le plus petit tel PP est le PPCM. Et le PPCM de (X−2)k1,…,(X−2)kr(X-2)^{k_1},\dots,(X-2)^{k_r} est (X−2)max⁡ki(X-2)^{\max k_i}.

μ voit le PLUS GRAND bloc,χ voit la SOMME\boxed{\mu\ \text{voit le PLUS GRAND bloc},\qquad \chi\ \text{voit la SOMME}}
Le contrôle par les dimensions
dim⁡E2=dim⁡ker⁡N=3−rg⁡N=3−1=2\dim E_2=\dim\ker N=3-\operatorname{rg}N=3-1=2

Deux vecteurs propres indépendants : e1e_1 (dans le bloc de taille 22) et e3e_3 (le bloc de taille 11). Le nombre de blocs est 22, et il coïncide bien avec dim⁡E2\dim E_2.

Récapitulatif des trois lectures, à faire systématiquement :

dim⁡Eλ=2nombre de blocsdeg⁡ de (X−2) dans μ=2taille du plus grand blocdeg⁡ de (X−2) dans χ=3somme des tailles\begin{array}{ll} \dim E_\lambda=2 & \text{nombre de blocs}\\ \deg\ \text{de}\ (X-2)\ \text{dans}\ \mu=2 & \text{taille du plus grand bloc}\\ \deg\ \text{de}\ (X-2)\ \text{dans}\ \chi=3 & \text{somme des tailles} \end{array}

Deux blocs, le plus grand de taille 22, somme 33 : la seule possibilité est 2+12+1. Les trois nombres suffisent ici — mais pas toujours : en dimension 77, « 33 blocs, plus grand =3=3, somme =7=7 » laisse le choix entre 3+3+13+3+1 et 3+2+23+2+2. Il faut alors la suite complète des rangs (exercice E3).

Réponse. χE=(X−2)3\chi_E=(X-2)^3, μE=(X−2)2\mu_E=(X-2)^2. (Vérifié machine — B2 ✓)
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Lemme des noyaux

DémonstrationDifficulté 3/5

Énoncer et démontrer le lemme des noyaux : si P=P1⋯PrP=P_1\cdots P_r avec les PiP_i premiers entre eux deux à deux et P(u)=0P(u)=0, alors V=⨁iker⁡Pi(u)V=\bigoplus_i\ker P_i(u).

Indices (3)

Pour r=2r=2 : Bézout UP1+VP2=1U P_1+V P_2=1.

Évaluer en uu et appliquer à xx.

Récurrence sur rr.

Correction détaillée
L'énoncé, et pourquoi il est central

Lemme des noyaux. Soit uu un endomorphisme de VV, et P=P1P2⋯PrP=P_1P_2\cdots P_r un polynôme annulateur (P(u)=0P(u)=0) dont les facteurs PiP_i sont premiers entre eux deux à deux. Alors

V=⨁i=1rker⁡Pi(u)V=\bigoplus_{i=1}^{r}\ker P_i(u)

et chaque ker⁡Pi(u)\ker P_i(u) est stable par uu.

Pourquoi c'est central : ce lemme est le premier étage de la construction de Jordan. Appliqué à χu=∏(X−λi)mi\chi_u=\prod(X-\lambda_i)^{m_i}, il découpe l'espace en sous-espaces caractéristiques, sur chacun desquels u−λi idu-\lambda_i\,\mathrm{id} est nilpotent. Il ne reste alors qu'à appliquer le théorème de structure des nilpotents (exercice A6).

L'outil de preuve est Bézout pour les polynômes : premiers entre eux signifie qu'une combinaison vaut 11, et évaluer cette identité en uu donne une décomposition de l'identité, donc des projecteurs.

Étape 1 — Le cas de deux facteurs

Traitons P=P1P2P=P_1P_2 avec P1∧P2=1P_1\wedge P_2=1. Bézout fournit U,VU,V tels que

UP1+VP2=1U P_1+V P_2=1

Évaluons cette identité en uu — c'est le geste décisif, il transforme une identité de polynômes en une identité d'endomorphismes :

U(u)P1(u)+V(u)P2(u)=idU(u)P_1(u)+V(u)P_2(u)=\mathrm{id}

La somme est tout VV. Pour x∈Vx\in V quelconque, écrivons

x=V(u)P2(u)(x)⏟=:x1+U(u)P1(u)(x)⏟=:x2x=\underbrace{V(u)P_2(u)(x)}_{=:x_1}+\underbrace{U(u)P_1(u)(x)}_{=:x_2}

Vérifions que x1∈ker⁡P1(u)x_1\in\ker P_1(u) :

P1(u)(x1)=P1(u)V(u)P2(u)(x)=V(u)P1(u)P2(u)⏟=P(u)=0(x)=0P_1(u)(x_1)=P_1(u)V(u)P_2(u)(x)=V(u)\underbrace{P_1(u)P_2(u)}_{=P(u)=0}(x)=0

(on a pu permuter parce que les polynômes en uu commutent entre eux). De même x2∈ker⁡P2(u)x_2\in\ker P_2(u). Donc V=ker⁡P1(u)+ker⁡P2(u)V=\ker P_1(u)+\ker P_2(u).

Étape 2 — La somme est directe

Soit x∈ker⁡P1(u)∩ker⁡P2(u)x\in\ker P_1(u)\cap\ker P_2(u). Reprenons l'identité de Bézout évaluée en uu et appliquons-la à xx :

x=U(u)P1(u)(x)⏟=0+V(u)P2(u)(x)⏟=0=0x=U(u)\underbrace{P_1(u)(x)}_{=0}+V(u)\underbrace{P_2(u)(x)}_{=0}=0

L'intersection est nulle, la somme est directe.

Cas général, par récurrence sur rr : les polynômes P1P_1 et P2⋯PrP_2\cdots P_r sont premiers entre eux (un facteur premier commun diviserait P1P_1 et l'un des PjP_j, j≥2j\geq 2, ce qui contredit l'hypothèse deux à deux). On applique le cas r=2r=2 puis l'hypothèse de récurrence à la restriction de uu à ker⁡(P2⋯Pr)(u)\ker(P_2\cdots P_r)(u).

Étape 3 — La stabilité, et les projecteurs

Stabilité. Si x∈ker⁡Pi(u)x\in\ker P_i(u), alors

Pi(u)(u(x))=u(Pi(u)(x))=u(0)=0P_i(u)\big(u(x)\big)=u\big(P_i(u)(x)\big)=u(0)=0

car uu commute avec Pi(u)P_i(u). Donc u(x)∈ker⁡Pi(u)u(x)\in\ker P_i(u) : chaque morceau est stable, et uu se restreint à chacun.

Projecteurs. Les applications p1=V(u)P2(u)p_1=V(u)P_2(u) et p2=U(u)P1(u)p_2=U(u)P_1(u) vérifient p1+p2=idp_1+p_2=\mathrm{id}, pi∘pj=0p_i\circ p_j=0 pour i≠ji\neq j et pi2=pip_i^2=p_i : ce sont les projecteurs sur les facteurs. Fait remarquable, ils sont des polynômes en uu — c'est exactement ce qui servira à montrer que DD et NN de Dunford sont des polynômes en AA (exercice C5).

L'exemple qui tourne

Sur B=(210020003)B=\begin{pmatrix}2&1&0\\0&2&0\\0&0&3\end{pmatrix}, on a χB=(X−2)2(X−3)\chi_B=(X-2)^2(X-3), avec P1=(X−2)2P_1=(X-2)^2 et P2=X−3P_2=X-3 premiers entre eux.

Bézout explicite. Cherchons U,VU,V avec U(X−2)2+V(X−3)=1U(X-2)^2+V(X-3)=1. En X=3X=3 : U(3)⋅1=1U(3)\cdot 1=1, donc prenons U=1U=1. Alors V(X−3)=1−(X−2)2=−(X2−4X+3)=−(X−1)(X−3)V(X-3)=1-(X-2)^2=-(X^2-4X+3)=-(X-1)(X-3), d'où V=−(X−1)V=-(X-1). Vérification en X=0X=0 : 1⋅4+(−(−1))(−3)=4−3=11\cdot 4+(-(-1))(-3)=4-3=1. ✓

ker⁡(B−2I)2=Vect(e1,e2),ker⁡(B−3I)=Vect(e3)\ker(B-2I)^2=\mathrm{Vect}(e_1,e_2),\qquad \ker(B-3I)=\mathrm{Vect}(e_3)

et R3=Vect(e1,e2)⊕Vect(e3)\mathbb{R}^3=\mathrm{Vect}(e_1,e_2)\oplus\mathrm{Vect}(e_3). ✓

Sur le premier morceau, B−2IB-2I est nilpotente d'indice 22 : c'est le bloc J2(2)J_2(2). Sur le second, BB agit par multiplication par 33 : c'est J1(3)J_1(3). Le lemme a bien fait la moitié du travail de réduction.

Réponse. V=⨁iker⁡Pi(u)V=\bigoplus_i\ker P_i(u) (Bézout + récurrence). (Vérifié machine : dim⁡ker⁡(B−2I)2+dim⁡ker⁡(B−3I)=2+1=3\dim\ker(B-2I)^2+\dim\ker(B-3I)=2+1=3 — B3 ✓)
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Existence de la forme de Jordan

DémonstrationDifficulté 3/5

Esquisser la preuve d'existence de la forme de Jordan pour χu\chi_u scindé : décomposer par le lemme des noyaux puis réduire chaque partie nilpotente.

Indices (3)

Lemme des noyaux : V=⨁λNλV=\bigoplus_\lambda N_\lambda.

Sur NλN_\lambda, u−λ idu-\lambda\,\mathrm{id} est nilpotent.

Réduire un nilpotent en blocs Jk(0)J_k(0).

Correction détaillée
Le plan de la preuve, en deux temps

Théorème. Si χu\chi_u est scindé, il existe une base dans laquelle la matrice de uu est une somme de blocs de Jordan Jk(λ)J_k(\lambda).

La preuve se décompose exactement en deux gestes déjà démontrés séparément :

  1. découper l'espace par le lemme des noyaux (exercice B3), en sous-espaces caractéristiques ;
  2. sur chaque morceau, u−λ idu-\lambda\,\mathrm{id} est nilpotent : on applique le théorème de structure des nilpotents (exercice A6).

Tout l'art est de voir que le second point découle du premier — c'est l'étape 2 ci-dessous.

Étape 1 — Découper par le lemme des noyaux

χu\chi_u est scindé, écrivons-le

χu=∏i=1r(X−λi)mi,λi deux aˋ deux distincts\chi_u=\prod_{i=1}^{r}(X-\lambda_i)^{m_i},\qquad \lambda_i \text{ deux \`a deux distincts}

Les facteurs (X−λi)mi(X-\lambda_i)^{m_i} sont premiers entre eux deux à deux : deux d'entre eux n'ont aucune racine commune, puisque les λi\lambda_i sont distincts.

Cayley-Hamilton donne χu(u)=0\chi_u(u)=0. Le lemme des noyaux s'applique donc :

V=⨁i=1rker⁡(u−λi id)mi⏟=:NλiV=\bigoplus_{i=1}^{r}\underbrace{\ker(u-\lambda_i\,\mathrm{id})^{m_i}}_{=:N_{\lambda_i}}

et chaque NλiN_{\lambda_i} — le sous-espace caractéristique — est stable par uu. On peut donc raisonner morceau par morceau.

Étape 2 — Sur chaque morceau, la partie nilpotente

Fixons ii et posons Vi=NλiV_i=N_{\lambda_i}, ui=u∣Viu_i=u_{|V_i}, et

ni=ui−λi idVin_i=u_i-\lambda_i\,\mathrm{id}_{V_i}

Par définition même de ViV_i comme noyau de (u−λi id)mi(u-\lambda_i\,\mathrm{id})^{m_i}, on a

nimi=0n_i^{m_i}=0

donc nin_i est nilpotent. C'est là que tout se joue : le lemme des noyaux n'a pas seulement découpé l'espace, il a produit sur chaque morceau un endomorphisme nilpotent, c'est-à-dire exactement l'objet que le théorème de structure sait traiter.

Étape 3 — Réduire le nilpotent, et remonter

D'après l'exercice A6, il existe une base de ViV_i dans laquelle

Mat(ni)=Jk1(0)⊕⋯⊕Jks(0)\mathrm{Mat}(n_i)=J_{k_1}(0)\oplus\cdots\oplus J_{k_s}(0)

Or ui=ni+λi idu_i=n_i+\lambda_i\,\mathrm{id} : dans la même base, on ajoute λi\lambda_i sur toute la diagonale, ce qui transforme chaque Jk(0)J_k(0) en Jk(λi)J_k(\lambda_i) :

Mat(ui)=Jk1(λi)⊕⋯⊕Jks(λi)\mathrm{Mat}(u_i)=J_{k_1}(\lambda_i)\oplus\cdots\oplus J_{k_s}(\lambda_i)

En réunissant les bases des ViV_i — ce qui est licite puisque la somme est directe et remplit VV — on obtient une base de VV où la matrice de uu est une somme de blocs de Jordan.

MatB(u)=⨁i,jJkij(λi)\boxed{\mathrm{Mat}_{\mathcal{B}}(u)=\bigoplus_{i,j}J_{k_{ij}}(\lambda_i)}
Ce que l'hypothèse « scindé » coûte, et le cas réel

L'hypothèse est indispensable : sans elle, le lemme des noyaux ne découpe pas en facteurs de degré 11 et il reste des morceaux irréductibles de degré ≥2\geq 2.

Exemple. R=(0−110)R=\begin{pmatrix}0&-1\\1&0\end{pmatrix} (rotation d'un quart de tour) a χR=X2+1\chi_R=X^2+1, irréductible sur R\mathbb{R}. Aucune valeur propre réelle, donc aucune forme de Jordan réelle.

Deux issues classiques :

  • passer à C\mathbb{C}, où tout polynôme est scindé (d'Alembert-Gauss) : sur C\mathbb{C}, RR est diagonalisable de valeurs propres ±i\pm i ;
  • rester sur KK et utiliser la forme de Frobenius (exercice D6), qui existe sans hypothèse et remplace les blocs de Jordan par des matrices compagnons.

Sur C\mathbb{C}, la forme de Jordan existe donc toujours : c'est ce qui en fait l'outil de référence pour les puissances, les exponentielles et les systèmes différentiels.

Réponse. Jordan = lemme des noyaux + réduction des nilpotents par blocs. (Vérifié machine : jordan_form — B4 ✓)
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Réduction d'une matrice 2×2 défective

CalculDifficulté 3/5

Réduire A=(11−13)A=\begin{pmatrix}1&1\\-1&3\end{pmatrix} : trouver JJ et PP avec A=PJP−1A=PJP^{-1}.

Indices (3)

χA=(X−2)2\chi_A=(X-2)^2, une seule valeur propre 22.

dim⁡ker⁡(A−2I)=1\dim\ker(A-2I)=1 → un seul bloc J2(2)J_2(2).

Trouver vv propre puis ww avec (A−2I)w=v(A-2I)w=v.

Correction détaillée
Le programme, et ce qu'on va trouver

Réduire A=(11−13)A=\begin{pmatrix}1&1\\-1&3\end{pmatrix}, c'est-à-dire trouver JJ et PP inversible avec A=PJP−1A=PJP^{-1}.

La méthode, en trois gestes :

  1. calculer χA\chi_A pour connaître les valeurs propres ;
  2. mesurer dim⁡Eλ\dim E_\lambda : s'il est plus petit que la multiplicité, il faut Jordan ;
  3. construire une chaîne v1=(A−λI)v2v_1=(A-\lambda I)v_2, où v2v_2 est choisi hors du noyau.

Le point délicat, et la source d'erreur la plus fréquente : l'ordre des colonnes de PP. On met v1v_1 (le vecteur propre) en première colonne.

Étape 1 — Valeurs propres
χA=det⁡(X−1−11X−3)=(X−1)(X−3)+1\chi_A=\det\begin{pmatrix}X-1&-1\\1&X-3\end{pmatrix}=(X-1)(X-3)+1
=X2−4X+3+1=X2−4X+4=(X−2)2=X^2-4X+3+1=X^2-4X+4=\boxed{(X-2)^2}

Une valeur propre double λ=2\lambda=2. (Contrôle rapide : tr⁡A=1+3=4=2+2\operatorname{tr}A=1+3=4=2+2 ✓ et det⁡A=3−(−1)=4=2×2\det A=3-(-1)=4=2\times 2 ✓.)

Étape 2 — Le sous-espace propre : la matrice est défective
A−2I=(−11−11)A-2I=\begin{pmatrix}-1&1\\-1&1\end{pmatrix}

Les deux lignes sont identiques, donc rg⁡(A−2I)=1\operatorname{rg}(A-2I)=1 et

dim⁡E2=2−1=1 < m2=2\dim E_2=2-1=1\ <\ m_2=2

Défective : un seul vecteur propre pour une valeur propre double. Un seul bloc, de taille 22 :

J=J2(2)=(2102)\boxed{J=J_2(2)=\begin{pmatrix}2&1\\0&2\end{pmatrix}}

Le noyau : −x1+x2=0-x_1+x_2=0, soit x1=x2x_1=x_2, donc E2=Vect((1,1))E_2=\mathrm{Vect}\big((1,1)\big).

Étape 3 — La chaîne, construite dans le bon sens

On cherche v2v_2 tel que (A−2I)v2≠0(A-2I)v_2\neq 0 — n'importe quel vecteur hors du noyau — puis on pose v1=(A−2I)v2v_1=(A-2I)v_2.

Ce sens est important : partir de v1v_1 et « remonter » demanderait de résoudre un système ; partir de v2v_2 ne demande qu'une multiplication.

Prenons v2=(10)v_2=\begin{pmatrix}1\\0\end{pmatrix} (il n'est pas dans E2E_2, qui exige x1=x2x_1=x_2). Alors

v1=(A−2I)v2=(−11−11)(10)=(−1−1)v_1=(A-2I)v_2=\begin{pmatrix}-1&1\\-1&1\end{pmatrix}\begin{pmatrix}1\\0\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}-1\\-1\end{pmatrix}

v1v_1 est bien dans E2E_2 (ses coordonnées sont égales ✓), et non nul.

P=(v1v2)=(−11−10),det⁡P=0−(−1)=1≠0P=\begin{pmatrix}v_1&v_2\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}-1&1\\-1&0\end{pmatrix},\qquad \det P=0-(-1)=1\neq 0
Vérification complète
P−1=1det⁡P(0−11−1)=(0−11−1)P^{-1}=\frac{1}{\det P}\begin{pmatrix}0&-1\\1&-1\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}0&-1\\1&-1\end{pmatrix}

Calculons P−1APP^{-1}AP :

AP=(11−13)(−11−10)=(−21−2−1)AP=\begin{pmatrix}1&1\\-1&3\end{pmatrix}\begin{pmatrix}-1&1\\-1&0\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}-2&1\\-2&-1\end{pmatrix}
P−1(AP)=(0−11−1)(−21−2−1)=(2102)=JP^{-1}(AP)=\begin{pmatrix}0&-1\\1&-1\end{pmatrix}\begin{pmatrix}-2&1\\-2&-1\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}2&1\\0&2\end{pmatrix}=J

Le sens des colonnes. AP=PJAP=PJ se lit colonne par colonne :

Av1=2v1(premieˋre colonne de J),Av2=v1+2v2Av_1=2v_1\quad\text{(premi\`ere colonne de }J\text{)},\qquad Av_2=v_1+2v_2

La première dit que v1v_1 est vecteur propre, la seconde que v2v_2 est un vecteur propre généralisé : AA le renvoie sur lui-même plus le vecteur propre. C'est exactement le décalage du bloc de Jordan.

⚠️ Si l'on avait mis les colonnes dans l'ordre (v2,v1)(v_2,v_1), on aurait obtenu (2012)\begin{pmatrix}2&0\\1&2\end{pmatrix} — un bloc de Jordan inférieur, correct mais non conforme à la convention. Le vecteur propre va toujours en premier.

Réponse. J=J2(2)J=J_2(2), P=(−11−10)P=\begin{pmatrix}-1&1\\-1&0\end{pmatrix}. (Vérifié machine : jordan_form P,JP,J et A=PJP−1A=PJP^{-1} — B5 ✓)
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Réduction d'une matrice 3×3 à deux valeurs propres

CalculDifficulté 3/5

Réduire B=(210020003)B=\begin{pmatrix}2&1&0\\0&2&0\\0&0&3\end{pmatrix} : donner JJ, χB\chi_B, μB\mu_B.

Indices (3)

BB est déjà bloc-diagonale.

Bloc (2102)=J2(2)\begin{pmatrix}2&1\\0&2\end{pmatrix}=J_2(2) et bloc [3]=J1(3)[3]=J_1(3).

μB=\mu_B= plus grand bloc par valeur propre.

Correction détaillée
Ce qui change par rapport à B5

B=(210020003)B=\begin{pmatrix}2&1&0\\0&2&0\\0&0&3\end{pmatrix} a deux valeurs propres distinctes. La méthode reste la même, mais elle s'applique valeur propre par valeur propre : chacune apporte ses propres blocs, et on les juxtapose.

L'organisation à retenir : pour chaque λ\lambda, comparer dim⁡Eλ\dim E_\lambda à mλm_\lambda. Si égal, la valeur propre est « saine » (blocs de taille 11) ; sinon, il faut des chaînes.

Étape 1 — Le caractéristique

BB est triangulaire supérieure, donc

χB=(X−2)(X−2)(X−3)=(X−2)2(X−3)\chi_B=(X-2)(X-2)(X-3)=\boxed{(X-2)^2(X-3)}

Deux valeurs propres : 22 de multiplicité m2=2m_2=2, et 33 de multiplicité m3=1m_3=1.

Étape 2 — Traiter $\lambda=2$
B−2I=(010000001)B-2I=\begin{pmatrix}0&1&0\\0&0&0\\0&0&1\end{pmatrix}

Rang 22 (les colonnes 22 et 33 sont e1e_1 et e3e_3, indépendantes), donc

dim⁡E2=3−2=1 < m2=2\dim E_2=3-2=1\ <\ m_2=2

Défective. Un seul bloc pour 22, de taille 22 : J2(2)J_2(2).

Le noyau : (B−2I)x=(x2,0,x3)(B-2I)x=(x_2,0,x_3), nul ssi x2=x3=0x_2=x_3=0, donc E2=Vect(e1)E_2=\mathrm{Vect}(e_1).

Étape 3 — Traiter $\lambda=3$, et conclure
B−3I=(−1100−10000)B-3I=\begin{pmatrix}-1&1&0\\0&-1&0\\0&0&0\end{pmatrix}

Rang 22, donc dim⁡E3=1=m3\dim E_3=1=m_3. Pas de défaut : un bloc J1(3)J_1(3).

Le noyau : −x1+x2=0-x_1+x_2=0 et −x2=0-x_2=0 donnent x1=x2=0x_1=x_2=0, donc E3=Vect(e3)E_3=\mathrm{Vect}(e_3).

En juxtaposant les deux valeurs propres :

J=J2(2)⊕J1(3)=(210020003)\boxed{J=J_2(2)\oplus J_1(3)=\begin{pmatrix}2&1&0\\0&2&0\\0&0&3\end{pmatrix}}

BB est déjà sous forme de Jordan : P=IP=I convient. Cela arrive, et c'est une bonne raison de toujours regarder la matrice avant de se lancer dans des calculs.

Étape 4 — Le polynôme minimal

μB\mu_B divise χB=(X−2)2(X−3)\chi_B=(X-2)^2(X-3) et a les mêmes racines (exercice B1), donc il est de la forme (X−2)k(X−3)(X-2)^k(X-3) avec k∈{1,2}k\in\{1,2\}.

Testons k=1k=1, c'est-à-dire (B−2I)(B−3I)(B-2I)(B-3I) :

(010000001)(−1100−10000)=(0−10000000) ≠0\begin{pmatrix}0&1&0\\0&0&0\\0&0&1\end{pmatrix}\begin{pmatrix}-1&1&0\\0&-1&0\\0&0&0\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}0&-1&0\\0&0&0\\0&0&0\end{pmatrix}\ \neq 0

Donc k=2k=2 :

μB=(X−2)2(X−3)\boxed{\mu_B=(X-2)^2(X-3)}

Lecture directe sur les blocs : μ\mu est le PPCM des minimaux, soit ppcm((X−2)2, X−3)=(X−2)2(X−3)\mathrm{ppcm}\big((X-2)^2,\ X-3\big)=(X-2)^2(X-3). ✓

Ici μB=χB\mu_B=\chi_B — cas dit cyclique : chaque valeur propre n'a qu'un seul bloc. Et BB n'est pas diagonalisable, puisque μB\mu_B n'est pas à racines simples.

Récapitulatif de la méthode, valeur propre par valeur propre

La marche à suivre générale, telle qu'elle vient d'être appliquée :

  1. calculer χ\chi et factoriser pour obtenir les λ\lambda et leurs mλm_\lambda ;
  2. pour chaque λ\lambda : calculer dim⁡Eλ=n−rg⁡(A−λI)\dim E_\lambda=n-\operatorname{rg}(A-\lambda I), qui est le nombre de blocs ;
  3. si dim⁡Eλ=mλ\dim E_\lambda=m_\lambda, la valeur propre est saine (mλm_\lambda blocs de taille 11) ; sinon, il faut déterminer les tailles ;
  4. juxtaposer les blocs de toutes les valeurs propres.

Le tableau pour BB :

λmλdim⁡Eλblocs221J2(2)311J1(3)\begin{array}{lccl} \lambda & m_\lambda & \dim E_\lambda & \text{blocs}\\\hline 2 & 2 & 1 & J_2(2)\\ 3 & 1 & 1 & J_1(3) \end{array}

Le contrôle final, à ne jamais sauter : la somme des tailles doit valoir nn. Ici 2+1=32+1=3 ✓.

⚠️ Piège fréquent : oublier qu'une valeur propre simple ne peut jamais être défective. Si mλ=1m_\lambda=1, alors 1≤dim⁡Eλ≤11\leq\dim E_\lambda\leq 1 (exercice A4), donc dim⁡Eλ=1\dim E_\lambda=1 nécessairement : un seul bloc J1(λ)J_1(\lambda), sans calcul. On peut donc se dispenser de l'étape 2 pour les valeurs propres simples, et concentrer l'effort sur les multiples.

Réponse. J=J2(2)⊕J1(3)J=J_2(2)\oplus J_1(3), χB=μB=(X−2)2(X−3)\chi_B=\mu_B=(X-2)^2(X-3). (Vérifié machine — B6/B2 ✓)
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Compter les blocs par les rangs

CalculDifficulté 3/5

Pour E=(210020002)E=\begin{pmatrix}2&1&0\\0&2&0\\0&0&2\end{pmatrix}, déterminer le nombre et la taille des blocs de Jordan pour λ=2\lambda=2 à partir des rangs de (E−2I)j(E-2I)^j.

Indices (3)

Nb de blocs =dim⁡ker⁡(E−2I)=3−rg⁡(E−2I)=\dim\ker(E-2I)=3-\operatorname{rg}(E-2I).

Nb de blocs de taille ≥2=dim⁡ker⁡(E−2I)2−dim⁡ker⁡(E−2I)\geq2=\dim\ker(E-2I)^2-\dim\ker(E-2I).

En déduire les tailles.

Correction détaillée
La méthode des rangs, et pourquoi elle est fiable

Pour E=(210020002)E=\begin{pmatrix}2&1&0\\0&2&0\\0&0&2\end{pmatrix}, on veut retrouver le nombre et la taille des blocs sans chercher de base de Jordan, uniquement par les rangs de (E−2I)j(E-2I)^j.

C'est la méthode à privilégier en pratique : elle ne demande que des calculs de rang, elle ne dépend d'aucun choix de vecteurs, et elle donne la réponse complète.

Les deux règles à connaître, avec rj=rg⁡(E−2I)jr_j=\operatorname{rg}(E-2I)^j et dj=3−rj=dim⁡ker⁡(E−2I)jd_j=3-r_j=\dim\ker(E-2I)^j :

nombre de blocs=d1,nombre de blocs de taille≥j=dj−dj−1\text{nombre de blocs}=d_1,\qquad \text{nombre de blocs de taille}\geq j=d_j-d_{j-1}
Étape 1 — Calculer les rangs
N=E−2I=(010000000)N=E-2I=\begin{pmatrix}0&1&0\\0&0&0\\0&0&0\end{pmatrix}

Une seule colonne non nulle (la deuxième, égale à e1e_1) : r1=1r_1=1.

N2=0 ⟹ r2=0N^2=0\ \Longrightarrow\ r_2=0

(car Ne1=0Ne_1=0, donc appliquer NN deux fois annule tout). D'où le tableau :

j012rj310dj=3−rj023\begin{array}{c|ccc} j & 0 & 1 & 2\\\hline r_j & 3 & 1 & 0\\ d_j=3-r_j & 0 & 2 & 3 \end{array}
Étape 2 — Lire le nombre de blocs
nombre de blocs=dim⁡ker⁡N=d1=2\text{nombre de blocs}=\dim\ker N=d_1=2

Deux blocs. L'argument : chaque bloc Jk(2)J_k(2) contribue exactement un vecteur propre (le premier de sa chaîne), donc dim⁡E2\dim E_2 compte les blocs.

On peut le voir concrètement : ker⁡N={(x1,0,x3)}=Vect(e1,e3)\ker N=\{(x_1,0,x_3)\}=\mathrm{Vect}(e_1,e_3), deux directions propres, donc deux chaînes.

Étape 3 — Les tailles

Utilisons la formule des différences. Nombre de blocs de taille ≥j\geq j vaut dj−dj−1d_j-d_{j-1} :

taille≥1: d1−d0=2−0=2\text{taille}\geq 1:\ d_1-d_0=2-0=2
taille≥2: d2−d1=3−2=1\text{taille}\geq 2:\ d_2-d_1=3-2=1
taille≥3: d3−d2=3−3=0\text{taille}\geq 3:\ d_3-d_2=3-3=0

Donc : 22 blocs en tout, dont 11 de taille ≥2\geq 2 et aucun de taille ≥3\geq 3. Par soustraction, 11 bloc de taille exactement 22 et 11 bloc de taille exactement 11 :

J=J2(2)⊕J1(2)=(210020002)\boxed{J=J_2(2)\oplus J_1(2)=\begin{pmatrix}2&1&0\\0&2&0\\0&0&2\end{pmatrix}}

EE était déjà sous forme de Jordan. La méthode l'a confirmé sans qu'on ait eu à le supposer.

Contrôles croisés, et un cas qu'il faut savoir distinguer

Trois vérifications indépendantes, à faire systématiquement :

  • somme des tailles =2+1=3=m2=2+1=3=m_2 ✓ ;
  • plus grand bloc =2==2= exposant dans μE=(X−2)2\mu_E=(X-2)^2 ✓ ;
  • nombre de blocs =2=dim⁡E2=2=\dim E_2 ✓.

Comparons avec la matrice de l'exercice A3, qui a le même χ=(X−2)3\chi=(X-2)^3 :

d1d2formeE (ici)23J2(2)⊕J1(2)A (exo A3)12J3(2)\begin{array}{lccc} & d_1 & d_2 & \text{forme}\\\hline E \text{ (ici)} & 2 & 3 & J_2(2)\oplus J_1(2)\\ A \text{ (exo A3)} & 1 & 2 & J_3(2) \end{array}

Même caractéristique, formes différentes. Dès qu'une valeur propre est multiple, χ\chi seul ne détermine pas la forme de Jordan — il faut au minimum μ\mu, et en général toute la suite des rangs.

Pourquoi ces règles sont vraies, en une ligne chacune

Il vaut la peine de savoir d'où viennent les deux règles employées, plutôt que de les appliquer mécaniquement.

Nombre de blocs =dim⁡Eλ=\dim E_\lambda. Chaque bloc Jk(λ)J_k(\lambda) a une chaîne v1,…,vkv_1,\dots,v_k dont seul v1v_1 est dans le noyau de N=A−λIN=A-\lambda I (les autres vérifient Nvi=vi−1≠0Nv_i=v_{i-1}\neq 0). Chaque bloc apporte donc exactement un vecteur propre, et ils sont indépendants puisqu'ils appartiennent à des blocs différents.

Blocs de taille ≥j\geq j : dj−dj−1d_j-d_{j-1}. Un bloc de taille kk contribue min⁡(j,k)\min(j,k) au noyau de NjN^j — les min⁡(j,k)\min(j,k) premiers vecteurs de sa chaîne. En passant de j−1j-1 à jj, sa contribution augmente de 11 si k≥jk\geq j, et de 00 sinon. La différence compte donc les blocs assez longs.

Conséquence utile : la suite d1,d2,…d_1,d_2,\dots est concave — ses accroissements décroissent, puisque le nombre de blocs de taille ≥j\geq j décroît avec jj. Un tableau où un accroissement remonterait signalerait une erreur de calcul de rang.

Ici dj=0,2,3d_j=0,2,3 : accroissements 22 puis 11, bien décroissants ✓.

Réponse. 2 blocs, tailles [1,2][1,2] : J2(2)⊕J1(2)J_2(2)\oplus J_1(2). (Vérifié machine — E1 ✓)
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Réduction explicite d'un 3×3

CalculDifficulté 3/5

Réduire A=(3−1111−1002)A=\begin{pmatrix}3&-1&1\\1&1&-1\\0&0&2\end{pmatrix} : montrer J=J3(2)J=J_3(2) et donner une base de Jordan PP.

Indices (3)

χA=(X−2)3\chi_A=(X-2)^3, dim⁡ker⁡(A−2I)=1\dim\ker(A-2I)=1 → un seul bloc.

Donc J=J3(2)J=J_3(2) (un bloc de taille 33).

Chaîne : xx avec (A−2I)2x≠0(A-2I)^2x\neq0, puis (A−2I)x(A-2I)x, (A−2I)2x(A-2I)^2x.

Correction détaillée
Le plan, et le piège du sens de construction

Réduire A=(3−1111−1002)A=\begin{pmatrix}3&-1&1\\1&1&-1\\0&0&2\end{pmatrix} : montrer J=J3(2)J=J_3(2) et produire une base de Jordan explicite PP.

L'exercice A3 a déjà établi χA=(X−2)3\chi_A=(X-2)^3 et dim⁡E2=1\dim E_2=1. Il reste à construire la chaîne de longueur 33.

Le geste à retenir : on part du haut de la chaîne. On cherche v3v_3 tel que M2v3≠0M^2v_3\neq 0 (où M=A−2IM=A-2I), puis on descend par v2=Mv3v_2=Mv_3 et v1=Mv2v_1=Mv_2. Partir du bas — prendre le vecteur propre et chercher un antécédent — obligerait à résoudre deux systèmes.

Étape 1 — Les puissances de $M=A-2I$
M=(1−111−1−1000),M2=(002002000),M3=0M=\begin{pmatrix}1&-1&1\\1&-1&-1\\0&0&0\end{pmatrix},\qquad M^2=\begin{pmatrix}0&0&2\\0&0&2\\0&0&0\end{pmatrix},\qquad M^3=0

(calculs détaillés à l'exercice A3). Les rangs sont donc

r1=2,r2=1,r3=0r_1=2,\qquad r_2=1,\qquad r_3=0

et les dimensions de noyaux 1,2,31,2,3 : +1+1 à chaque cran, donc un seul bloc de taille 33.

J=J3(2)=(210021002)\boxed{J=J_3(2)=\begin{pmatrix}2&1&0\\0&2&1\\0&0&2\end{pmatrix}}
Étape 2 — Choisir le sommet de la chaîne

Il faut v3v_3 avec M2v3≠0M^2v_3\neq 0. Regardons M2M^2 : ses deux premières colonnes sont nulles, seule la troisième (2e1+2e22e_1+2e_2) ne l'est pas. Donc il faut une troisième coordonnée non nulle.

Prenons le plus simple :

v3=(001),M2v3=(220)≠0 ✓v_3=\begin{pmatrix}0\\0\\1\end{pmatrix},\qquad M^2v_3=\begin{pmatrix}2\\2\\0\end{pmatrix}\neq 0\ \checkmark

⚠️ Un choix comme v3=e1v_3=e_1 ou v3=e2v_3=e_2 échouerait : M2e1=M2e2=0M^2e_1=M^2e_2=0, la chaîne s'arrêterait à la longueur 22 et on n'obtiendrait pas une base.

Étape 3 — Descendre la chaîne
v2=Mv3=(1−111−1−1000)(001)=(1−10)v_2=Mv_3=\begin{pmatrix}1&-1&1\\1&-1&-1\\0&0&0\end{pmatrix}\begin{pmatrix}0\\0\\1\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}1\\-1\\0\end{pmatrix}
v1=Mv2=(1−111−1−1000)(1−10)=(220)v_1=Mv_2=\begin{pmatrix}1&-1&1\\1&-1&-1\\0&0&0\end{pmatrix}\begin{pmatrix}1\\-1\\0\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}2\\2\\0\end{pmatrix}

(c'est bien M2v3M^2v_3, cohérent ✓). Vérifions que v1v_1 est un vecteur propre : il doit être dans E2=Vect((1,1,0))E_2=\mathrm{Vect}\big((1,1,0)\big) — et (2,2,0)=2⋅(1,1,0)(2,2,0)=2\cdot(1,1,0) ✓.

Mv1=M3v3=0doncAv1=2v1Mv_1=M^3v_3=0\quad\text{donc}\quad Av_1=2v_1

La chaîne complète :

v3 → M  v2 → M  v1 → M  0v_3\ \xrightarrow{\,M\,}\ v_2\ \xrightarrow{\,M\,}\ v_1\ \xrightarrow{\,M\,}\ 0
Étape 4 — La matrice de passage, et sa vérification

On range les colonnes du bas vers le haut de la chaîne :

P=(v1v2v3)=(2102−10001)P=\begin{pmatrix}v_1&v_2&v_3\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}2&1&0\\2&-1&0\\0&0&1\end{pmatrix}
det⁡P=1⋅det⁡(212−1)=1⋅(−2−2)=−4≠0\det P=1\cdot\det\begin{pmatrix}2&1\\2&-1\end{pmatrix}=1\cdot(-2-2)=-4\neq 0

(développement par la dernière ligne). La famille est donc bien une base.

Vérification par les colonnes, plus rapide qu'inverser PP. La relation AP=PJAP=PJ se lit :

Av1=2v1,Av2=v1+2v2,Av3=v2+2v3Av_1=2v_1,\qquad Av_2=v_1+2v_2,\qquad Av_3=v_2+2v_3

Or par construction Mv2=v1Mv_2=v_1, c'est-à-dire (A−2I)v2=v1(A-2I)v_2=v_1, soit Av2=v1+2v2Av_2=v_1+2v_2 ✓. De même Mv3=v2Mv_3=v_2 donne Av3=v2+2v3Av_3=v_2+2v_3 ✓. Et Av1=2v1Av_1=2v_1 ✓.

P−1AP=J3(2)\boxed{P^{-1}AP=J_3(2)}

Non-unicité. Tout v3v_3 de troisième coordonnée non nulle marche, et donne une autre base de Jordan. Par exemple v3=(0,0,12)v_3=(0,0,\tfrac12) diviserait toute la chaîne par 22. La matrice PP n'est pas unique ; JJ, elle, l'est (exercice E3).

Réponse. J=J3(2)J=J_3(2), P=(2102−10001)P=\begin{pmatrix}2&1&0\\2&-1&0\\0&0&1\end{pmatrix}. (Vérifié machine : jordan_form, A=PJP−1A=PJP^{-1} — E2 ✓)
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Unicité : les tailles par les rangs

DémonstrationDifficulté 3/5

Montrer que le nombre de blocs de taille exactement jj pour la valeur propre λ\lambda vaut rj−1−2rj+rj+1r_{j-1}-2r_j+r_{j+1} (rj=rg⁡(A−λI)jr_j=\operatorname{rg}(A-\lambda I)^j), et en déduire l'unicité de la forme de Jordan à l'ordre près.

Indices (3)

Un bloc Jk(λ)J_k(\lambda) contribue à rg⁡(A−λI)j\operatorname{rg}(A-\lambda I)^j par max⁡(k−j,0)\max(k-j,0).

Sommer sur tous les blocs.

Différences secondes isolent les tailles.

Correction détaillée
La formule à établir, et son enjeu

Soit λ\lambda une valeur propre et rj=rg⁡(A−λI)jr_j=\operatorname{rg}(A-\lambda I)^j. On veut :

#{blocs de taille exactement j}=rj−1−2rj+rj+1\boxed{\#\{\text{blocs de taille exactement }j\}=r_{j-1}-2r_j+r_{j+1}}

L'enjeu dépasse le calcul : cette formule exprime les tailles de blocs à l'aide de quantités qui ne dépendent que de AA (les rangs sont invariants par similitude). Elle démontre donc du même coup l'unicité de la forme de Jordan.

La stratégie : calculer la contribution d'un seul bloc au rang, puis sommer.

Étape 1 — Ce qu'un bloc contribue au rang

Soit Jk(λ)J_k(\lambda) un bloc, et Nk=Jk(λ)−λIkN_k=J_k(\lambda)-\lambda I_k le décalage nilpotent de taille kk.

NkjN_k^j décale de jj crans : il envoie eie_i sur ei−je_{i-j} si i>ji>j, et sur 00 sinon. Son image est donc engendrée par e1,…,ek−je_1,\dots,e_{k-j} (si j<kj<k) :

rg⁡Nkj=max⁡(k−j, 0)\operatorname{rg}N_k^j=\max(k-j,\ 0)

Vérifions sur k=3k=3 : rg⁡N30=3\operatorname{rg}N_3^0=3, rg⁡N31=2\operatorname{rg}N_3^1=2, rg⁡N32=1\operatorname{rg}N_3^2=1, rg⁡N33=0\operatorname{rg}N_3^3=0 ✓ (c'est le tableau de l'exercice A1).

Comme les puissances d'une matrice diagonale par blocs se calculent bloc par bloc, on somme :

rj=∑imax⁡(ki−j, 0)r_j=\sum_{i}\max(k_i-j,\ 0)

où les kik_i sont les tailles des blocs de la valeur propre λ\lambda (les blocs des autres valeurs propres sont inversibles en λ\lambda, donc de rang plein et sans contribution aux différences).

Étape 2 — La première différence compte les blocs longs

Calculons rj−1−rjr_{j-1}-r_j terme à terme :

max⁡(ki−j+1,0)−max⁡(ki−j,0)={1si ki≥j0sinon\max(k_i-j+1,0)-\max(k_i-j,0)=\begin{cases}1&\text{si }k_i\geq j\\ 0&\text{sinon}\end{cases}

En effet, si ki≥jk_i\geq j les deux maxima valent ki−j+1k_i-j+1 et ki−jk_i-j, différence 11 ; si ki<jk_i<j les deux sont nuls (ou le premier vaut 00 quand ki=j−1k_i=j-1).

En sommant sur ii :

rj−1−rj=#{i: ki≥j}\boxed{r_{j-1}-r_j=\#\{i:\ k_i\geq j\}}

La première différence des rangs compte donc les blocs de taille au moins jj. En particulier r0−r1=n−rg⁡(A−λI)=dim⁡Eλr_0-r_1=n-\operatorname{rg}(A-\lambda I)=\dim E_\lambda est le nombre total de blocs.

Étape 3 — La seconde différence isole les tailles exactes

Un bloc est de taille exactement jj s'il est de taille ≥j\geq j mais pas ≥j+1\geq j+1. D'où

#{ki=j}=#{ki≥j}−#{ki≥j+1}=(rj−1−rj)−(rj−rj+1)\#\{k_i=j\}=\#\{k_i\geq j\}-\#\{k_i\geq j+1\}=(r_{j-1}-r_j)-(r_j-r_{j+1})
=rj−1−2rj+rj+1=\boxed{r_{j-1}-2r_j+r_{j+1}}

C'est une différence seconde, exactement comme en analyse discrète — et le signe alterné 1,−2,11,-2,1 en est la signature.

Étape 4 — L'unicité, et un exemple qui discrimine

Unicité. Si A=PJP−1=QJ′Q−1A=PJP^{-1}=QJ'Q^{-1} avec J,J′J,J' formes de Jordan, alors pour tout jj :

rg⁡(J−λI)j=rg⁡(P−1(A−λI)jP)=rg⁡(A−λI)j\operatorname{rg}(J-\lambda I)^j=\operatorname{rg}\big(P^{-1}(A-\lambda I)^jP\big)=\operatorname{rg}(A-\lambda I)^j

car la multiplication par une matrice inversible ne change pas le rang. Idem pour J′J'. Les deux formes ont donc les mêmes rjr_j, donc — par la formule — le même nombre de blocs de chaque taille. Elles ne diffèrent que par l'ordre.

Exemple discriminant. En dimension 44 avec χ=(X−2)4\chi=(X-2)^4 et μ=(X−2)2\mu=(X-2)^2, deux formes sont a priori possibles : J2⊕J2J_2\oplus J_2 et J2⊕J1⊕J1J_2\oplus J_1\oplus J_1. Les rangs les séparent :

r1r2blocs de taille 1J2⊕J2204−2⋅2+0=0J2⊕J1⊕J1104−2⋅1+0=2\begin{array}{lccc} & r_1 & r_2 & \text{blocs de taille }1\\\hline J_2\oplus J_2 & 2 & 0 & 4-2\cdot 2+0=0\\ J_2\oplus J_1\oplus J_1 & 1 & 0 & 4-2\cdot 1+0=2 \end{array}

χ\chi et μ\mu ne suffisaient pas ; les rangs, si.

Réponse. #\#blocs taille j=rj−1−2rj+rj+1j=r_{j-1}-2r_j+r_{j+1} → unicité. (Vérifié machine : tailles par les rangs — E3 ✓)
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Forme de Jordan forcée par χ et μ

CalculDifficulté 3/5

Un endomorphisme de R3\mathbb{R}^3 a χu=(X−2)3\chi_u=(X-2)^3 et μu=(X−2)2\mu_u=(X-2)^2. Déterminer sa forme de Jordan. Et si μu=(X−2)3\mu_u=(X-2)^3 ? Si μu=(X−2)\mu_u=(X-2) ?

Indices (3)

dim⁡V=deg⁡χ=3\dim V=\deg\chi=3.

Plus grand bloc =deg⁡=\deg du facteur dans μ\mu.

Sommer les tailles == multiplicité algébrique.

Correction détaillée
La méthode : trois nombres, une forme

Un endomorphisme de R3\mathbb{R}^3 a χu=(X−2)3\chi_u=(X-2)^3. On veut sa forme de Jordan selon μu\mu_u.

Deux lectures suffisent ici, et il faut les avoir automatisées :

  • l'exposant de (X−2)(X-2) dans χu\chi_u donne la somme des tailles (ici 33) ;
  • l'exposant de (X−2)(X-2) dans μu\mu_u donne la taille du plus grand bloc (exercice D4).

En dimension 33 avec une seule valeur propre, ces deux nombres déterminent tout — les partitions de 33 sont peu nombreuses.

Les partitions de 3

Il n'y a que trois façons d'écrire 33 comme somme de tailles de blocs :

partitionplus grand blocμu33(X−2)32+12(X−2)21+1+11(X−2)\begin{array}{lll} \text{partition} & \text{plus grand bloc} & \mu_u\\\hline 3 & 3 & (X-2)^3\\ 2+1 & 2 & (X-2)^2\\ 1+1+1 & 1 & (X-2) \end{array}

Les trois valeurs de μu\mu_u étant distinctes, la donnée de μu\mu_u suffit à trancher. (Ce ne serait plus le cas en dimension 44, où 2+22+2 et 2+1+12+1+1 partagent μ=(X−2)2\mu=(X-2)^2 — voir l'exercice E3.)

Cas 1 — $\mu_u=(X-2)^2$

Plus grand bloc de taille 22, somme 33 : la seule partition est 2+12+1.

J=J2(2)⊕J1(2)=(210020002)\boxed{J=J_2(2)\oplus J_1(2)=\begin{pmatrix}2&1&0\\0&2&0\\0&0&2\end{pmatrix}}

Contrôle : dim⁡E2=\dim E_2= nombre de blocs =2=2, et l'indice de nilpotence de u−2 idu-2\,\mathrm{id} vaut 22 ✓. C'est la matrice de l'exercice B2.

Cas 2 — $\mu_u=(X-2)^3$

Plus grand bloc de taille 33, somme 33 : un unique bloc.

J=J3(2)=(210021002)\boxed{J=J_3(2)=\begin{pmatrix}2&1&0\\0&2&1\\0&0&2\end{pmatrix}}

Ici μu=χu\mu_u=\chi_u : le cas dit cyclique, où il existe un vecteur xx tel que (x,u(x),u2(x))(x,u(x),u^2(x)) soit une base. C'est le cas le plus « défectif » possible : dim⁡E2=1\dim E_2=1, un seul vecteur propre.

C'est la situation des exercices A3 et E2.

Cas 3 — $\mu_u=(X-2)$, et la règle générale

μu=X−2\mu_u=X-2 signifie u−2 id=0u-2\,\mathrm{id}=0, donc

u=2 id,J=2I3\boxed{u=2\,\mathrm{id},\qquad J=2I_3}

Trois blocs de taille 11, dim⁡E2=3\dim E_2=3 : diagonalisable, et même scalaire.

La règle à retenir, valable en toute dimension :

u diagonalisable  ⟺  μu scindeˊ aˋ racines simplesu\ \text{diagonalisable}\iff \mu_u\ \text{scind\'e \`a racines simples}

car « racines simples » signifie exactement « tous les blocs de taille 11 ».

Et le tableau de synthèse pour cet exercice :

μudim⁡E2J(X−2)32I3(X−2)22J2(2)⊕J1(2)(X−2)31J3(2)\begin{array}{lcl} \mu_u & \dim E_2 & J\\\hline (X-2) & 3 & 2I_3\\ (X-2)^2 & 2 & J_2(2)\oplus J_1(2)\\ (X-2)^3 & 1 & J_3(2) \end{array}

Le degré de μ\mu monte, la dimension propre descend : les deux mesurent le même défaut, en sens inverse.

La méthode qui s'étend, et sa limite exacte

En dimension nn avec une seule valeur propre, les formes de Jordan possibles correspondent exactement aux partitions de nn — les façons d'écrire nn comme somme décroissante d'entiers positifs.

n=3: 3 ∣ 2+1 ∣ 1+1+1(3 partitions)n=3:\ 3\ \vert\ 2+1\ \vert\ 1+1+1\qquad (3\ \text{partitions})
n=4: 4 ∣ 3+1 ∣ 2+2 ∣ 2+1+1 ∣ 1+1+1+1(5 partitions)n=4:\ 4\ \vert\ 3+1\ \vert\ 2+2\ \vert\ 2+1+1\ \vert\ 1+1+1+1\qquad (5\ \text{partitions})

μ\mu donne le plus grand terme de la partition. En dimension 33, ce plus grand terme détermine tout — vérifions : plus grand =3=3 force 33 ; plus grand =2=2 force 2+12+1 ; plus grand =1=1 force 1+1+11+1+1. Aucune ambiguïté.

⚠️ Ça casse en dimension 44 : les partitions 2+22+2 et 2+1+12+1+1 ont le même plus grand terme 22, donc le même μ=(X−2)2\mu=(X-2)^2. Il faut alors un troisième renseignement :

dim⁡E2=nombre de blocs=2 ou 3\dim E_2=\text{nombre de blocs}=2\ \text{ou}\ 3

La règle générale : χ\chi donne la somme, μ\mu le maximum, dim⁡Eλ\dim E_\lambda le nombre de parts. Trois nombres qui suffisent souvent, mais pas toujours — et alors seule la suite complète des rangs tranche (exercice E3). Le premier cas où ces trois nombres échouent est la dimension 77 : 3+3+13+3+1 et 3+2+23+2+2 ont même somme 77, même maximum 33, même nombre de parts 33.

Réponse. [2,1][2,1] ; [3][3] ; 2I32I_3 selon μ\mu. (Vérifié machine : tailles ⟷\longleftrightarrow exposant de μ\mu — D4/E ✓)
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Un nilpotent 4×4

CalculDifficulté 3/5

Soit F=(0100000000010000)=J2(0)⊕J2(0)F=\begin{pmatrix}0&1&0&0\\0&0&0&0\\0&0&0&1\\0&0&0&0\end{pmatrix}=J_2(0)\oplus J_2(0). Donner χF\chi_F, μF\mu_F, et les tailles de blocs par les rangs.

Indices (3)

FF nilpotent, seule valeur propre 00.

rg⁡F=2\operatorname{rg}F=2 → dim⁡ker⁡F=2\dim\ker F=2 blocs.

F2=0F^2=0 → μF=X2\mu_F=X^2.

Correction détaillée
Ce qu'on cherche, et pourquoi cet exemple compte

F=(0100000000010000)=J2(0)⊕J2(0)F=\begin{pmatrix}0&1&0&0\\0&0&0&0\\0&0&0&1\\0&0&0&0\end{pmatrix}=J_2(0)\oplus J_2(0) : on veut χF\chi_F, μF\mu_F, et retrouver les tailles par les rangs.

Cet exemple est celui à garder en tête pour séparer indice et dimension : l'espace est de dimension 44, mais la matrice s'annule dès le carré. C'est aussi le plus petit cas où χ\chi et μ\mu ne suffisent pas à déterminer la forme (voir la fin).

Étape 1 — Les deux polynômes

FF est triangulaire supérieure à diagonale nulle :

χF=X4\boxed{\chi_F=X^4}

Pour le minimal, regardons ce que fait FF. Les deux chaînes sont indépendantes :

e2↦e1↦0,e4↦e3↦0e_2\mapsto e_1\mapsto 0,\qquad e_4\mapsto e_3\mapsto 0

Deux applications suffisent donc à tout annuler : F2e2=Fe1=0F^2 e_2=Fe_1=0 et F2e4=Fe3=0F^2e_4=Fe_3=0, les autres étant déjà nuls.

F2=0,F≠0 ⟹ μF=X2F^2=0,\qquad F\neq 0\ \Longrightarrow\ \boxed{\mu_F=X^2}

Écart maximal entre les deux : deg⁡χ=4\deg\chi=4, deg⁡μ=2\deg\mu=2.

Étape 2 — Les rangs

L'image de FF est engendrée par ses colonnes non nulles, soit e1e_1 (colonne 22) et e3e_3 (colonne 44) :

rg⁡F=2,rg⁡F2=0\operatorname{rg}F=2,\qquad \operatorname{rg}F^2=0
j012rj420dj=4−rj024\begin{array}{c|ccc} j & 0 & 1 & 2\\\hline r_j & 4 & 2 & 0\\ d_j=4-r_j & 0 & 2 & 4 \end{array}

Le noyau grandit de 22 à chaque cran — signature de deux chaînes qui avancent en parallèle.

Étape 3 — Les tailles par la formule

Appliquons #{ki=j}=rj−1−2rj+rj+1\#\{k_i=j\}=r_{j-1}-2r_j+r_{j+1} :

j=1:r0−2r1+r2=4−2⋅2+0=0j=1:\quad r_0-2r_1+r_2=4-2\cdot 2+0=\boxed{0}
j=2:r1−2r2+r3=2−0+0=2j=2:\quad r_1-2r_2+r_3=2-0+0=\boxed{2}
j=3:r2−2r3+r4=0j=3:\quad r_2-2r_3+r_4=0

Aucun bloc de taille 11, deux blocs de taille 22 :

F=J2(0)⊕J2(0) ✓F=J_2(0)\oplus J_2(0)\ \checkmark

Contrôles : somme 2+2=4=deg⁡χF2+2=4=\deg\chi_F ✓ · plus grand bloc 2=deg⁡μF2=\deg\mu_F ✓ · nombre de blocs =dim⁡ker⁡F=2=\dim\ker F=2 ✓.

Ce que cet exemple sépare

Indice contre dimension. dim⁡=4\dim=4 mais indice =2=2 : l'indice mesure la plus longue chaîne, pas la taille de l'espace. Comparer avec J3(0)J_3(0), où dimension 33 et indice 33 coïncident (une seule chaîne).

χ\chi et μ\mu ne suffisent pas. Considérons

G=J2(0)⊕J1(0)⊕J1(0)G=J_2(0)\oplus J_1(0)\oplus J_1(0)

Elle a aussi χG=X4\chi_G=X^4 et μG=X2\mu_G=X^2 ! Pourtant FF et GG ne sont pas semblables. Ce sont les rangs qui les séparent :

rg⁡F=2contrerg⁡G=1\operatorname{rg}F=2\qquad\text{contre}\qquad \operatorname{rg}G=1

Autrement dit dim⁡ker⁡F=2\dim\ker F=2 (deux blocs) contre dim⁡ker⁡G=3\dim\ker G=3 (trois blocs).

C'est le plus petit contre-exemple à « χ\chi et μ\mu déterminent la forme » — vrai en dimension ≤3\leq 3, faux dès la dimension 44. Retenir cette paire.

Ce que $F$ représente concrètement

Un peu d'intuition pour retenir cette matrice. FF agit sur R4\mathbb{R}^4 comme deux décalages indépendants, chacun sur un plan :

e2↦e1↦0⏟plan (e1,e2)ete4↦e3↦0⏟plan (e3,e4)\underbrace{e_2\mapsto e_1\mapsto 0}_{\text{plan }(e_1,e_2)}\qquad\text{et}\qquad \underbrace{e_4\mapsto e_3\mapsto 0}_{\text{plan }(e_3,e_4)}

L'espace se scinde en deux morceaux stables qui ne communiquent pas. C'est exactement ce que dit l'écriture J2(0)⊕J2(0)J_2(0)\oplus J_2(0) : une somme directe de deux systèmes indépendants.

Une réalisation naturelle. Sur l'espace des polynômes de degré ≤1\leq 1 en deux variables séparées, la dérivation en xx et en yy agit ainsi. Ou plus simplement : FF est la dérivation sur R[x]≤1×R[y]≤1\mathbb{R}[x]_{\leq 1}\times\mathbb{R}[y]_{\leq 1}, où dériver deux fois annule tout.

Exponentielle, calculable d'un trait grâce à F2=0F^2=0 :

etF=I+tF=(1t000100001t0001)e^{tF}=I+tF=\begin{pmatrix}1&t&0&0\\0&1&0&0\\0&0&1&t\\0&0&0&1\end{pmatrix}

Deux blocs (1t01)\begin{pmatrix}1&t\\0&1\end{pmatrix} juxtaposés — cohérent avec la formule générale de l'exercice D1, prise en λ=0\lambda=0 et k=2k=2.

Réponse. χF=X4\chi_F=X^4, μF=X2\mu_F=X^2, tailles [2,2][2,2]. (Vérifié machine — E5 ✓)
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Unicité à l'ordre des blocs près

DémonstrationDifficulté 3/5

Expliquer en quoi la forme de Jordan est unique « à l'ordre des blocs près », et pourquoi deux matrices semblables ont la même forme de Jordan.

Indices (3)

Les rangs rg⁡(A−λI)j\operatorname{rg}(A-\lambda I)^j sont invariants par conjugaison.

Ils déterminent les tailles de blocs (E3).

L'ordre des blocs est un choix de base.

Correction détaillée
Les deux questions, et ce qu'elles cachent
  1. En quel sens la forme de Jordan est-elle unique « à l'ordre des blocs près » ?
  2. Pourquoi deux matrices semblables ont-elles la même forme de Jordan ?

La seconde question est la plus importante en pratique : elle fait de la forme de Jordan un invariant complet de similitude, c'est-à-dire un moyen de décider si deux matrices sont semblables — question à laquelle ni le déterminant, ni la trace, ni même χ\chi et μ\mu ne répondent en général.

Étape 1 — Ce que « à l'ordre près » veut dire

Deux formes de Jordan de la même matrice ont le même multiset de blocs — les mêmes blocs, avec les mêmes multiplicités — mais éventuellement rangés différemment.

Exemple : les deux matrices

(210020003)et(300021002)\begin{pmatrix}2&1&0\\0&2&0\\0&0&3\end{pmatrix}\qquad\text{et}\qquad \begin{pmatrix}3&0&0\\0&2&1\\0&0&2\end{pmatrix}

sont semblables : ce sont J2(2)⊕J1(3)J_2(2)\oplus J_1(3) et J1(3)⊕J2(2)J_1(3)\oplus J_2(2). La matrice de passage est la permutation qui échange les blocs.

Pour lever l'ambiguïté, on adopte une convention : blocs groupés par valeur propre (dans un ordre fixé), et à l'intérieur d'une valeur propre, tailles décroissantes. La forme devient alors strictement unique.

Étape 2 — Pourquoi l'unicité (rappel de l'argument des rangs)

L'argument tient en une ligne : les nombres rj=rg⁡(A−λI)jr_j=\operatorname{rg}(A-\lambda I)^j sont des invariants de similitude, et la formule de l'exercice E3

#{blocs de taille j}=rj−1−2rj+rj+1\#\{\text{blocs de taille }j\}=r_{j-1}-2r_j+r_{j+1}

détermine les tailles à partir d'eux. Deux formes de Jordan de la même matrice ont donc exactement les mêmes blocs.

Ce qui n'est pas unique, c'est la matrice de passage PP : l'exercice E2 montre déjà qu'un autre choix de sommet de chaîne donne une autre base de Jordan. Seule la forme JJ est canonique.

Étape 3 — Deux matrices semblables ont la même forme

Soient AA et B=Q−1AQB=Q^{-1}AQ semblables. Si A=PJP−1A=PJP^{-1}, alors

B=Q−1PJP−1Q=(Q−1P) J (Q−1P)−1B=Q^{-1}PJP^{-1}Q=(Q^{-1}P)\,J\,(Q^{-1}P)^{-1}

donc BB est semblable à la même JJ. Autrement dit, la forme de Jordan ne dépend que de la classe de similitude.

La réciproque est immédiate : si AA et BB ont la même forme JJ, alors A∼J∼BA\sim J\sim B, et la similitude est transitive.

A∼B  ⟺  A et B ont la meˆme forme de Jordan\boxed{A\sim B\iff A\text{ et }B\text{ ont la m\^eme forme de Jordan}}

C'est ce qu'on appelle un invariant complet : il ne se contente pas d'être invariant, il sépare les classes.

À quoi ça sert : décider la similitude

Voici l'usage concret. det⁡\det, tr⁡\operatorname{tr}, χ\chi et même μ\mu sont des invariants, mais incomplets. Le contre-exemple minimal (exercice E5) :

F=J2(0)⊕J2(0),G=J2(0)⊕J1(0)⊕J1(0)F=J_2(0)\oplus J_2(0),\qquad G=J_2(0)\oplus J_1(0)\oplus J_1(0)
χF=χG=X4,μF=μG=X2,det⁡=0,tr⁡=0\chi_F=\chi_G=X^4,\qquad \mu_F=\mu_G=X^2,\qquad \det=0,\qquad \operatorname{tr}=0

Tous ces invariants coïncident, et pourtant F≁GF\not\sim G : leurs rangs diffèrent (22 contre 11), donc leurs formes de Jordan aussi.

Marche à suivre pour décider si A∼BA\sim B : calculer les deux formes de Jordan et les comparer bloc à bloc. En pratique, on calcule pour chaque valeur propre commune la suite des rg⁡(A−λI)j\operatorname{rg}(A-\lambda I)^j et rg⁡(B−λI)j\operatorname{rg}(B-\lambda I)^j : elles doivent coïncider terme à terme.

⚠️ Sur un corps où χ\chi n'est pas scindé, la forme de Jordan n'existe pas et cet outil tombe. On utilise alors la forme de Frobenius (exercice D6), qui est un invariant complet sans hypothèse.

Réponse. Unique comme multiset de blocs ; invariant complet de similitude. (Vérifié machine : rangs invariants — E3/E6 ✓)
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S'entraîner davantage sur réduction de jordan

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