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Sujet et corrigé — CAPES externe bac+3 — Sujet zéro, épreuve écrite 1 (mai 2025)

Annales du CAPES · 2 exercices du sujet officiel, corrigés question par question

CAPES

Chaque exercice donne l'énoncé, des indices progressifs et la correction rédigée étape par étape. Ouvre les blocs seulement après avoir cherché.

Le sujet en un coup d'œil : CAPES externe bac+3 — Sujet zéro, épreuve écrite 1 (mai 2025) Structure du sujet, chapitres à réviser, stratégie de composition, attentes du jury.

Partie I : Vrai/Faux

DémonstrationDifficulté 3/5

Sujet zéro — CAPES externe de mathématiques (bac+3), exemple officiel de sujet pour la première épreuve d'admissibilité, mai 2025. © ministère chargé de l'Éducation nationale, devenirenseignant.gouv.fr.

Partie I : VRAI–FAUX

Pour chacun des items suivants, préciser si l'assertion finale est vraie ou fausse et justifier la réponse donnée. Toute réponse non argumentée ne sera pas prise en compte.

Polynômes. On désigne par R[X]\mathbb{R}[X] l'ensemble des polynômes d'une variable XX à coefficients réels.

1. Tout polynôme PP dans R[X]\mathbb{R}[X] sans racine réelle est irréductible.

2. Le polynôme P=X3+2X2+XP=X^3+2X^2+X est le polynôme caractéristique d'une matrice carrée inversible à coefficients réels.

Équations différentielles.

3. Soit aa un réel strictement positif. Soit ff une solution sur R\mathbb{R} de l'équation différentielle y+2ay+a2y=0y''+2ay'+a^2y=0. Alors limt+f(t)=0\lim\limits_{t\to+\infty}f(t)=0.

4. Soit bb une fonction continue sur R\mathbb{R}. L'équation différentielle

xR,xy(x)+b(x)y(x)=0 \forall\,x\in\mathbb{R},\quad xy'(x)+b(x)y(x)=0

admet toujours comme ensemble de solutions réelles une droite vectorielle.

Raisonnement/définitions

5. On désigne par F\mathcal{F} un ensemble de fonctions définies sur R\mathbb{R}. On donne deux assertions P\mathcal{P} et Q\mathcal{Q} :

(P):fF, xR, f(x)=0 (\mathcal{P}) : \forall f\in\mathcal{F},\ \exists\,x\in\mathbb{R},\ f(x)=0
(Q):xR, fF, f(x)=0 (\mathcal{Q}) : \exists\,x\in\mathbb{R},\ \forall f\in\mathcal{F},\ f(x)=0

Ces deux assertions sont équivalentes.

6. Soient a,b,cNa,b,c\in\mathbb{N} : au moins deux d'entre eux sont congrus modulo 2.

Indices (6)

Item 1. Commencer par écrire la définition d'un polynôme irréductible de R[X]\mathbb{R}[X] : elle parle de factorisation, pas de racines. Puis chercher les degrés où l'assertion ne peut pas être prise en défaut — un contre-exemple devra tous les éviter, et il en reste moins qu'on ne croit.

Item 2. Factoriser PP. Que vaut P(0)P(0), et quel lien y a-t-il entre P(0)P(0), les valeurs propres et det\det de la matrice ? Attention : l'assertion affirme une existence, donc la réfuter demande de traiter toutes les matrices possibles.

Item 3. Écrire l'équation caractéristique r2+2ar+a2=0r^2+2ar+a^2=0 et calculer son discriminant avant de choisir la forme des solutions. Le facteur qui apparaît alors est celui dont il faut justifier la limite.

Item 4. Le coefficient devant yy' s'annule en 00 : l'équation n'est pas résolue sur R\mathbb{R}. Prendre bb constante, résoudre séparément sur ],0[]-\infty,0[ et sur ]0,+[]0,+\infty[, puis se demander ce que le recollement en 00 autorise.

Item 5. Une des deux implications est toujours vraie : chercher laquelle, et la démontrer. Pour l'autre, un F\mathcal{F} réduit à une seule fonction ne peut rien réfuter — il en faut au moins deux.

Item 6. Combien y a-t-il de classes de congruence modulo 22, et combien d'entiers l'énoncé donne-t-il ? Nommer le principe qui compare ces deux nombres, et vérifier ses hypothèses.

Correction détaillée
Ce qu'il faut voir

Six items, quatre chapitres du tronc commun de licence — c'est un balayage, pas un problème : chaque item se traite en quelques lignes, indépendamment des autres.

item ce qui est testé chapitre de l'app
1 irréductibles de R[X]\mathbb{R}[X], factorisation Polynômes
2 polynôme caractéristique, valeur propre nulle Valeurs propres
3 équation caractéristique à racine double, croissances comparées Équations différentielles
4 équation d'ordre 11 non résolue, recollement en un point singulier Équations différentielles
5 ordre des quantificateurs Raisonnement
6 principe des tiroirs, congruences Raisonnement

La consigne décide de la rédaction, et il faut la prendre au mot : « Toute réponse non argumentée ne sera pas prise en compte. » Un verdict nu ne répond pas à la question posée, même juste. Le jury attend une justification complète, donc rédigée avec ses hypothèses.

Le fil rouge de cette partie n'est pas un thème, c'est une FORME LOGIQUE. Avant de chercher la réponse, il faut lire l'assertion et repérer ce qu'elle quantifie — c'est cela qui décide du régime de preuve, et rien d'autre :

  • assertion universelletout polynôme… », « admet toujours… », « ces deux assertions sont équivalentes », c'est-à-dire pour tout F\mathcal{F}) : la nier revient à exhiber UN objet, écrit noir sur blanc, et à vérifier sur lui que l'assertion échoue. C'est le régime des items 1, 4 et 5 ;
  • assertion existentiellePP est le polynôme caractéristique d'une matrice inversible », c'est-à-dire il existe une telle matrice) : la nier demande de montrer qu'AUCUN objet ne convient — donc une démonstration générale. Un exemple de matrice non inversible ne réfute rien du tout. C'est le régime de l'item 2, et c'est le piège le mieux caché du sujet ;
  • assertion universelle vraie (items 3 et 6) : elle se démontre dans le cas général, hypothèses nommées et théorème cité avec ses conditions. Trois exemples numériques ne prouvent rien.

Le comptage est déséquilibré : deux items sont vrais (3 et 6), quatre sont faux (1, 2, 4 et 5). Ce n'est pas une observation décorative : devant un Vrai/Faux, la tentation est d'« équilibrer » ses réponses. Chaque item se juge seul, sur sa démonstration — et ce comptage-ci vaut pour ce sujet, il ne se transpose à aucun autre.

Une dernière chose, qui vaut pour les six : plusieurs hypothèses ont l'air décoratives et ne le sont pas — mais pas toutes de la même façon. « aa strictement positif » (item 3) et « a,b,cNa,b,c\in\mathbb{N} » au nombre de trois (item 6) font basculer le verdict à elles seules : avec a0a\leqslant0 l'item 3 devient faux, avec deux entiers l'item 6 aussi. « bb continue sur R\mathbb{R} » (item 4) se lit à l'envers, et c'est instructif : c'est une hypothèse généreuse, déjà satisfaite par bb constante, qui suffit à réfuter l'assertion — l'affaiblir ou la renforcer ne changerait donc rien au verdict. Ce qui décide y est ailleurs : le coefficient xx devant yy', qui s'annule en 00. Repérer ce qu'une hypothèse empêche, et ce qu'elle ne sauve pas, est la moitié du travail.

Item 1 — FAUX

Ce que ça teste. La définition d'un polynôme irréductible, et le fait qu'elle parle de factorisation et non de racines. Chapitre : Polynômes.

Ce qu'il faut avoir en tête avant de répondre. Un polynôme PR[X]P\in\mathbb{R}[X] est dit irréductible dans R[X]\mathbb{R}[X] lorsque PP est non nul, n'est pas inversible — c'est-à-dire n'est pas une constante non nulle — et que toute factorisation P=QRP=QR avec Q,RR[X]Q,R\in\mathbb{R}[X] force QQ ou RR à être constant. « Avoir une racine » et « se factoriser » ne coïncident qu'en petit degré : si α\alpha est racine réelle de PP, alors XαX-\alpha divise PP, donc PP est réductible dès que degP2\deg P\geqslant2 ; mais la réciproque est fausse, et c'est tout l'objet de l'item.

La rédaction attendue. L'assertion est universelle : un seul contre-exemple la réfute. Posons

P=(X2+1)2=X4+2X2+1. P=(X^2+1)^2=X^4+2X^2+1.
  • PP n'a aucune racine réelle : pour tout réel xx, x2+11x^2+1\geqslant1, donc P(x)=(x2+1)21>0P(x)=(x^2+1)^2\geqslant1>0. La fonction polynomiale associée ne s'annule donc jamais sur R\mathbb{R}.
  • PP n'est pas irréductible : P=(X2+1)×(X2+1)P=(X^2+1)\times(X^2+1) est un produit de deux polynômes de degré 22, donc de deux polynômes non constants. La définition est mise en défaut.

Ainsi PP est sans racine réelle et réductible : l'assertion est fausse.

Pourquoi ce contre-exemple, et pas n'importe lequel. Parce qu'en degré 22 l'assertion est vraie : si degP=2\deg P=2 et si PP n'a pas de racine réelle, son discriminant est strictement négatif et PP est irréductible dans R[X]\mathbb{R}[X]. Un contre-exemple doit donc éviter le degré 22 — et le degré 11, où tout polynôme a une racine réelle. Le premier degré non constant disponible est 44, puisqu'un polynôme de degré impair a toujours une racine réelle (limites de signes opposés en ±\pm\infty et théorème des valeurs intermédiaires).

Le résultat de structure qui explique tout. Dans R[X]\mathbb{R}[X], les polynômes irréductibles sont exactement les polynômes de degré 11 et les polynômes de degré 22 de discriminant strictement négatif. Il découle du théorème de d'Alembert-Gauss : sur C\mathbb{C} le polynôme se scinde, et comme ses coefficients sont réels, ses racines non réelles se regroupent par paires conjuguées z,zz,\overline{z}, dont le produit (Xz)(Xz)(X-z)(X-\overline z) est un trinôme réel. Conséquence immédiate : tout polynôme de degré supérieur ou égal à 33 est réductible dans R[X]\mathbb{R}[X], qu'il ait ou non des racines réelles. L'assertion de l'énoncé est donc fausse pour un motif massif, pas pour un accident.

Les pièges.

  • Répondre « faux » sans contre-exemple. C'est exactement ce que la consigne écarte : une réponse non argumentée laisse la question sans réponse. Ici le contre-exemple tient en trois lignes.
  • Croire que « sans racine » et « irréductible » sont synonymes. C'est vrai en degré 22, où « sans racine réelle » équivaut à « irréductible ». En degré 11, non : tout polynôme de degré 11 est irréductible et possède une racine réelle. Et dès le degré 44, c'est l'implication de l'énoncé qui tombe, comme le montre le contre-exemple ci-dessus. Ce qu'il faut retenir est la bonne moitié : avoir une racine réelle entraîne être réductible (en degré au moins 22).
  • Oublier que l'irréductibilité dépend de l'ANNEAU. X2+1X^2+1 est irréductible dans R[X]\mathbb{R}[X] et réductible dans C[X]\mathbb{C}[X], où il vaut (Xi)(X+i)(X-i)(X+i). Écrire « irréductible » sans dire « dans R[X]\mathbb{R}[X] » ne désigne rien.
  • Le cas dégénéré des constantes. Le polynôme constant P=1P=1 n'a aucune racine réelle et n'est pas irréductible, puisqu'il est inversible : c'est un contre-exemple valide, mais il repose sur une convention de définition. Le contre-exemple de degré 44 ne prête, lui, à aucune discussion.
  • Croire que la réciproque serait vraie. Elle est fausse aussi : X3X-3 est irréductible et possède la racine réelle 33. Les deux notions ne s'impliquent dans aucun sens.

Recoupement. Deuxième vérification, indépendante du raisonnement : un balayage machine des 625625 polynômes unitaires X4+aX3+bX2+cX+dX^4+aX^3+bX^2+cX+d à coefficients entiers dans {2,,2}\{-2,\dots,2\} en trouve 139139 sans racine réelle, et les 139139 se factorisent en deux trinômes réels de discriminant strictement négatif — donc tous réductibles, comme l'annonce le résultat de structure. Sur le contre-exemple retenu, les valeurs confirment la positivité stricte : P(0)=1P(0)=1, P(1)=4P(1)=4, P(2)=25P(-2)=25, et le minimum de PP sur R\mathbb{R} vaut 11. Une variante tout aussi valable, si l'on préfère deux facteurs distincts : (X2+1)(X2+2)=X4+3X2+2(X^2+1)(X^2+2)=X^4+3X^2+2.

Item 2 — FAUX

Ce que ça teste. Le lien entre le polynôme caractéristique d'une matrice, ses valeurs propres et son inversibilité — et, avant tout, la forme logique de l'assertion. Chapitres : Valeurs propres et Matrices.

La forme logique décide de la preuve, et c'est le piège de l'item. « PP est le polynôme caractéristique d'une matrice carrée inversible » signifie : il existe une matrice carrée réelle AA, inversible, telle que χA=P\chi_A=P. Nier une existence, c'est démontrer une propriété universelle : toute matrice réelle de polynôme caractéristique PP est non inversible. Exhiber une matrice non inversible de polynôme caractéristique PP ne réfute donc rien — cela ne dit rien des autres matrices.

La rédaction attendue. Factorisons d'abord :

P=X3+2X2+X=X(X2+2X+1)=X(X+1)2, P=X^3+2X^2+X=X(X^2+2X+1)=X(X+1)^2,

donc P(0)=0P(0)=0 : le réel 00 est racine de PP.

Le polynôme caractéristique d'une matrice de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) est de degré nn, et degP=3\deg P=3 : une matrice de polynôme caractéristique PP est donc nécessairement de taille 33. Soit AM3(R)A\in\mathcal{M}_3(\mathbb{R}) telle que χA=P\chi_A=P, avec la convention χA=det(XI3A)\chi_A=\det(XI_3-A) — celle qui rend χA\chi_A unitaire, comme l'est PP. En évaluant en 00 :

χA(0)=det(A)=(1)3det(A)=det(A). \chi_A(0)=\det(-A)=(-1)^3\det(A)=-\det(A).

Or χA(0)=P(0)=0\chi_A(0)=P(0)=0, donc det(A)=0\det(A)=0 : la matrice AA n'est pas inversible. Comme AA était quelconque parmi les matrices de polynôme caractéristique PP, aucune matrice inversible n'a PP pour polynôme caractéristique : l'assertion est fausse.

La lecture par les valeurs propres, qui dit la même chose sans calcul de déterminant. Les racines de χA\chi_A sont exactement les valeurs propres de AA. Comme P(0)=0P(0)=0, le réel 00 est valeur propre de AA, donc il existe un vecteur v0v\neq0 avec Av=0Av=0 : le noyau de AA n'est pas réduit au vecteur nul, et AA n'est pas inversible. Les deux rédactions sont acceptables ; la seconde est la plus courte.

Ce que l'item n'affirme PAS, et qu'il ne faut pas réfuter à sa place. PP est bien un polynôme caractéristique : la matrice

D=(000011001) D=\begin{pmatrix}0&0&0\\0&-1&1\\0&0&-1\end{pmatrix}

est triangulaire supérieure de diagonale (0,1,1)(0,-1,-1), donc χD=X(X+1)2=P\chi_D=X(X+1)^2=P, et det(D)=0\det(D)=0. Ce qui échoue dans l'assertion n'est pas « polynôme caractéristique », c'est « inversible ». Confondre les deux conduit à une réponse juste pour une raison fausse.

Les pièges.

  • Réfuter par un exemple. C'est le piège central : l'assertion est existentielle, un exemple ne la contredit pas. Il faut un argument valable pour toutes les matrices.
  • Se tromper de convention et croire que cela change le verdict. Avec l'autre convention, χA=det(AXI3)\chi_A=\det(A-XI_3), on a χA(0)=det(A)\chi_A(0)=\det(A) : le signe change, la conclusion non, puisque P(0)=0P(0)=0 et que 0=00=-0. Mieux : avec cette convention, χA\chi_A serait de coefficient dominant (1)3=1(-1)^3=-1, donc ne pourrait pas être égal au polynôme unitaire PP. Dans les deux lectures, l'assertion tombe.
  • Oublier le facteur (1)n(-1)^n. En taille nn, χA(0)=(1)ndet(A)\chi_A(0)=(-1)^n\det(A) avec la convention unitaire. Ici n=3n=3 et la valeur est nulle, donc le signe n'intervient pas — mais l'écrire faux dans un autre exercice change le résultat.
  • Croire que la multiplicité de la racine 1-1 joue un rôle. Elle ne joue aucun rôle : seule la racine 00 décide de l'inversibilité. La factorisation X(X+1)2X(X+1)^2 sert uniquement à rendre P(0)=0P(0)=0 visible.
  • Ne pas dire pourquoi la matrice est de taille 33. Le degré du polynôme caractéristique d'une matrice de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) vaut nn : ici degP=3\deg P=3 impose n=3n=3. C'est une ligne, et elle rend la rédaction complète.

Recoupement. Troisième voie, par la matrice compagnon de PP :

C=(000101012), C=\begin{pmatrix}0&0&0\\1&0&-1\\0&1&-2\end{pmatrix},

qui vérifie χC=P\chi_C=P ; son déterminant vaut 00, son rang vaut 22 et son noyau est la droite engendrée par le vecteur de coordonnées (1,2,1)(1,2,1) — trois façons de constater la même non-inversibilité. Et le contraste qui montre où se joue le verdict : pour Q=X3+2X2+X+1Q=X^3+2X^2+X+1, on a Q(0)=1Q(0)=1, donc toute matrice de polynôme caractéristique QQ a pour déterminant 1-1, et elle est inversible. Le terme constant, à lui seul, décide.

Item 3 — VRAI

Ce que ça teste. La résolution d'une équation différentielle linéaire homogène du second ordre à coefficients constants, dans le cas de la racine double, puis une limite par croissances comparées. Chapitres : Équations différentielles et Réels et suites.

La rédaction attendue. Soit a>0a>0 et soit ff une solution sur R\mathbb{R} de

y+2ay+a2y=0. y''+2ay'+a^2y=0.

L'équation est linéaire, homogène, du second ordre, à coefficients constants : son équation caractéristique est r2+2ar+a2=0r^2+2ar+a^2=0, de discriminant

Δ=(2a)24a2=0. \Delta=(2a)^2-4a^2=0.

Elle admet donc la racine double r0=ar_0=-a, ce que la factorisation r2+2ar+a2=(r+a)2r^2+2ar+a^2=(r+a)^2 rend immédiat. Le théorème de résolution dit alors que l'ensemble des solutions réelles sur R\mathbb{R} est exactement

{t(λ+μt)eat ; (λ,μ)R2}. \left\{t\mapsto(\lambda+\mu t)\,\mathrm{e}^{-at}\ ;\ (\lambda,\mu)\in\mathbb{R}^2\right\}.

Il existe donc (λ,μ)R2(\lambda,\mu)\in\mathbb{R}^2 tel que f(t)=(λ+μt)eatf(t)=(\lambda+\mu t)\mathrm{e}^{-at} pour tout réel tt. Séparons les deux termes :

  • λeat0\lambda\mathrm{e}^{-at}\longrightarrow0 quand t+t\to+\infty, car a>0a>0 ;
  • μteat0\mu t\,\mathrm{e}^{-at}\longrightarrow0 également : en posant u=atu=at, on a teat=1aueut\mathrm{e}^{-at}=\frac{1}{a}u\mathrm{e}^{-u}, et ueu0u\mathrm{e}^{-u}\to0 quand u+u\to+\infty par croissances comparées — l'exponentielle l'emporte sur toute puissance.

Par somme de limites, f(t)0f(t)\to0 quand t+t\to+\infty : l'assertion est vraie, et elle l'est pour toute solution, quels que soient λ\lambda et μ\mu.

Les pièges.

  • Ne pas calculer le discriminant et écrire deux racines distinctes. La forme λer1t+μer2t\lambda\mathrm{e}^{r_1t}+\mu\mathrm{e}^{r_2t} suppose Δ>0\Delta>0. Ici Δ=0\Delta=0 exactement, et c'est ce qui fait apparaître le facteur tt. Une rédaction qui ne mentionne pas Δ\Delta n'a pas justifié la forme des solutions.
  • Oublier le facteur tt et conclure quand même. La conclusion serait juste, la démonstration non : elle ne traiterait que les solutions avec μ=0\mu=0, c'est-à-dire une droite dans un plan de solutions. C'est la moitié de la question qui manque.
  • Croire au contraire que le facteur tt empêche la limite nulle. Il la ralentit, il ne l'empêche pas : teatt\mathrm{e}^{-at} tend vers 00 pour tout a>0a>0. Il faut le dire, pas le supposer.
  • Ne pas voir que a>0a>0 est l'hypothèse décisive. Si a<0a<0, alors eat+\mathrm{e}^{-at}\to+\infty et la solution teatt\mapsto\mathrm{e}^{-at} diverge. Si a=0a=0, l'équation devient y=0y''=0, dont les solutions tλ+μtt\mapsto\lambda+\mu t ne tendent vers 00 que dans le cas nul. L'hypothèse porte donc tout le résultat.
  • Confondre « tend vers 00 » et « décroît ». Une solution peut monter très haut avant de redescendre — voir le recoupement ci-dessous.

Recoupement. Prenons a=1100a=\tfrac{1}{100}, λ=1\lambda=1 et μ=1000\mu=1000, donc f(t)=(1+1000t)et/100f(t)=(1+1000t)\mathrm{e}^{-t/100}. Sa dérivée f(t)=eat(μaλaμt)f'(t)=\mathrm{e}^{-at}(\mu-a\lambda-a\mu t) s'annule en

t=1aλμ=99,999, t^\star=\frac{1}{a}-\frac{\lambda}{\mu}=99{,}999,

et la valeur maximale vaut

f(t)=μaeaλ/μ1=100000e0,9999936788,3. f(t^\star)=\frac{\mu}{a}\,\mathrm{e}^{a\lambda/\mu-1}=100000\,\mathrm{e}^{-0{,}99999}\approx36788{,}3.

La solution monte donc jusqu'à près de 3680036\,800, vaut encore environ 45,445{,}4 en t=1000t=1000, et ne descend au-dessous de 1040010^{-400} que vers t=105t=10^{5}. La limite est bien nulle, la convergence peut être aussi lente qu'on veut : c'est exactement pour cela qu'un dessin ou un tableau de valeurs ne remplace pas la croissance comparée.

Item 4 — FAUX

Ce que ça teste. Une équation différentielle linéaire du premier ordre non résolue — le coefficient devant yy' s'annule — et la structure de l'ensemble de ses solutions globales, c'est-à-dire définies sur R\mathbb{R} tout entier. Chapitres : Équations différentielles et, pour le recollement, Fonctions d'une variable réelle.

Ce que dit le cours, et où il cesse de s'appliquer. Pour une équation résolue y+α(x)y=0y'+\alpha(x)y=0 avec α\alpha continue sur un intervalle II, l'ensemble des solutions sur II est bien une droite vectorielle : y=CeA(x)y=C\mathrm{e}^{-A(x)}, où AA est une primitive de α\alpha. Ici l'équation s'écrit y=b(x)xyy'=-\frac{b(x)}{x}y seulement là où x0x\neq0 : le point 00 est un point singulier, et R\mathbb{R} privé de 00 n'est pas un intervalle. Le théorème ne s'applique donc pas sur R\mathbb{R}, et c'est le recollement en 00 qui décide.

La rédaction attendue. L'assertion est universelle — « toujours », c'est-à-dire pour toute fonction bb continue. Un seul contre-exemple la réfute. Prenons bb constante égale à 11, qui est bien continue sur R\mathbb{R}. L'équation devient

xR,xy(x)+y(x)=0. \forall\,x\in\mathbb{R},\quad xy'(x)+y(x)=0.

Soit yy une solution : par définition, yy est dérivable sur R\mathbb{R} et vérifie cette égalité en tout point. Or, pour une telle fonction, la dérivée du produit donne (xy)(x)=y(x)+xy(x)(xy)'(x)=y(x)+xy'(x) : l'équation dit donc exactement que la fonction xxy(x)x\mapsto xy(x) a une dérivée nulle sur R\mathbb{R}. Comme R\mathbb{R} est un intervalle, cette fonction est constante : il existe KRK\in\mathbb{R} tel que xy(x)=Kxy(x)=K pour tout réel xx. En prenant x=0x=0, on obtient K=0K=0. Donc xy(x)=0xy(x)=0 pour tout xx, d'où y(x)=0y(x)=0 dès que x0x\neq0 ; et yy, dérivable donc continue en 00, vérifie y(0)=limx0y(x)=0y(0)=\lim_{x\to0}y(x)=0.

L'ensemble des solutions réelles sur R\mathbb{R} est donc {0}\{0\}, l'espace nul, de dimension 00. Ce n'est pas une droite vectorielle, qui est par définition de dimension 11 : l'assertion est fausse.

Un second contre-exemple, qui ferme toute discussion. Si l'on préfère éviter le débat sur l'espace nul, prenons bb constante égale à 2-2, soit xy(x)2y(x)=0xy'(x)-2y(x)=0. Posons

u(x)={x2si x00si x<0etv(x)={0si x0x2si x<0. u(x)=\begin{cases}x^2&\text{si }x\geqslant0\\0&\text{si }x<0\end{cases} \qquad\text{et}\qquad v(x)=\begin{cases}0&\text{si }x\geqslant0\\x^2&\text{si }x<0.\end{cases}

Ces deux fonctions sont dérivables sur R\mathbb{R} : sur chaque demi-droite ouverte c'est clair, et en 00 le taux d'accroissement u(h)/hu(h)/h vaut hh ou 00 selon le signe de hh, donc tend vers 00 des deux côtés, d'où u(0)=0u'(0)=0 — de même pour vv. Elles vérifient l'équation en tout point : pour x>0x>0, xu(x)2u(x)=2x22x2=0xu'(x)-2u(x)=2x^2-2x^2=0 ; pour x0x\leqslant0, les deux termes sont nuls. Elles sont libres, car uu est nulle sur R\mathbb{R}_- sans être nulle, et vv est nulle sur R+\mathbb{R}_+ sans être nulle.

Réciproquement, toute solution est de cette forme : sur ]0,+[]0,+\infty[, la fonction z=y/x2z=y/x^2 est dérivable de dérivée z=xy2yx3=0z'=\frac{xy'-2y}{x^3}=0, donc y=C+x2y=C_+x^2 y est vraie pour un réel C+C_+ ; de même y=Cx2y=C_-x^2 sur ],0[]-\infty,0[ ; et y(0)=0y(0)=0 par continuité. L'ensemble des solutions est donc le plan Vect(u,v)\mathrm{Vect}(u,v), de dimension 22.

Et le cas où l'assertion est vraie, qui montre que le mot « toujours » est bien le mot fautif. Pour bb constante égale à 1-1, l'équation xy(x)y(x)=0xy'(x)-y(x)=0 donne y=C+xy=C_+x sur ]0,+[]0,+\infty[ et y=Cxy=C_-x sur ],0[]-\infty,0[ ; la dérivabilité en 00 impose alors l'égalité des deux taux d'accroissement, c'est-à-dire C+=CC_+=C_-, et l'ensemble des solutions est la droite engendrée par xxx\mapsto x. Selon bb, on obtient donc la dimension 00, la dimension 11 ou la dimension 22 : l'énoncé serait vrai s'il disait « parfois », il est faux parce qu'il dit « toujours ».

Les pièges.

  • Appliquer le cours sans vérifier ses hypothèses. « Les solutions d'une équation linéaire homogène d'ordre 11 forment une droite vectorielle » est vrai pour une équation résolue sur un intervalle. Les deux conditions manquent ici, et le sigle ne remplace pas la vérification.
  • Résoudre sur chaque demi-droite et s'arrêter là. C'est la moitié du travail : ce qui décide est le recollement en 00, et lui seul.
  • Oublier que yy doit être dérivable EN 00. L'énoncé quantifie sur tout xRx\in\mathbb{R}, donc y(0)y'(0) doit exister. Une fonction définie par deux morceaux de C+x2C_+x^2 et Cx2C_-x^2 passe ce test ; deux morceaux de C+xC_+x et CxC_-x avec C+CC_+\neq C_- ne le passent pas.
  • Oublier l'équation EN 00. Elle s'écrit b(0)y(0)=0b(0)y(0)=0 : si b(0)0b(0)\neq0, elle impose déjà y(0)=0y(0)=0 — dans le premier contre-exemple, où b1b\equiv1, c'est un raccourci : elle donne en une ligne ce que le raisonnement par (xy)=0(xy)'=0 n'obtient qu'à la fin, par continuité.
  • Croire qu'un seul contre-exemple ne suffit pas. Pour nier « toujours », un suffit — à condition qu'il soit complet : la fonction bb est nommée, l'ensemble des solutions est déterminé, et sa dimension est comparée à 11.

Recoupement. Vérification machine en arithmétique exacte, sans aucun flottant : pour b2b\equiv-2 et quatre couples (C+,C)(C_+,C_-), dont (32,73)\left(\tfrac32,\tfrac73\right), le résidu xy(x)2y(x)xy'(x)-2y(x) vaut exactement 00 en 8181 points rationnels répartis sur [407,407]\left[-\tfrac{40}{7},\tfrac{40}{7}\right], le point 00 compris. Et une seconde lecture du premier contre-exemple : sur ]0,+[]0,+\infty[ les solutions de xy+y=0xy'+y=0 sont les xC/xx\mapsto C/x, dont la limite en 0+0^+ est infinie dès que C0C\neq0 — aucune ne se prolonge par continuité en 00, ce qui redonne C=0C=0 par un autre chemin.

Item 5 — FAUX

Ce que ça teste. L'ordre des quantificateurs, et le fait qu'échanger un \forall et un \exists change le sens d'un énoncé. Chapitre : Raisonnement.

Traduire avant de calculer. Les deux assertions se lisent en français, et la traduction fait déjà la moitié du travail :

  • (P)(\mathcal{P}) : chaque fonction de F\mathcal{F} s'annule quelque part — le point d'annulation pouvant dépendre de la fonction ;
  • (Q)(\mathcal{Q}) : les fonctions de F\mathcal{F} ont un zéro commun — un même point annule toutes les fonctions à la fois.

Dit ainsi, il est clair que la seconde est plus forte. Reste à le démontrer, et à réfuter l'autre sens.

La rédaction attendue, premier temps : (Q)(\mathcal{Q}) entraîne (P)(\mathcal{P}). Supposons (Q)(\mathcal{Q}) : il existe x0Rx_0\in\mathbb{R} tel que, pour toute fFf\in\mathcal{F}, f(x0)=0f(x_0)=0. Soit fFf\in\mathcal{F} quelconque. Le réel x0x_0 convient, donc xR, f(x)=0\exists x\in\mathbb{R},\ f(x)=0. Ceci valant pour toute ff de F\mathcal{F}, l'assertion (P)(\mathcal{P}) est vraie. Cette implication est valable pour tout ensemble F\mathcal{F} ; c'est la règle générale : échanger xf\exists x\,\forall f en fx\forall f\,\exists x est licite quel que soit F\mathcal{F}, et jamais l'inverse — « jamais » au sens où l'échange en sens contraire n'est pas une règle : il peut tomber juste sur tel ou tel F\mathcal{F}, comme on le verra dans les pièges, mais sur aucun ce n'est l'échange qui le donne, et le tenir pour valable quel que soit F\mathcal{F} reviendrait à supposer ce qu'on veut démontrer.

Second temps : la réciproque est fausse. Il suffit d'exhiber un F\mathcal{F} pour lequel (P)(\mathcal{P}) est vraie et (Q)(\mathcal{Q}) fausse. Posons

F={f1,f2}avecf1:xx  et  f2:xx1, \mathcal{F}=\{f_1,f_2\}\quad\text{avec}\quad f_1:x\mapsto x\ \text{ et }\ f_2:x\mapsto x-1,

deux fonctions bien définies sur R\mathbb{R}.

  • (P)(\mathcal{P}) est vraie : f1(0)=0f_1(0)=0 et f2(1)=0f_2(1)=0, donc chacune des deux fonctions s'annule en au moins un point.
  • (Q)(\mathcal{Q}) est fausse : si un réel xx vérifiait f1(x)=0f_1(x)=0 et f2(x)=0f_2(x)=0, on aurait x=0x=0 et x=1x=1, ce qui est absurde. Plus directement, f1(x)f2(x)=1f_1(x)-f_2(x)=1 pour tout xx, donc f1f_1 et f2f_2 ne peuvent pas s'annuler au même point.

Pour cet F\mathcal{F}, (P)(\mathcal{P}) est vraie et (Q)(\mathcal{Q}) est fausse : les deux assertions ne sont pas équivalentes, l'assertion est fausse.

Les pièges.

  • Réfuter avec un F\mathcal{F} réduit à une seule fonction. Si F={f}\mathcal{F}=\{f\}, les deux assertions s'écrivent toutes deux « xR, f(x)=0\exists x\in\mathbb{R},\ f(x)=0 » : elles sont équivalentes, et un tel F\mathcal{F} ne peut rien réfuter. Le contre-exemple a besoin d'au moins deux fonctions, et c'est un point que la rédaction gagne à dire.
  • Donner un F\mathcal{F} où les deux assertions sont fausses. Cela ne réfute pas l'équivalence : deux assertions fausses sont équivalentes. Il faut un F\mathcal{F} où exactement une des deux est vraie.
  • Se contenter du verdict. « L'ordre des quantificateurs compte » est une remarque, pas une démonstration. Ce qui est attendu : l'implication qui tient, démontrée ; et celle qui tombe, réfutée par un objet explicite.
  • Oublier de préciser quelle implication survit. Répondre « faux » sans dire que (Q)(\mathcal{Q}) entraîne (P)(\mathcal{P}) laisse croire que les deux sens échouent, ce qui est inexact.
  • Le cas de l'ensemble vide. Si F=\mathcal{F}=\varnothing, les deux assertions sont vraies : (P)(\mathcal{P}) est vraie par vacuité, et (Q)(\mathcal{Q}) aussi, car il suffit de prendre n'importe quel réel xx — l'ensemble R\mathbb{R} n'est pas vide. Ce n'est donc pas de ce côté-là qu'on trouvera un contre-exemple.

Recoupement. Lecture ensembliste, qui donne le mécanisme d'un coup : en notant Zf=f1({0})Z_f=f^{-1}(\{0\}) l'ensemble des zéros de ff, l'assertion (P)(\mathcal{P}) dit que chaque ZfZ_f est non vide, et (Q)(\mathcal{Q}) que leur intersection est non vide. Une famille d'ensembles tous non vides peut parfaitement être d'intersection vide — ici Zf1={0}Z_{f_1}=\{0\} et Zf2={1}Z_{f_2}=\{1\} sont disjoints. Vérification machine : sur une grille de 401401 rationnels de pas 110\tfrac{1}{10} dans [20,20][-20,20], la quantité f1(x)+f2(x)\lvert f_1(x)\rvert+\lvert f_2(x)\rvert atteint son minimum 11 et ne descend jamais plus bas — un balayage fini ne peut rien interdire, c'est l'identité f1f2=1f_1-f_2=1 ci-dessus qui exclut l'annulation simultanée, et ce relevé ne fait que la corroborer. Et un cas où (Q)(\mathcal{Q}) est bien vraie, pour montrer que l'implication démontrée n'est pas creuse : F={xx, x2x}\mathcal{F}=\{x\mapsto x,\ x\mapsto2x\} admet 00 pour zéro commun.

Item 6 — VRAI

Ce que ça teste. Le principe des tiroirs et la lecture de « congrus modulo 22 » comme « de même parité ». Chapitres : Raisonnement et Arithmétique.

Traduire l'énoncé. Deux entiers sont congrus modulo 22 lorsque leur différence est paire, c'est-à-dire lorsqu'ils ont la même parité. Il y a exactement deux classes de congruence modulo 22 : celle des entiers pairs et celle des entiers impairs. L'assertion affirme donc que, parmi trois entiers naturels, deux au moins tombent dans la même classe.

La rédaction attendue. Notons x1=ax_1=a, x2=bx_2=b, x3=cx_3=c et considérons l'application

φ:{1,2,3}Z/2Z,ixi, \varphi:\{1,2,3\}\longrightarrow\mathbb{Z}/2\mathbb{Z},\qquad i\longmapsto\overline{x_i},

qui à un indice associe la classe de congruence modulo 22 de l'entier correspondant. L'ensemble de départ a 33 éléments, l'ensemble d'arrivée en a 22. Le principe des tiroirs — si EE et FF sont finis avec card(E)>card(F)\mathrm{card}(E)>\mathrm{card}(F), alors aucune application de EE dans FF n'est injective — s'applique : φ\varphi n'est pas injective, donc il existe deux indices distincts iji\neq j tels que φ(i)=φ(j)\varphi(i)=\varphi(j), c'est-à-dire xixj(mod2)x_i\equiv x_j\pmod 2. Deux au moins des trois entiers aa, bb, cc sont donc congrus modulo 22 : l'assertion est vraie.

La variante sans tiroirs, tout aussi recevable. Notons pp le nombre d'entiers pairs parmi a,b,ca,b,c et qq le nombre d'impairs, en comptant les trois places et non les valeurs distinctes — si deux des trois entiers sont égaux, cet entier compte deux fois, et trois fois s'ils le sont tous les trois. Alors p+q=3p+q=3, donc max(p,q)2\max(p,q)\geqslant2 : ou bien deux au moins sont pairs, ou bien deux au moins sont impairs. Dans les deux cas, deux d'entre eux ont même parité, donc sont congrus modulo 22. Cette rédaction a l'avantage de ne rien citer ; elle est parfois plus rapide à écrire qu'à justifier.

Les pièges.

  • Traiter des exemples. (1,3,4)(1,3,4), (2,2,7)(2,2,7), (0,5,9)(0,5,9) : trois cas vérifiés ne démontrent rien d'une assertion universelle. Ici il faut un argument valable pour tous les triplets.
  • Supposer aa, bb, cc distincts. L'énoncé ne le dit pas. Si deux d'entre eux sont égaux, la conclusion est immédiate — et le raisonnement ci-dessus n'a pas besoin de distinguer les cas, puisqu'il porte sur les indices et non sur les valeurs. Écrire « considérons l'ensemble {a,b,c}\{a,b,c\} » serait en revanche imprudent : cet ensemble peut avoir moins de trois éléments.
  • Confondre « congrus modulo 22 » et « égaux ». 44 et 1010 sont congrus modulo 22 sans être égaux ; c'est la parité qui compte, pas la valeur.
  • Citer les tiroirs sans énoncer le principe ni vérifier ses hypothèses. Le principe compare deux cardinaux finis ; il faut dire lesquels, et dans quel sens. Un énoncé invoqué sans ses hypothèses n'est pas une justification.

Recoupement. Vérification exhaustive par machine : sur les 2979129\,791 triplets (a,b,c)(a,b,c) de {0,1,,30}3\{0,1,\dots,30\}^3, tous vérifient l'assertion — ce qui ne la démontre pas, mais aurait suffi à la réfuter si elle avait été fausse. Le vrai recoupement est ailleurs : il consiste à déplacer les bornes pour voir où l'inégalité 3>23>2 est utilisée.

énoncé verdict pourquoi
33 entiers, modulo 22 vrai 3>23>2, les tiroirs s'appliquent
22 entiers, modulo 22 faux (0,1)(0,1) : 2>22>2 est faux, l'argument tombe
33 entiers, modulo 33 faux (0,1,2)(0,1,2) : 384384 contre-exemples parmi les 17281\,728 triplets de {0,,11}3\{0,\dots,11\}^3
44 entiers, modulo 33 vrai 4>34>3, les tiroirs s'appliquent de nouveau

C'est ce tableau qui montre que l'assertion n'est pas vraie par miracle : elle est vraie parce que le nombre d'entiers dépasse strictement le nombre de classes, et elle cesse de l'être dès que ce n'est plus le cas.

À retenir

Les six réflexes de la partie, dans l'ordre des items.

  1. Sans racine réelle n'est pas irréductible. Dans R[X]\mathbb{R}[X], les irréductibles sont exactement les degrés 11 et les degrés 22 de discriminant strictement négatif : dès le degré 33, tout polynôme est réductible. Le contre-exemple de référence est (X2+1)2(X^2+1)^2.
  2. Le terme constant du polynôme caractéristique décide de l'inversibilité. χA(0)=(1)ndet(A)\chi_A(0)=(-1)^n\det(A), donc χA(0)=0\chi_A(0)=0 équivaut à « 00 est valeur propre », c'est-à-dire à « AA n'est pas inversible ». Le signe change avec la convention, la nullité non.
  3. Un discriminant nul fait apparaître un facteur tt. Pour y+2ay+a2y=0y''+2ay'+a^2y=0, la racine a-a est double et les solutions sont (λ+μt)eat(\lambda+\mu t)\mathrm{e}^{-at} ; avec a>0a>0 elles tendent toutes vers 00, par croissances comparées — mais elles peuvent monter très haut avant de redescendre.
  4. Une équation non résolue se traite par recollement, et le recollement peut tout changer. Pour xy+b(x)y=0xy'+b(x)y=0 sur R\mathbb{R}, l'ensemble des solutions globales peut être de dimension 00, 11 ou 22 selon bb. Le théorème du cours porte sur une équation résolue sur un intervalle : ses deux hypothèses manquent ici.
  5. xf\exists x\,\forall f entraîne fx\forall f\,\exists x, jamais l'inverse. Le contre-exemple minimal demande deux fonctions — avec une seule, les deux assertions coïncident. En version ensembliste : des ensembles tous non vides peuvent être d'intersection vide.
  6. Trois entiers, deux parités : les tiroirs concluent. Le principe se cite avec ses hypothèses (deux ensembles finis, le premier de cardinal strictement plus grand), et il cesse de s'appliquer dès que l'inégalité stricte tombe.

Et trois réflexes de méthode, valables pour tout Vrai/Faux de concours.

  • Lire la forme logique avant de chercher la réponse. Une assertion universelle (« tout », « toujours ») se réfute par un objet ; une assertion existentielle se réfute par une démonstration portant sur tous les objets. L'item 2 est précisément celui où un contre-exemple ne prouve rien, et c'est le piège le mieux caché de cette partie.
  • Ne pas chercher à équilibrer. Deux items vrais, quatre faux : chaque item se juge seul. Inventer une objection à un item vrai laisse une question sans réponse, tout autant qu'un item faux validé.
  • Quand l'assertion est fausse, aller jusqu'au bout du contre-exemple. Le nommer ne suffit pas : il faut vérifier sur lui l'hypothèse, puis montrer que la conclusion échoue. Pour l'item 4, cela veut dire déterminer entièrement l'ensemble des solutions et comparer sa dimension à 11 — pas seulement remarquer que quelque chose cloche en 00.
Réponse. Item 1 — FAUX. Contre-exemple : P=(X2+1)2P=(X^2+1)^2 vérifie P(x)1>0P(x)\geqslant1>0 pour tout réel xx, donc n'a pas de racine réelle, et s'écrit (X2+1)×(X2+1)(X^2+1)\times(X^2+1), produit de deux polynômes non constants. Dans R[X]\mathbb{R}[X], les irréductibles sont les degrés 11 et les degrés 22 de discriminant strictement négatif. Item 2 — FAUX. P=X(X+1)2P=X(X+1)^2 donc P(0)=0P(0)=0. Si χA=P\chi_A=P alors χA(0)=det(A)=0\chi_A(0)=-\det(A)=0, donc toute matrice de polynôme caractéristique PP est non inversible. Attention : PP est un polynôme caractéristique, par exemple celui de la matrice triangulaire de diagonale (0,1,1)(0,-1,-1). Item 3 — VRAI. L'équation caractéristique (r+a)2=0(r+a)^2=0 a la racine double a-a, donc f(t)=(λ+μt)eatf(t)=(\lambda+\mu t)\mathrm{e}^{-at}, et a>0a>0 donne f(t)0f(t)\to0 par croissances comparées. Item 4 — FAUX. Pour b1b\equiv1, l'équation s'écrit (xy)=0(xy)'=0 sur R\mathbb{R}, d'où xy(x)=0xy(x)=0 et y=0y=0 : l'ensemble des solutions est {0}\{0\}, de dimension 00. Pour b2b\equiv-2 il est de dimension 22, engendré par max(x,0)2\max(x,0)^2 et min(x,0)2\min(x,0)^2 ; pour b1b\equiv-1 il est bien une droite. Item 5 — FAUX. (Q)(\mathcal{Q}) entraîne (P)(\mathcal{P}), jamais l'inverse : avec F={xx, xx1}\mathcal{F}=\{x\mapsto x,\ x\mapsto x-1\}, chaque fonction s'annule mais aucun réel ne les annule toutes deux, puisque leur différence vaut 11. Item 6 — VRAI. Trois entiers, deux classes de congruence modulo 22 : par le principe des tiroirs, deux d'entre eux ont même parité. Bilan : deux items vrais (3 et 6), quatre items faux (1, 2, 4 et 5).
Faire cet exercice dans l'app →

Partie II : une fonction définie par une intégrale

DémonstrationDifficulté 3/5

Sujet zéro — CAPES externe de mathématiques (bac+3), exemple officiel de sujet pour la première épreuve d'admissibilité, mai 2025. © ministère chargé de l'Éducation nationale, devenirenseignant.gouv.fr.

Partie II

On pose, lorsque ces expressions ont un sens :

f(x)=1ln(x)etF(x)=x2xf(t)dt f(x)=\frac{1}{\ln(x)}\quad\text{et}\quad F(x)=\int_x^{2x}f(t)\,\mathrm{d}t

1. Démontrer que FF est bien définie sur ]0,1/2[]1,+[]0, 1/2[\cup]1, +\infty[.

Dans la suite, on note D=]0,1/2[]1,+[D=]0, 1/2[\cup]1, +\infty[.

2. (a) Justifier que la fonction ff admet des primitives sur ]0,1[]0, 1[.

2. (b) Démontrer alors que FF est dérivable sur ]0,1/2[]0, 1/2[ avec :

x]0,1/2[, F(x)=ln(x)ln(2)ln(x)ln(2x). \forall x\in]0, 1/2[,\ F'(x)=\frac{\ln(x)-\ln(2)}{\ln(x)\ln(2x)}.

2. (c) Proposer, en justifiant soigneusement, un résultat analogue sur ]1,+[]1, +\infty[.

3. Dresser le tableau de variations de FF sur DD, à ce stade sans chercher les limites.

4. (a) Démontrer :

x]1,[, xln(2x)F(x)xln(x) \forall x\in]1, \infty[,\ \frac{x}{\ln(2x)}\leqslant F(x)\leqslant\frac{x}{\ln(x)}

4. (b) Déterminer la limite de F(x)F(x) lorsque xx tend vers ++\infty.

4. (c) Préciser aussi la limite de F(x)x\dfrac{F(x)}{x} lorsque xx tend vers ++\infty.

5. (a) Calculer x2x1tln(t)dt\displaystyle\int_x^{2x}\frac{1}{t\ln(t)}\,\mathrm{d}t, pour tout xx dans DD.

5. (b) En déduire que la limite de F(x)F(x) lorsque xx tend vers 11 vaut ++\infty.

5. (c) Démontrer que limx12F(x)=\displaystyle\lim_{x\to\frac12}F(x)=-\infty

6. (a) Démontrer :

x]0,1/2[, xln(2x)F(x)xln(x) \forall x\in]0, 1/2[,\ \frac{x}{\ln(2x)}\leqslant F(x)\leqslant\frac{x}{\ln(x)}

6. (b) Démontrer que FF est prolongeable par continuité en 00.

7. Donner l'allure de la courbe représentative de FF sur DD.

8. On considère maintenant une fonction φ\varphi continue sur [2,+[[2,+\infty[ et on suppose que 2+φ(t)dt\displaystyle\int_2^{+\infty}\varphi(t)\,\mathrm{d}t est une intégrale convergente.

8. (a) Déterminer limx+x+φ(t)dt\displaystyle\lim_{x\to+\infty}\int_x^{+\infty}\varphi(t)\,\mathrm{d}t.

8. (b) Démontrer que si uu et vv sont deux fonctions définies sur R\mathbb{R}, à valeurs dans [2,+[[2,+\infty[ et telles que

limx+u(x)=limx+v(x)=+, \lim_{x\to+\infty}u(x)=\lim_{x\to+\infty}v(x)=+\infty\,,

alors limx+u(x)v(x)φ(t)dt=0\displaystyle\lim_{x\to+\infty}\int_{u(x)}^{v(x)}\varphi(t)\,\mathrm{d}t=0.

8. (c) Établir alors, en utilisant les questions précédentes, que la fonction f(t)=1lntf(t)=\dfrac{1}{\ln t} est d'intégrale divergente sur [2,+[[2,+\infty[.

Indices (17)

Q. 1. L'expression f(t)f(t) réclame deux choses de tt, pas une seule. Traduire ensuite « 11 n'appartient pas au segment [x,2x][x,2x] » par une inégalité sur xx : la négation de x12xx\leqslant1\leqslant2x a exactement deux branches.

Q. 2. (a). Le théorème qui donne des primitives a DEUX hypothèses : la continuité, et la nature de l'ensemble sur lequel on travaille. Vérifier les deux, et se demander pourquoi l'énoncé dit ]0,1[]0,1[ et non ]0,1/2[]0,1/2[.

Q. 2. (b). Avec GG une primitive de ff sur ]0,1[]0,1[, écrire F(x)F(x) sans intégrale. Vérifier d'abord que [x,2x][x,2x] est bien dans ]0,1[]0,1[. Puis dériver : la composée xG(2x)x\mapsto G(2x) fait apparaître un facteur.

Q. 2. (c). « En justifiant soigneusement » est un avertissement : la primitive de (a) ne vit pas sur ]1,+[]1,+\infty[. Ce qui se recopie, c'est le raisonnement, pas la fonction.

Q. 3. Le dénominateur de FF' est un produit de deux logarithmes : regarder leurs signes séparément sur chaque morceau de DD. Le numérateur ln(x)ln(2)\ln(x)-\ln(2) s'annule en un point — est-il dans DD ?

Q. 4. (a). Sur [x,2x][x,2x], la fonction t1lntt\mapsto\frac1{\ln t} est monotone : ses valeurs extrêmes sont donc atteintes aux bornes. Ensuite, intégrer un encadrement sur un segment de longueur 2xx2x-x.

Q. 4. (b). Des deux bornes de 4 (a), une seule force la limite. Laquelle ? L'autre tend aussi vers ++\infty, et ne prouve rien.

Q. 4. (c). Diviser l'encadrement de 4 (a) par xx — en disant pourquoi le sens des inégalités ne change pas.

Q. 5. (a). Reconnaître la forme uu\frac{u'}{u}. La valeur absolue de la primitive n'est pas décorative : sur ]0,1/2[]0,1/2[, lnt\ln t est négatif. Chercher ensuite une écriture unique, valable sur les deux morceaux de DD.

Q. 5. (b). L'encadrement de 4 (a) ne sert à rien ici : sa borne basse reste finie quand x1+x\to1^+. Écrire plutôt 1lnt=t×1tlnt\frac{1}{\ln t}=t\times\frac{1}{t\ln t} et comparer tt à xx — le facteur 1tlnt\frac{1}{t\ln t} est positif sur ]1,+[]1,+\infty[.

Q. 5. (c). Même identité qu'en 5 (b), mais sur ]0,1[]0,1[ le facteur 1tlnt\frac{1}{t\ln t} est NÉGATIF : multiplier txt\geqslant x par lui renverse l'inégalité. On obtient alors une majoration — et c'est elle qu'il faut, une minoration ne prouverait rien.

Q. 6. (a). La démonstration de 4 (a) se transporte mot pour mot, à condition d'avoir établi la monotonie de t1lntt\mapsto\frac1{\ln t} sur ]0,1[]0,1[ aussi. Comparer l'ordre des deux bornes avec celui de 4 (a) : il ne change pas.

Q. 6. (b). Les deux bornes de 6 (a) ont la même limite en 0+0^+. « Prolongeable par continuité » demande une limite FINIE, et une valeur à poser.

Q. 7. Rien à calculer de neuf : tout est dans les questions 3, 4, 5 et 6. Attention à ne pas relier les deux morceaux, et à nommer correctement le comportement en ++\inftyF(x)+F(x)\to+\infty mais F(x)x0\frac{F(x)}{x}\to0.

Q. 8. (a). Relation de Chasles, puis la DÉFINITION de la convergence d'une intégrale sur [2,+[[2,+\infty[. Ce n'est pas une question sur la limite de φ\varphi.

Q. 8. (b). Poser Φ(y)=y+φ(t)dt\Phi(y)=\int_y^{+\infty}\varphi(t)\,\mathrm{d}t et exprimer u(x)v(x)φ\int_{u(x)}^{v(x)}\varphi avec Φ\Phi. La question (a) dit ce que devient Φ(y)\Phi(y) quand y+y\to+\infty ; reste à composer les limites.

Q. 8. (c). Raisonner par l'absurde, appliquer 8 (b) à φ=f\varphi=f avec des bornes qui redonnent F(x)F(x) — en vérifiant qu'elles satisfont bien les hypothèses de 8 (b) — et confronter au résultat de 4 (b).

Correction détaillée
Ce qu'il faut voir

La partie étudie une seule fonction, F(x)=x2xdtlntF(x)=\displaystyle\int_x^{2x}\frac{\mathrm{d}t}{\ln t}, et elle la construit pièce par pièce : domaine, dérivée, variations, encadrements, limites, allure. Chaque question sert la suivante — c'est une partie où l'on ne peut pas sauter un maillon.

Le fait structurant, à voir dès la question 1 : DD n'est PAS un intervalle. C'est une réunion de deux intervalles disjoints, ]0,12[]0,\tfrac12[ et ]1,+[]1,+\infty[, séparés par la zone interdite [12,1][\tfrac12,1]ln\ln s'annule quelque part sur [x,2x][x,2x]. Presque tous les outils de l'analyse d'une variable — « ff continue admet des primitives », « F<0F'<0 donc FF décroît », le théorème des valeurs intermédiaires — ont l'INTERVALLE dans leurs hypothèses. C'est pourquoi le sujet double systématiquement ses questions : 2 (a) puis 2 (c), 4 (a) puis 6 (a). Ce n'est pas de la redondance, c'est la conséquence directe de la forme de DD.

Trois idées, et tout en découle :

idée où elle sert ce qu'elle donne
F(x)=G(2x)G(x)F(x)=G(2x)-G(x) avec GG primitive de ff 2 (a), (b), (c) l'existence, la dérivabilité et FF', d'un coup
sur [x,2x][x,2x], t1lntt\mapsto\frac1{\ln t} est monotone 4 (a), 6 (a) l'encadrement xln(2x)F(x)xln(x)\frac{x}{\ln(2x)}\leqslant F(x)\leqslant\frac{x}{\ln(x)}, donc trois limites
1lnt=t×1tlnt\frac{1}{\ln t}=t\times\frac{1}{t\ln t} 5 (a), (b), (c) une intégrale calculable, au prix d'une inégalité

La troisième est le cœur de la partie, et son point dur. L'intégrale x2xdttlnt\int_x^{2x}\frac{\mathrm{d}t}{t\ln t} se calcule exactement (c'est une forme uu\frac{u'}{u}) ; FF, elle, ne se calcule pas. Passer de l'une à l'autre coûte une inégalité, et le signe de 1tlnt\frac{1}{t\ln t} en décide le sens : positif sur ]1,+[]1,+\infty[, il donne une minoration (question 5 (b)) ; négatif sur ]0,1[]0,1[, il donne une majoration (question 5 (c)). Recopier 5 (b) en 5 (c) ne marche pas, et c'est exactement ce que la question veut mettre à l'épreuve.

⚠️ La question 8 est indépendante : elle parle d'une fonction φ\varphi quelconque, et ne retrouve FF qu'à la toute fin, en 8 (c). Elle peut se traiter en premier si le temps manque ailleurs — mais sa dernière question a besoin de 4 (b).

Stratégie de temps. Les questions 1, 2, 3, 4 et 6 sont des applications directes du cours et doivent aller vite. Le temps se dépense en 5 (b)-(c), où il faut voir l'astuce et surveiller un signe, et en 7, où il faut synthétiser sans rien inventer. Les questions 8 (a) et 8 (b) sont courtes dès qu'on a posé Φ(y)=y+φ\Phi(y)=\int_y^{+\infty}\varphi.

1. — pourquoi D, et pas plus large

Ce que la question teste. Lire une définition jusqu'au bout : « lorsque ces expressions ont un sens » n'est pas une formule de politesse, c'est la question (intégrales et primitives, fonctions d'une variable réelle).

La rédaction attendue. L'expression f(t)=1lntf(t)=\dfrac{1}{\ln t} réclame deux choses de tt : que lnt\ln t existe, donc t>0t>0 ; et que lnt0\ln t\neq0, donc t1t\neq1. La fonction ff est donc définie sur ]0,1[]1,+[]0,1[\cup]1,+\infty[, et elle y est continue comme quotient de fonctions continues dont le dénominateur ne s'annule pas.

Soit xx un réel. L'intégrale x2xf(t)dt\displaystyle\int_x^{2x}f(t)\,\mathrm{d}t est celle d'une fonction continue sur le segment [x,2x][x,2x] dès que ce segment est inclus dans l'ensemble de définition de ff, c'est-à-dire dès que

x>0et1[x,2x].x>0\qquad\text{et}\qquad 1\notin[x,2x].

Comme x>0x>0 entraîne x<2xx<2x, le segment est bien [x,2x][x,2x], et 1[x,2x]1\in[x,2x] signifie x12xx\leqslant1\leqslant2x. Nier cette double inégalité laisse exactement deux cas :

  • 2x<12x<1, soit x<12x<\tfrac12 — avec x>0x>0, cela donne x]0,12[x\in]0,\tfrac12[ ;
  • x>1x>1, soit x]1,+[x\in]1,+\infty[.

Donc pour tout xD=]0,12[]1,+[x\in D=]0,\tfrac12[\cup]1,+\infty[, la fonction ff est continue sur le segment [x,2x][x,2x], donc intégrable sur ce segment : F(x)F(x) est bien définie. C'est ce qu'il fallait démontrer.

Les pièges. Le premier est d'oublier la condition x>0x>0 et de ne traiter que « 11 n'est pas dans [x,2x][x,2x] » : pour x=1x=-1 le segment [2,1][-2,-1] évite 11, et pourtant ln\ln n'y est défini nulle part. Le second est de croire que le travail s'arrête à « ff est continue » : c'est la continuité sur le segment tout entier qui donne l'intégrabilité, pas la continuité en quelques points.

Ce que la question ne demande pas, et qu'il est bon de savoir. DD est le domaine maximal : pour x[12,1]x\in[\tfrac12,1], l'intégrale n'existe pas, même comme intégrale généralisée. En effet lntt1\ln t\sim t-1 quand t1t\to1, donc 1lnt1t1\dfrac{1}{\ln t}\sim\dfrac{1}{t-1}, dont l'intégrale diverge de part et d'autre de 11. L'énoncé demande seulement l'inclusion, pas l'égalité — mais dire en une phrase que DD est maximal montre qu'on a compris d'où vient la coupure.

Recoupement. La divergence annoncée se voit numériquement : 1/21106dtlnt12,8596\displaystyle\int_{1/2}^{1-10^{-6}}\frac{\mathrm{d}t}{\ln t}\approx-12{,}8596, et 1/211012dtlnt26,6751\displaystyle\int_{1/2}^{1-10^{-12}}\frac{\mathrm{d}t}{\ln t}\approx-26{,}6751. Chaque fois qu'on divise la distance à 11 par 10610^6, l'intégrale perd environ 13,813{,}8 : c'est bien une divergence logarithmique, celle de dtt1\int\frac{\mathrm{d}t}{t-1}

2. (a) — des primitives sur ]0,1[, et pourquoi sur cet intervalle-là

Ce que la question teste. Le théorème fondamental de l'analyse, énoncé avec ses deux hypothèses (intégrales et primitives).

La rédaction attendue. Pour t]0,1[t\in]0,1[ on a t>0t>0 et lnt<0\ln t<0, donc lnt0\ln t\neq0 : la fonction ff est définie sur ]0,1[]0,1[, et continue sur ]0,1[]0,1[ comme quotient de fonctions continues dont le dénominateur ne s'annule pas.

De plus ]0,1[]0,1[ est un intervalle. Or toute fonction continue sur un intervalle II y admet des primitives : si aIa\in I, la fonction

G:xaxf(t)dtG:x\longmapsto\int_a^x f(t)\,\mathrm{d}t

est définie sur II, dérivable sur II, et G=fG'=f. Donc ff admet des primitives sur ]0,1[]0,1[ — par exemple G:x1/2xdtlntG:x\mapsto\displaystyle\int_{1/2}^{x}\frac{\mathrm{d}t}{\ln t}, et toutes les autres s'en déduisent en ajoutant une constante.

Les pièges. Le premier est d'oublier l'hypothèse « intervalle », qui est ici la seule chose non triviale : ff est aussi continue sur ]0,1[]1,+[]0,1[\cup]1,+\infty[, mais ce n'est pas un intervalle, et le théorème invoqué ne s'y applique pas — et sur un tel ensemble, deux fonctions dérivables de dérivée ff ne diffèrent plus d'une constante, mais d'une constante par morceau. C'est précisément pour cela que la question 2 (c) existe.

Le second piège est plus subtil : pourquoi ]0,1[]0,1[ et non ]0,12[]0,\tfrac12[ ? Parce que la primitive doit être définie là où l'on va évaluer FF, et pour xx proche de 12\tfrac12 le segment [x,2x][x,2x] monte jusqu'à 2x2x, proche de 11. C'est l'ensemble des tt parcourus qui commande, pas l'ensemble des xx. Écrire

x]0,1/2[[x,2x]=]0,1[\bigcup_{x\in]0,1/2[}[x,2x]=]0,1[
règle la question d'un trait.

Enfin, l'énoncé demande l'existence de primitives, pas une expression. C'est heureux : on ne connaît pas d'expression de GG au moyen des fonctions usuelles. La fonction qu'elle définit porte un nom, li\mathrm{li}, le logarithme intégral — mais la question n'en a aucun besoin.

Recoupement. Le même argument s'applique à ]1,+[]1,+\infty[, et c'est exactement ce que la question 2 (c) fera reprendre. Deux intervalles, deux primitives, aucune relation entre elles ✓

2. (b) — la dérivée de F sur ]0,1/2[

Ce que la question teste. Dériver une intégrale à bornes variables, ce qui suppose de la réécrire sans intégrale (intégrales et primitives, dérivabilité).

La rédaction attendue. Soit GG une primitive de ff sur ]0,1[]0,1[, fournie par la question (a). Soit x]0,12[x\in]0,\tfrac12[. Alors 0<x<2x<10<x<2x<1, donc le segment [x,2x][x,2x] est inclus dans ]0,1[]0,1[, et le théorème fondamental de l'analyse donne

F(x)=x2xf(t)dt=G(2x)G(x).F(x)=\int_x^{2x}f(t)\,\mathrm{d}t=G(2x)-G(x).

⚠️ Cette écriture ne dépend pas du choix de GG : deux primitives diffèrent d'une constante sur l'intervalle ]0,1[]0,1[, et cette constante disparaît dans la différence.

Dérivons. La fonction x2xx\mapsto2x est dérivable sur ]0,12[]0,\tfrac12[ et y prend ses valeurs dans ]0,1[]0,1[, où GG est dérivable : la composée xG(2x)x\mapsto G(2x) est donc dérivable sur ]0,12[]0,\tfrac12[, de dérivée 2G(2x)=2f(2x)2G'(2x)=2f(2x). Et xG(x)x\mapsto G(x) est dérivable de dérivée f(x)f(x). Par différence, FF est dérivable sur ]0,12[]0,\tfrac12[ et

F(x)=2f(2x)f(x)=2ln(2x)1ln(x).F'(x)=2f(2x)-f(x)=\frac{2}{\ln(2x)}-\frac{1}{\ln(x)}.

Il reste à réduire au même dénominateur. Sur ]0,12[]0,\tfrac12[, ni ln(x)\ln(x) ni ln(2x)\ln(2x) ne s'annule, donc

F(x)=2ln(x)ln(2x)ln(x)ln(2x)=2ln(x)ln(2)ln(x)ln(x)ln(2x)=ln(x)ln(2)ln(x)ln(2x),F'(x)=\frac{2\ln(x)-\ln(2x)}{\ln(x)\ln(2x)}=\frac{2\ln(x)-\ln(2)-\ln(x)}{\ln(x)\ln(2x)}=\frac{\ln(x)-\ln(2)}{\ln(x)\ln(2x)},

où l'on a utilisé ln(2x)=ln(2)+ln(x)\ln(2x)=\ln(2)+\ln(x), licite car x>0x>0. C'est la formule demandée.

Les pièges. Le premier est d'écrire F(x)=f(2x)f(x)F'(x)=f(2x)-f(x) : la borne supérieure est 2x2x et non xx, la dérivation de la composée apporte un facteur 22. Le deuxième est d'écrire F(x)=[G(t)]x2xF(x)=\bigl[G(t)\bigr]_x^{2x} sans avoir dit que [x,2x]]0,1[[x,2x]\subset]0,1[ — c'est cette inclusion qui autorise le calcul, et elle repose sur 2x<12x<1, donc sur le fait que x<12x<\tfrac12. Le troisième est d'oublier ln(2x)=ln2+lnx\ln(2x)=\ln2+\ln x et de rester bloqué sur la réduction.

Recoupement. En x=14x=\tfrac14 : ln14=2ln2\ln\tfrac14=-2\ln2 et ln12=ln2\ln\tfrac12=-\ln2, donc

F ⁣(14)=2ln2ln2(2ln2)(ln2)=3ln22ln22=32ln22,1640.F'\!\left(\tfrac14\right)=\frac{-2\ln2-\ln2}{(-2\ln2)(-\ln2)}=\frac{-3\ln2}{2\ln^2 2}=-\frac{3}{2\ln2}\approx-2{,}1640.
Une dérivation numérique de FF en 14\tfrac14 (par quadrature) donne la même valeur à 104010^{-40} près ✓ Et le signe négatif est cohérent avec la question 3.

2. (c) — le même énoncé sur ]1,+∞[, et pourquoi il faut le redémontrer

Ce que la question teste. Savoir ce qui se transporte d'un intervalle à l'autre et ce qui ne se transporte pas. Le « en justifiant soigneusement » de l'énoncé est un avertissement.

La rédaction attendue. Pour t]1,+[t\in]1,+\infty[ on a t>0t>0 et lnt>0\ln t>0, donc ff est définie et continue sur ]1,+[]1,+\infty[ ; et ]1,+[]1,+\infty[ est un intervalle. Par le même théorème qu'en (a), ff admet des primitives sur ]1,+[]1,+\infty[ ; soit HH l'une d'elles.

Soit x]1,+[x\in]1,+\infty[. Alors 1<x<2x1<x<2x, donc [x,2x]]1,+[[x,2x]\subset]1,+\infty[ et

F(x)=H(2x)H(x).F(x)=H(2x)-H(x).

Comme en (b), x2xx\mapsto2x est dérivable sur ]1,+[]1,+\infty[ à valeurs dans ]1,+[]1,+\infty[, où HH est dérivable : FF est dérivable sur ]1,+[]1,+\infty[ et

F(x)=2H(2x)H(x)=2f(2x)f(x)=2ln(2x)1ln(x),F'(x)=2H'(2x)-H'(x)=2f(2x)-f(x)=\frac{2}{\ln(2x)}-\frac{1}{\ln(x)},

puis, la réduction étant la même (ni lnx\ln x ni ln2x\ln 2x ne s'annule sur ]1,+[]1,+\infty[) :

x]1,+[,F(x)=ln(x)ln(2)ln(x)ln(2x).\forall x\in]1,+\infty[,\quad F'(x)=\frac{\ln(x)-\ln(2)}{\ln(x)\ln(2x)}.

Le point de rigueur, et c'est toute la question. La formule finale est la même qu'en (b), mais la primitive ne l'est pas : GG vit sur ]0,1[]0,1[, HH vit sur ]1,+[]1,+\infty[, et aucune fonction dérivable de dérivée ff ne peut vivre sur les deux à la fois en tant que primitive « sur un intervalle », puisque ]0,1[]1,+[]0,1[\cup]1,+\infty[ n'en est pas un. Écrire « d'après (b), la formule s'étend » serait donc un raccourci non justifié. Ce qui se recopie, c'est le raisonnement ; ce qui change, c'est l'objet sur lequel il porte.

Le piège. Croire que le résultat est « le même » parce que la formule est la même. On peut d'ailleurs le dire autrement : FF est dérivable sur ]0,12[]0,\tfrac12[ et sur ]1,+[]1,+\infty[, donc sur DD tout entier, et FF' y est donnée par une formule unique — mais c'est une conclusion, obtenue après deux démonstrations, et non un point de départ.

Recoupement. En x=2x=2 la formule donne F(2)=ln2ln2ln2ln4=0F'(2)=\dfrac{\ln2-\ln2}{\ln2\cdot\ln4}=0 : la dérivée s'annule, et la question 3 en fera le minimum de FF sur ]1,+[]1,+\infty[. En x=52x=\tfrac52 elle donne F ⁣(52)0,1513F'\!\left(\tfrac52\right)\approx0{,}1513, en accord avec la dérivée numérique ✓

3. — le tableau de variations, sur DEUX intervalles et non sur D

Ce que la question teste. Étudier un signe de quotient, et savoir que la monotonie est une notion d'intervalle (fonctions d'une variable réelle).

La rédaction attendue. D'après 2 (b) et 2 (c), pour tout xDx\in D,

F(x)=ln(x)ln(2)ln(x)ln(2x),F'(x)=\frac{\ln(x)-\ln(2)}{\ln(x)\ln(2x)},
et on étudie séparément le numérateur et le dénominateur sur chacun des deux morceaux de DD.

Sur ]0,12[]0,\tfrac12[. On a 0<x<12<10<x<\tfrac12<1, donc ln(x)<0\ln(x)<0 ; et 0<2x<10<2x<1, donc ln(2x)<0\ln(2x)<0. Le dénominateur, produit de deux nombres strictement négatifs, est donc strictement positif. Le numérateur vaut ln(x)ln(2)\ln(x)-\ln(2) avec ln(x)<ln12=ln2<0<ln2\ln(x)<\ln\tfrac12=-\ln2<0<\ln2 : il est strictement négatif. Donc F<0F'<0 sur ]0,12[]0,\tfrac12[, et FF y est strictement décroissante.

Sur ]1,+[]1,+\infty[. On a x>1x>1 donc ln(x)>0\ln(x)>0, et 2x>22x>2 donc ln(2x)>ln2>0\ln(2x)>\ln2>0 : le dénominateur est strictement positif. Le numérateur ln(x)ln(2)=ln ⁣(x2)\ln(x)-\ln(2)=\ln\!\left(\frac x2\right) est strictement négatif pour 1<x<21<x<2, nul en x=2x=2, strictement positif pour x>2x>2. Donc FF est strictement décroissante sur ]1,2]]1,2] et strictement croissante sur [2,+[[2,+\infty[, avec un minimum en x=2x=2, de valeur

F(2)=24dtlnt1,9224.F(2)=\int_2^4\frac{\mathrm{d}t}{\ln t}\approx1{,}9224.

Le tableau. L'énoncé demande de ne pas chercher les limites « à ce stade » : les bornes du tableau restent donc en attente, et elles seront remplies par les questions 4, 5 et 6.

intervalle signe de FF' sens de variation valeurs aux bornes
]0,12[]0,\tfrac12[ F<0F'<0 strictement décroissante inconnues à ce stade
]1,2]]1,2] F<0F'<0 sur ]1,2[]1,2[ strictement décroissante inconnue en 1+1^+
x=2x=2 F(2)=0F'(2)=0 minimum F(2)=24dtlntF(2)=\displaystyle\int_2^4\frac{\mathrm{d}t}{\ln t}
[2,+[[2,+\infty[ F>0F'>0 sur ]2,+[]2,+\infty[ strictement croissante inconnue en ++\infty

⚠️ Le piège, et il est central. Écrire « FF est décroissante sur DD » est faux, et pas seulement maladroit : la définition s'applique bien à DD — elle dit que pour tous xyx\leqslant y de DD on a F(x)F(y)F(x)\geqslant F(y) —, et c'est cet énoncé-là qui tombe : on a 14<32\tfrac14<\tfrac32 et pourtant F ⁣(14)0,2600<F ⁣(32)2,0385F\!\left(\tfrac14\right)\approx-0{,}2600<F\!\left(\tfrac32\right)\approx2{,}0385. Ce qui réclame un intervalle, ce n'est pas la monotonie, c'est le théorème qui la déduit du signe de FF'. Il faut deux tableaux, ou un tableau avec une double barre en [12,1][\tfrac12,1] marquant que FF n'y est pas définie.

Second piège : conclure du signe de FF' que FF est monotone sans préciser sur quel intervalle. Le théorème dit : si FF est dérivable sur un intervalle II et F<0F'<0 sur II, alors FF est strictement décroissante sur II. L'hypothèse « intervalle » y est essentielle. Et c'est sa forme un cran plus fine qu'il faut ici : si F0F'\leqslant0 sur II et ne s'annule qu'en des points isolés, FF est encore strictement décroissante sur II — celle-là, et sa symétrique pour la croissance, autorisent à conclure sur ]1,2]]1,2] et sur [2,+[[2,+\infty[, bornes comprises, alors que F(2)=0F'(2)=0.

Recoupement. Le minimum en x=2x=2 se contrôle par trois valeurs : F(32)2,0385F(\tfrac32)\approx2{,}0385, F(2)1,9224F(2)\approx1{,}9224, F(4)2,2861F(4)\approx2{,}2861. La valeur centrale est bien la plus petite ✓

4. (a) — encadrer une intégrale par les valeurs extrêmes de son intégrande

Ce que la question teste. La croissance de l'intégrale, appliquée à un intégrande monotone (intégrales et primitives).

La rédaction attendue. Étudions d'abord la monotonie de g:t1lntg:t\mapsto\dfrac{1}{\ln t}. Elle est dérivable sur ]1,+[]1,+\infty[ et

g(t)=1tln2t<0,g'(t)=-\frac{1}{t\ln^2 t}<0,
donc gg est strictement décroissante sur ]1,+[]1,+\infty[.

Soit x]1,+[x\in]1,+\infty[. Pour tout t[x,2x]t\in[x,2x] on a 1<xt2x1<x\leqslant t\leqslant2x, donc, gg étant décroissante,

1ln(2x)=g(2x)g(t)=1lntg(x)=1ln(x).\frac{1}{\ln(2x)}=g(2x)\leqslant g(t)=\frac{1}{\ln t}\leqslant g(x)=\frac{1}{\ln(x)}.

Ces trois fonctions de tt sont continues sur le segment [x,2x][x,2x], et x2xx\leqslant2x : la croissance de l'intégrale donne

x2xdtln(2x)  x2xdtlnt  x2xdtln(x).\int_x^{2x}\frac{\mathrm{d}t}{\ln(2x)}\ \leqslant\ \int_x^{2x}\frac{\mathrm{d}t}{\ln t}\ \leqslant\ \int_x^{2x}\frac{\mathrm{d}t}{\ln(x)}.
Les deux membres extrêmes sont des intégrales de constantes (par rapport à tt) sur un segment de longueur 2xx=x2x-x=x, d'où
x]1,+[,xln(2x)F(x)xln(x).\forall x\in]1,+\infty[,\quad \frac{x}{\ln(2x)}\leqslant F(x)\leqslant\frac{x}{\ln(x)}.

Les pièges. Le premier est d'inverser les deux bornes. Le réflexe « ln\ln est croissante » est juste, mais t1lntt\mapsto\frac1{\ln t} est décroissante : c'est donc en t=2xt=2x, la borne du haut, que l'intégrande est le plus petit. Le deuxième est de multiplier par la mauvaise longueur : le segment mesure xx, pas 11 ni 2x2x. Le troisième est d'oublier de justifier la décroissance de gg — l'affirmer sans la dériver ni invoquer la composition des monotonies laisse la question à moitié faite.

⚠️ Noter aussi que l'énoncé écrit ici ]1,[]1,\infty[, sans le ++, alors qu'il écrit ]1,+[]1,+\infty[ partout ailleurs : c'est le même ensemble, il n'y a rien à en conclure.

Recoupement. En x=2x=2 : la borne basse vaut 2ln4=1ln21,4427\dfrac{2}{\ln4}=\dfrac{1}{\ln2}\approx1{,}4427, la borne haute 2ln22,8854\dfrac{2}{\ln2}\approx2{,}8854, et F(2)1,9224F(2)\approx1{,}9224 est bien entre les deux ✓ L'encadrement a été vérifié sur une grille de plusieurs centaines de valeurs de xx dans ]1,+[]1,+\infty[, sans défaut.

4. (b) — la limite de F en +∞

Ce que la question teste. Choisir la bonne moitié d'un encadrement (limites, suites et limites usuelles).

La rédaction attendue. D'après 4 (a), pour tout x>1x>1,

F(x)xln(2x).F(x)\geqslant\frac{x}{\ln(2x)}.
Or xln(2x)x++\dfrac{x}{\ln(2x)}\xrightarrow[x\to+\infty]{}+\infty : en effet ln(2x)x=ln2x+lnxx0\dfrac{\ln(2x)}{x}=\dfrac{\ln2}{x}+\dfrac{\ln x}{x}\to0 par croissances comparées, et cette quantité est strictement positive pour x>1x>1, donc son inverse tend vers ++\infty.

Par comparaison (théorème de minoration), F(x)x++F(x)\xrightarrow[x\to+\infty]{}+\infty.

Les pièges. Le premier est d'utiliser la majoration : xlnx+\dfrac{x}{\ln x}\to+\infty aussi, mais une majoration par une quantité qui tend vers ++\infty ne prouve rien du tout — c'est le piège de cette question, et il est facile à éviter en se demandant à chaque fois : si je remplace FF par une fonction bornée, mon argument tient-il encore ? Ici, une fonction bornée vérifie bien F(x)xlnxF(x)\leqslant\frac{x}{\ln x} pour xx grand.

Le second est de traiter xln(2x)\frac{x}{\ln(2x)} comme une forme indéterminée qu'on ne saurait pas lever : il suffit d'écrire ln(2x)=ln2+lnx\ln(2x)=\ln2+\ln x et d'invoquer lnxx0\dfrac{\ln x}{x}\to0.

Recoupement. La croissance est lente : F(100)20,0660F(100)\approx20{,}0660 et F(1000)137,1996F(1000)\approx137{,}1996. Multiplier xx par 1010 multiplie F(x)F(x) par moins de 77 — ce qui est cohérent avec la question suivante, où l'on verra que F(x)F(x) croît moins vite que xx

4. (c) — la limite de F(x)/x, et ce qu'elle dit de la croissance

Ce que la question teste. Diviser un encadrement par une quantité de signe connu, et lire le résultat (limites et encadrement, théorème des gendarmes).

La rédaction attendue. Soit x>1x>1. Comme x>0x>0, diviser par xx les trois membres de l'encadrement de 4 (a) ne change pas le sens des inégalités :

1ln(2x)F(x)x1ln(x).\frac{1}{\ln(2x)}\leqslant\frac{F(x)}{x}\leqslant\frac{1}{\ln(x)}.
Or ln(x)+\ln(x)\to+\infty et ln(2x)+\ln(2x)\to+\infty quand x+x\to+\infty, donc les deux membres extrêmes tendent vers 00. Par le théorème d'encadrement,
limx+F(x)x=0.\lim_{x\to+\infty}\frac{F(x)}{x}=0.

Les pièges. Le premier est de diviser sans dire que x>0x>0 : diviser une inégalité par une quantité négative la retourne. Ici rien ne se retourne, et c'est vrai des deux morceaux de DD, où xx est toujours strictement positif ; ce qui se retournera en 5 (c) est une multiplication, par le facteur 1tlnt\frac{1}{t\ln t}, négatif sur ]0,1[]0,1[. Le second est de conclure « donc FF tend vers 00 » : c'est le quotient qui tend vers 00, pas FF, qui tend vers ++\infty d'après 4 (b). Les deux faits ensemble disent que FF croît vers l'infini moins vite que toute fonction linéaire — c'est ce que la question 7 appellera une branche parabolique de direction (Ox)(Ox).

Pour aller plus loin, et c'est gratuit. L'encadrement de 4 (a) donne davantage. En divisant par xlnx>0\dfrac{x}{\ln x}>0 :

ln(x)ln(2x)F(x)x/ln(x)1,\frac{\ln(x)}{\ln(2x)}\leqslant\frac{F(x)}{x/\ln(x)}\leqslant1,
et ln(x)ln(2x)=lnxln2+lnx1\dfrac{\ln(x)}{\ln(2x)}=\dfrac{\ln x}{\ln2+\ln x}\to1. Donc, par encadrement,
F(x)x+xlnx.F(x)\underset{x\to+\infty}{\sim}\frac{x}{\ln x}.

Recoupement. F(106)1060,0704\dfrac{F(10^6)}{10^6}\approx0{,}0704 et F(1012)10120,0357\dfrac{F(10^{12})}{10^{12}}\approx0{,}0357 : la décroissance vers 00 est bien là, et elle est très lente, en 1lnx\frac{1}{\ln x} ✓ L'équivalent, lui, est vrai mais numériquement médiocre : le rapport F(x)x/lnx\dfrac{F(x)}{x/\ln x} vaut 0,92410{,}9241 en x=102x=10^2 et il faut aller jusqu'à x=10100x=10^{100} pour atteindre 0,99830{,}9983. Un équivalent dit une limite, jamais une précision.

5. (a) — l'intégrale de 1/(t ln t), et l'écriture valable sur tout D

Ce que la question teste. Reconnaître une forme uu\dfrac{u'}{u}, et manier la valeur absolue de sa primitive (primitives usuelles et formes composées).

La rédaction attendue. Soit xDx\in D et t[x,2x]t\in[x,2x]. Alors t>0t>0 et lnt0\ln t\neq0, donc t1tlntt\mapsto\dfrac{1}{t\ln t} est définie et continue sur [x,2x][x,2x].

Posons u(t)=lntu(t)=\ln t : alors u(t)=1tu'(t)=\dfrac1t et

1tlnt=u(t)u(t).\frac{1}{t\ln t}=\frac{u'(t)}{u(t)}.
Sur chacun des intervalles ]0,1[]0,1[ et ]1,+[]1,+\infty[, la fonction uu ne s'annule pas, donc tlnlntt\mapsto\ln\lvert\ln t\rvert y est une primitive de t1tlntt\mapsto\dfrac{1}{t\ln t}. Le segment [x,2x][x,2x] étant contenu dans l'un de ces deux intervalles (question 1), on obtient

x2xdttln(t)=[lnlnt]x2x=lnln(2x)lnln(x)=ln ⁣(ln(2x)ln(x)).\int_x^{2x}\frac{\mathrm{d}t}{t\ln(t)}=\Bigl[\ln\lvert\ln t\rvert\Bigr]_x^{2x}=\ln\bigl\lvert\ln(2x)\bigr\rvert-\ln\bigl\lvert\ln(x)\bigr\rvert=\ln\!\left(\frac{\lvert\ln(2x)\rvert}{\lvert\ln(x)\rvert}\right).

Enfin, sur chacun des deux morceaux de DD les réels ln(x)\ln(x) et ln(2x)\ln(2x) ont le même signe — tous deux négatifs sur ]0,12[]0,\tfrac12[, tous deux positifs sur ]1,+[]1,+\infty[ —, donc leur quotient est strictement positif et ln(2x)ln(x)=ln(2x)ln(x)\dfrac{\lvert\ln(2x)\rvert}{\lvert\ln(x)\rvert}=\dfrac{\ln(2x)}{\ln(x)}. D'où, pour tout xDx\in D :

 x2xdttln(t)=ln ⁣(ln(2x)ln(x)) \boxed{\ \int_x^{2x}\frac{\mathrm{d}t}{t\ln(t)}=\ln\!\left(\frac{\ln(2x)}{\ln(x)}\right)\ }

Les pièges. Le premier est d'écrire [ln(lnt)]x2x\bigl[\ln(\ln t)\bigr]_x^{2x} sans valeur absolue : sur ]0,12[]0,\tfrac12[, lnt\ln t est strictement négatif et ln(lnt)\ln(\ln t) n'existe pas. Le second est de s'arrêter à la forme avec valeurs absolues alors que l'énoncé demande une réponse « pour tout xx dans DD » : c'est l'observation sur les signes qui permet une écriture unique, et c'est elle qui rendra la suite lisible. Le troisième est de croire que ln ⁣(ln2xlnx)\ln\!\left(\frac{\ln 2x}{\ln x}\right) et ln(ln2x)ln(lnx)\ln(\ln 2x)-\ln(\ln x) sont interchangeables : la seconde écriture n'a de sens que sur ]1,+[]1,+\infty[.

Signe du résultat, utile pour la suite. Sur ]0,12[]0,\tfrac12[ on a ln(x)<ln(2x)<0\ln(x)<\ln(2x)<0, donc 0<ln(2x)ln(x)<10<\dfrac{\ln(2x)}{\ln(x)}<1 et l'intégrale est négative — cohérent avec un intégrande négatif. Sur ]1,+[]1,+\infty[ on a 0<ln(x)<ln(2x)0<\ln(x)<\ln(2x), le quotient est >1>1 et l'intégrale est positive.

Recoupement. Deux valeurs exactes, opposées l'une de l'autre :

x=2: ln ⁣(ln4ln2)=ln20,6931,x=14: ln ⁣(ln12ln14)=ln12=ln20,6931.x=2:\ \ln\!\left(\frac{\ln4}{\ln2}\right)=\ln2\approx0{,}6931,\qquad x=\tfrac14:\ \ln\!\left(\frac{\ln\frac12}{\ln\frac14}\right)=\ln\tfrac12=-\ln2\approx-0{,}6931.
Une quadrature numérique de l'intégrale confirme ces deux valeurs, et l'identité a été contrôlée sur une grille couvrant les deux morceaux de DD

5. (b) — la limite en 1, et pourquoi 4 (a) n'y sert à rien

Ce que la question teste. Fabriquer une minoration utile à partir d'une intégrale qu'on sait calculer. « En déduire » désigne 5 (a).

Un préalable de lecture. « xx tend vers 11 » se lit dans DD : puisque ]12,1]]\tfrac12,1] est hors de DD, il existe un voisinage de 11 — par exemple ]34,54[\left]\tfrac34,\tfrac54\right[ — dont l'intersection avec DD vaut ]1,54[\left]1,\tfrac54\right[, et ne contient donc que des points >1>1. La limite demandée est donc une limite à droite, x1+x\to1^+, et il est bon de le dire.

La rédaction attendue. Soit x]1,+[x\in]1,+\infty[ et t[x,2x]t\in[x,2x]. Alors t>1t>1, donc t>0t>0 et lnt>0\ln t>0, d'où

1tlnt>0.\frac{1}{t\ln t}>0.
Partons de l'identité 1lnt=t×1tlnt\dfrac{1}{\ln t}=t\times\dfrac{1}{t\ln t}. Comme txt\geqslant x et que le facteur 1tlnt\dfrac{1}{t\ln t} est strictement positif, multiplier l'inégalité txt\geqslant x par ce facteur conserve son sens :
1lnt=t1tlnt  x1tlnt.\frac{1}{\ln t}=t\cdot\frac{1}{t\ln t}\ \geqslant\ x\cdot\frac{1}{t\ln t}.
Les deux membres sont continus sur [x,2x][x,2x] et x2xx\leqslant2x : par croissance de l'intégrale, puis par 5 (a),
F(x)  xx2xdttlnt = xln ⁣(ln(2x)ln(x)).F(x)\ \geqslant\ x\int_x^{2x}\frac{\mathrm{d}t}{t\ln t}\ =\ x\,\ln\!\left(\frac{\ln(2x)}{\ln(x)}\right).

Faisons tendre xx vers 1+1^+. Alors ln(2x)ln2>0\ln(2x)\to\ln2>0 et ln(x)0+\ln(x)\to0^+, donc ln(2x)ln(x)+\dfrac{\ln(2x)}{\ln(x)}\to+\infty, puis ln ⁣(ln(2x)ln(x))+\ln\!\left(\dfrac{\ln(2x)}{\ln(x)}\right)\to+\infty par composition des limites. Comme de plus x1x\to1, le produit tend vers ++\infty. Par minoration,

limx1+F(x)=+.\lim_{x\to1^+}F(x)=+\infty.

Les pièges. Le premier est de vouloir réutiliser 4 (a) : sa borne basse xln(2x)\dfrac{x}{\ln(2x)} tend vers 1ln21,4427\dfrac{1}{\ln2}\approx1{,}4427 quand x1+x\to1^+. Elle est finie, donc elle ne prouve rien — et c'est précisément pour cela que le sujet a fait calculer l'intégrale de 5 (a). Reconnaître qu'un outil déjà démontré ne convient pas est une partie du travail.

Le second est de manipuler l'inégalité txt\geqslant x sans dire de quel signe est le facteur par lequel on multiplie. Ici il est positif et tout va bien ; en 5 (c) il sera négatif, et la même manipulation donnera l'inégalité inverse.

Le troisième est d'oublier que x1x\to1, et donc d'écrire le résultat comme si le facteur xx pouvait tendre vers 00. Il tend vers 11, ce qui ne perturbe rien ; mais il faut le dire. On peut d'ailleurs s'en passer : comme x>1x>1 et que l'intégrale de 5 (a) est positive sur ]1,+[]1,+\infty[, on a directement F(x)ln ⁣(ln(2x)ln(x))F(x)\geqslant\ln\!\left(\frac{\ln(2x)}{\ln(x)}\right).

Recoupement. F(1,000001)14,2835F(1{,}000001)\approx14{,}2835 et F(1,0000001)16,5860F(1{,}0000001)\approx16{,}5860 : diviser par 1010 la distance à 11 ajoute environ 2,30ln(10)2{,}30\approx\ln(10) à FF. La divergence est logarithmique, donc très lente — un tracé sur une fenêtre ordinaire ne la rend pas spectaculaire, elle n'en est pas moins réelle ✓

5. (c) — la limite en 1/2, et le sens de l'inégalité qui se retourne

Ce que la question teste. La même idée qu'en 5 (b), avec le signe inversé. C'est la question la plus exigeante de la partie.

Un préalable de lecture. Comme en 5 (b), « xx tend vers 12\tfrac12 » se lit dans DD : au voisinage de 12\tfrac12, seuls les points x<12x<\tfrac12 y sont, donc il s'agit de x(12)x\to\left(\tfrac12\right)^-.

La rédaction attendue. Soit x]0,12[x\in]0,\tfrac12[ et t[x,2x]t\in[x,2x]. Alors 0<t<10<t<1, donc lnt<0\ln t<0 et

1tlnt<0.\frac{1}{t\ln t}<0.
Repartons de la même identité 1lnt=t×1tlnt\dfrac{1}{\ln t}=t\times\dfrac{1}{t\ln t}. Cette fois, multiplier l'inégalité txt\geqslant x par le facteur 1tlnt\dfrac{1}{t\ln t}, qui est strictement négatif, en renverse le sens :
1lnt=t1tlnt  x1tlnt.\frac{1}{\ln t}=t\cdot\frac{1}{t\ln t}\ \leqslant\ x\cdot\frac{1}{t\ln t}.
Par croissance de l'intégrale sur [x,2x][x,2x], puis par 5 (a),
F(x)  xx2xdttlnt = xln ⁣(ln(2x)ln(x)).F(x)\ \leqslant\ x\int_x^{2x}\frac{\mathrm{d}t}{t\ln t}\ =\ x\,\ln\!\left(\frac{\ln(2x)}{\ln(x)}\right).

Faisons tendre xx vers (12)\left(\tfrac12\right)^-. Alors 2x12x\to1^- donc ln(2x)0\ln(2x)\to0^-, tandis que ln(x)ln12=ln2<0\ln(x)\to\ln\tfrac12=-\ln2<0. Le quotient ln(2x)ln(x)\dfrac{\ln(2x)}{\ln(x)} est donc de la forme 0ln2\dfrac{0^-}{-\ln 2} : il tend vers 00 par valeurs strictement positives. Par composition des limites, ln ⁣(ln(2x)ln(x))\ln\!\left(\dfrac{\ln(2x)}{\ln(x)}\right)\to-\infty. Et x12>0x\to\tfrac12>0. Le produit tend donc vers -\infty, et par majoration

limx12F(x)=.\lim_{x\to\frac12^-}F(x)=-\infty.

⚠️ Le piège de la question, et il est vicieux. Sur ]0,1[]0,1[, l'inégalité qui vient spontanément à l'esprit est

1tlnt  1lnt,\frac{1}{t\ln t}\ \leqslant\ \frac{1}{\ln t},
et elle est vraie : leur différence vaut

1lnt1tlnt=1lnt(11t)=t1tlnt,\frac{1}{\ln t}-\frac{1}{t\ln t}=\frac{1}{\ln t}\left(1-\frac1t\right)=\frac{t-1}{t\ln t},

quotient de deux quantités strictement négatives sur ]0,1[]0,1[, donc strictement positive. En l'intégrant on obtient

ln ⁣(ln(2x)ln(x))  F(x),\ln\!\left(\frac{\ln(2x)}{\ln(x)}\right)\ \leqslant\ F(x),
c'est-à-dire une minoration par une quantité qui tend vers -\infty : rigoureusement exacte, et rigoureusement inutile. Pour prouver qu'une fonction tend vers -\infty, il faut la majorer. C'est le facteur xx — et non 11 — qui fait la différence, et c'est le signe de 1tlnt\dfrac{1}{t\ln t} qui l'impose.

Le second piège est de recopier 5 (b) en changeant seulement la conclusion. Le sens de l'inégalité intermédiaire y est l'inverse ; une rédaction qui garde \geqslant et conclut à -\infty est incohérente, même si le résultat annoncé est le bon.

Recoupement. En x=0,4999x=0{,}4999 : la minoration inutile donne F(x)8,1509F(x)\geqslant-8{,}1509, la majoration utile donne F(x)4,0746F(x)\leqslant-4{,}0746, et la vraie valeur est F(0,4999)7,5616F(0{,}4999)\approx-7{,}5616. Les deux inégalités sont bien vérifiées, et seule la seconde, qui tend vers -\infty, permet de conclure ✓ Les deux sens ont été éprouvés sur une grille couvrant ]0,12[]0,\tfrac12[ et ]1,+[]1,+\infty[, sans exception.

6. (a) — le même encadrement sur ]0,1/2[, et l'ordre des bornes qui ne bouge pas

Ce que la question teste. Reprendre 4 (a) sur un intervalle où tout est négatif, sans se tromper d'ordre.

La rédaction attendue. La fonction g:t1lntg:t\mapsto\dfrac{1}{\ln t} est dérivable sur ]0,1[]0,1[, de dérivée

g(t)=1tln2t<0,g'(t)=-\frac{1}{t\ln^2 t}<0,
donc gg est strictement décroissante sur ]0,1[]0,1[ — exactement comme sur ]1,+[]1,+\infty[ : c'est le même calcul, et il vaut sur chacun des deux intervalles.

Soit x]0,12[x\in]0,\tfrac12[. Pour tout t[x,2x]t\in[x,2x] on a 0<xt2x<10<x\leqslant t\leqslant2x<1, donc

1ln(2x)=g(2x)g(t)=1lntg(x)=1ln(x),\frac{1}{\ln(2x)}=g(2x)\leqslant g(t)=\frac{1}{\ln t}\leqslant g(x)=\frac{1}{\ln(x)},
puis, par croissance de l'intégrale sur le segment [x,2x][x,2x], de longueur x>0x>0 :
x]0,12[,xln(2x)F(x)xln(x).\forall x\in]0,\tfrac12[,\quad\frac{x}{\ln(2x)}\leqslant F(x)\leqslant\frac{x}{\ln(x)}.

Ce qu'il y a de remarquable. L'énoncé écrit exactement la même formule qu'en 4 (a), alors qu'ici les trois quantités sont négatives. C'est cohérent : l'ordre des deux bornes ne dépend pas de leur signe mais du sens de variation de gg, qui est le même des deux côtés. On peut aussi le vérifier directement : ln(x)<ln(2x)<0\ln(x)<\ln(2x)<0, et sur ],0[]-\infty,0[ la fonction u1uu\mapsto\frac1u est décroissante, donc 1ln(x)>1ln(2x)\dfrac{1}{\ln(x)}>\dfrac{1}{\ln(2x)}

Les pièges. Le premier est d'invoquer « u1uu\mapsto\frac1u est décroissante » sans préciser sur quel intervalle : cette fonction est décroissante sur ],0[]-\infty,0[ et sur ]0,+[]0,+\infty[ séparément, et pas sur leur réunion — on a 1<1-1<1 et pourtant 11=1<1=11\frac{1}{-1}=-1<1=\frac11. Ici les deux logarithmes sont du même côté de 00, donc l'argument passe ; mais il faut le dire.

Le second est de retourner les inégalités « parce que tout est négatif ». Rien ne se retourne : on intègre, on ne divise pas par un nombre négatif.

Le troisième est de croire qu'il suffit de renvoyer à 4 (a). L'intervalle d'étude a changé, la décroissance de gg doit être justifiée sur ]0,1[]0,1[ — même si c'est le même calcul de dérivée.

Recoupement. En x=14x=\tfrac14 : la borne basse vaut 1/4ln(1/2)0,3607\dfrac{1/4}{\ln(1/2)}\approx-0{,}3607, la borne haute 1/4ln(1/4)0,1803\dfrac{1/4}{\ln(1/4)}\approx-0{,}1803, et F ⁣(14)0,2600F\!\left(\tfrac14\right)\approx-0{,}2600 tombe bien entre les deux ✓ L'encadrement a été contrôlé sur plusieurs centaines de valeurs de xx dans ]0,12[]0,\tfrac12[.

6. (b) — le prolongement par continuité en 0

Ce que la question teste. La définition du prolongement par continuité, et l'usage d'un encadrement dont les deux bornes ont la même limite (prolongement par continuité).

La rédaction attendue. Le réel 00 n'appartient pas à DD, mais il est adhérent à ]0,12[]0,\tfrac12[ : la question a donc un sens, et il s'agit d'une limite à droite.

D'après 6 (a), pour tout x]0,12[x\in]0,\tfrac12[,

xln(2x)F(x)xln(x).\frac{x}{\ln(2x)}\leqslant F(x)\leqslant\frac{x}{\ln(x)}.
Quand x0+x\to0^+ : ln(x)\ln(x)\to-\infty et ln(2x)=ln2+ln(x)\ln(2x)=\ln2+\ln(x)\to-\infty, tandis que le numérateur xx tend vers 00. Les deux membres extrêmes tendent donc vers 00, et par le théorème d'encadrement
limx0+F(x)=0.\lim_{x\to0^+}F(x)=0.

Cette limite est finie. Donc FF est prolongeable par continuité en 00, et l'unique prolongement continu est la fonction F~\widetilde F définie sur [0,12[[0,\tfrac12[ par

F~(0)=0etF~(x)=F(x)  pour x]0,12[.\widetilde F(0)=0\quad\text{et}\quad\widetilde F(x)=F(x)\ \text{ pour }x\in\left]0,\tfrac12\right[.

Les pièges. Le premier est de s'arrêter à « F(x)0F(x)\to0 » : la question porte sur le prolongement, il faut poser la valeur en 00 et dire que la fonction ainsi obtenue est continue en 00. Le second est d'oublier que « prolongeable par continuité » exige une limite finie — c'est justement ce qui distingue 00 de 12\tfrac12 et de 11, où les limites sont infinies et où aucun prolongement continu n'existe.

Le troisième est de croire qu'un raisonnement « global sur DD » donnerait le prolongement : 00 n'est adhérent qu'à ]0,12[]0,\tfrac12[, et c'est la limite en 0+0^+ sur ce seul morceau qui fait tout le travail — le morceau ]1,+[]1,+\infty[ n'y est pour rien.

Un supplément utile pour la question 7. Le prolongement F~\widetilde F est même dérivable en 00. En divisant l'encadrement de 6 (a) par x>0x>0 :

1ln(2x)F(x)F~(0)x0=F(x)x1ln(x),\frac{1}{\ln(2x)}\leqslant\frac{F(x)-\widetilde F(0)}{x-0}=\frac{F(x)}{x}\leqslant\frac{1}{\ln(x)},
et les deux bornes tendent vers 00 quand x0+x\to0^+. Le taux d'accroissement tend donc vers 00 : F~\widetilde F est dérivable en 00 avec F~(0)=0\widetilde F'(0)=0, et la courbe admet à l'origine une tangente horizontale, l'axe (Ox)(Ox).

Recoupement. F(103)1,5348×104F(10^{-3})\approx-1{,}5348\times10^{-4}, avec F(103)1030,1535\dfrac{F(10^{-3})}{10^{-3}}\approx-0{,}1535 ; et F(1010)10100,0442\dfrac{F(10^{-10})}{10^{-10}}\approx-0{,}0442. Les deux tendent vers 00, lentement, en 1lnx\frac{1}{\ln x} — et FF reste négative, ce qui est cohérent avec un intégrande négatif sur ]0,1[]0,1[

7. — l'allure de la courbe, une synthèse sans calcul neuf

Ce que la question teste. Rassembler ce que les six questions précédentes ont établi, et nommer correctement chaque comportement (étude de fonction, branches infinies).

Ce qu'il n'y a pas à faire. Aucun calcul nouveau. Tout est déjà démontré : les variations (3), les limites en ++\infty (4 b), en 1+1^+ (5 b), en 12\tfrac12^- (5 c), en 0+0^+ (6 b), et la croissance sous-linéaire (4 c).

Le signe de FF, qui n'a pas encore été dit. Pour x]0,12[x\in]0,\tfrac12[, on a [x,2x]]0,1[[x,2x]\subset]0,1[ donc 1lnt<0\dfrac{1}{\ln t}<0 sur le segment, et x<2xx<2x : l'intégrale d'une fonction strictement négative sur un segment non réduit à un point est strictement négative, donc F(x)<0F(x)<0. Pour x]1,+[x\in]1,+\infty[, le même argument avec 1lnt>0\dfrac{1}{\ln t}>0 donne F(x)>0F(x)>0.

La branche de gauche, sur ]0,12[]0,\tfrac12[. La courbe part de l'origine : F(x)0F(x)\to0 quand x0+x\to0^+, avec une tangente horizontale (6 b). Elle est strictement décroissante, entièrement sous l'axe des abscisses, et plonge vers -\infty quand x(12)x\to\left(\tfrac12\right)^- : la droite d'équation x=12x=\tfrac12 est asymptote verticale.

La branche de droite, sur ]1,+[]1,+\infty[. La droite d'équation x=1x=1 est asymptote verticale, avec F(x)+F(x)\to+\infty quand x1+x\to1^+. La courbe descend ensuite jusqu'au minimum

F(2)=24dtlnt1,9224,F(2)=\int_2^4\frac{\mathrm{d}t}{\ln t}\approx1{,}9224,
puis remonte vers ++\infty. Comme F(x)+F(x)\to+\infty et F(x)x0\dfrac{F(x)}{x}\to0, la courbe admet une branche parabolique de direction (Ox)(Ox) : elle s'échappe vers le haut tout en s'aplatissant, et il n'y a pas d'asymptote oblique.

Quelques points, pour placer la courbe.

xx 0,050{,}05 0,250{,}25 0,450{,}45 1,11{,}1 1,51{,}5 22 44 1010
F(x)F(x) 0,0193-0{,}0193 0,2600-0{,}2600 1,4644-1{,}4644 2,99102{,}9910 2,03852{,}0385 1,92241{,}9224 2,28612{,}2861 3,73973{,}7397

Les pièges. Le premier, le plus visible sur une copie, est de tracer une seule courbe au-dessus de [12,1][\tfrac12,1] : FF n'y est pas définie, les deux branches sont disjointes, et rien ne les relie. Le second est de dire « asymptote horizontale en ++\infty » parce que F(x)x0\dfrac{F(x)}{x}\to0 : c'est faux, FF tend vers ++\infty. Le vocabulaire exact est celui des branches infinies — F(x)x0\frac{F(x)}{x}\to0 avec F(x)+F(x)\to+\infty donne une branche parabolique de direction (Ox)(Ox), et non une asymptote (asymptotes par DL en l'infini).

Le troisième est d'oublier la tangente en 00 : le jury attend qu'on précise l'allure au voisinage de l'origine, et l'encadrement de 6 (a) la donne gratuitement.

Recoupement. Le tableau ci-dessus recoupe tout le reste : les trois premières valeurs sont négatives et décroissantes ✓ ; les cinq dernières sont positives, avec un creux en x=2x=2 ✓ ; et les valeurs extrêmes de chaque branche (0,0193-0{,}0193 près de 00, 2,99102{,}9910 près de 11) sont cohérentes avec les limites 00 et ++\infty ✓ Le comportement de FF' aux bords confirme l'allure : F(0,499999)999997,6F'(0{,}499999)\approx-999\,997{,}6 et F(1,000001)999997,6F'(1{,}000001)\approx-999\,997{,}6, c'est-à-dire des tangentes quasi verticales de part et d'autre de la coupure.

8. (a) — le reste d'une intégrale convergente

Ce que la question teste. La définition même de la convergence d'une intégrale sur [2,+[[2,+\infty[, et la relation de Chasles (intégrales, restes d'une série convergente).

La rédaction attendue. Par hypothèse, φ\varphi est continue sur [2,+[[2,+\infty[ et l'intégrale 2+φ(t)dt\displaystyle\int_2^{+\infty}\varphi(t)\,\mathrm{d}t converge, ce qui signifie par définition que la fonction

X2Xφ(t)dtX\longmapsto\int_2^{X}\varphi(t)\,\mathrm{d}t
admet une limite finie quand X+X\to+\infty ; notons LL cette limite.

Soit x2x\geqslant2. La convergence sur [2,+[[2,+\infty[ entraîne celle sur [x,+[[x,+\infty[ : pour XxX\geqslant x, la relation de Chasles donne xXφ=2Xφ2xφ\displaystyle\int_x^{X}\varphi=\int_2^{X}\varphi-\int_2^{x}\varphi, et le membre de droite converge quand X+X\to+\infty. Donc x+φ(t)dt\displaystyle\int_x^{+\infty}\varphi(t)\,\mathrm{d}t existe, et en passant à la limite :

x+φ(t)dt=L2xφ(t)dt.\int_x^{+\infty}\varphi(t)\,\mathrm{d}t=L-\int_2^{x}\varphi(t)\,\mathrm{d}t.
Or, toujours par définition de la convergence, 2xφ(t)dtx+L\displaystyle\int_2^{x}\varphi(t)\,\mathrm{d}t\xrightarrow[x\to+\infty]{}L. Par différence,
limx+x+φ(t)dt=LL=0.\lim_{x\to+\infty}\int_x^{+\infty}\varphi(t)\,\mathrm{d}t=L-L=0.

Les pièges. Le premier est de confondre cette question avec une affirmation sur φ\varphi : ce n'est pas parce que φ(t)0\varphi(t)\to0 que le reste tend vers 00, et d'ailleurs φ\varphi n'a aucune raison de tendre vers 00. On peut construire une fonction φ\varphi continue, positive, d'intégrale convergente sur [2,+[[2,+\infty[, et qui ne tend pas vers 00 : pour chaque entier n2n\geqslant2, une « bosse » triangulaire centrée en nn, de hauteur 11 et de base 1n2\dfrac{1}{n^2}, nulle partout ailleurs. Les bosses sont disjointes (leur demi-base 12n218\frac{1}{2n^2}\leqslant\frac18 est bien inférieure à 12\tfrac12), l'aire totale vaut

n2121n21=12n21n212n21n(n1)=12,\sum_{n\geqslant2}\frac12\cdot\frac{1}{n^2}\cdot 1=\frac12\sum_{n\geqslant2}\frac{1}{n^2}\leqslant\frac12\sum_{n\geqslant2}\frac{1}{n(n-1)}=\frac12,
par télescopage, donc l'intégrale converge (fonction positive, intégrales partielles croissantes et majorées) ; et pourtant φ(n)=1\varphi(n)=1 pour tout n2n\geqslant2, donc φ\varphi ne tend pas vers 00.

Le second piège est d'écrire x+φ\int_x^{+\infty}\varphi sans avoir justifié que cette intégrale converge — c'est le rôle de la relation de Chasles ci-dessus.

L'analogie qui aide. C'est exactement le reste d'une série convergente : si un\sum u_n converge, de somme SS, alors RN=SSN0R_N=S-S_N\to0. Ici x+φ\int_x^{+\infty}\varphi joue le rôle de RNR_N, et 2xφ\int_2^x\varphi celui de SNS_N.

Recoupement. Sur la fonction à bosses ci-dessus, l'aire totale des bosses vaut 12(π261)0,3225\dfrac12\left(\dfrac{\pi^2}{6}-1\right)\approx0{,}3225 (ADMIS : la valeur n11n2=π26\sum_{n\geqslant1}\frac{1}{n^2}=\frac{\pi^2}{6} n'est utilisée que pour ce recoupement numérique, la majoration par 12\tfrac12 suffisant à la démonstration). L'intégrale, elle, en vaut un peu moins, car la bosse centrée en 22 n'entre qu'à moitié dans [2,+[[2,+\infty[ :

2+φ(t)dt=12(π261)1160,2600.\int_2^{+\infty}\varphi(t)\,\mathrm{d}t=\frac12\left(\frac{\pi^2}{6}-1\right)-\frac{1}{16}\approx0{,}2600.

Pour la même raison, le reste vaut x+φ=14x2+12n>x1n2\displaystyle\int_x^{+\infty}\varphi=\frac{1}{4x^2}+\frac12\sum_{n>x}\frac{1}{n^2} pour xx entier, qui tend bien vers 00

8. (b) — des bornes variables qui partent toutes deux à l'infini

Ce que la question teste. Introduire la bonne fonction auxiliaire, et composer des limites (composition des limites).

La rédaction attendue. Posons, pour y2y\geqslant2,

Φ(y)=y+φ(t)dt,\Phi(y)=\int_y^{+\infty}\varphi(t)\,\mathrm{d}t,
quantité bien définie d'après la question (a). Soit xRx\in\mathbb{R}. Les réels u(x)u(x) et v(x)v(x) appartiennent à [2,+[[2,+\infty[ par hypothèse, et φ\varphi y est continue : l'intégrale u(x)v(x)φ(t)dt\displaystyle\int_{u(x)}^{v(x)}\varphi(t)\,\mathrm{d}t est celle d'une fonction continue sur un segment, elle a donc un sens (quel que soit l'ordre de u(x)u(x) et v(x)v(x), l'intégrale orientée est définie).

La relation de Chasles pour les intégrales convergentes donne, pour a,b2a,b\geqslant2,

a+φ=abφ+b+φ,soitabφ=Φ(a)Φ(b).\int_a^{+\infty}\varphi=\int_a^{b}\varphi+\int_b^{+\infty}\varphi,\qquad\text{soit}\qquad\int_a^{b}\varphi=\Phi(a)-\Phi(b).
En particulier
u(x)v(x)φ(t)dt=Φ(u(x))Φ(v(x)).\int_{u(x)}^{v(x)}\varphi(t)\,\mathrm{d}t=\Phi\bigl(u(x)\bigr)-\Phi\bigl(v(x)\bigr).

Or la question (a) dit exactement que Φ(y)y+0\Phi(y)\xrightarrow[y\to+\infty]{}0. Comme u(x)x++u(x)\xrightarrow[x\to+\infty]{}+\infty, la composition des limites donne Φ(u(x))x+0\Phi\bigl(u(x)\bigr)\xrightarrow[x\to+\infty]{}0 ; de même Φ(v(x))0\Phi\bigl(v(x)\bigr)\to0. Par différence,

limx+u(x)v(x)φ(t)dt=0.\lim_{x\to+\infty}\int_{u(x)}^{v(x)}\varphi(t)\,\mathrm{d}t=0.

Les pièges. Le premier est de vouloir invoquer la continuité de Φ\Phi : ce n'est ni utile ni ce qui est en jeu. Le théorème employé est la composition des limites, avec une limite en ++\infty pour Φ\Phi et une limite ++\infty pour uu. Le second est d'oublier de dire pourquoi u(x)v(x)φ\displaystyle\int_{u(x)}^{v(x)}\varphi a un sens — c'est court, mais c'est la première chose à écrire. Le troisième est de supposer u(x)v(x)u(x)\leqslant v(x) : rien ne le garantit, et rien ne l'exige, l'égalité abφ=Φ(a)Φ(b)\int_a^b\varphi=\Phi(a)-\Phi(b) valant dans les deux ordres.

À noter. Les hypothèses ne demandent aucun lien entre uu et vv : ni monotonie, ni continuité, ni ordre. Seules comptent les valeurs dans [2,+[[2,+\infty[ et les deux limites infinies. C'est ce qui rendra la question (c) applicable à des bornes aussi éloignées que xx et 2x2x, dont l'écart tend vers ++\infty.

Recoupement. Sur la fonction à bosses de la question (a), avec u(x)=max(x,2)u(x)=\max(x,2), v(x)=max(2x,2)v(x)=\max(2x,2) et xx entier 2\geqslant2, l'intégrale x2xφ\int_x^{2x}\varphi ne rencontre que les bosses centrées en n{x,,2x}n\in\{x,\dots,2x\} — les autres sont hors du segment —, donc elle est majorée par leur aire totale :

x2xφ(t)dt  12n=x2x1n2  x+12x2  1x,\int_x^{2x}\varphi(t)\,\mathrm{d}t\ \leqslant\ \frac12\sum_{n=x}^{2x}\frac{1}{n^2}\ \leqslant\ \frac{x+1}{2x^2}\ \leqslant\ \frac1x,

qui tend bien vers 00 — alors même que la longueur de l'intervalle d'intégration, elle, tend vers ++\infty

8. (c) — la divergence, par l'absurde, en confrontant 8 (b) et 4 (b)

Ce que la question teste. Assembler deux résultats obtenus séparément — c'est le sens de « en utilisant les questions précédentes ». Et vérifier les hypothèses avant d'appliquer un théorème.

La rédaction attendue. La fonction f:t1lntf:t\mapsto\dfrac{1}{\ln t} est continue sur [2,+[[2,+\infty[ : pour t2t\geqslant2 on a lntln2>0\ln t\geqslant\ln2>0.

Raisonnons par l'absurde et supposons que 2+dtlnt\displaystyle\int_2^{+\infty}\frac{\mathrm{d}t}{\ln t} converge. On peut alors appliquer la question 8 (b) avec φ=f\varphi=f. Posons, pour tout réel xx,

u(x)=max(x,2)etv(x)=max(2x,2).u(x)=\max(x,2)\qquad\text{et}\qquad v(x)=\max(2x,2).
Ces deux fonctions sont définies sur R\mathbb{R}, à valeurs dans [2,+[[2,+\infty[, et tendent vers ++\infty quand x+x\to+\infty : les hypothèses de 8 (b) sont vérifiées. De plus, pour x2x\geqslant2, on a u(x)=xu(x)=x et v(x)=2xv(x)=2x, donc
u(x)v(x)f(t)dt=x2xdtlnt=F(x)\int_{u(x)}^{v(x)}f(t)\,\mathrm{d}t=\int_x^{2x}\frac{\mathrm{d}t}{\ln t}=F(x)
— l'intégrale est bien celle de la partie, puisque x2>1x\geqslant2>1 place [x,2x][x,2x] dans ]1,+[]1,+\infty[ (question 1).

La question 8 (b) donne alors

limx+F(x)=0.\lim_{x\to+\infty}F(x)=0.
Or la question 4 (b) a établi
limx+F(x)=+.\lim_{x\to+\infty}F(x)=+\infty.
Une fonction ne peut pas avoir deux limites différentes en ++\infty (unicité de la limite) : c'est une contradiction. L'hypothèse de départ est donc fausse, et

 2+dtlnt  diverge. \boxed{\ \int_2^{+\infty}\frac{\mathrm{d}t}{\ln t}\ \text{ diverge.}\ }

⚠️ Le point de rigueur, que l'énoncé rend nécessaire. La question 8 (b) exige des fonctions définies sur R\mathbb{R} et à valeurs dans [2,+[[2,+\infty[. Les choix naturels u(x)=xu(x)=x et v(x)=2xv(x)=2x ne conviennent donc pas tels quels : pour x=0x=0, par exemple, u(0)=0u(0)=0 et v(0)=0v(0)=0 ne sont ni l'un ni l'autre dans [2,+[[2,+\infty[. Le remplacement par max(x,2)\max(x,2) et max(2x,2)\max(2x,2) répare cela en une ligne, sans rien changer au comportement en ++\infty — puisqu'une limite en ++\infty ne dépend que des grandes valeurs de xx. C'est une petite maladresse de l'énoncé, à traiter plutôt qu'à ignorer.

Les pièges. Le premier est de vouloir conclure directement de l'encadrement de 4 (a) : il donne F(x)+F(x)\to+\infty, ce qui ne dit rien, en soi, de la convergence de 2+f\int_2^{+\infty}f — c'est la question 8 (b) qui fait le lien, en affirmant que si l'intégrale convergeait, alors FF tendrait vers 00.

Le second est d'écrire « 1lnt\dfrac{1}{\ln t} ne tend pas vers 00, donc l'intégrale diverge ». Ce raisonnement est faux deux fois : d'une part 1lnt\dfrac{1}{\ln t} tend bel et bien vers 00 ; d'autre part, le fait que l'intégrande ne tende pas vers 00 n'entraîne pas la divergence, comme le montre la fonction à bosses de 8 (a).

Le troisième est d'oublier de vérifier la continuité de ff sur [2,+[[2,+\infty[ avant de parler de la convergence de son intégrale.

Recoupement, par une voie totalement indépendante. Pour t2t\geqslant2 on a 0<lntt0<\ln t\leqslant t, donc 1lnt1t>0\dfrac{1}{\ln t}\geqslant\dfrac1t>0. Comme

2Xdtt=lnXln2X++,\int_2^{X}\frac{\mathrm{d}t}{t}=\ln X-\ln 2\xrightarrow[X\to+\infty]{}+\infty,

le critère de comparaison des intégrales de fonctions positives donne la divergence de 2+dtlnt\displaystyle\int_2^{+\infty}\frac{\mathrm{d}t}{\ln t}. Le sujet impose la voie par 8 (b), mais cette comparaison confirme le résultat — et numériquement, 2106dtlnt78626,5\displaystyle\int_2^{10^{6}}\frac{\mathrm{d}t}{\ln t}\approx78\,626{,}5, qui croît sans borne ✓

À retenir

Six réflexes transférables, qui valent bien au-delà de ce sujet.

1. Une intégrale à bornes variables se dérive par une primitive, pas par magie. Si ff est continue sur un intervalle II et si aa et bb sont dérivables sur un intervalle JJ, à valeurs dans II, alors

xa(x)b(x)f(t)dt=G(b(x))G(a(x))x\longmapsto\int_{a(x)}^{b(x)}f(t)\,\mathrm{d}t=G\bigl(b(x)\bigr)-G\bigl(a(x)\bigr)
est dérivable, de dérivée b(x)f(b(x))a(x)f(a(x))b'(x)f\bigl(b(x)\bigr)-a'(x)f\bigl(a(x)\bigr). Les facteurs b(x)b'(x) et a(x)a'(x) sont l'endroit où l'on se trompe : ici b(x)=2xb(x)=2x apporte un facteur 22, et l'oublier change complètement FF'. La condition à vérifier avant toute chose est que le segment [a(x),b(x)][a(x),b(x)] soit inclus dans l'intervalle où vit la primitive.

2. Un domaine qui n'est pas un intervalle change les énoncés, pas seulement le vocabulaire. « Admet des primitives », « F<0F'<0 donc FF décroît », le théorème des valeurs intermédiaires : tous ces théorèmes ont intervalle dans leurs hypothèses. Sur D=]0,12[]1,+[D=]0,\tfrac12[\cup]1,+\infty[, il faut deux études, deux primitives, deux tableaux. Et la conclusion « FF est décroissante sur DD » est fausse : 14<32\tfrac14<\tfrac32 et F ⁣(14)0,2600<F ⁣(32)2,0385F\!\left(\tfrac14\right)\approx-0{,}2600<F\!\left(\tfrac32\right)\approx2{,}0385.

3. Encadrer une intégrale par les valeurs extrêmes d'un intégrande monotone. Si mhMm\leqslant h\leqslant M sur [a,b][a,b], alors m(ba)abhM(ba)m(b-a)\leqslant\int_a^b h\leqslant M(b-a). Sur [x,2x][x,2x] la longueur vaut xx, et t1lntt\mapsto\frac{1}{\ln t} étant monotone, mm et MM sont ses valeurs aux bornes. Trois lignes, et cela donne à soi seul quatre questions du sujet (4 a, 4 b, 4 c, 6 a) plus le prolongement de 6 (b).

4. Pour comparer à une intégrale calculable, on paie une inégalité — et le SIGNE en décide le sens. L'identité

1lnt=t×1tlnt\frac{1}{\ln t}=t\times\frac{1}{t\ln t}
remplace un intégrande dont on ne sait rien par un intégrande en uu\frac{u'}{u}, dont la primitive est lnlnt\ln\lvert\ln t\rvert. Le prix est de remplacer tt par xx, ce qui n'est licite que dans un sens :

intervalle signe de 1tlnt\frac{1}{t\ln t} ce que donne txt\geqslant x ce qu'on en tire
]1,+[]1,+\infty[ >0>0 1lntxtlnt\frac{1}{\ln t}\geqslant\frac{x}{t\ln t} une minoration de FF, d'où ++\infty en 1+1^+
]0,1[]0,1[ <0<0 1lntxtlnt\frac{1}{\ln t}\leqslant\frac{x}{t\ln t} une majoration de FF, d'où -\infty en 12\tfrac12^-

⚠️ Ne retiens surtout pas « on minore, puis on recommence ». Sur ]0,1[]0,1[, la minoration existe aussi — elle s'écrit ln ⁣(ln2xlnx)F(x)\ln\!\left(\frac{\ln 2x}{\ln x}\right)\leqslant F(x) et elle est parfaitement exacte — mais elle minore par une quantité qui tend vers -\infty : elle ne prouve rien. Pour établir une limite ++\infty, il faut minorer ; pour établir -\infty, il faut majorer. C'est la moitié du travail des questions 5 (b) et 5 (c).

5. Le reste d'une intégrale convergente tend vers 00 — et ce n'est pas une propriété de l'intégrande. La formule x+φ=L2xφ\int_x^{+\infty}\varphi=L-\int_2^{x}\varphi suffit, et elle ne dit rien de φ(t)\varphi(t) quand t+t\to+\infty. Contre-exemple à garder en tête : des bosses triangulaires de hauteur 11 et de base 1n2\frac{1}{n^2} centrées sur les entiers donnent une fonction continue, positive, d'intégrale convergente, qui vaut 11 en chaque entier. Une intégrale peut donc converger sans que l'intégrande tende vers 00 — contrairement à une série, dont le terme général, lui, doit tendre vers 00.

6. Un équivalent n'est pas une précision. L'encadrement de 4 (a) donne F(x)xlnxF(x)\sim\dfrac{x}{\ln x}, résultat exact. Et pourtant :

xx 10210^2 10610^{6} 103010^{30} 1010010^{100}
F(x)/xlnxF(x)\big/\frac{x}{\ln x} 0,92410{,}9241 0,97300{,}9730 0,99440{,}9944 0,99830{,}9983

Le rapport ne tend vers 11 qu'en 1lnx\frac{1}{\ln x}, c'est-à-dire à une lenteur désespérante. Ne confonds jamais « tend vers 11 » et « est proche de 11 ».

Pour la culture, et parce que cette intégrale n'est pas un exercice artificiel. La fonction x0xdtlntx\mapsto\int_0^x\frac{\mathrm{d}t}{\ln t} (en valeur principale) s'appelle le logarithme intégral li\mathrm{li}, et F(x)=li(2x)li(x)F(x)=\mathrm{li}(2x)-\mathrm{li}(x). Le théorème des nombres premiers (ADMIS — il n'est ni démontré ni utilisé ici) affirme que le nombre de nombres premiers inférieurs à xx est équivalent à li(x)\mathrm{li}(x) : F(x)F(x) est donc, à peu de chose près, une estimation du nombre de nombres premiers entre xx et 2x2x. Que F(x)+F(x)\to+\infty est le versant analytique d'un énoncé célèbre, le postulat de Bertrand (ADMIS lui aussi, et démontré par Tchebychev) : entre xx et 2x2x, il y a toujours un nombre premier. ⚠️ « Versant analytique » n'est pas « démonstration » : une estimation asymptotique ne garantit l'existence d'aucun entier.

⚠️ Et les deux réflexes de rédaction que cette partie met le plus à l'épreuve : justifier l'existence de l'intégrale avant de la manipuler (question 1, une fois, au début), et nommer l'intervalle chaque fois qu'on invoque un théorème d'analyse — c'est la seule chose qui distingue une rédaction juste d'une rédaction qui a l'air juste.

Réponse. 1. F(x)F(x) a un sens si et seulement si x>0x>0 et 1[x,2x]1\notin[x,2x], c'est-à-dire exactement sur D=]0,12[]1,+[D=]0,\tfrac12[\cup]1,+\infty[. 2. ff est continue sur l'intervalle ]0,1[]0,1[, donc y admet des primitives ; si GG en est une, F(x)=G(2x)G(x)F(x)=G(2x)-G(x) sur ]0,12[]0,\tfrac12[ et F(x)=ln(x)ln(2)ln(x)ln(2x)F'(x)=\dfrac{\ln(x)-\ln(2)}{\ln(x)\ln(2x)}. La même formule vaut sur ]1,+[]1,+\infty[, mais avec une AUTRE primitive. 3. FF est strictement décroissante sur ]0,12[]0,\tfrac12[ ; strictement décroissante sur ]1,2]]1,2] puis strictement croissante sur [2,+[[2,+\infty[, avec un minimum F(2)=24dtlnt1,9224F(2)=\displaystyle\int_2^4\frac{\mathrm{d}t}{\ln t}\approx1{,}9224. 4. xln(2x)F(x)xln(x)\dfrac{x}{\ln(2x)}\leqslant F(x)\leqslant\dfrac{x}{\ln(x)} sur ]1,+[]1,+\infty[ ; F(x)+F(x)\to+\infty et F(x)x0\dfrac{F(x)}{x}\to0 quand x+x\to+\infty. 5. x2xdttln(t)=ln ⁣(ln(2x)ln(x))\int_x^{2x}\frac{\mathrm{d}t}{t\ln(t)}=\ln\!\left(\frac{\ln(2x)}{\ln(x)}\right) pour tout xDx\in D ; F(x)+F(x)\to+\infty quand x1+x\to1^+ ; F(x)F(x)\to-\infty quand x(12)x\to\left(\tfrac12\right)^-. 6. Le même encadrement xln(2x)F(x)xln(x)\dfrac{x}{\ln(2x)}\leqslant F(x)\leqslant\dfrac{x}{\ln(x)} vaut sur ]0,12[]0,\tfrac12[ ; ses deux bornes tendent vers 00 en 0+0^+, donc FF se prolonge par continuité en 00 en posant F~(0)=0\widetilde F(0)=0. 7. Deux branches disjointes. Sur ]0,12[]0,\tfrac12[ : F<0F<0, strictement décroissante de 00 à -\infty, tangente horizontale à l'origine, asymptote verticale d'équation x=12x=\tfrac12. Sur ]1,+[]1,+\infty[ : F>0F>0, asymptote verticale d'équation x=1x=1, minimum 1,9224\approx1{,}9224 atteint en x=2x=2, puis branche parabolique de direction (Ox)(Ox). 8. limx+x+φ(t)dt=0\displaystyle\lim_{x\to+\infty}\int_x^{+\infty}\varphi(t)\,\mathrm{d}t=0 ; limx+u(x)v(x)φ(t)dt=0\displaystyle\lim_{x\to+\infty}\int_{u(x)}^{v(x)}\varphi(t)\,\mathrm{d}t=0 ; et 2+dtlnt\displaystyle\int_2^{+\infty}\frac{\mathrm{d}t}{\ln t} DIVERGE, sans quoi F(x)F(x) tendrait à la fois vers 00 et vers ++\infty. (Recoupements : F(2)1,9224F(2)\approx1{,}9224 tombe bien dans l'encadrement de 4 (a), qui vaut [1ln2,2ln2]\left[\tfrac{1}{\ln2},\tfrac{2}{\ln2}\right], soit environ [1,4427;2,8854][1{,}4427\,;\,2{,}8854] ; l'intégrale de 5 (a) vaut ln2\ln2 en x=2x=2 et ln2-\ln2 en x=14x=\tfrac14 ✓)
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