Pour chacun des items suivants, préciser si l'assertion finale est vraie ou fausse et justifier la réponse donnée. Toute réponse non argumentée ne sera pas prise en compte.
Polynômes. On désigne par R[X] l'ensemble des polynômes d'une variable X à coefficients réels.
1. Tout polynôme P dans R[X] sans racine réelle est irréductible.
2. Le polynôme P=X3+2X2+X est le polynôme caractéristique d'une matrice carrée inversible à coefficients réels.
Équations différentielles.
3. Soit a un réel strictement positif. Soit f une solution sur R de l'équation différentielle y′′+2ay′+a2y=0. Alors t→+∞limf(t)=0.
4. Soit b une fonction continue sur R. L'équation différentielle
∀x∈R,xy′(x)+b(x)y(x)=0
admet toujours comme ensemble de solutions réelles une droite vectorielle.
Raisonnement/définitions
5. On désigne par F un ensemble de fonctions définies sur R. On donne deux assertions P et Q :
(P):∀f∈F,∃x∈R,f(x)=0(Q):∃x∈R,∀f∈F,f(x)=0
Ces deux assertions sont équivalentes.
6. Soient a,b,c∈N : au moins deux d'entre eux sont congrus modulo 2.
Indices (6)
Item 1. Commencer par écrire la définition d'un polynôme irréductible de R[X] : elle parle de factorisation, pas de racines. Puis chercher les degrés où l'assertion ne peut pas être prise en défaut — un contre-exemple devra tous les éviter, et il en reste moins qu'on ne croit.
Item 2. Factoriser P. Que vaut P(0), et quel lien y a-t-il entre P(0), les valeurs propres et det de la matrice ? Attention : l'assertion affirme une existence, donc la réfuter demande de traiter toutes les matrices possibles.
Item 3. Écrire l'équation caractéristique r2+2ar+a2=0 et calculer son discriminant avant de choisir la forme des solutions. Le facteur qui apparaît alors est celui dont il faut justifier la limite.
Item 4. Le coefficient devant y′ s'annule en 0 : l'équation n'est pas résolue sur R. Prendre b constante, résoudre séparément sur ]−∞,0[ et sur ]0,+∞[, puis se demander ce que le recollement en 0 autorise.
Item 5. Une des deux implications est toujours vraie : chercher laquelle, et la démontrer. Pour l'autre, un F réduit à une seule fonction ne peut rien réfuter — il en faut au moins deux.
Item 6. Combien y a-t-il de classes de congruence modulo 2, et combien d'entiers l'énoncé donne-t-il ? Nommer le principe qui compare ces deux nombres, et vérifier ses hypothèses.
Correction détaillée
Ce qu'il faut voir
Six items, quatre chapitres du tronc commun de licence — c'est un balayage, pas un problème : chaque item se traite en quelques lignes, indépendamment des autres.
La consigne décide de la rédaction, et il faut la prendre au mot : « Toute réponse non argumentée ne sera pas prise en compte. » Un verdict nu ne répond pas à la question posée, même juste. Le jury attend une justification complète, donc rédigée avec ses hypothèses.
Le fil rouge de cette partie n'est pas un thème, c'est une FORME LOGIQUE. Avant de chercher la réponse, il faut lire l'assertion et repérer ce qu'elle quantifie — c'est cela qui décide du régime de preuve, et rien d'autre :
assertion universelle (« tout polynôme… », « admet toujours… », « ces deux assertions sont équivalentes », c'est-à-dire pour toutF) : la nier revient à exhiber UN objet, écrit noir sur blanc, et à vérifier sur lui que l'assertion échoue. C'est le régime des items 1, 4 et 5 ;
assertion existentielle (« Pest le polynôme caractéristique d'une matrice inversible », c'est-à-dire il existe une telle matrice) : la nier demande de montrer qu'AUCUN objet ne convient — donc une démonstration générale. Un exemple de matrice non inversible ne réfute rien du tout. C'est le régime de l'item 2, et c'est le piège le mieux caché du sujet ;
assertion universelle vraie (items 3 et 6) : elle se démontre dans le cas général, hypothèses nommées et théorème cité avec ses conditions. Trois exemples numériques ne prouvent rien.
Le comptage est déséquilibré : deux items sont vrais (3 et 6), quatre sont faux (1, 2, 4 et 5). Ce n'est pas une observation décorative : devant un Vrai/Faux, la tentation est d'« équilibrer » ses réponses. Chaque item se juge seul, sur sa démonstration — et ce comptage-ci vaut pour ce sujet, il ne se transpose à aucun autre.
Une dernière chose, qui vaut pour les six : plusieurs hypothèses ont l'air décoratives et ne le sont pas — mais pas toutes de la même façon. « a strictement positif » (item 3) et « a,b,c∈N » au nombre de trois (item 6) font basculer le verdict à elles seules : avec a⩽0 l'item 3 devient faux, avec deux entiers l'item 6 aussi. « b continue sur R » (item 4) se lit à l'envers, et c'est instructif : c'est une hypothèse généreuse, déjà satisfaite par b constante, qui suffit à réfuter l'assertion — l'affaiblir ou la renforcer ne changerait donc rien au verdict. Ce qui décide y est ailleurs : le coefficient x devant y′, qui s'annule en 0. Repérer ce qu'une hypothèse empêche, et ce qu'elle ne sauve pas, est la moitié du travail.
Item 1 — FAUX
Ce que ça teste. La définition d'un polynôme irréductible, et le fait qu'elle parle de factorisation et non de racines. Chapitre : Polynômes.
Ce qu'il faut avoir en tête avant de répondre. Un polynôme P∈R[X] est dit irréductible dans R[X] lorsque P est non nul, n'est pas inversible — c'est-à-dire n'est pas une constante non nulle — et que toute factorisation P=QR avec Q,R∈R[X] force Q ou R à être constant. « Avoir une racine » et « se factoriser » ne coïncident qu'en petit degré : si α est racine réelle de P, alors X−α divise P, donc P est réductible dès que degP⩾2 ; mais la réciproque est fausse, et c'est tout l'objet de l'item.
La rédaction attendue. L'assertion est universelle : un seul contre-exemple la réfute. Posons
P=(X2+1)2=X4+2X2+1.
P n'a aucune racine réelle : pour tout réel x, x2+1⩾1, donc P(x)=(x2+1)2⩾1>0. La fonction polynomiale associée ne s'annule donc jamais sur R.
P n'est pas irréductible : P=(X2+1)×(X2+1) est un produit de deux polynômes de degré 2, donc de deux polynômes non constants. La définition est mise en défaut.
Ainsi P est sans racine réelle et réductible : l'assertion est fausse.
Pourquoi ce contre-exemple, et pas n'importe lequel. Parce qu'en degré 2 l'assertion est vraie : si degP=2 et si P n'a pas de racine réelle, son discriminant est strictement négatif et P est irréductible dans R[X]. Un contre-exemple doit donc éviter le degré 2 — et le degré 1, où tout polynôme a une racine réelle. Le premier degré non constant disponible est 4, puisqu'un polynôme de degré impair a toujours une racine réelle (limites de signes opposés en ±∞ et théorème des valeurs intermédiaires).
Le résultat de structure qui explique tout. Dans R[X], les polynômes irréductibles sont exactement les polynômes de degré 1 et les polynômes de degré 2 de discriminant strictement négatif. Il découle du théorème de d'Alembert-Gauss : sur C le polynôme se scinde, et comme ses coefficients sont réels, ses racines non réelles se regroupent par paires conjuguées z,z, dont le produit (X−z)(X−z) est un trinôme réel. Conséquence immédiate : tout polynôme de degré supérieur ou égal à 3 est réductible dans R[X], qu'il ait ou non des racines réelles. L'assertion de l'énoncé est donc fausse pour un motif massif, pas pour un accident.
Les pièges.
Répondre « faux » sans contre-exemple. C'est exactement ce que la consigne écarte : une réponse non argumentée laisse la question sans réponse. Ici le contre-exemple tient en trois lignes.
Croire que « sans racine » et « irréductible » sont synonymes. C'est vrai en degré 2, où « sans racine réelle » équivaut à « irréductible ». En degré 1, non : tout polynôme de degré 1 est irréductible et possède une racine réelle. Et dès le degré 4, c'est l'implication de l'énoncé qui tombe, comme le montre le contre-exemple ci-dessus. Ce qu'il faut retenir est la bonne moitié : avoir une racine réelle entraîne être réductible (en degré au moins 2).
Oublier que l'irréductibilité dépend de l'ANNEAU.X2+1 est irréductible dans R[X] et réductible dans C[X], où il vaut (X−i)(X+i). Écrire « irréductible » sans dire « dans R[X] » ne désigne rien.
Le cas dégénéré des constantes. Le polynôme constant P=1 n'a aucune racine réelle et n'est pas irréductible, puisqu'il est inversible : c'est un contre-exemple valide, mais il repose sur une convention de définition. Le contre-exemple de degré 4 ne prête, lui, à aucune discussion.
Croire que la réciproque serait vraie. Elle est fausse aussi : X−3 est irréductible et possède la racine réelle 3. Les deux notions ne s'impliquent dans aucun sens.
Recoupement. Deuxième vérification, indépendante du raisonnement : un balayage machine des 625 polynômes unitaires X4+aX3+bX2+cX+d à coefficients entiers dans {−2,…,2} en trouve 139 sans racine réelle, et les 139 se factorisent en deux trinômes réels de discriminant strictement négatif — donc tous réductibles, comme l'annonce le résultat de structure. Sur le contre-exemple retenu, les valeurs confirment la positivité stricte : P(0)=1, P(1)=4, P(−2)=25, et le minimum de P sur R vaut 1. Une variante tout aussi valable, si l'on préfère deux facteurs distincts : (X2+1)(X2+2)=X4+3X2+2.
Item 2 — FAUX
Ce que ça teste. Le lien entre le polynôme caractéristique d'une matrice, ses valeurs propres et son inversibilité — et, avant tout, la forme logique de l'assertion. Chapitres : Valeurs propres et Matrices.
La forme logique décide de la preuve, et c'est le piège de l'item. « P est le polynôme caractéristique d'une matrice carrée inversible » signifie : il existe une matrice carrée réelle A, inversible, telle que χA=P. Nier une existence, c'est démontrer une propriété universelle : toute matrice réelle de polynôme caractéristique P est non inversible. Exhiber une matrice non inversible de polynôme caractéristique P ne réfute donc rien — cela ne dit rien des autres matrices.
La rédaction attendue. Factorisons d'abord :
P=X3+2X2+X=X(X2+2X+1)=X(X+1)2,
donc P(0)=0 : le réel 0 est racine de P.
Le polynôme caractéristique d'une matrice de Mn(R) est de degré n, et degP=3 : une matrice de polynôme caractéristique P est donc nécessairement de taille 3. Soit A∈M3(R) telle que χA=P, avec la convention χA=det(XI3−A) — celle qui rend χA unitaire, comme l'est P. En évaluant en 0 :
χA(0)=det(−A)=(−1)3det(A)=−det(A).
Or χA(0)=P(0)=0, donc det(A)=0 : la matrice An'est pas inversible. Comme A était quelconque parmi les matrices de polynôme caractéristique P, aucune matrice inversible n'a P pour polynôme caractéristique : l'assertion est fausse.
La lecture par les valeurs propres, qui dit la même chose sans calcul de déterminant. Les racines de χA sont exactement les valeurs propres de A. Comme P(0)=0, le réel 0 est valeur propre de A, donc il existe un vecteur v=0 avec Av=0 : le noyau de A n'est pas réduit au vecteur nul, et A n'est pas inversible. Les deux rédactions sont acceptables ; la seconde est la plus courte.
Ce que l'item n'affirme PAS, et qu'il ne faut pas réfuter à sa place.Pest bien un polynôme caractéristique : la matrice
D=0000−1001−1
est triangulaire supérieure de diagonale (0,−1,−1), donc χD=X(X+1)2=P, et det(D)=0. Ce qui échoue dans l'assertion n'est pas « polynôme caractéristique », c'est « inversible ». Confondre les deux conduit à une réponse juste pour une raison fausse.
Les pièges.
Réfuter par un exemple. C'est le piège central : l'assertion est existentielle, un exemple ne la contredit pas. Il faut un argument valable pour toutes les matrices.
Se tromper de convention et croire que cela change le verdict. Avec l'autre convention, χA=det(A−XI3), on a χA(0)=det(A) : le signe change, la conclusion non, puisque P(0)=0 et que 0=−0. Mieux : avec cette convention, χA serait de coefficient dominant (−1)3=−1, donc ne pourrait pas être égal au polynôme unitaire P. Dans les deux lectures, l'assertion tombe.
Oublier le facteur (−1)n. En taille n, χA(0)=(−1)ndet(A) avec la convention unitaire. Ici n=3 et la valeur est nulle, donc le signe n'intervient pas — mais l'écrire faux dans un autre exercice change le résultat.
Croire que la multiplicité de la racine −1 joue un rôle. Elle ne joue aucun rôle : seule la racine 0 décide de l'inversibilité. La factorisation X(X+1)2 sert uniquement à rendre P(0)=0 visible.
Ne pas dire pourquoi la matrice est de taille 3. Le degré du polynôme caractéristique d'une matrice de Mn(R) vaut n : ici degP=3 impose n=3. C'est une ligne, et elle rend la rédaction complète.
Recoupement. Troisième voie, par la matrice compagnon de P :
C=0100010−1−2,
qui vérifie χC=P ; son déterminant vaut 0, son rang vaut 2 et son noyau est la droite engendrée par le vecteur de coordonnées (1,2,1) — trois façons de constater la même non-inversibilité. Et le contraste qui montre où se joue le verdict : pour Q=X3+2X2+X+1, on a Q(0)=1, donc toute matrice de polynôme caractéristique Q a pour déterminant −1, et elle est inversible. Le terme constant, à lui seul, décide.
Item 3 — VRAI
Ce que ça teste. La résolution d'une équation différentielle linéaire homogène du second ordre à coefficients constants, dans le cas de la racine double, puis une limite par croissances comparées. Chapitres : Équations différentielles et Réels et suites.
La rédaction attendue. Soit a>0 et soit f une solution sur R de
y′′+2ay′+a2y=0.
L'équation est linéaire, homogène, du second ordre, à coefficients constants : son équation caractéristique est r2+2ar+a2=0, de discriminant
Δ=(2a)2−4a2=0.
Elle admet donc la racine doubler0=−a, ce que la factorisation r2+2ar+a2=(r+a)2 rend immédiat. Le théorème de résolution dit alors que l'ensemble des solutions réelles sur R est exactement
{t↦(λ+μt)e−at;(λ,μ)∈R2}.
Il existe donc (λ,μ)∈R2 tel que f(t)=(λ+μt)e−at pour tout réel t. Séparons les deux termes :
λe−at⟶0 quand t→+∞, car a>0 ;
μte−at⟶0 également : en posant u=at, on a te−at=a1ue−u, et ue−u→0 quand u→+∞ par croissances comparées — l'exponentielle l'emporte sur toute puissance.
Par somme de limites, f(t)→0 quand t→+∞ : l'assertion est vraie, et elle l'est pour toute solution, quels que soient λ et μ.
Les pièges.
Ne pas calculer le discriminant et écrire deux racines distinctes. La forme λer1t+μer2t suppose Δ>0. Ici Δ=0 exactement, et c'est ce qui fait apparaître le facteur t. Une rédaction qui ne mentionne pas Δ n'a pas justifié la forme des solutions.
Oublier le facteur t et conclure quand même. La conclusion serait juste, la démonstration non : elle ne traiterait que les solutions avec μ=0, c'est-à-dire une droite dans un plan de solutions. C'est la moitié de la question qui manque.
Croire au contraire que le facteur t empêche la limite nulle. Il la ralentit, il ne l'empêche pas : te−at tend vers 0 pour tout a>0. Il faut le dire, pas le supposer.
Ne pas voir que a>0 est l'hypothèse décisive. Si a<0, alors e−at→+∞ et la solution t↦e−at diverge. Si a=0, l'équation devient y′′=0, dont les solutions t↦λ+μt ne tendent vers 0 que dans le cas nul. L'hypothèse porte donc tout le résultat.
Confondre « tend vers 0 » et « décroît ». Une solution peut monter très haut avant de redescendre — voir le recoupement ci-dessous.
Recoupement. Prenons a=1001, λ=1 et μ=1000, donc f(t)=(1+1000t)e−t/100. Sa dérivée f′(t)=e−at(μ−aλ−aμt) s'annule en
t⋆=a1−μλ=99,999,
et la valeur maximale vaut
f(t⋆)=aμeaλ/μ−1=100000e−0,99999≈36788,3.
La solution monte donc jusqu'à près de 36800, vaut encore environ 45,4 en t=1000, et ne descend au-dessous de 10−400 que vers t=105. La limite est bien nulle, la convergence peut être aussi lente qu'on veut : c'est exactement pour cela qu'un dessin ou un tableau de valeurs ne remplace pas la croissance comparée.
Item 4 — FAUX
Ce que ça teste. Une équation différentielle linéaire du premier ordre non résolue — le coefficient devant y′ s'annule — et la structure de l'ensemble de ses solutions globales, c'est-à-dire définies sur R tout entier. Chapitres : Équations différentielles et, pour le recollement, Fonctions d'une variable réelle.
Ce que dit le cours, et où il cesse de s'appliquer. Pour une équation résoluey′+α(x)y=0 avec α continue sur un intervalleI, l'ensemble des solutions sur I est bien une droite vectorielle : y=Ce−A(x), où A est une primitive de α. Ici l'équation s'écrit y′=−xb(x)y seulement là où x=0 : le point 0 est un point singulier, et R privé de 0 n'est pas un intervalle. Le théorème ne s'applique donc pas sur R, et c'est le recollement en 0 qui décide.
La rédaction attendue. L'assertion est universelle — « toujours », c'est-à-dire pour toute fonction b continue. Un seul contre-exemple la réfute. Prenons b constante égale à 1, qui est bien continue sur R. L'équation devient
∀x∈R,xy′(x)+y(x)=0.
Soit y une solution : par définition, y est dérivable sur R et vérifie cette égalité en tout point. Or, pour une telle fonction, la dérivée du produit donne (xy)′(x)=y(x)+xy′(x) : l'équation dit donc exactement que la fonction x↦xy(x) a une dérivée nulle sur R. Comme R est un intervalle, cette fonction est constante : il existe K∈R tel que xy(x)=K pour tout réel x. En prenant x=0, on obtient K=0. Donc xy(x)=0 pour tout x, d'où y(x)=0 dès que x=0 ; et y, dérivable donc continue en 0, vérifie y(0)=limx→0y(x)=0.
L'ensemble des solutions réelles sur R est donc {0}, l'espace nul, de dimension 0. Ce n'est pas une droite vectorielle, qui est par définition de dimension 1 : l'assertion est fausse.
Un second contre-exemple, qui ferme toute discussion. Si l'on préfère éviter le débat sur l'espace nul, prenons b constante égale à −2, soit xy′(x)−2y(x)=0. Posons
u(x)={x20si x⩾0si x<0etv(x)={0x2si x⩾0si x<0.
Ces deux fonctions sont dérivables sur R : sur chaque demi-droite ouverte c'est clair, et en 0 le taux d'accroissement u(h)/h vaut h ou 0 selon le signe de h, donc tend vers 0 des deux côtés, d'où u′(0)=0 — de même pour v. Elles vérifient l'équation en tout point : pour x>0, xu′(x)−2u(x)=2x2−2x2=0 ; pour x⩽0, les deux termes sont nuls. Elles sont libres, car u est nulle sur R− sans être nulle, et v est nulle sur R+ sans être nulle.
Réciproquement, toute solution est de cette forme : sur ]0,+∞[, la fonction z=y/x2 est dérivable de dérivée z′=x3xy′−2y=0, donc y=C+x2 y est vraie pour un réel C+ ; de même y=C−x2 sur ]−∞,0[ ; et y(0)=0 par continuité. L'ensemble des solutions est donc le planVect(u,v), de dimension 2.
Et le cas où l'assertion est vraie, qui montre que le mot « toujours » est bien le mot fautif. Pour b constante égale à −1, l'équation xy′(x)−y(x)=0 donne y=C+x sur ]0,+∞[ et y=C−x sur ]−∞,0[ ; la dérivabilité en 0 impose alors l'égalité des deux taux d'accroissement, c'est-à-dire C+=C−, et l'ensemble des solutions est la droite engendrée par x↦x. Selon b, on obtient donc la dimension 0, la dimension 1 ou la dimension 2 : l'énoncé serait vrai s'il disait « parfois », il est faux parce qu'il dit « toujours ».
Les pièges.
Appliquer le cours sans vérifier ses hypothèses. « Les solutions d'une équation linéaire homogène d'ordre 1 forment une droite vectorielle » est vrai pour une équation résolue sur un intervalle. Les deux conditions manquent ici, et le sigle ne remplace pas la vérification.
Résoudre sur chaque demi-droite et s'arrêter là. C'est la moitié du travail : ce qui décide est le recollement en 0, et lui seul.
Oublier que y doit être dérivable EN 0. L'énoncé quantifie sur tout x∈R, donc y′(0) doit exister. Une fonction définie par deux morceaux de C+x2 et C−x2 passe ce test ; deux morceaux de C+x et C−x avec C+=C− ne le passent pas.
Oublier l'équation EN 0. Elle s'écrit b(0)y(0)=0 : si b(0)=0, elle impose déjà y(0)=0 — dans le premier contre-exemple, où b≡1, c'est un raccourci : elle donne en une ligne ce que le raisonnement par (xy)′=0 n'obtient qu'à la fin, par continuité.
Croire qu'un seul contre-exemple ne suffit pas. Pour nier « toujours », un suffit — à condition qu'il soit complet : la fonction b est nommée, l'ensemble des solutions est déterminé, et sa dimension est comparée à 1.
Recoupement. Vérification machine en arithmétique exacte, sans aucun flottant : pour b≡−2 et quatre couples (C+,C−), dont (23,37), le résidu xy′(x)−2y(x) vaut exactement 0 en 81 points rationnels répartis sur [−740,740], le point 0 compris. Et une seconde lecture du premier contre-exemple : sur ]0,+∞[ les solutions de xy′+y=0 sont les x↦C/x, dont la limite en 0+ est infinie dès que C=0 — aucune ne se prolonge par continuité en 0, ce qui redonne C=0 par un autre chemin.
Item 5 — FAUX
Ce que ça teste. L'ordre des quantificateurs, et le fait qu'échanger un ∀ et un ∃ change le sens d'un énoncé. Chapitre : Raisonnement.
Traduire avant de calculer. Les deux assertions se lisent en français, et la traduction fait déjà la moitié du travail :
(P) : chaque fonction de F s'annule quelque part — le point d'annulation pouvant dépendre de la fonction ;
(Q) : les fonctions de F ont un zéro commun — un même point annule toutes les fonctions à la fois.
Dit ainsi, il est clair que la seconde est plus forte. Reste à le démontrer, et à réfuter l'autre sens.
La rédaction attendue, premier temps : (Q) entraîne (P). Supposons (Q) : il existe x0∈R tel que, pour toute f∈F, f(x0)=0. Soit f∈F quelconque. Le réel x0 convient, donc ∃x∈R,f(x)=0. Ceci valant pour toute f de F, l'assertion (P) est vraie. Cette implication est valable pour tout ensemble F ; c'est la règle générale : échanger ∃x∀f en ∀f∃x est licite quel que soit F, et jamais l'inverse — « jamais » au sens où l'échange en sens contraire n'est pas une règle : il peut tomber juste sur tel ou tel F, comme on le verra dans les pièges, mais sur aucun ce n'est l'échange qui le donne, et le tenir pour valable quel que soit F reviendrait à supposer ce qu'on veut démontrer.
Second temps : la réciproque est fausse. Il suffit d'exhiber un F pour lequel (P) est vraie et (Q) fausse. Posons
F={f1,f2}avecf1:x↦x et f2:x↦x−1,
deux fonctions bien définies sur R.
(P) est vraie : f1(0)=0 et f2(1)=0, donc chacune des deux fonctions s'annule en au moins un point.
(Q) est fausse : si un réel x vérifiait f1(x)=0etf2(x)=0, on aurait x=0 et x=1, ce qui est absurde. Plus directement, f1(x)−f2(x)=1 pour tout x, donc f1 et f2 ne peuvent pas s'annuler au même point.
Pour cet F, (P) est vraie et (Q) est fausse : les deux assertions ne sont pas équivalentes, l'assertion est fausse.
Les pièges.
Réfuter avec un F réduit à une seule fonction. Si F={f}, les deux assertions s'écrivent toutes deux « ∃x∈R,f(x)=0 » : elles sont équivalentes, et un tel F ne peut rien réfuter. Le contre-exemple a besoin d'au moins deux fonctions, et c'est un point que la rédaction gagne à dire.
Donner un F où les deux assertions sont fausses. Cela ne réfute pas l'équivalence : deux assertions fausses sont équivalentes. Il faut un F où exactement une des deux est vraie.
Se contenter du verdict. « L'ordre des quantificateurs compte » est une remarque, pas une démonstration. Ce qui est attendu : l'implication qui tient, démontrée ; et celle qui tombe, réfutée par un objet explicite.
Oublier de préciser quelle implication survit. Répondre « faux » sans dire que (Q) entraîne (P) laisse croire que les deux sens échouent, ce qui est inexact.
Le cas de l'ensemble vide. Si F=∅, les deux assertions sont vraies : (P) est vraie par vacuité, et (Q) aussi, car il suffit de prendre n'importe quel réel x — l'ensemble R n'est pas vide. Ce n'est donc pas de ce côté-là qu'on trouvera un contre-exemple.
Recoupement. Lecture ensembliste, qui donne le mécanisme d'un coup : en notant Zf=f−1({0}) l'ensemble des zéros de f, l'assertion (P) dit que chaqueZf est non vide, et (Q) que leur intersection est non vide. Une famille d'ensembles tous non vides peut parfaitement être d'intersection vide — ici Zf1={0} et Zf2={1} sont disjoints. Vérification machine : sur une grille de 401 rationnels de pas 101 dans [−20,20], la quantité ∣f1(x)∣+∣f2(x)∣ atteint son minimum 1 et ne descend jamais plus bas — un balayage fini ne peut rien interdire, c'est l'identité f1−f2=1 ci-dessus qui exclut l'annulation simultanée, et ce relevé ne fait que la corroborer. Et un cas où (Q) est bien vraie, pour montrer que l'implication démontrée n'est pas creuse : F={x↦x,x↦2x} admet 0 pour zéro commun.
Item 6 — VRAI
Ce que ça teste. Le principe des tiroirs et la lecture de « congrus modulo 2 » comme « de même parité ». Chapitres : Raisonnement et Arithmétique.
Traduire l'énoncé. Deux entiers sont congrus modulo 2 lorsque leur différence est paire, c'est-à-dire lorsqu'ils ont la même parité. Il y a exactement deux classes de congruence modulo 2 : celle des entiers pairs et celle des entiers impairs. L'assertion affirme donc que, parmi trois entiers naturels, deux au moins tombent dans la même classe.
La rédaction attendue. Notons x1=a, x2=b, x3=c et considérons l'application
φ:{1,2,3}⟶Z/2Z,i⟼xi,
qui à un indice associe la classe de congruence modulo 2 de l'entier correspondant. L'ensemble de départ a 3 éléments, l'ensemble d'arrivée en a 2. Le principe des tiroirs — si E et F sont finis avec card(E)>card(F), alors aucune application de E dans F n'est injective — s'applique : φ n'est pas injective, donc il existe deux indices distincts i=j tels que φ(i)=φ(j), c'est-à-dire xi≡xj(mod2). Deux au moins des trois entiers a, b, c sont donc congrus modulo 2 : l'assertion est vraie.
La variante sans tiroirs, tout aussi recevable. Notons p le nombre d'entiers pairs parmi a,b,c et q le nombre d'impairs, en comptant les trois places et non les valeurs distinctes — si deux des trois entiers sont égaux, cet entier compte deux fois, et trois fois s'ils le sont tous les trois. Alors p+q=3, donc max(p,q)⩾2 : ou bien deux au moins sont pairs, ou bien deux au moins sont impairs. Dans les deux cas, deux d'entre eux ont même parité, donc sont congrus modulo 2. Cette rédaction a l'avantage de ne rien citer ; elle est parfois plus rapide à écrire qu'à justifier.
Les pièges.
Traiter des exemples.(1,3,4), (2,2,7), (0,5,9) : trois cas vérifiés ne démontrent rien d'une assertion universelle. Ici il faut un argument valable pour tous les triplets.
Supposer a, b, c distincts. L'énoncé ne le dit pas. Si deux d'entre eux sont égaux, la conclusion est immédiate — et le raisonnement ci-dessus n'a pas besoin de distinguer les cas, puisqu'il porte sur les indices et non sur les valeurs. Écrire « considérons l'ensemble {a,b,c} » serait en revanche imprudent : cet ensemble peut avoir moins de trois éléments.
Confondre « congrus modulo 2 » et « égaux ».4 et 10 sont congrus modulo 2 sans être égaux ; c'est la parité qui compte, pas la valeur.
Citer les tiroirs sans énoncer le principe ni vérifier ses hypothèses. Le principe compare deux cardinaux finis ; il faut dire lesquels, et dans quel sens. Un énoncé invoqué sans ses hypothèses n'est pas une justification.
Recoupement. Vérification exhaustive par machine : sur les 29791 triplets (a,b,c) de {0,1,…,30}3, tous vérifient l'assertion — ce qui ne la démontre pas, mais aurait suffi à la réfuter si elle avait été fausse. Le vrai recoupement est ailleurs : il consiste à déplacer les bornes pour voir où l'inégalité 3>2 est utilisée.
énoncé
verdict
pourquoi
3 entiers, modulo 2
vrai
3>2, les tiroirs s'appliquent
2 entiers, modulo 2
faux
(0,1) : 2>2 est faux, l'argument tombe
3 entiers, modulo 3
faux
(0,1,2) : 384 contre-exemples parmi les 1728 triplets de {0,…,11}3
4 entiers, modulo 3
vrai
4>3, les tiroirs s'appliquent de nouveau
C'est ce tableau qui montre que l'assertion n'est pas vraie par miracle : elle est vraie parce que le nombre d'entiers dépasse strictement le nombre de classes, et elle cesse de l'être dès que ce n'est plus le cas.
À retenir
Les six réflexes de la partie, dans l'ordre des items.
Sans racine réelle n'est pas irréductible. Dans R[X], les irréductibles sont exactement les degrés 1 et les degrés 2 de discriminant strictement négatif : dès le degré 3, tout polynôme est réductible. Le contre-exemple de référence est (X2+1)2.
Le terme constant du polynôme caractéristique décide de l'inversibilité.χA(0)=(−1)ndet(A), donc χA(0)=0 équivaut à « 0 est valeur propre », c'est-à-dire à « A n'est pas inversible ». Le signe change avec la convention, la nullité non.
Un discriminant nul fait apparaître un facteur t. Pour y′′+2ay′+a2y=0, la racine −a est double et les solutions sont (λ+μt)e−at ; avec a>0 elles tendent toutes vers 0, par croissances comparées — mais elles peuvent monter très haut avant de redescendre.
Une équation non résolue se traite par recollement, et le recollement peut tout changer. Pour xy′+b(x)y=0 sur R, l'ensemble des solutions globales peut être de dimension 0, 1 ou 2 selon b. Le théorème du cours porte sur une équation résolue sur un intervalle : ses deux hypothèses manquent ici.
∃x∀f entraîne ∀f∃x, jamais l'inverse. Le contre-exemple minimal demande deux fonctions — avec une seule, les deux assertions coïncident. En version ensembliste : des ensembles tous non vides peuvent être d'intersection vide.
Trois entiers, deux parités : les tiroirs concluent. Le principe se cite avec ses hypothèses (deux ensembles finis, le premier de cardinal strictement plus grand), et il cesse de s'appliquer dès que l'inégalité stricte tombe.
Et trois réflexes de méthode, valables pour tout Vrai/Faux de concours.
Lire la forme logique avant de chercher la réponse. Une assertion universelle (« tout », « toujours ») se réfute par un objet ; une assertion existentielle se réfute par une démonstration portant sur tous les objets. L'item 2 est précisément celui où un contre-exemple ne prouve rien, et c'est le piège le mieux caché de cette partie.
Ne pas chercher à équilibrer. Deux items vrais, quatre faux : chaque item se juge seul. Inventer une objection à un item vrai laisse une question sans réponse, tout autant qu'un item faux validé.
Quand l'assertion est fausse, aller jusqu'au bout du contre-exemple. Le nommer ne suffit pas : il faut vérifier sur lui l'hypothèse, puis montrer que la conclusion échoue. Pour l'item 4, cela veut dire déterminer entièrement l'ensemble des solutions et comparer sa dimension à 1 — pas seulement remarquer que quelque chose cloche en 0.
Réponse.Item 1 — FAUX. Contre-exemple : P=(X2+1)2 vérifie P(x)⩾1>0 pour tout réel x, donc n'a pas de racine réelle, et s'écrit (X2+1)×(X2+1), produit de deux polynômes non constants. Dans R[X], les irréductibles sont les degrés 1 et les degrés 2 de discriminant strictement négatif.
Item 2 — FAUX.P=X(X+1)2 donc P(0)=0. Si χA=P alors χA(0)=−det(A)=0, donc toute matrice de polynôme caractéristique P est non inversible. Attention : Pest un polynôme caractéristique, par exemple celui de la matrice triangulaire de diagonale (0,−1,−1).
Item 3 — VRAI. L'équation caractéristique (r+a)2=0 a la racine double −a, donc f(t)=(λ+μt)e−at, et a>0 donne f(t)→0 par croissances comparées.
Item 4 — FAUX. Pour b≡1, l'équation s'écrit (xy)′=0 sur R, d'où xy(x)=0 et y=0 : l'ensemble des solutions est {0}, de dimension 0. Pour b≡−2 il est de dimension 2, engendré par max(x,0)2 et min(x,0)2 ; pour b≡−1 il est bien une droite.
Item 5 — FAUX.(Q) entraîne (P), jamais l'inverse : avec F={x↦x,x↦x−1}, chaque fonction s'annule mais aucun réel ne les annule toutes deux, puisque leur différence vaut 1.
Item 6 — VRAI. Trois entiers, deux classes de congruence modulo 2 : par le principe des tiroirs, deux d'entre eux ont même parité.
Bilan : deux items vrais (3 et 6), quatre items faux (1, 2, 4 et 5).
1. Démontrer que F est bien définie sur ]0,1/2[∪]1,+∞[.
Dans la suite, on note D=]0,1/2[∪]1,+∞[.
2. (a) Justifier que la fonction f admet des primitives sur ]0,1[.
2. (b) Démontrer alors que F est dérivable sur ]0,1/2[ avec :
∀x∈]0,1/2[,F′(x)=ln(x)ln(2x)ln(x)−ln(2).
2. (c) Proposer, en justifiant soigneusement, un résultat analogue sur ]1,+∞[.
3. Dresser le tableau de variations de F sur D, à ce stade sans chercher les limites.
4. (a) Démontrer :
∀x∈]1,∞[,ln(2x)x⩽F(x)⩽ln(x)x
4. (b) Déterminer la limite de F(x) lorsque x tend vers +∞.
4. (c) Préciser aussi la limite de xF(x) lorsque x tend vers +∞.
5. (a) Calculer ∫x2xtln(t)1dt, pour tout x dans D.
5. (b) En déduire que la limite de F(x) lorsque x tend vers 1 vaut +∞.
5. (c) Démontrer que x→21limF(x)=−∞
6. (a) Démontrer :
∀x∈]0,1/2[,ln(2x)x⩽F(x)⩽ln(x)x
6. (b) Démontrer que F est prolongeable par continuité en 0.
7. Donner l'allure de la courbe représentative de F sur D.
8. On considère maintenant une fonction φ continue sur [2,+∞[ et on suppose que ∫2+∞φ(t)dt est une intégrale convergente.
8. (a) Déterminer x→+∞lim∫x+∞φ(t)dt.
8. (b) Démontrer que si u et v sont deux fonctions définies sur R, à valeurs dans [2,+∞[ et telles que
x→+∞limu(x)=x→+∞limv(x)=+∞,
alors x→+∞lim∫u(x)v(x)φ(t)dt=0.
8. (c) Établir alors, en utilisant les questions précédentes, que la fonction f(t)=lnt1 est d'intégrale divergente sur [2,+∞[.
Indices (17)
Q. 1. L'expression f(t) réclame deux choses de t, pas une seule. Traduire ensuite « 1 n'appartient pas au segment [x,2x] » par une inégalité sur x : la négation de x⩽1⩽2x a exactement deux branches.
Q. 2. (a). Le théorème qui donne des primitives a DEUX hypothèses : la continuité, et la nature de l'ensemble sur lequel on travaille. Vérifier les deux, et se demander pourquoi l'énoncé dit ]0,1[ et non ]0,1/2[.
Q. 2. (b). Avec G une primitive de f sur ]0,1[, écrire F(x) sans intégrale. Vérifier d'abord que [x,2x] est bien dans ]0,1[. Puis dériver : la composée x↦G(2x) fait apparaître un facteur.
Q. 2. (c). « En justifiant soigneusement » est un avertissement : la primitive de (a) ne vit pas sur ]1,+∞[. Ce qui se recopie, c'est le raisonnement, pas la fonction.
Q. 3. Le dénominateur de F′ est un produit de deux logarithmes : regarder leurs signes séparément sur chaque morceau de D. Le numérateur ln(x)−ln(2) s'annule en un point — est-il dans D ?
Q. 4. (a). Sur [x,2x], la fonction t↦lnt1 est monotone : ses valeurs extrêmes sont donc atteintes aux bornes. Ensuite, intégrer un encadrement sur un segment de longueur 2x−x.
Q. 4. (b). Des deux bornes de 4 (a), une seule force la limite. Laquelle ? L'autre tend aussi vers +∞, et ne prouve rien.
Q. 4. (c). Diviser l'encadrement de 4 (a) par x — en disant pourquoi le sens des inégalités ne change pas.
Q. 5. (a). Reconnaître la forme uu′. La valeur absolue de la primitive n'est pas décorative : sur ]0,1/2[, lnt est négatif. Chercher ensuite une écriture unique, valable sur les deux morceaux de D.
Q. 5. (b). L'encadrement de 4 (a) ne sert à rien ici : sa borne basse reste finie quand x→1+. Écrire plutôt lnt1=t×tlnt1 et comparer t à x — le facteur tlnt1 est positif sur ]1,+∞[.
Q. 5. (c). Même identité qu'en 5 (b), mais sur ]0,1[ le facteur tlnt1 est NÉGATIF : multiplier t⩾x par lui renverse l'inégalité. On obtient alors une majoration — et c'est elle qu'il faut, une minoration ne prouverait rien.
Q. 6. (a). La démonstration de 4 (a) se transporte mot pour mot, à condition d'avoir établi la monotonie de t↦lnt1 sur ]0,1[ aussi. Comparer l'ordre des deux bornes avec celui de 4 (a) : il ne change pas.
Q. 6. (b). Les deux bornes de 6 (a) ont la même limite en 0+. « Prolongeable par continuité » demande une limite FINIE, et une valeur à poser.
Q. 7. Rien à calculer de neuf : tout est dans les questions 3, 4, 5 et 6. Attention à ne pas relier les deux morceaux, et à nommer correctement le comportement en +∞ — F(x)→+∞ mais xF(x)→0.
Q. 8. (a). Relation de Chasles, puis la DÉFINITION de la convergence d'une intégrale sur [2,+∞[. Ce n'est pas une question sur la limite de φ.
Q. 8. (b). Poser Φ(y)=∫y+∞φ(t)dt et exprimer ∫u(x)v(x)φ avec Φ. La question (a) dit ce que devient Φ(y) quand y→+∞ ; reste à composer les limites.
Q. 8. (c). Raisonner par l'absurde, appliquer 8 (b) à φ=f avec des bornes qui redonnent F(x) — en vérifiant qu'elles satisfont bien les hypothèses de 8 (b) — et confronter au résultat de 4 (b).
Correction détaillée
Ce qu'il faut voir
La partie étudie une seule fonction, F(x)=∫x2xlntdt, et elle la construit pièce par pièce : domaine, dérivée, variations, encadrements, limites, allure. Chaque question sert la suivante — c'est une partie où l'on ne peut pas sauter un maillon.
Le fait structurant, à voir dès la question 1 : D n'est PAS un intervalle. C'est une réunion de deux intervalles disjoints, ]0,21[ et ]1,+∞[, séparés par la zone interdite [21,1] où ln s'annule quelque part sur [x,2x]. Presque tous les outils de l'analyse d'une variable — « f continue admet des primitives », « F′<0 donc F décroît », le théorème des valeurs intermédiaires — ont l'INTERVALLE dans leurs hypothèses. C'est pourquoi le sujet double systématiquement ses questions : 2 (a) puis 2 (c), 4 (a) puis 6 (a). Ce n'est pas de la redondance, c'est la conséquence directe de la forme de D.
Trois idées, et tout en découle :
idée
où elle sert
ce qu'elle donne
F(x)=G(2x)−G(x) avec G primitive de f
2 (a), (b), (c)
l'existence, la dérivabilité et F′, d'un coup
sur [x,2x], t↦lnt1 est monotone
4 (a), 6 (a)
l'encadrement ln(2x)x⩽F(x)⩽ln(x)x, donc trois limites
lnt1=t×tlnt1
5 (a), (b), (c)
une intégrale calculable, au prix d'une inégalité
La troisième est le cœur de la partie, et son point dur. L'intégrale ∫x2xtlntdt se calcule exactement (c'est une forme uu′) ; F, elle, ne se calcule pas. Passer de l'une à l'autre coûte une inégalité, et le signe de tlnt1 en décide le sens : positif sur ]1,+∞[, il donne une minoration (question 5 (b)) ; négatif sur ]0,1[, il donne une majoration (question 5 (c)). Recopier 5 (b) en 5 (c) ne marche pas, et c'est exactement ce que la question veut mettre à l'épreuve.
⚠️ La question 8 est indépendante : elle parle d'une fonction φ quelconque, et ne retrouve F qu'à la toute fin, en 8 (c). Elle peut se traiter en premier si le temps manque ailleurs — mais sa dernière question a besoin de 4 (b).
Stratégie de temps. Les questions 1, 2, 3, 4 et 6 sont des applications directes du cours et doivent aller vite. Le temps se dépense en 5 (b)-(c), où il faut voir l'astuce et surveiller un signe, et en 7, où il faut synthétiser sans rien inventer. Les questions 8 (a) et 8 (b) sont courtes dès qu'on a posé Φ(y)=∫y+∞φ.
La rédaction attendue. L'expression f(t)=lnt1 réclame deux choses de t : que lnt existe, donc t>0 ; et que lnt=0, donc t=1. La fonction f est donc définie sur ]0,1[∪]1,+∞[, et elle y est continue comme quotient de fonctions continues dont le dénominateur ne s'annule pas.
Soit x un réel. L'intégrale ∫x2xf(t)dt est celle d'une fonction continue sur le segment [x,2x] dès que ce segment est inclus dans l'ensemble de définition de f, c'est-à-dire dès que
x>0et1∈/[x,2x].
Comme x>0 entraîne x<2x, le segment est bien [x,2x], et 1∈[x,2x] signifie x⩽1⩽2x. Nier cette double inégalité laisse exactement deux cas :
2x<1, soit x<21 — avec x>0, cela donne x∈]0,21[ ;
x>1, soit x∈]1,+∞[.
Donc pour tout x∈D=]0,21[∪]1,+∞[, la fonction f est continue sur le segment [x,2x], donc intégrable sur ce segment : F(x) est bien définie. C'est ce qu'il fallait démontrer.
Les pièges. Le premier est d'oublier la condition x>0 et de ne traiter que « 1 n'est pas dans [x,2x] » : pour x=−1 le segment [−2,−1] évite 1, et pourtant ln n'y est défini nulle part. Le second est de croire que le travail s'arrête à « f est continue » : c'est la continuité sur le segment tout entier qui donne l'intégrabilité, pas la continuité en quelques points.
Ce que la question ne demande pas, et qu'il est bon de savoir.D est le domaine maximal : pour x∈[21,1], l'intégrale n'existe pas, même comme intégrale généralisée. En effet lnt∼t−1 quand t→1, donc lnt1∼t−11, dont l'intégrale diverge de part et d'autre de 1. L'énoncé demande seulement l'inclusion, pas l'égalité — mais dire en une phrase que D est maximal montre qu'on a compris d'où vient la coupure.
Recoupement. La divergence annoncée se voit numériquement : ∫1/21−10−6lntdt≈−12,8596, et ∫1/21−10−12lntdt≈−26,6751. Chaque fois qu'on divise la distance à 1 par 106, l'intégrale perd environ 13,8 : c'est bien une divergence logarithmique, celle de ∫t−1dt ✓
2. (a) — des primitives sur ]0,1[, et pourquoi sur cet intervalle-là
Ce que la question teste. Le théorème fondamental de l'analyse, énoncé avec ses deux hypothèses (intégrales et primitives).
La rédaction attendue. Pour t∈]0,1[ on a t>0 et lnt<0, donc lnt=0 : la fonction f est définie sur ]0,1[, et continue sur ]0,1[ comme quotient de fonctions continues dont le dénominateur ne s'annule pas.
De plus ]0,1[ est un intervalle. Or toute fonction continue sur un intervalle I y admet des primitives : si a∈I, la fonction
G:x⟼∫axf(t)dt
est définie sur I, dérivable sur I, et G′=f. Donc f admet des primitives sur ]0,1[ — par exemple G:x↦∫1/2xlntdt, et toutes les autres s'en déduisent en ajoutant une constante.
Les pièges. Le premier est d'oublier l'hypothèse « intervalle », qui est ici la seule chose non triviale : f est aussi continue sur ]0,1[∪]1,+∞[, mais ce n'est pas un intervalle, et le théorème invoqué ne s'y applique pas — et sur un tel ensemble, deux fonctions dérivables de dérivée f ne diffèrent plus d'une constante, mais d'une constante par morceau. C'est précisément pour cela que la question 2 (c) existe.
Le second piège est plus subtil : pourquoi ]0,1[ et non ]0,21[ ? Parce que la primitive doit être définie là où l'on va évaluer F, et pour x proche de 21 le segment [x,2x] monte jusqu'à 2x, proche de 1. C'est l'ensemble des t parcourus qui commande, pas l'ensemble des x. Écrire
x∈]0,1/2[⋃[x,2x]=]0,1[
règle la question d'un trait.
Enfin, l'énoncé demande l'existence de primitives, pas une expression. C'est heureux : on ne connaît pas d'expression de G au moyen des fonctions usuelles. La fonction qu'elle définit porte un nom, li, le logarithme intégral — mais la question n'en a aucun besoin.
Recoupement. Le même argument s'applique à ]1,+∞[, et c'est exactement ce que la question 2 (c) fera reprendre. Deux intervalles, deux primitives, aucune relation entre elles ✓
2. (b) — la dérivée de F sur ]0,1/2[
Ce que la question teste. Dériver une intégrale à bornes variables, ce qui suppose de la réécrire sans intégrale (intégrales et primitives, dérivabilité).
La rédaction attendue. Soit G une primitive de f sur ]0,1[, fournie par la question (a). Soit x∈]0,21[. Alors 0<x<2x<1, donc le segment [x,2x] est inclus dans ]0,1[, et le théorème fondamental de l'analyse donne
F(x)=∫x2xf(t)dt=G(2x)−G(x).
⚠️ Cette écriture ne dépend pas du choix de G : deux primitives diffèrent d'une constante sur l'intervalle ]0,1[, et cette constante disparaît dans la différence.
Dérivons. La fonction x↦2x est dérivable sur ]0,21[ et y prend ses valeurs dans ]0,1[, où G est dérivable : la composée x↦G(2x) est donc dérivable sur ]0,21[, de dérivée 2G′(2x)=2f(2x). Et x↦G(x) est dérivable de dérivée f(x). Par différence, F est dérivable sur ]0,21[ et
F′(x)=2f(2x)−f(x)=ln(2x)2−ln(x)1.
Il reste à réduire au même dénominateur. Sur ]0,21[, ni ln(x) ni ln(2x) ne s'annule, donc
où l'on a utilisé ln(2x)=ln(2)+ln(x), licite car x>0. C'est la formule demandée.
Les pièges. Le premier est d'écrire F′(x)=f(2x)−f(x) : la borne supérieure est 2x et non x, la dérivation de la composée apporte un facteur 2. Le deuxième est d'écrire F(x)=[G(t)]x2x sans avoir dit que [x,2x]⊂]0,1[ — c'est cette inclusion qui autorise le calcul, et elle repose sur 2x<1, donc sur le fait que x<21. Le troisième est d'oublier ln(2x)=ln2+lnx et de rester bloqué sur la réduction.
Recoupement. En x=41 : ln41=−2ln2 et ln21=−ln2, donc
F′(41)=(−2ln2)(−ln2)−2ln2−ln2=2ln22−3ln2=−2ln23≈−2,1640.
Une dérivation numérique de F en 41 (par quadrature) donne la même valeur à 10−40 près ✓ Et le signe négatif est cohérent avec la question 3.
2. (c) — le même énoncé sur ]1,+∞[, et pourquoi il faut le redémontrer
Ce que la question teste. Savoir ce qui se transporte d'un intervalle à l'autre et ce qui ne se transporte pas. Le « en justifiant soigneusement » de l'énoncé est un avertissement.
La rédaction attendue. Pour t∈]1,+∞[ on a t>0 et lnt>0, donc f est définie et continue sur ]1,+∞[ ; et ]1,+∞[ est un intervalle. Par le même théorème qu'en (a), f admet des primitives sur ]1,+∞[ ; soit H l'une d'elles.
Soit x∈]1,+∞[. Alors 1<x<2x, donc [x,2x]⊂]1,+∞[ et
F(x)=H(2x)−H(x).
Comme en (b), x↦2x est dérivable sur ]1,+∞[ à valeurs dans ]1,+∞[, où H est dérivable : F est dérivable sur ]1,+∞[ et
F′(x)=2H′(2x)−H′(x)=2f(2x)−f(x)=ln(2x)2−ln(x)1,
puis, la réduction étant la même (ni lnx ni ln2x ne s'annule sur ]1,+∞[) :
∀x∈]1,+∞[,F′(x)=ln(x)ln(2x)ln(x)−ln(2).
Le point de rigueur, et c'est toute la question. La formule finale est la même qu'en (b), mais la primitive ne l'est pas : G vit sur ]0,1[, H vit sur ]1,+∞[, et aucune fonction dérivable de dérivée f ne peut vivre sur les deux à la fois en tant que primitive « sur un intervalle », puisque ]0,1[∪]1,+∞[ n'en est pas un. Écrire « d'après (b), la formule s'étend » serait donc un raccourci non justifié. Ce qui se recopie, c'est le raisonnement ; ce qui change, c'est l'objet sur lequel il porte.
Le piège. Croire que le résultat est « le même » parce que la formule est la même. On peut d'ailleurs le dire autrement : F est dérivable sur ]0,21[ et sur ]1,+∞[, donc sur D tout entier, et F′ y est donnée par une formule unique — mais c'est une conclusion, obtenue après deux démonstrations, et non un point de départ.
Recoupement. En x=2 la formule donne F′(2)=ln2⋅ln4ln2−ln2=0 : la dérivée s'annule, et la question 3 en fera le minimum de F sur ]1,+∞[. En x=25 elle donne F′(25)≈0,1513, en accord avec la dérivée numérique ✓
3. — le tableau de variations, sur DEUX intervalles et non sur D
Ce que la question teste. Étudier un signe de quotient, et savoir que la monotonie est une notion d'intervalle (fonctions d'une variable réelle).
La rédaction attendue. D'après 2 (b) et 2 (c), pour tout x∈D,
F′(x)=ln(x)ln(2x)ln(x)−ln(2),
et on étudie séparément le numérateur et le dénominateur sur chacun des deux morceaux de D.
Sur ]0,21[. On a 0<x<21<1, donc ln(x)<0 ; et 0<2x<1, donc ln(2x)<0. Le dénominateur, produit de deux nombres strictement négatifs, est donc strictement positif. Le numérateur vaut ln(x)−ln(2) avec ln(x)<ln21=−ln2<0<ln2 : il est strictement négatif. Donc F′<0 sur ]0,21[, et F y est strictement décroissante.
Sur ]1,+∞[. On a x>1 donc ln(x)>0, et 2x>2 donc ln(2x)>ln2>0 : le dénominateur est strictement positif. Le numérateur ln(x)−ln(2)=ln(2x) est strictement négatif pour 1<x<2, nul en x=2, strictement positif pour x>2. Donc F est strictement décroissante sur ]1,2] et strictement croissante sur [2,+∞[, avec un minimum en x=2, de valeur
F(2)=∫24lntdt≈1,9224.
Le tableau. L'énoncé demande de ne pas chercher les limites « à ce stade » : les bornes du tableau restent donc en attente, et elles seront remplies par les questions 4, 5 et 6.
intervalle
signe de F′
sens de variation
valeurs aux bornes
]0,21[
F′<0
strictement décroissante
inconnues à ce stade
]1,2]
F′<0 sur ]1,2[
strictement décroissante
inconnue en 1+
x=2
F′(2)=0
minimum
F(2)=∫24lntdt
[2,+∞[
F′>0 sur ]2,+∞[
strictement croissante
inconnue en +∞
⚠️ Le piège, et il est central. Écrire « F est décroissante sur D » est faux, et pas seulement maladroit : la définition s'applique bien à D — elle dit que pour tous x⩽y de D on a F(x)⩾F(y) —, et c'est cet énoncé-là qui tombe : on a 41<23 et pourtant F(41)≈−0,2600<F(23)≈2,0385. Ce qui réclame un intervalle, ce n'est pas la monotonie, c'est le théorème qui la déduit du signe de F′. Il faut deux tableaux, ou un tableau avec une double barre en [21,1] marquant que F n'y est pas définie.
Second piège : conclure du signe de F′ que F est monotone sans préciser sur quel intervalle. Le théorème dit : si F est dérivable sur un intervalle I et F′<0 sur I, alors F est strictement décroissante sur I. L'hypothèse « intervalle » y est essentielle. Et c'est sa forme un cran plus fine qu'il faut ici : si F′⩽0 sur I et ne s'annule qu'en des points isolés, F est encore strictement décroissante sur I — celle-là, et sa symétrique pour la croissance, autorisent à conclure sur ]1,2] et sur [2,+∞[, bornes comprises, alors que F′(2)=0.
Recoupement. Le minimum en x=2 se contrôle par trois valeurs : F(23)≈2,0385, F(2)≈1,9224, F(4)≈2,2861. La valeur centrale est bien la plus petite ✓
4. (a) — encadrer une intégrale par les valeurs extrêmes de son intégrande
Ce que la question teste. La croissance de l'intégrale, appliquée à un intégrande monotone (intégrales et primitives).
La rédaction attendue. Étudions d'abord la monotonie de g:t↦lnt1. Elle est dérivable sur ]1,+∞[ et
g′(t)=−tln2t1<0,
donc g est strictement décroissante sur ]1,+∞[.
Soit x∈]1,+∞[. Pour tout t∈[x,2x] on a 1<x⩽t⩽2x, donc, g étant décroissante,
ln(2x)1=g(2x)⩽g(t)=lnt1⩽g(x)=ln(x)1.
Ces trois fonctions de t sont continues sur le segment [x,2x], et x⩽2x : la croissance de l'intégrale donne
∫x2xln(2x)dt⩽∫x2xlntdt⩽∫x2xln(x)dt.
Les deux membres extrêmes sont des intégrales de constantes (par rapport à t) sur un segment de longueur 2x−x=x, d'où
∀x∈]1,+∞[,ln(2x)x⩽F(x)⩽ln(x)x.
Les pièges. Le premier est d'inverser les deux bornes. Le réflexe « ln est croissante » est juste, mais t↦lnt1 est décroissante : c'est donc en t=2x, la borne du haut, que l'intégrande est le plus petit. Le deuxième est de multiplier par la mauvaise longueur : le segment mesure x, pas 1 ni 2x. Le troisième est d'oublier de justifier la décroissance de g — l'affirmer sans la dériver ni invoquer la composition des monotonies laisse la question à moitié faite.
⚠️ Noter aussi que l'énoncé écrit ici ]1,∞[, sans le +, alors qu'il écrit ]1,+∞[ partout ailleurs : c'est le même ensemble, il n'y a rien à en conclure.
Recoupement. En x=2 : la borne basse vaut ln42=ln21≈1,4427, la borne haute ln22≈2,8854, et F(2)≈1,9224 est bien entre les deux ✓ L'encadrement a été vérifié sur une grille de plusieurs centaines de valeurs de x dans ]1,+∞[, sans défaut.
La rédaction attendue. D'après 4 (a), pour tout x>1,
F(x)⩾ln(2x)x.
Or ln(2x)xx→+∞+∞ : en effet xln(2x)=xln2+xlnx→0 par croissances comparées, et cette quantité est strictement positive pour x>1, donc son inverse tend vers +∞.
Par comparaison (théorème de minoration), F(x)x→+∞+∞.
Les pièges. Le premier est d'utiliser la majoration : lnxx→+∞ aussi, mais une majoration par une quantité qui tend vers +∞ne prouve rien du tout — c'est le piège de cette question, et il est facile à éviter en se demandant à chaque fois : si je remplace F par une fonction bornée, mon argument tient-il encore ? Ici, une fonction bornée vérifie bien F(x)⩽lnxx pour x grand.
Le second est de traiter ln(2x)x comme une forme indéterminée qu'on ne saurait pas lever : il suffit d'écrire ln(2x)=ln2+lnx et d'invoquer xlnx→0.
Recoupement. La croissance est lente : F(100)≈20,0660 et F(1000)≈137,1996. Multiplier x par 10 multiplie F(x) par moins de 7 — ce qui est cohérent avec la question suivante, où l'on verra que F(x) croît moins vite que x ✓
4. (c) — la limite de F(x)/x, et ce qu'elle dit de la croissance
La rédaction attendue. Soit x>1. Comme x>0, diviser par x les trois membres de l'encadrement de 4 (a) ne change pas le sens des inégalités :
ln(2x)1⩽xF(x)⩽ln(x)1.
Or ln(x)→+∞ et ln(2x)→+∞ quand x→+∞, donc les deux membres extrêmes tendent vers 0. Par le théorème d'encadrement,
x→+∞limxF(x)=0.
Les pièges. Le premier est de diviser sans dire que x>0 : diviser une inégalité par une quantité négative la retourne. Ici rien ne se retourne, et c'est vrai des deux morceaux de D, où x est toujours strictement positif ; ce qui se retournera en 5 (c) est une multiplication, par le facteur tlnt1, négatif sur ]0,1[. Le second est de conclure « donc F tend vers 0 » : c'est le quotient qui tend vers 0, pas F, qui tend vers +∞ d'après 4 (b). Les deux faits ensemble disent que F croît vers l'infini moins vite que toute fonction linéaire — c'est ce que la question 7 appellera une branche parabolique de direction (Ox).
Pour aller plus loin, et c'est gratuit. L'encadrement de 4 (a) donne davantage. En divisant par lnxx>0 :
ln(2x)ln(x)⩽x/ln(x)F(x)⩽1,
et ln(2x)ln(x)=ln2+lnxlnx→1. Donc, par encadrement,
F(x)x→+∞∼lnxx.
Recoupement.106F(106)≈0,0704 et 1012F(1012)≈0,0357 : la décroissance vers 0 est bien là, et elle est très lente, en lnx1 ✓ L'équivalent, lui, est vrai mais numériquement médiocre : le rapport x/lnxF(x) vaut 0,9241 en x=102 et il faut aller jusqu'à x=10100 pour atteindre 0,9983. Un équivalent dit une limite, jamais une précision.
5. (a) — l'intégrale de 1/(t ln t), et l'écriture valable sur tout D
La rédaction attendue. Soit x∈D et t∈[x,2x]. Alors t>0 et lnt=0, donc t↦tlnt1 est définie et continue sur [x,2x].
Posons u(t)=lnt : alors u′(t)=t1 et
tlnt1=u(t)u′(t).
Sur chacun des intervalles ]0,1[ et ]1,+∞[, la fonction u ne s'annule pas, donc t↦ln∣lnt∣ y est une primitive de t↦tlnt1. Le segment [x,2x] étant contenu dans l'un de ces deux intervalles (question 1), on obtient
Enfin, sur chacun des deux morceaux de D les réels ln(x) et ln(2x) ont le même signe — tous deux négatifs sur ]0,21[, tous deux positifs sur ]1,+∞[ —, donc leur quotient est strictement positif et ∣ln(x)∣∣ln(2x)∣=ln(x)ln(2x). D'où, pour tout x∈D :
∫x2xtln(t)dt=ln(ln(x)ln(2x))
Les pièges. Le premier est d'écrire [ln(lnt)]x2x sans valeur absolue : sur ]0,21[, lnt est strictement négatif et ln(lnt) n'existe pas. Le second est de s'arrêter à la forme avec valeurs absolues alors que l'énoncé demande une réponse « pour tout x dans D » : c'est l'observation sur les signes qui permet une écriture unique, et c'est elle qui rendra la suite lisible. Le troisième est de croire que ln(lnxln2x) et ln(ln2x)−ln(lnx) sont interchangeables : la seconde écriture n'a de sens que sur ]1,+∞[.
Signe du résultat, utile pour la suite. Sur ]0,21[ on a ln(x)<ln(2x)<0, donc 0<ln(x)ln(2x)<1 et l'intégrale est négative — cohérent avec un intégrande négatif. Sur ]1,+∞[ on a 0<ln(x)<ln(2x), le quotient est >1 et l'intégrale est positive.
Recoupement. Deux valeurs exactes, opposées l'une de l'autre :
x=2:ln(ln2ln4)=ln2≈0,6931,x=41:ln(ln41ln21)=ln21=−ln2≈−0,6931.
Une quadrature numérique de l'intégrale confirme ces deux valeurs, et l'identité a été contrôlée sur une grille couvrant les deux morceaux de D ✓
5. (b) — la limite en 1, et pourquoi 4 (a) n'y sert à rien
Ce que la question teste. Fabriquer une minoration utile à partir d'une intégrale qu'on sait calculer. « En déduire » désigne 5 (a).
Un préalable de lecture. « x tend vers 1 » se lit dans D : puisque ]21,1] est hors de D, il existe un voisinage de 1 — par exemple ]43,45[ — dont l'intersection avec D vaut ]1,45[, et ne contient donc que des points >1. La limite demandée est donc une limite à droite, x→1+, et il est bon de le dire.
La rédaction attendue. Soit x∈]1,+∞[ et t∈[x,2x]. Alors t>1, donc t>0 et lnt>0, d'où
tlnt1>0.
Partons de l'identité lnt1=t×tlnt1. Comme t⩾x et que le facteur tlnt1 est strictement positif, multiplier l'inégalité t⩾x par ce facteur conserve son sens :
lnt1=t⋅tlnt1⩾x⋅tlnt1.
Les deux membres sont continus sur [x,2x] et x⩽2x : par croissance de l'intégrale, puis par 5 (a),
F(x)⩾x∫x2xtlntdt=xln(ln(x)ln(2x)).
Faisons tendre x vers 1+. Alors ln(2x)→ln2>0 et ln(x)→0+, donc ln(x)ln(2x)→+∞, puis ln(ln(x)ln(2x))→+∞ par composition des limites. Comme de plus x→1, le produit tend vers +∞. Par minoration,
x→1+limF(x)=+∞.
Les pièges. Le premier est de vouloir réutiliser 4 (a) : sa borne basse ln(2x)x tend vers ln21≈1,4427 quand x→1+. Elle est finie, donc elle ne prouve rien — et c'est précisément pour cela que le sujet a fait calculer l'intégrale de 5 (a). Reconnaître qu'un outil déjà démontré ne convient pas est une partie du travail.
Le second est de manipuler l'inégalité t⩾x sans dire de quel signe est le facteur par lequel on multiplie. Ici il est positif et tout va bien ; en 5 (c) il sera négatif, et la même manipulation donnera l'inégalité inverse.
Le troisième est d'oublier que x→1, et donc d'écrire le résultat comme si le facteur x pouvait tendre vers 0. Il tend vers 1, ce qui ne perturbe rien ; mais il faut le dire. On peut d'ailleurs s'en passer : comme x>1 et que l'intégrale de 5 (a) est positive sur ]1,+∞[, on a directement F(x)⩾ln(ln(x)ln(2x)).
Recoupement.F(1,000001)≈14,2835 et F(1,0000001)≈16,5860 : diviser par 10 la distance à 1 ajoute environ 2,30≈ln(10) à F. La divergence est logarithmique, donc très lente — un tracé sur une fenêtre ordinaire ne la rend pas spectaculaire, elle n'en est pas moins réelle ✓
5. (c) — la limite en 1/2, et le sens de l'inégalité qui se retourne
Ce que la question teste. La même idée qu'en 5 (b), avec le signe inversé. C'est la question la plus exigeante de la partie.
Un préalable de lecture. Comme en 5 (b), « x tend vers 21 » se lit dans D : au voisinage de 21, seuls les points x<21 y sont, donc il s'agit de x→(21)−.
La rédaction attendue. Soit x∈]0,21[ et t∈[x,2x]. Alors 0<t<1, donc lnt<0 et
tlnt1<0.
Repartons de la même identité lnt1=t×tlnt1. Cette fois, multiplier l'inégalité t⩾x par le facteur tlnt1, qui est strictement négatif, en renverse le sens :
lnt1=t⋅tlnt1⩽x⋅tlnt1.
Par croissance de l'intégrale sur [x,2x], puis par 5 (a),
F(x)⩽x∫x2xtlntdt=xln(ln(x)ln(2x)).
Faisons tendre x vers (21)−. Alors 2x→1− donc ln(2x)→0−, tandis que ln(x)→ln21=−ln2<0. Le quotient ln(x)ln(2x) est donc de la forme −ln20− : il tend vers 0par valeurs strictement positives. Par composition des limites, ln(ln(x)ln(2x))→−∞. Et x→21>0. Le produit tend donc vers −∞, et par majoration
x→21−limF(x)=−∞.
⚠️ Le piège de la question, et il est vicieux. Sur ]0,1[, l'inégalité qui vient spontanément à l'esprit est
tlnt1⩽lnt1,
et elle est vraie : leur différence vaut
lnt1−tlnt1=lnt1(1−t1)=tlntt−1,
quotient de deux quantités strictement négatives sur ]0,1[, donc strictement positive. En l'intégrant on obtient
ln(ln(x)ln(2x))⩽F(x),
c'est-à-dire une minoration par une quantité qui tend vers −∞ : rigoureusement exacte, et rigoureusement inutile. Pour prouver qu'une fonction tend vers −∞, il faut la majorer. C'est le facteur x — et non 1 — qui fait la différence, et c'est le signe de tlnt1 qui l'impose.
Le second piège est de recopier 5 (b) en changeant seulement la conclusion. Le sens de l'inégalité intermédiaire y est l'inverse ; une rédaction qui garde ⩾ et conclut à −∞ est incohérente, même si le résultat annoncé est le bon.
Recoupement. En x=0,4999 : la minoration inutile donne F(x)⩾−8,1509, la majoration utile donne F(x)⩽−4,0746, et la vraie valeur est F(0,4999)≈−7,5616. Les deux inégalités sont bien vérifiées, et seule la seconde, qui tend vers −∞, permet de conclure ✓ Les deux sens ont été éprouvés sur une grille couvrant ]0,21[ et ]1,+∞[, sans exception.
6. (a) — le même encadrement sur ]0,1/2[, et l'ordre des bornes qui ne bouge pas
Ce que la question teste. Reprendre 4 (a) sur un intervalle où tout est négatif, sans se tromper d'ordre.
La rédaction attendue. La fonction g:t↦lnt1 est dérivable sur ]0,1[, de dérivée
g′(t)=−tln2t1<0,
donc g est strictement décroissante sur ]0,1[ — exactement comme sur ]1,+∞[ : c'est le même calcul, et il vaut sur chacun des deux intervalles.
Soit x∈]0,21[. Pour tout t∈[x,2x] on a 0<x⩽t⩽2x<1, donc
ln(2x)1=g(2x)⩽g(t)=lnt1⩽g(x)=ln(x)1,
puis, par croissance de l'intégrale sur le segment [x,2x], de longueur x>0 :
∀x∈]0,21[,ln(2x)x⩽F(x)⩽ln(x)x.
Ce qu'il y a de remarquable. L'énoncé écrit exactement la même formule qu'en 4 (a), alors qu'ici les trois quantités sont négatives. C'est cohérent : l'ordre des deux bornes ne dépend pas de leur signe mais du sens de variation de g, qui est le même des deux côtés. On peut aussi le vérifier directement : ln(x)<ln(2x)<0, et sur ]−∞,0[ la fonction u↦u1 est décroissante, donc ln(x)1>ln(2x)1 ✓
Les pièges. Le premier est d'invoquer « u↦u1 est décroissante » sans préciser sur quel intervalle : cette fonction est décroissante sur ]−∞,0[ et sur ]0,+∞[séparément, et pas sur leur réunion — on a −1<1 et pourtant −11=−1<1=11. Ici les deux logarithmes sont du même côté de 0, donc l'argument passe ; mais il faut le dire.
Le second est de retourner les inégalités « parce que tout est négatif ». Rien ne se retourne : on intègre, on ne divise pas par un nombre négatif.
Le troisième est de croire qu'il suffit de renvoyer à 4 (a). L'intervalle d'étude a changé, la décroissance de g doit être justifiée sur ]0,1[ — même si c'est le même calcul de dérivée.
Recoupement. En x=41 : la borne basse vaut ln(1/2)1/4≈−0,3607, la borne haute ln(1/4)1/4≈−0,1803, et F(41)≈−0,2600 tombe bien entre les deux ✓ L'encadrement a été contrôlé sur plusieurs centaines de valeurs de x dans ]0,21[.
6. (b) — le prolongement par continuité en 0
Ce que la question teste. La définition du prolongement par continuité, et l'usage d'un encadrement dont les deux bornes ont la même limite (prolongement par continuité).
La rédaction attendue. Le réel 0 n'appartient pas à D, mais il est adhérent à ]0,21[ : la question a donc un sens, et il s'agit d'une limite à droite.
D'après 6 (a), pour tout x∈]0,21[,
ln(2x)x⩽F(x)⩽ln(x)x.
Quand x→0+ : ln(x)→−∞ et ln(2x)=ln2+ln(x)→−∞, tandis que le numérateur x tend vers 0. Les deux membres extrêmes tendent donc vers 0, et par le théorème d'encadrement
x→0+limF(x)=0.
Cette limite est finie. Donc F est prolongeable par continuité en 0, et l'unique prolongement continu est la fonction F définie sur [0,21[ par
F(0)=0etF(x)=F(x) pour x∈]0,21[.
Les pièges. Le premier est de s'arrêter à « F(x)→0 » : la question porte sur le prolongement, il faut poser la valeur en 0 et dire que la fonction ainsi obtenue est continue en 0. Le second est d'oublier que « prolongeable par continuité » exige une limite finie — c'est justement ce qui distingue 0 de 21 et de 1, où les limites sont infinies et où aucun prolongement continu n'existe.
Le troisième est de croire qu'un raisonnement « global sur D » donnerait le prolongement : 0 n'est adhérent qu'à ]0,21[, et c'est la limite en 0+ sur ce seul morceau qui fait tout le travail — le morceau ]1,+∞[ n'y est pour rien.
Un supplément utile pour la question 7. Le prolongement F est même dérivable en 0. En divisant l'encadrement de 6 (a) par x>0 :
ln(2x)1⩽x−0F(x)−F(0)=xF(x)⩽ln(x)1,
et les deux bornes tendent vers 0 quand x→0+. Le taux d'accroissement tend donc vers 0 : F est dérivable en 0 avec F′(0)=0, et la courbe admet à l'origine une tangente horizontale, l'axe (Ox).
Recoupement.F(10−3)≈−1,5348×10−4, avec 10−3F(10−3)≈−0,1535 ; et 10−10F(10−10)≈−0,0442. Les deux tendent vers 0, lentement, en lnx1 — et F reste négative, ce qui est cohérent avec un intégrande négatif sur ]0,1[ ✓
7. — l'allure de la courbe, une synthèse sans calcul neuf
Ce que la question teste. Rassembler ce que les six questions précédentes ont établi, et nommer correctement chaque comportement (étude de fonction, branches infinies).
Ce qu'il n'y a pas à faire. Aucun calcul nouveau. Tout est déjà démontré : les variations (3), les limites en +∞ (4 b), en 1+ (5 b), en 21− (5 c), en 0+ (6 b), et la croissance sous-linéaire (4 c).
Le signe de F, qui n'a pas encore été dit. Pour x∈]0,21[, on a [x,2x]⊂]0,1[ donc lnt1<0 sur le segment, et x<2x : l'intégrale d'une fonction strictement négative sur un segment non réduit à un point est strictement négative, donc F(x)<0. Pour x∈]1,+∞[, le même argument avec lnt1>0 donne F(x)>0.
La branche de gauche, sur ]0,21[. La courbe part de l'origine : F(x)→0 quand x→0+, avec une tangente horizontale (6 b). Elle est strictement décroissante, entièrement sous l'axe des abscisses, et plonge vers −∞ quand x→(21)− : la droite d'équation x=21 est asymptote verticale.
La branche de droite, sur ]1,+∞[. La droite d'équation x=1 est asymptote verticale, avec F(x)→+∞ quand x→1+. La courbe descend ensuite jusqu'au minimum
F(2)=∫24lntdt≈1,9224,
puis remonte vers +∞. Comme F(x)→+∞ et xF(x)→0, la courbe admet une branche parabolique de direction (Ox) : elle s'échappe vers le haut tout en s'aplatissant, et il n'y a pas d'asymptote oblique.
Quelques points, pour placer la courbe.
x
0,05
0,25
0,45
1,1
1,5
2
4
10
F(x)
−0,0193
−0,2600
−1,4644
2,9910
2,0385
1,9224
2,2861
3,7397
Les pièges. Le premier, le plus visible sur une copie, est de tracer une seule courbe au-dessus de [21,1] : F n'y est pas définie, les deux branches sont disjointes, et rien ne les relie. Le second est de dire « asymptote horizontale en +∞ » parce que xF(x)→0 : c'est faux, F tend vers +∞. Le vocabulaire exact est celui des branches infinies — xF(x)→0 avec F(x)→+∞ donne une branche parabolique de direction (Ox), et non une asymptote (asymptotes par DL en l'infini).
Le troisième est d'oublier la tangente en 0 : le jury attend qu'on précise l'allure au voisinage de l'origine, et l'encadrement de 6 (a) la donne gratuitement.
Recoupement. Le tableau ci-dessus recoupe tout le reste : les trois premières valeurs sont négatives et décroissantes ✓ ; les cinq dernières sont positives, avec un creux en x=2 ✓ ; et les valeurs extrêmes de chaque branche (−0,0193 près de 0, 2,9910 près de 1) sont cohérentes avec les limites 0 et +∞ ✓ Le comportement de F′ aux bords confirme l'allure : F′(0,499999)≈−999997,6 et F′(1,000001)≈−999997,6, c'est-à-dire des tangentes quasi verticales de part et d'autre de la coupure.
8. (a) — le reste d'une intégrale convergente
Ce que la question teste. La définition même de la convergence d'une intégrale sur [2,+∞[, et la relation de Chasles (intégrales, restes d'une série convergente).
La rédaction attendue. Par hypothèse, φ est continue sur [2,+∞[ et l'intégrale ∫2+∞φ(t)dt converge, ce qui signifie par définition que la fonction
X⟼∫2Xφ(t)dt
admet une limite finie quand X→+∞ ; notons L cette limite.
Soit x⩾2. La convergence sur [2,+∞[ entraîne celle sur [x,+∞[ : pour X⩾x, la relation de Chasles donne ∫xXφ=∫2Xφ−∫2xφ, et le membre de droite converge quand X→+∞. Donc ∫x+∞φ(t)dt existe, et en passant à la limite :
∫x+∞φ(t)dt=L−∫2xφ(t)dt.
Or, toujours par définition de la convergence, ∫2xφ(t)dtx→+∞L. Par différence,
x→+∞lim∫x+∞φ(t)dt=L−L=0.
Les pièges. Le premier est de confondre cette question avec une affirmation sur φ : ce n'est pas parce que φ(t)→0 que le reste tend vers 0, et d'ailleurs φ n'a aucune raison de tendre vers 0. On peut construire une fonction φ continue, positive, d'intégrale convergente sur [2,+∞[, et qui ne tend pas vers 0 : pour chaque entier n⩾2, une « bosse » triangulaire centrée en n, de hauteur 1 et de base n21, nulle partout ailleurs. Les bosses sont disjointes (leur demi-base 2n21⩽81 est bien inférieure à 21), l'aire totale vaut
n⩾2∑21⋅n21⋅1=21n⩾2∑n21⩽21n⩾2∑n(n−1)1=21,
par télescopage, donc l'intégrale converge (fonction positive, intégrales partielles croissantes et majorées) ; et pourtant φ(n)=1 pour tout n⩾2, donc φ ne tend pas vers 0.
Le second piège est d'écrire ∫x+∞φ sans avoir justifié que cette intégrale converge — c'est le rôle de la relation de Chasles ci-dessus.
L'analogie qui aide. C'est exactement le reste d'une série convergente : si ∑un converge, de somme S, alors RN=S−SN→0. Ici ∫x+∞φ joue le rôle de RN, et ∫2xφ celui de SN.
Recoupement. Sur la fonction à bosses ci-dessus, l'aire totale des bosses vaut 21(6π2−1)≈0,3225 (ADMIS : la valeur ∑n⩾1n21=6π2 n'est utilisée que pour ce recoupement numérique, la majoration par 21 suffisant à la démonstration). L'intégrale, elle, en vaut un peu moins, car la bosse centrée en 2 n'entre qu'à moitié dans [2,+∞[ :
∫2+∞φ(t)dt=21(6π2−1)−161≈0,2600.
Pour la même raison, le reste vaut ∫x+∞φ=4x21+21n>x∑n21 pour x entier, qui tend bien vers 0 ✓
8. (b) — des bornes variables qui partent toutes deux à l'infini
Ce que la question teste. Introduire la bonne fonction auxiliaire, et composer des limites (composition des limites).
La rédaction attendue. Posons, pour y⩾2,
Φ(y)=∫y+∞φ(t)dt,
quantité bien définie d'après la question (a). Soit x∈R. Les réels u(x) et v(x) appartiennent à [2,+∞[ par hypothèse, et φ y est continue : l'intégrale ∫u(x)v(x)φ(t)dt est celle d'une fonction continue sur un segment, elle a donc un sens (quel que soit l'ordre de u(x) et v(x), l'intégrale orientée est définie).
La relation de Chasles pour les intégrales convergentes donne, pour a,b⩾2,
∫a+∞φ=∫abφ+∫b+∞φ,soit∫abφ=Φ(a)−Φ(b).
En particulier
∫u(x)v(x)φ(t)dt=Φ(u(x))−Φ(v(x)).
Or la question (a) dit exactement que Φ(y)y→+∞0. Comme u(x)x→+∞+∞, la composition des limites donne Φ(u(x))x→+∞0 ; de même Φ(v(x))→0. Par différence,
x→+∞lim∫u(x)v(x)φ(t)dt=0.
Les pièges. Le premier est de vouloir invoquer la continuité de Φ : ce n'est ni utile ni ce qui est en jeu. Le théorème employé est la composition des limites, avec une limite en +∞ pour Φ et une limite +∞ pour u. Le second est d'oublier de dire pourquoi ∫u(x)v(x)φ a un sens — c'est court, mais c'est la première chose à écrire. Le troisième est de supposer u(x)⩽v(x) : rien ne le garantit, et rien ne l'exige, l'égalité ∫abφ=Φ(a)−Φ(b) valant dans les deux ordres.
À noter. Les hypothèses ne demandent aucun lien entre u et v : ni monotonie, ni continuité, ni ordre. Seules comptent les valeurs dans [2,+∞[ et les deux limites infinies. C'est ce qui rendra la question (c) applicable à des bornes aussi éloignées que x et 2x, dont l'écart tend vers +∞.
Recoupement. Sur la fonction à bosses de la question (a), avec u(x)=max(x,2), v(x)=max(2x,2) et x entier ⩾2, l'intégrale ∫x2xφ ne rencontre que les bosses centrées en n∈{x,…,2x} — les autres sont hors du segment —, donc elle est majorée par leur aire totale :
∫x2xφ(t)dt⩽21n=x∑2xn21⩽2x2x+1⩽x1,
qui tend bien vers 0 — alors même que la longueur de l'intervalle d'intégration, elle, tend vers +∞ ✓
8. (c) — la divergence, par l'absurde, en confrontant 8 (b) et 4 (b)
Ce que la question teste. Assembler deux résultats obtenus séparément — c'est le sens de « en utilisant les questions précédentes ». Et vérifier les hypothèses avant d'appliquer un théorème.
La rédaction attendue. La fonction f:t↦lnt1 est continue sur [2,+∞[ : pour t⩾2 on a lnt⩾ln2>0.
Raisonnons par l'absurde et supposons que ∫2+∞lntdt converge. On peut alors appliquer la question 8 (b) avec φ=f. Posons, pour tout réel x,
u(x)=max(x,2)etv(x)=max(2x,2).
Ces deux fonctions sont définies sur R, à valeurs dans [2,+∞[, et tendent vers +∞ quand x→+∞ : les hypothèses de 8 (b) sont vérifiées. De plus, pour x⩾2, on a u(x)=x et v(x)=2x, donc
∫u(x)v(x)f(t)dt=∫x2xlntdt=F(x)
— l'intégrale est bien celle de la partie, puisque x⩾2>1 place [x,2x] dans ]1,+∞[ (question 1).
La question 8 (b) donne alors
x→+∞limF(x)=0.
Or la question 4 (b) a établi
x→+∞limF(x)=+∞.
Une fonction ne peut pas avoir deux limites différentes en +∞ (unicité de la limite) : c'est une contradiction. L'hypothèse de départ est donc fausse, et
∫2+∞lntdt diverge.
⚠️ Le point de rigueur, que l'énoncé rend nécessaire. La question 8 (b) exige des fonctions définies sur R et à valeurs dans [2,+∞[. Les choix naturels u(x)=x et v(x)=2x ne conviennent donc pas tels quels : pour x=0, par exemple, u(0)=0 et v(0)=0 ne sont ni l'un ni l'autre dans [2,+∞[. Le remplacement par max(x,2) et max(2x,2) répare cela en une ligne, sans rien changer au comportement en +∞ — puisqu'une limite en +∞ ne dépend que des grandes valeurs de x. C'est une petite maladresse de l'énoncé, à traiter plutôt qu'à ignorer.
Les pièges. Le premier est de vouloir conclure directement de l'encadrement de 4 (a) : il donne F(x)→+∞, ce qui ne dit rien, en soi, de la convergence de ∫2+∞f — c'est la question 8 (b) qui fait le lien, en affirmant que si l'intégrale convergeait, alors F tendrait vers 0.
Le second est d'écrire « lnt1 ne tend pas vers 0, donc l'intégrale diverge ». Ce raisonnement est faux deux fois : d'une part lnt1 tend bel et bien vers 0 ; d'autre part, le fait que l'intégrande ne tende pas vers 0 n'entraîne pas la divergence, comme le montre la fonction à bosses de 8 (a).
Le troisième est d'oublier de vérifier la continuité de f sur [2,+∞[ avant de parler de la convergence de son intégrale.
Recoupement, par une voie totalement indépendante. Pour t⩾2 on a 0<lnt⩽t, donc lnt1⩾t1>0. Comme
∫2Xtdt=lnX−ln2X→+∞+∞,
le critère de comparaison des intégrales de fonctions positives donne la divergence de ∫2+∞lntdt. Le sujet impose la voie par 8 (b), mais cette comparaison confirme le résultat — et numériquement, ∫2106lntdt≈78626,5, qui croît sans borne ✓
À retenir
Six réflexes transférables, qui valent bien au-delà de ce sujet.
1. Une intégrale à bornes variables se dérive par une primitive, pas par magie. Si f est continue sur un intervalle I et si a et b sont dérivables sur un intervalle J, à valeurs dans I, alors
x⟼∫a(x)b(x)f(t)dt=G(b(x))−G(a(x))
est dérivable, de dérivée b′(x)f(b(x))−a′(x)f(a(x)). Les facteurs b′(x) et a′(x) sont l'endroit où l'on se trompe : ici b(x)=2x apporte un facteur 2, et l'oublier change complètement F′. La condition à vérifier avant toute chose est que le segment [a(x),b(x)] soit inclus dans l'intervalle où vit la primitive.
2. Un domaine qui n'est pas un intervalle change les énoncés, pas seulement le vocabulaire. « Admet des primitives », « F′<0 donc F décroît », le théorème des valeurs intermédiaires : tous ces théorèmes ont intervalle dans leurs hypothèses. Sur D=]0,21[∪]1,+∞[, il faut deux études, deux primitives, deux tableaux. Et la conclusion « F est décroissante sur D » est fausse : 41<23 et F(41)≈−0,2600<F(23)≈2,0385.
3. Encadrer une intégrale par les valeurs extrêmes d'un intégrande monotone. Si m⩽h⩽M sur [a,b], alors m(b−a)⩽∫abh⩽M(b−a). Sur [x,2x] la longueur vaut x, et t↦lnt1 étant monotone, m et M sont ses valeurs aux bornes. Trois lignes, et cela donne à soi seul quatre questions du sujet (4 a, 4 b, 4 c, 6 a) plus le prolongement de 6 (b).
4. Pour comparer à une intégrale calculable, on paie une inégalité — et le SIGNE en décide le sens. L'identité
lnt1=t×tlnt1
remplace un intégrande dont on ne sait rien par un intégrande en uu′, dont la primitive est ln∣lnt∣. Le prix est de remplacer t par x, ce qui n'est licite que dans un sens :
intervalle
signe de tlnt1
ce que donne t⩾x
ce qu'on en tire
]1,+∞[
>0
lnt1⩾tlntx
une minoration de F, d'où +∞ en 1+
]0,1[
<0
lnt1⩽tlntx
une majoration de F, d'où −∞ en 21−
⚠️ Ne retiens surtout pas « on minore, puis on recommence ». Sur ]0,1[, la minoration existe aussi — elle s'écrit ln(lnxln2x)⩽F(x) et elle est parfaitement exacte — mais elle minore par une quantité qui tend vers −∞ : elle ne prouve rien. Pour établir une limite +∞, il faut minorer ; pour établir −∞, il faut majorer. C'est la moitié du travail des questions 5 (b) et 5 (c).
5. Le reste d'une intégrale convergente tend vers 0 — et ce n'est pas une propriété de l'intégrande. La formule ∫x+∞φ=L−∫2xφ suffit, et elle ne dit rien de φ(t) quand t→+∞. Contre-exemple à garder en tête : des bosses triangulaires de hauteur 1 et de base n21 centrées sur les entiers donnent une fonction continue, positive, d'intégrale convergente, qui vaut 1 en chaque entier. Une intégrale peut donc converger sans que l'intégrande tende vers 0 — contrairement à une série, dont le terme général, lui, doit tendre vers 0.
6. Un équivalent n'est pas une précision. L'encadrement de 4 (a) donne F(x)∼lnxx, résultat exact. Et pourtant :
x
102
106
1030
10100
F(x)/lnxx
0,9241
0,9730
0,9944
0,9983
Le rapport ne tend vers 1 qu'en lnx1, c'est-à-dire à une lenteur désespérante. Ne confonds jamais « tend vers 1 » et « est proche de 1 ».
Pour la culture, et parce que cette intégrale n'est pas un exercice artificiel. La fonction x↦∫0xlntdt (en valeur principale) s'appelle le logarithme intégralli, et F(x)=li(2x)−li(x). Le théorème des nombres premiers (ADMIS — il n'est ni démontré ni utilisé ici) affirme que le nombre de nombres premiers inférieurs à x est équivalent à li(x) : F(x) est donc, à peu de chose près, une estimation du nombre de nombres premiers entre x et 2x. Que F(x)→+∞ est le versant analytique d'un énoncé célèbre, le postulat de Bertrand (ADMIS lui aussi, et démontré par Tchebychev) : entre x et 2x, il y a toujours un nombre premier. ⚠️ « Versant analytique » n'est pas « démonstration » : une estimation asymptotique ne garantit l'existence d'aucun entier.
⚠️ Et les deux réflexes de rédaction que cette partie met le plus à l'épreuve : justifier l'existence de l'intégrale avant de la manipuler (question 1, une fois, au début), et nommer l'intervalle chaque fois qu'on invoque un théorème d'analyse — c'est la seule chose qui distingue une rédaction juste d'une rédaction qui a l'air juste.
Réponse.1.F(x) a un sens si et seulement si x>0 et 1∈/[x,2x], c'est-à-dire exactement sur D=]0,21[∪]1,+∞[.
2.f est continue sur l'intervalle ]0,1[, donc y admet des primitives ; si G en est une, F(x)=G(2x)−G(x) sur ]0,21[ et F′(x)=ln(x)ln(2x)ln(x)−ln(2). La même formule vaut sur ]1,+∞[, mais avec une AUTRE primitive.
3.F est strictement décroissante sur ]0,21[ ; strictement décroissante sur ]1,2] puis strictement croissante sur [2,+∞[, avec un minimum F(2)=∫24lntdt≈1,9224.
4.ln(2x)x⩽F(x)⩽ln(x)x sur ]1,+∞[ ; F(x)→+∞ et xF(x)→0 quand x→+∞.
5.∫x2xtln(t)dt=ln(ln(x)ln(2x)) pour tout x∈D ; F(x)→+∞ quand x→1+ ; F(x)→−∞ quand x→(21)−.
6. Le même encadrement ln(2x)x⩽F(x)⩽ln(x)x vaut sur ]0,21[ ; ses deux bornes tendent vers 0 en 0+, donc F se prolonge par continuité en 0 en posant F(0)=0.
7. Deux branches disjointes. Sur ]0,21[ : F<0, strictement décroissante de 0 à −∞, tangente horizontale à l'origine, asymptote verticale d'équation x=21. Sur ]1,+∞[ : F>0, asymptote verticale d'équation x=1, minimum ≈1,9224 atteint en x=2, puis branche parabolique de direction (Ox).
8.x→+∞lim∫x+∞φ(t)dt=0 ; x→+∞lim∫u(x)v(x)φ(t)dt=0 ; et ∫2+∞lntdt DIVERGE, sans quoi F(x) tendrait à la fois vers 0 et vers +∞.
(Recoupements : F(2)≈1,9224 tombe bien dans l'encadrement de 4 (a), qui vaut [ln21,ln22], soit environ [1,4427;2,8854] ; l'intégrale de 5 (a) vaut ln2 en x=2 et −ln2 en x=41 ✓)