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Sujet et corrigé — CAPES externe 2026 (bac+3) — Épreuve écrite 1

Annales du CAPES · 2 exercices du sujet officiel, corrigés question par question

CAPES

Chaque exercice donne l'énoncé, des indices progressifs et la correction rédigée étape par étape. Ouvre les blocs seulement après avoir cherché.

Le sujet en un coup d'œil : CAPES externe 2026 (bac+3) — Épreuve écrite 1 Structure du sujet, chapitres à réviser, stratégie de composition, attentes du jury.

Exercice 1 : Vrai/Faux

DémonstrationDifficulté 3/5

Sujet officiel — CAPES externe de mathématiques, session 2026, première épreuve écrite (bac+3). © ministère chargé de l'Éducation nationale, devenirenseignant.gouv.fr.

Les assertions suivantes sont-elles vraies ou fausses ? Justifier la réponse donnée. Toute réponse non argumentée ne sera pas prise en compte.

Assertion 1. Soit ff une fonction dérivable sur R\mathbb{R}. Si aa est un réel tel que f(a)=0f'(a)=0, alors ff admet en aa un minimum local ou un maximum local.

Assertion 2. Soit nNn\in\mathbb{N}.

0nπsin2(x)dx=nπ2. \int_{0}^{n\pi}\sin^{2}(x)\,\mathrm{d}x=\frac{n\pi}{2}.

Assertion 3. Soit tt un réel différent de 11. Dans le plan complexe, on note AA le point d'affixe tt, BB le point d'affixe 11, et CC le point d'affixe 1+i(1t)1+i(1-t).

Le triangle ABCABC est isocèle et rectangle.

Assertion 4. On désigne par R[X]\mathbb{R}[X] le R\mathbb{R}-espace vectoriel des polynômes d'une indéterminée XX et à coefficients réels. Pour tout PR[X]P\in\mathbb{R}[X], par abus de notation on note P:RRP:\mathbb{R}\to\mathbb{R} la fonction (polynomiale) obtenue en évaluant sur R\mathbb{R} le polynôme PP. Si PR[X]P\in\mathbb{R}[X] est de degré impair, alors il existe xRx\in\mathbb{R} tel que P(x)=0P(x)=0.

Assertion 5. On rappelle qu'un produit scalaire est une forme bilinéaire symétrique définie positive sur un R\mathbb{R}-espace vectoriel. On désigne par R1[X]\mathbb{R}_1[X] le R\mathbb{R}-espace vectoriel des polynômes d'une indéterminée XX et à coefficients réels de degré au plus 11. L'application suivante :

ϕ:R1[X]×R1[X]R(P,Q)P(0)Q(0)+P(1)Q(1) \phi:\begin{array}{rcl} \mathbb{R}_1[X]\times\mathbb{R}_1[X]&\longrightarrow&\mathbb{R}\\ (P,Q)&\longmapsto&P(0)Q(0)+P(1)Q(1) \end{array}

est un produit scalaire.

Assertion 6. Soit nn un entier supérieur ou égal à 22. Soient ω0,,ωn1C\omega_0,\dots,\omega_{n-1}\in\mathbb{C} les nn racines nn-ièmes de l'unité, et soit p[ ⁣[1,n1] ⁣]p\in[\![1,n-1]\!]. Alors :

k=0n1ωkp=0 \sum_{k=0}^{n-1}\omega_k^{\,p}=0

Assertion 7. L'équation différentielle :

xR,  (1x)y(x)+y(x)=0 \forall x\in\mathbb{R},\;(1-x)y'(x)+y(x)=0

admet au moins une solution définie sur R\mathbb{R} autre que la fonction nulle.

Indices (7)

Assertion 1. Le théorème de Fermat dit qu'un extremum local intérieur d'une fonction dérivable annule la dérivée. La question posée est celle de sa réciproque. Chercher la fonction la plus simple dont la dérivée s'annule sans changer de signe.

Assertion 2. On n'intègre pas sin2\sin^{2} directement : on le linéarise. Quelle est la valeur de sin(2nπ)\sin(2n\pi) quand nn est un entier ? Penser aussi au cas n=0n=0, que l'énoncé inclut.

Assertion 3. Trois longueurs à comparer, c'est trois calculs ; un seul quotient d'affixes donne tout. Calculer zCzBzAzB\dfrac{z_C-z_B}{z_A-z_B} : son module compare deux longueurs, son argument donne l'angle en BB. À quoi sert l'hypothèse t1t\neq1 ?

Assertion 4. Un polynôme est une fonction continue. Que valent limx+P(x)\lim_{x\to+\infty}P(x) et limxP(x)\lim_{x\to-\infty}P(x) quand le degré est impair ? Quel théorème conclut alors, et quelles hypothèses demande-t-il ?

Assertion 5. Trois des quatre propriétés sont immédiates. La quatrième — « définie » — est celle que l'énoncé met à l'épreuve : si P(0)=P(1)=0P(0)=P(1)=0, combien de racines a PP, et quel est son degré ?

Assertion 6. Écrire toutes les racines comme les puissances d'une seule : ωk=ζk\omega_k=\zeta^{k} avec ζ=e2iπ/n\zeta=e^{2i\pi/n}. La somme devient géométrique de raison ζp\zeta^{p}. Sous quelle condition la formule de la somme géométrique s'applique-t-elle, et où l'hypothèse pn1p\leqslant n-1 intervient-elle ?

Assertion 7. Le coefficient 1x1-x s'annule en 11 : l'équation n'est pas résolue en yy' sur R\mathbb{R}. Résoudre d'abord sur un intervalle qui évite 11, puis vérifier si la fonction trouvée reste solution en x=1x=1. Une seule fonction candidate suffit à conclure.

Correction détaillée
Ce qu'il faut voir

Sept assertions, sept domaines du tronc commun de licence — c'est un balayage, pas un problème : chaque assertion se traite en quelques lignes, indépendamment des autres.

assertion ce qui est testé chapitre de l'app
1 réciproque du théorème de Fermat Fonctions d'une variable réelle
2 linéarisation et intégration d'un carré trigonométrique Intégrales
3 quotient d'affixes, longueurs et angles Nombres complexes
4 théorème des valeurs intermédiaires, degré impair Polynômes
5 les quatre axiomes d'un produit scalaire Espaces euclidiens
6 somme géométrique, racines nn-ièmes de l'unité Nombres complexes
7 équation différentielle linéaire non résolue Équations différentielles

La consigne décide de la rédaction, et il faut la prendre au mot : « Toute réponse non argumentée ne sera pas prise en compte. » Un verdict nu ne répond pas à la question posée, même juste. Concrètement, deux régimes de preuve, et ils ne se ressemblent pas :

  • une assertion VRAIE se démontre — dans le cas général, avec les hypothèses nommées et le théorème cité avec ses conditions. Trois exemples numériques ne prouvent rien ;
  • une assertion FAUSSE se réfute par UN contre-exemple explicite — une fonction, un polynôme, un réel, écrits noir sur blanc, et la vérification que l'assertion y échoue. Un discours du type « ce n'est pas toujours vrai » n'est pas une réfutation : il ne nomme aucun objet.

⚠️ Le comptage final est déséquilibré : six assertions sont vraies, une seule est fausse. Ce n'est pas une observation décorative. Devant un Vrai/Faux, la tentation est d'« équilibrer » ses réponses et de chercher l'erreur là où il n'y en a pas — ici, cinq des six assertions vraies sont formulées de façon à inquiéter (un coefficient qui s'annule, une formule qui ressemble à une réciproque fausse, un produit scalaire défini par deux évaluations seulement). Chaque assertion se juge seule, sur sa démonstration.

Une dernière chose, qui vaut pour les sept : plusieurs hypothèses ont l'air décoratives et ne le sont pas. t1t\neq1 (assertion 3), « de degré au plus 11 » (assertion 5), p[ ⁣[1,n1] ⁣]p\in[\![1,n-1]\!] (assertion 6) : à chaque fois, c'est exactement l'hypothèse sans laquelle l'assertion tombe. Repérer ce qu'une hypothèse empêche est la moitié du travail — voir Raisonnement.

Assertion 1 — FAUSSE

Ce que ça teste. Le théorème de Fermat et, surtout, le sens de son implication. Il est enseigné dans Fonctions d'une variable réelle : si ff est dérivable en aa, si aa est intérieur à l'intervalle d'étude et si ff admet en aa un extremum local, alors f(a)=0f'(a)=0. L'assertion propose la réciproque. Elle est fausse.

La rédaction attendue. Posons f:xx3f:x\mapsto x^{3}, définie et dérivable sur R\mathbb{R}, de dérivée f(x)=3x2f'(x)=3x^{2}. On a bien f(0)=0f'(0)=0 : l'hypothèse est vérifiée en a=0a=0.

Montrons que ff n'admet en 00 ni minimum local ni maximum local. Soit η>0\eta>0 quelconque. Le réel η2\tfrac{\eta}{2} appartient à ]η,η[\left]-\eta,\eta\right[, et

f ⁣(η2)=η38<0=f(0)<η38=f ⁣(η2). f\!\left(-\tfrac{\eta}{2}\right)=-\frac{\eta^{3}}{8}<0=f(0)<\frac{\eta^{3}}{8}=f\!\left(\tfrac{\eta}{2}\right).

Ainsi, sur tout voisinage de 00, ff prend des valeurs strictement inférieures et des valeurs strictement supérieures à f(0)f(0). Or :

  • « ff admet en 00 un minimum local » signifie η>0,  x]η,η[,  f(x)f(0)\exists\eta>0,\;\forall x\in\left]-\eta,\eta\right[,\;f(x)\geqslant f(0), ce que η2-\tfrac{\eta}{2} contredit pour tout η\eta ;
  • « ff admet en 00 un maximum local » signifie η>0,  x]η,η[,  f(x)f(0)\exists\eta>0,\;\forall x\in\left]-\eta,\eta\right[,\;f(x)\leqslant f(0), ce que +η2+\tfrac{\eta}{2} contredit pour tout η\eta.

Donc ff n'admet en 00 aucun extremum local, et l'assertion est fausse.

Les pièges.

  • Répondre « faux » sans contre-exemple. C'est exactement ce que la consigne écarte : une réponse non argumentée laisse la question sans réponse. Un contre-exemple, ici, tient en trois lignes : il n'y a aucune raison de s'en priver.
  • Exhiber x3x^{3} sans rien vérifier. Écrire « x3x^{3} convient » ne suffit pas : il faut dire pourquoi 00 n'est pas un extremum, donc nier la définition. C'est un exercice de quantificateurs — le η\forall\eta doit apparaître, sinon on a seulement traité un voisinage particulier.
  • Confondre condition nécessaire et condition suffisante. Fermat donne une condition nécessaire d'extremum intérieur. La condition suffisante usuelle est tout autre : si ff' s'annule en aa en changeant de signe, alors ff a un extremum local en aa — voir Fonctions d'une variable réelle. ⚠️ « Changer de signe » s'entend au sens strict : ff' négative sur tout un intervalle ]aη,a[\left]a-\eta,a\right[ et positive sur tout un intervalle ]a,a+η[\left]a,a+\eta\right[, ou l'inverse. Une dérivée qui prendrait les deux signes dans tout voisinage de aa sans être de signe constant d'un côté ne suffirait pas. C'est ce changement de signe qui manque à xx3x\mapsto x^{3}, dont la dérivée 3x23x^{2} reste positive.
  • Croire que l'hypothèse « dérivable sur R\mathbb{R} » sauve l'assertion. Elle ne sert qu'à donner un sens à f(a)f'(a) ; aucune régularité ne rend la réciproque vraie. La fonction xx3x\mapsto x^{3} est pourtant de classe C\mathcal{C}^{\infty}.

Recoupement. f(x)=3x20f'(x)=3x^{2}\geqslant0 sur R\mathbb{R}, et ff' ne s'annule qu'en 00 : par le critère « dérivée positive ne s'annulant qu'en des points isolés » — qu'il faut nommer, car f0f'\geqslant0 seul ne donne que la croissance au sens large —, ff est strictement croissante sur R\mathbb{R}. Une fonction strictement croissante n'admet d'extremum local en aucun point intérieur — le contre-exemple est donc solide pour une seconde raison, indépendante du calcul de voisinage. Numériquement : f(0,1)=0,001<0<0,001=f(0,1)f(-0{,}1)=-0{,}001<0<0{,}001=f(0{,}1), et le même encadrement se resserre sans jamais changer de sens, aussi près de 00 qu'on veuille.

Assertion 2 — VRAIE

Ce que ça teste. L'intégration d'un carré trigonométrique par linéarisation, et la valeur de sin\sin aux multiples entiers de π\pi. Chapitre : Intégrales.

La rédaction attendue. Soit nNn\in\mathbb{N}. La fonction xsin2(x)x\mapsto\sin^{2}(x) est continue sur R\mathbb{R}, donc sur le segment [0,nπ][0,n\pi] : l'intégrale existe. La formule de duplication cos(2x)=12sin2(x)\cos(2x)=1-2\sin^{2}(x) donne

sin2(x)=1cos(2x)2, \sin^{2}(x)=\frac{1-\cos(2x)}{2},

d'où

0nπsin2(x)dx=120nπdx120nπcos(2x)dx=nπ212[sin(2x)2]0nπ. \int_{0}^{n\pi}\sin^{2}(x)\,\mathrm{d}x=\frac{1}{2}\int_{0}^{n\pi}\mathrm{d}x-\frac{1}{2}\int_{0}^{n\pi}\cos(2x)\,\mathrm{d}x=\frac{n\pi}{2}-\frac{1}{2}\left[\frac{\sin(2x)}{2}\right]_{0}^{n\pi}.

Or sin(2nπ)=0\sin(2n\pi)=0 car nn est un entier, et sin(0)=0\sin(0)=0 : le crochet est nul. Donc

0nπsin2(x)dx=nπ2, \int_{0}^{n\pi}\sin^{2}(x)\,\mathrm{d}x=\frac{n\pi}{2},

et l'assertion est vraie, pour tout nNn\in\mathbb{N}, n=0n=0 compris (les deux membres valent alors 00).

Les pièges.

  • Chercher une primitive de sin2\sin^{2} « par analogie ». 13sin3(x)\tfrac{1}{3}\sin^{3}(x) n'est pas une primitive de sin2(x)\sin^{2}(x) : en dérivant, on obtient sin2(x)cos(x)\sin^{2}(x)\cos(x). La linéarisation n'est pas une astuce, c'est le chemin.
  • Oublier de justifier l'existence de l'intégrale. La continuité se dit avant qu'on manipule le symbole \int : c'est elle qui donne un sens à l'objet qu'on calcule. Ici c'est une ligne, et elle est gratuite.
  • Oublier le cas n=0n=0. L'énoncé écrit nNn\in\mathbb{N}, qui contient 00. L'assertion reste vraie, mais une rédaction qui suppose n1n\geqslant1 sans le dire laisse un trou.
  • Invoquer « la valeur moyenne de sin2\sin^{2} vaut 12\tfrac12 » comme une évidence. C'est exact — et c'est précisément ce que le calcul démontre. Citer un résultat à la place de sa preuve, sur une question dont c'est tout l'objet, ne peut pas tenir lieu de démonstration.
  • Le point où le caractère entier de nn sert. Si nn était un réel quelconque, le crochet [sin(2x)2]0nπ\left[\tfrac{\sin(2x)}{2}\right]_{0}^{n\pi} vaudrait sin(2nπ)2\tfrac{\sin(2n\pi)}{2} — sa contribution à l'intégrale, elle, en est l'opposé de la moitié, soit sin(2nπ)4-\tfrac{\sin(2n\pi)}{4} : le crochet et sa contribution ne sont pas le même nombre — et l'intégrale vaudrait nπ2sin(2nπ)4\tfrac{n\pi}{2}-\tfrac{\sin(2n\pi)}{4}, en général différente de nπ2\tfrac{n\pi}{2}. L'hypothèse nNn\in\mathbb{N} n'est pas décorative : pour n=14n=\tfrac14, l'intégrale vaut π814\tfrac{\pi}{8}-\tfrac14 et non π8\tfrac{\pi}{8}.

Recoupement. Second chemin, indépendant de la primitive : sin2\sin^{2} est π\pi-périodique, donc 0nπsin2=n0πsin2\int_{0}^{n\pi}\sin^{2}=n\int_{0}^{\pi}\sin^{2}. Et le changement de variable u=π2xu=\tfrac{\pi}{2}-x échange sin2\sin^{2} et cos2\cos^{2}, mais il envoie [0,π][0,\pi] sur [π2,π2]\left[-\tfrac{\pi}{2},\tfrac{\pi}{2}\right] : il donne 0πsin2=π/2π/2cos2\int_{0}^{\pi}\sin^{2}=\int_{-\pi/2}^{\pi/2}\cos^{2}, et c'est la π\pi-périodicité de cos2\cos^{2} — le pas qu'on saute trop vite — qui ramène cette dernière intégrale à 0πcos2\int_{0}^{\pi}\cos^{2}. On a donc bien 0πsin2=0πcos2\int_{0}^{\pi}\sin^{2}=\int_{0}^{\pi}\cos^{2} ; leur somme valant 0πdx=π\int_{0}^{\pi}\mathrm{d}x=\pi, chacune vaut π2\tfrac{\pi}{2}. On retrouve nπ2n\cdot\tfrac{\pi}{2}.

Valeurs numériques : pour n=1n=1, l'intégrale vaut π21,570796\tfrac{\pi}{2}\approx1{,}570796 ; pour n=3n=3, 3π24,712389\tfrac{3\pi}{2}\approx4{,}712389 ; pour n=7n=7, 7π210,995574\tfrac{7\pi}{2}\approx10{,}995574.

Assertion 3 — VRAIE

Ce que ça teste. La lecture géométrique d'un quotient d'affixes : module et argument donnent d'un seul calcul un rapport de longueurs et un angle. Chapitre : Nombres complexes, et le socle sur les modules et arguments dans Nombres complexes.

La rédaction attendue. Notons zA=tz_A=t, zB=1z_B=1 et zC=1+i(1t)z_C=1+i(1-t), avec tRt\in\mathbb{R} et t1t\neq1.

Comme t1t\neq1, on a zAzB=t10z_A-z_B=t-1\neq0 : le quotient ci-dessous est bien défini, et ABA\neq B. Calculons

zCzBzAzB=(1+i(1t))1t1=i(1t)t1=i(t1)t1=i. \frac{z_C-z_B}{z_A-z_B}=\frac{\bigl(1+i(1-t)\bigr)-1}{t-1}=\frac{i(1-t)}{t-1}=\frac{-i(t-1)}{t-1}=-i.

On en tire les deux renseignements d'un coup :

  • module : BCBA=i=1\dfrac{BC}{BA}=\lvert -i\rvert=1, donc BA=BCBA=BC : le triangle est isocèle en BB ;
  • argument : (BA,BC)arg(i)π2(mod2π)\bigl(\vec{BA},\vec{BC}\bigr)\equiv\arg(-i)\equiv-\dfrac{\pi}{2}\pmod{2\pi}, donc le triangle est rectangle en BB.

Enfin, ABCABC est bien un vrai triangle — et chacune des distinctions demande son propre argument, BA>0BA>0 ne donnant à lui seul que ABA\neq B.

  • Trois points distincts : BA=t1>0BA=\lvert t-1\rvert>0 donne ABA\neq B ; le module du quotient valant 11, on a BC=BA>0BC=BA>0, donc CBC\neq B ; et ce quotient valant i1-i\neq1, on a zCzAz_C\neq z_A, donc ACA\neq C.
  • Non alignés : AA, BB, CC sont alignés si et seulement si le quotient zCzBzAzB\tfrac{z_C-z_B}{z_A-z_B} est réel, c'est-à-dire d'argument congru à 00 modulo π\pi. Or cet argument vaut π2-\tfrac{\pi}{2}, qui ne l'est pas.

L'assertion est vraie : ABCABC est isocèle rectangle en BB.

Les pièges.

  • Diviser sans dire pourquoi c'est licite. L'hypothèse t1t\neq1 sert exactement à cela. Sans elle, A=B=CA=B=C et il n'y a pas de triangle : l'assertion perdrait son sens.
  • Ne pas préciser le sommet. « Isocèle et rectangle » sans dire « en BB » laisse la conclusion à moitié écrite : le sommet fait partie de l'énoncé du résultat.
  • Calculer trois longueurs et s'arrêter à Pythagore. La démarche est correcte mais elle demande une étape de plus : le triangle est rectangle par la réciproque du théorème de Pythagore, qu'il faut citer comme telle. Le quotient d'affixes, lui, donne l'angle directement.
  • L'erreur de signe. i(1t)i(1-t) vaut i(t1)-i(t-1), pas i(t1)i(t-1). Avec le mauvais signe on trouve +i+i : la conclusion géométrique est la même, mais l'angle est orienté dans l'autre sens, et le calcul est faux.
  • Croire que tt pourrait être complexe. L'énoncé dit « soit tt un réel » ; c'est ce qui place AA sur l'axe des réels. Le calcul ci-dessus n'utilise pourtant pas cette réalité — le résultat vaudrait pour tt complexe différent de 11, ce qui est une remarque, pas une licence pour sauter l'hypothèse.

Recoupement. Deux cas particuliers, calculés indépendamment :

tt AA CC BABA BCBC ACAC Pythagore
00 00 1+i1+i 11 11 2\sqrt2 1+1=21+1=2
3-3 3-3 1+4i1+4i 44 44 424\sqrt2 16+16=3216+16=32

Et dans le cas général : BA=BC=t1BA=BC=\lvert t-1\rvert tandis que AC=t12AC=\lvert t-1\rvert\sqrt2, donc BA2+BC2AC2=0BA^{2}+BC^{2}-AC^{2}=0 identiquement. Le triangle est toujours un demi-carré.

Assertion 4 — VRAIE

Ce que ça teste. Le théorème des valeurs intermédiaires et le comportement d'un polynôme en ±\pm\infty. Chapitres : Polynômes pour le degré et le coefficient dominant, Fonctions d'une variable réelle pour le TVI.

La rédaction attendue. Soit P=k=0NakXkP=\sum_{k=0}^{N}a_kX^{k} de degré NN impair, donc aN0a_N\neq0 et N1N\geqslant1. Quitte à remplacer PP par P-P, qui a exactement les mêmes racines, on suppose aN>0a_N>0.

Pour x0x\neq0, on factorise par le terme dominant :

P(x)=aNxN(1+k=0N1akaNxkN). P(x)=a_Nx^{N}\left(1+\sum_{k=0}^{N-1}\frac{a_k}{a_N}\,x^{k-N}\right).

Chaque exposant kNk-N est strictement négatif, donc la parenthèse tend vers 11 quand x+\lvert x\rvert\to+\infty ; en particulier elle est strictement positive pour x\lvert x\rvert assez grand. Le signe de P(x)P(x) est alors celui de aNxNa_Nx^{N}. Comme NN est impair, xNx^{N} est du signe de xx, donc

limx+P(x)=+etlimxP(x)=. \lim_{x\to+\infty}P(x)=+\infty\qquad\text{et}\qquad\lim_{x\to-\infty}P(x)=-\infty.

Il existe donc deux réels u<vu<v tels que P(u)<0<P(v)P(u)<0<P(v). La fonction polynomiale PP est continue sur R\mathbb{R}, donc sur le segment [u,v][u,v], et 00 est compris entre P(u)P(u) et P(v)P(v) : par le théorème des valeurs intermédiaires, il existe x]u,v[x\in\left]u,v\right[ tel que P(x)=0P(x)=0. L'assertion est vraie.

Les pièges.

  • Écrire « TVI » sans vérifier ses hypothèses. Le sigle ne remplace pas la vérification de ses hypothèses, et l'écrire seul laisse la question sans réponse. Il faut dire que PP est continue, et exhiber deux points où elle prend des valeurs de signes contraires — c'est là tout le travail, et il vient du degré impair.
  • Affirmer « un polynôme de degré impair a un nombre impair de racines réelles, comptées avec multiplicité ». C'est vrai, et c'est même une preuve recevable — à condition de la mener : elle repose sur d'Alembert-Gauss et sur le fait que zz et z\overline{z} ont la même multiplicité. Énoncée nue, en revanche, elle ne démontre rien. Attention au sens de l'implication : cette affirmation est plus forte que ce qu'on demande — un nombre impair vaut au moins 11, donc elle entraîne bien la conclusion, mais la conclusion ne la donne pas —, donc plus exigeante à établir. C'est le chemin de la seconde preuve ci-dessous, et il faut le parcourir.
  • Oublier le cas aN<0a_N<0. Le « quitte à remplacer PP par P-P » règle la question en une ligne ; l'omettre laisse la moitié des polynômes hors de la démonstration.
  • Ne pas voir où l'hypothèse sert. Pour NN pair, les deux limites valent ++\infty (si aN>0a_N>0) et l'assertion tombe : X2+1X^{2}+1 ne s'annule sur aucun réel. Une bonne copie dit pourquoi la parité change tout.

Une seconde preuve, tout aussi recevable. Par le théorème de d'Alembert-Gauss, PP admet NN racines complexes comptées avec multiplicité. Comme PP est à coefficients réels, P(z)=P(z)\overline{P(z)}=P(\overline{z}), donc les racines non réelles vont par paires conjuguées. Elles y vont avec la même multiplicité : chaque dérivée P(k)P^{(k)} est encore à coefficients réels, donc P(k)(z)=0P^{(k)}(z)=0 équivaut à P(k)(z)=0P^{(k)}(\overline{z})=0, et zz, z\overline{z} ont donc même ordre d'annulation. Comptées avec multiplicité, les racines non réelles sont ainsi en nombre pair. Le degré NN étant impair, il reste au moins une racine réelle. C'est plus court, à condition de citer les deux ingrédients.

Recoupement. Prenons P=X32X+2P=X^{3}-2X+2. On a P(2)=8+4+2=2<0P(-2)=-8+4+2=-2<0 et P(0)=2>0P(0)=2>0 : le TVI donne une racine dans ]2,0[\left]-2,0\right[. Numériquement, elle vaut environ 1,769292-1{,}769292, et c'est la seule racine réelle — le polynôme a bien une racine, sans en avoir trois. Contre-témoin du côté du degré pair : X2+1X^{2}+1 n'a aucune racine réelle, ce qui confirme que l'imparité est l'hypothèse porteuse.

Assertion 5 — VRAIE

Ce que ça teste. Les quatre propriétés qui définissent un produit scalaire, et surtout la dernière — « définie » —, celle qui dépend de l'espace sur lequel on travaille. Chapitres : Espaces euclidiens et Formes quadratiques.

La rédaction attendue. Posons, pour P,QR1[X]P,Q\in\mathbb{R}_1[X],   ϕ(P,Q)=P(0)Q(0)+P(1)Q(1)\;\phi(P,Q)=P(0)Q(0)+P(1)Q(1). Vérifions les quatre points.

Bilinéaire. Pour aRa\in\mathbb{R} fixé, l'évaluation eva:PP(a)\mathrm{ev}_a:P\mapsto P(a) est une forme linéaire sur R1[X]\mathbb{R}_1[X]. Donc, à QQ fixé, Pϕ(P,Q)=ev0(P)Q(0)+ev1(P)Q(1)P\mapsto\phi(P,Q)=\mathrm{ev}_0(P)Q(0)+\mathrm{ev}_1(P)Q(1) est linéaire comme combinaison linéaire de formes linéaires ; par symétrie (point suivant), ϕ\phi est linéaire à droite aussi.

Symétrique. ϕ(Q,P)=Q(0)P(0)+Q(1)P(1)=ϕ(P,Q)\phi(Q,P)=Q(0)P(0)+Q(1)P(1)=\phi(P,Q), la multiplication dans R\mathbb{R} étant commutative.

Positive. ϕ(P,P)=P(0)2+P(1)20\phi(P,P)=P(0)^{2}+P(1)^{2}\geqslant0, somme de deux carrés de réels.

Définie. Supposons ϕ(P,P)=0\phi(P,P)=0, c'est-à-dire P(0)2+P(1)2=0P(0)^{2}+P(1)^{2}=0. Une somme de deux carrés de réels est nulle si et seulement si chacun l'est, donc P(0)=P(1)=0P(0)=P(1)=0. Ainsi PP admet deux racines distinctes, 00 et 11. Or un polynôme non nul de degré au plus 11 admet au plus une racine. Donc P=0P=0.

Les quatre propriétés sont vérifiées : l'assertion est vraie, ϕ\phi est un produit scalaire sur R1[X]\mathbb{R}_1[X].

Les pièges.

  • S'arrêter à « positive ». C'est l'erreur que l'énoncé attend. Il rappelle d'ailleurs la définition complète — quand un sujet prend la peine de rappeler « définie positive », c'est le mot « définie » qu'il faut aller regarder.
  • Ne pas voir que « de degré au plus 11 » est l'hypothèse porteuse. La même formule sur R2[X]\mathbb{R}_2[X] n'est plus un produit scalaire : le polynôme P=X(X1)P=X(X-1) est non nul et vérifie P(0)=P(1)=0P(0)=P(1)=0, donc ϕ(P,P)=0\phi(P,P)=0. La forme reste bilinéaire, symétrique et positive, mais elle n'est plus définie. Signaler ce contraste est la meilleure façon de montrer qu'on a compris l'exercice.
  • Confondre « définie » et « non dégénérée ». Les deux notions diffèrent en général — la forme (x,y)x2y2(x,y)\mapsto x^{2}-y^{2} est non dégénérée sans être définie —, mais pas ici : pour une forme positive, elles coïncident, et ϕ\phi l'est. Sur R2[X]\mathbb{R}_2[X], ϕ\phi n'est donc pas seulement non définie, elle y est aussi dégénérée : X(X1)X(X-1) vérifie ϕ(X(X1),Q)=0\phi(X(X-1),Q)=0 pour tout QQ, il appartient donc au radical, et la matrice de Gram dans (1,X,X2)(1,X,X^{2}) y est de rang 22. La distinction ne joue que pour une forme non positive.
  • Bâcler la bilinéarité. Elle est immédiate, mais il faut dire d'où elle vient : la linéarité de l'évaluation. « C'est évident » n'est pas une justification.

Recoupement. Matriciellement, dans la base canonique (1,X)(1,X) de R1[X]\mathbb{R}_1[X] : ϕ(1,1)=1+1=2\phi(1,1)=1+1=2, ϕ(1,X)=0+1=1\phi(1,X)=0+1=1 et ϕ(X,X)=0+1=1\phi(X,X)=0+1=1. La matrice de Gram est

G=(2111). G=\begin{pmatrix}2&1\\1&1\end{pmatrix}.

Elle est symétrique, et ses deux mineurs principaux dominants — 22 en haut à gauche, puis detG=1\det G=1 — sont strictement positifs : par le critère de Sylvester, GG est définie positive. (Il y en a bien deux, un par ordre : D1>0D_1>0 seul ne suffirait pas.) Ses valeurs propres sont 3±52\tfrac{3\pm\sqrt5}{2}, soit environ 0,3819660{,}381966 et 2,6180342{,}618034 — toutes deux strictement positives, ce qui confirme le verdict par un troisième chemin.

Assertion 6 — VRAIE

Ce que ça teste. La structure du groupe des racines nn-ièmes de l'unité et la formule de la somme géométrique — plus précisément, la condition sous laquelle cette formule s'applique. Chapitre : Nombres complexes.

La rédaction attendue. Posons ζ=e2iπ/n\zeta=e^{2i\pi/n}. Les nn racines nn-ièmes de l'unité sont exactement les ζk\zeta^{k} pour k[ ⁣[0,n1] ⁣]k\in[\![0,n-1]\!] ; comme une somme ne dépend pas de l'ordre de ses termes, on peut supposer ωk=ζk\omega_k=\zeta^{k}. Alors

k=0n1ωkp=k=0n1ζkp=k=0n1(ζp)k. \sum_{k=0}^{n-1}\omega_k^{\,p}=\sum_{k=0}^{n-1}\zeta^{kp}=\sum_{k=0}^{n-1}\bigl(\zeta^{p}\bigr)^{k}.

C'est une somme géométrique de raison q=ζpq=\zeta^{p}. Vérifions que q1q\neq1 : on a ζp=e2iπp/n=1\zeta^{p}=e^{2i\pi p/n}=1 si et seulement si nn divise pp. Or 1pn11\leqslant p\leqslant n-1, donc 0<pn<10<\tfrac{p}{n}<1 et nn ne divise pas pp : ainsi ζp1\zeta^{p}\neq1. La formule s'applique :

k=0n1(ζp)k=(ζp)n1ζp1=(ζn)p1ζp1=1p1ζp1=0, \sum_{k=0}^{n-1}\bigl(\zeta^{p}\bigr)^{k}=\frac{\bigl(\zeta^{p}\bigr)^{n}-1}{\zeta^{p}-1}=\frac{\bigl(\zeta^{n}\bigr)^{p}-1}{\zeta^{p}-1}=\frac{1^{p}-1}{\zeta^{p}-1}=0,

puisque ζn=1\zeta^{n}=1. L'assertion est vraie.

Les pièges.

  • Appliquer la somme géométrique sans vérifier que la raison diffère de 11. C'est le piège central, et c'est exactement à cela que sert l'hypothèse p[ ⁣[1,n1] ⁣]p\in[\![1,n-1]\!]. Pour p=0p=0 ou p=np=n, tous les termes valent 11 et la somme vaut nn, pas 00 : l'assertion serait fausse. Une copie qui ne mentionne jamais cette condition n'a pas traité la question posée.
  • Croire que (ωkp)k(\omega_k^{\,p})_k est encore la famille des racines nn-ièmes. C'est vrai seulement si pp et nn sont premiers entre eux. Pour n=4n=4 et p=2p=2, la famille devient (1,1,1,1)(1,-1,1,-1) : chaque racine carrée de l'unité y figure deux fois. La somme est bien nulle, mais pas pour la raison qu'on croit — et l'argument « c'est encore la somme de toutes les racines » est alors faux.
  • Ne traiter que p=1p=1. Le cas ωk=0\sum\omega_k=0 est un classique ; l'énoncé demande strictement plus. Le passage à ωkp\omega_k^{\,p} est précisément ce qui est testé.
  • Un argument recevable, si on le mène jusqu'au bout. On peut invoquer que ω0,,ωn1\omega_0,\dots,\omega_{n-1} sont les racines de Xn1X^{n}-1 et que leur somme vaut an1=0-a_{n-1}=0 par les relations coefficients-racines. Mais cela ne donne que le cas p=1p=1 : pour pp quelconque il faut revenir à la somme géométrique, ou traiter les sommes de Newton.

Recoupement. Trois cas explicites, calculés terme à terme :

nn pp les ωkp\omega_k^{\,p} somme
44 22 1,1,1,11,\,-1,\,1,\,-1 00
66 33 1,1,1,1,1,11,\,-1,\,1,\,-1,\,1,\,-1 00
1212 88 1,j2,j,  1,\,j^{2},\,j,\; répétés quatre fois, avec j=e2iπ/3j=e^{2i\pi/3} 4(1+j+j2)=04(1+j+j^{2})=0

La dernière ligne illustre le deuxième piège : les valeurs ne sont plus les douze racines douzièmes mais les trois racines cubiques, chacune comptée quatre fois. Le regroupement djd\sum_{j} avec d=gcd(p,n)d=\gcd(p,n) redonne bien 00, ce qui fournit une seconde démonstration : si d=gcd(p,n)d=\gcd(p,n), alors ζp\zeta^{p} est une racine primitive nd\tfrac{n}{d}-ième de l'unité et la somme vaut dd fois la somme de toutes les racines nd\tfrac{n}{d}-ièmes, donc 00 dès que nd>1\tfrac{n}{d}>1 — c'est-à-dire dès que nn ne divise pas pp.

Assertion 7 — VRAIE

Ce que ça teste. Une équation différentielle linéaire du premier ordre non résolue : le coefficient de yy' s'annule. Chapitres : Équations différentielles et Équations différentielles.

La rédaction attendue — et elle tient en trois lignes. Posons y:xx1y:x\mapsto x-1. Cette fonction est dérivable sur R\mathbb{R}, de dérivée y(x)=1y'(x)=1, et pour tout xRx\in\mathbb{R} :

(1x)y(x)+y(x)=(1x)1+(x1)=1x+x1=0. (1-x)y'(x)+y(x)=(1-x)\cdot1+(x-1)=1-x+x-1=0.

De plus y(0)=10y(0)=-1\neq0, donc yy n'est pas la fonction nulle. L'équation admet donc une solution définie sur R\mathbb{R} tout entier et non nulle : l'assertion est vraie.

Comment on la trouve (ce qu'une copie a intérêt à montrer). Sur l'intervalle ]1,+[\left]1,+\infty\right[, où 1x01-x\neq0, l'équation s'écrit sous forme résolue

y(x)=y(x)x1, y'(x)=\frac{y(x)}{x-1},

équation linéaire homogène à coefficient continu. Une primitive de t1t1t\mapsto\tfrac{1}{t-1} y est xln(x1)x\mapsto\ln(x-1), donc les solutions sont les xCeln(x1)=C(x1)x\mapsto C\mathrm{e}^{\ln(x-1)}=C(x-1), CRC\in\mathbb{R}. Sur ],1[\left]-\infty,1\right[, le calcul est le même à la primitive près : on y prend ln(1x)\ln(1-x), ce qui donne les xC(1x)x\mapsto C(1-x) — la même famille, au signe de la constante près. L'expression C(x1)C(x-1), elle, a un sens sur R\mathbb{R} tout entier : il suffit alors de vérifier par substitution qu'elle reste solution en x=1x=1, ce que fait le calcul ci-dessus.

⚠️ Cette vérification n'est pas une formalité. Les deux primitives employées, ln(x1)\ln(x-1) et ln(1x)\ln(1-x), n'ont aucun sens en x=1x=1 ; rien ne garantit a priori qu'une formule obtenue sur un intervalle définisse encore une solution au point interdit. Ici elle le fait ; ce n'est pas toujours le cas.

Les pièges.

  • Croire qu'un coefficient qui s'annule interdit toute solution globale. C'est le piège central de l'assertion, et le réflexe qu'elle veut corriger : le point x=1x=1 est un point singulier de l'équation, pas un point où les solutions cessent d'exister.
  • Conclure « y=Cx1y=C\lvert x-1\rvert » et s'arrêter là. La fonction xx1x\mapsto\lvert x-1\rvert n'est pas dérivable en 11 — dérivée à gauche 1-1, dérivée à droite +1+1 — donc elle n'est pas solution sur R\mathbb{R}. L'énoncé écrit « xR\forall x\in\mathbb{R} » : yy doit être dérivable partout, x=1x=1 compris. La valeur absolue est un artefact de la primitive de 1x1\tfrac{1}{x-1}, à lever en discutant du signe sur chaque intervalle.
  • Recoller deux constantes différentes. La fonction valant C1(x1)C_1(x-1) pour x<1x<1 et C2(x1)C_2(x-1) pour x1x\geqslant1 est continue en 11 quelles que soient C1C_1 et C2C_2, mais elle n'y est dérivable que si C1=C2C_1=C_2. C'est la dérivabilité, et non la continuité, qui recolle les deux morceaux.
  • Invoquer Cauchy-Lipschitz sur R\mathbb{R}. Le théorème de Cauchy linéaire s'applique à y=a(x)yy'=a(x)y avec aa continue sur un intervalle ; ici a(x)=1x1a(x)=\tfrac{1}{x-1} n'est pas définie en 11. On ne peut l'utiliser que sur ],1[\left]-\infty,1\right[ ou ]1,+[\left]1,+\infty\right[, jamais d'un bloc.
  • Rendre une réponse sans vérification. Une simple substitution suffit à emporter la conviction, et c'est le seul argument qui traite le point x=1x=1.

Recoupement. La substitution a été vérifiée point par point, y compris en x=1x=1 où l'égalité s'écrit 01+0=00\cdot1+0=0. Par ailleurs, l'ensemble complet des solutions sur R\mathbb{R} est exactement {xC(x1)  ;  CR}\{x\mapsto C(x-1)\;;\;C\in\mathbb{R}\} : une droite vectorielle. C'est un fait remarquable, et un bon test de compréhension — sur R{1}\mathbb{R}\setminus\{1\}, en revanche, l'ensemble des solutions est un plan (une constante libre de chaque côté du point singulier). Le passage de la dimension 22 à la dimension 11 est exactement le prix de la dérivabilité en 11.

À retenir

Le verdict.

assertion verdict ce qui l'emporte
1 FAUSSE f:xx3f:x\mapsto x^{3} en a=0a=0
2 VRAIE linéarisation, et sin(2nπ)=0\sin(2n\pi)=0
3 VRAIE zCzBzAzB=i\dfrac{z_C-z_B}{z_A-z_B}=-i : isocèle rectangle en BB
4 VRAIE limites opposées en ±\pm\infty, puis TVI
5 VRAIE deux racines pour un degré au plus 11
6 VRAIE somme géométrique de raison ζp1\zeta^{p}\neq1
7 VRAIE y:xx1y:x\mapsto x-1, vérifiée en x=1x=1

Les sept réflexes.

  1. Une condition nécessaire ne se retourne pas. Fermat donne « extremum local intérieur \Longrightarrow dérivée nulle ». La réciproque est fausse, et xx3x\mapsto x^{3} en est le contre-exemple de référence.
  2. Un carré trigonométrique se linéarise. sin2(x)=1cos(2x)2\sin^{2}(x)=\tfrac{1-\cos(2x)}{2} est le seul chemin sûr ; et sin2\sin^{2} est π\pi-périodique, de valeur moyenne 12\tfrac12.
  3. Un quotient d'affixes dit deux choses à la fois. zCzBzAzB\dfrac{z_C-z_B}{z_A-z_B} donne le rapport BCBA\tfrac{BC}{BA} par son module et l'angle en BB par son argument — à condition que ABA\neq B.
  4. Degré impair, donc racine réelle. Le mécanisme est toujours le même : factoriser par le terme dominant pour obtenir deux limites de signes opposés, puis appliquer le TVI en nommant la continuité et les deux bornes.
  5. « Défini » est l'axiome qui dépend de l'espace. La même formule est un produit scalaire sur R1[X]\mathbb{R}_1[X] et ne l'est plus sur R2[X]\mathbb{R}_2[X], où X(X1)X(X-1) la met en défaut. Quand un énoncé rappelle « définie positive », c'est là qu'il faut regarder.
  6. La somme géométrique exige une raison différente de 11. k=0n1qk=qn1q1\sum_{k=0}^{n-1}q^{k}=\tfrac{q^{n}-1}{q-1} suppose q1q\neq1 ; c'est tout le rôle de l'hypothèse p[ ⁣[1,n1] ⁣]p\in[\![1,n-1]\!], sans laquelle la somme vaudrait nn.
  7. Un point singulier n'interdit pas une solution globale. Devant une équation non résolue, résoudre sur chaque intervalle, puis vérifier par substitution si la formule obtenue survit au point interdit — et se rappeler que c'est la dérivabilité, pas la continuité, qui décide du recollement.

Et deux réflexes de méthode, valables pour tout Vrai/Faux de concours.

  • Ne pas chercher à équilibrer. Six assertions vraies pour une fausse : chaque assertion se juge seule. Inventer une objection à une assertion vraie laisse une question sans réponse, tout autant qu'une assertion fausse validée.
  • Lire les hypothèses comme des indices. t1t\neq1, « de degré au plus 11 », p[ ⁣[1,n1] ⁣]p\in[\![1,n-1]\!], nNn\in\mathbb{N} : dans ce sujet, chaque hypothèse un peu précise est celle sans laquelle l'assertion tombe. Se demander ce qu'elle empêche, c'est trouver le cœur de la question — et c'est aussi ce qui distingue une justification d'un récit.
Réponse. Assertion 1 — FAUSSE. Contre-exemple : f:xx3f:x\mapsto x^{3} vérifie f(0)=0f'(0)=0, mais sur tout voisinage de 00 elle prend des valeurs strictement plus petites et strictement plus grandes que f(0)f(0) : ni minimum ni maximum local. Assertion 2 — VRAIE. Par linéarisation, 0nπsin2=nπ2sin(2nπ)4=nπ2\int_{0}^{n\pi}\sin^{2}=\tfrac{n\pi}{2}-\tfrac{\sin(2n\pi)}{4}=\tfrac{n\pi}{2}, car nn est entier. Assertion 3 — VRAIE. zCzBzAzB=i\dfrac{z_C-z_B}{z_A-z_B}=-i : module 11 et argument π2-\tfrac{\pi}{2}, donc ABCABC est isocèle rectangle en BB (non aplati car t1t\neq1). Assertion 4 — VRAIE. Un polynôme de degré impair a des limites de signes opposés en ±\pm\infty ; continu, il s'annule par le théorème des valeurs intermédiaires. Assertion 5 — VRAIE. Bilinéaire, symétrique, positive, et définie : P(0)=P(1)=0P(0)=P(1)=0 donne deux racines à un polynôme de degré au plus 11, donc P=0P=0. Attention, c'est faux sur R2[X]\mathbb{R}_2[X] avec X(X1)X(X-1). Assertion 6 — VRAIE. Avec ζ=e2iπ/n\zeta=e^{2i\pi/n}, la somme vaut k(ζp)k=ζpn1ζp1=0\sum_{k}(\zeta^{p})^{k}=\tfrac{\zeta^{pn}-1}{\zeta^{p}-1}=0, la raison ζp\zeta^{p} étant 1\neq1 puisque 1pn11\leqslant p\leqslant n-1. Assertion 7 — VRAIE. y:xx1y:x\mapsto x-1 est dérivable sur R\mathbb{R}, non nulle, et (1x)1+(x1)=0(1-x)\cdot1+(x-1)=0 pour tout xx, x=1x=1 compris.
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Exercice 2 : Une suite d'intégrales

DémonstrationDifficulté 4/5

Sujet officiel — CAPES externe de mathématiques, session 2026, première épreuve écrite (bac+3). © ministère chargé de l'Éducation nationale, devenirenseignant.gouv.fr.

1. Rappeler le développement en série entière de la fonction exponentielle en précisant le rayon de convergence.

Dans cet exercice, on étudie la suite (In)nN(I_n)_{n\in\mathbb{N}} définie par :

I0=1  et, pour n1, In=01dxk=1n(x+k)=01dx(x+1)(x+2)(x+n). I_0=1\ \text{ et, pour } n\geqslant1,\ I_n=\int_0^1\frac{\mathrm{d}x}{\prod_{k=1}^n(x+k)}=\int_0^1\frac{\mathrm{d}x}{(x+1)(x+2)\cdots(x+n)}.

On rappelle que 0!=10!=1.

2. (a) Calculer I1I_1.

2. (b) Déterminer aa et bb tels que pour tout x[0,1]x\in[0,1],

1(x+1)(x+2)=ax+1+bx+2. \frac{1}{(x+1)(x+2)}=\frac{a}{x+1}+\frac{b}{x+2}.

2. (c) Calculer I2I_2.

3. (a) Établir que pour tout entier naturel nn :

1(n+1)!In1n! \frac{1}{(n+1)!}\leqslant I_n\leqslant\frac{1}{n!}

3. (b) En déduire que la série de terme général InI_n converge et déterminer un réel α\alpha tel que :

α1n=0+Inα \alpha-1\leqslant\sum_{n=0}^{+\infty}I_n\leqslant\alpha

On rappelle pour la fin de l'exercice que, étant données (un)nN(u_n)_{n\in\mathbb{N}^*} et (vn)nN(v_n)_{n\in\mathbb{N}^*} deux suites à valeurs réelles dont les termes ne s'annulent pas, on dit que (un)nN(u_n)_{n\in\mathbb{N}^*} et (vn)nN(v_n)_{n\in\mathbb{N}^*} sont équivalentes quand limn+unvn=1\lim_{n\to+\infty}\frac{u_n}{v_n}=1. On note alors unvnu_n\sim v_n.

4. (a) Justifier que pour tout réel t[0,1]t\in[0,1] :

1+texp(t) 1+t\leqslant\exp(t)

4. (b) Établir que, pour tout réel t[0,1]t\in[0,1] :

tt2ln(1+t) t-t^2\leqslant\ln(1+t)

puis que, pour tout réel t[0,1]t\in[0,1] :

exp(tt2)1+t \exp(t-t^2)\leqslant1+t

Dans la suite, pour tout entier naturel nn non nul, on pose :

Hn=k=1n1k=1+12++1netSn=k=1n1k2=1+122++1n2 H_n=\sum_{k=1}^n\frac1k=1+\frac12+\ldots+\frac1n\quad\text{et}\quad S_n=\sum_{k=1}^n\frac{1}{k^2}=1+\frac{1}{2^2}+\ldots+\frac{1}{n^2}

5. (a) Rappeler ce qu'est une série de Riemann et à quelle condition nécessaire et suffisante une série de Riemann converge.

5. (b) En déduire que la suite (Sn)nN(S_n)_{n\in\mathbb{N}^*} converge.

5. (c) Préciser la limite de la suite (Hn)nN(H_n)_{n\in\mathbb{N}^*} quand nn tend vers ++\infty.

6. Soit nNn\in\mathbb{N}^*

6. (a) Établir que, pour tout réel x[0,1]x\in[0,1] :

n!exp(xHnx2Sn)k=1n(x+k)n!exp(xHn) n!\exp(xH_n-x^2S_n)\leqslant\prod_{k=1}^n(x+k)\leqslant n!\exp(xH_n)

Indication : Vérifier que k=1n(x+k)=n!k=1n(1+xk)\prod_{k=1}^n(x+k)=n!\prod_{k=1}^n\left(1+\frac xk\right) puis utiliser les résultats de la question 4.

6. (b) En déduire que, pour tout réel x[0,1]x\in[0,1] :

1n!exp(xHn)1k=1n(x+k)1n!exp(x(HnSn)) \frac{1}{n!}\exp(-xH_n)\leqslant\frac{1}{\prod_{k=1}^n(x+k)}\leqslant\frac{1}{n!}\exp(-x(H_n-S_n))

6. (c) Démontrer alors que :

1exp(Hn)n!HnIn1exp((HnSn))n!(HnSn) \frac{1-\exp(-H_n)}{n!H_n}\leqslant I_n\leqslant\frac{1-\exp(-(H_n-S_n))}{n!(H_n-S_n)}

6. (d) Établir que In1n!HnI_n\sim\frac{1}{n!H_n}.

7. On pose, pour tout entier nn supérieur ou égal à 2, un=Hnln(n)u_n=H_n-\ln(n).

7. (a) Démontrer que pour tout entier n2n\geqslant2,

un=1n+k=1n1(1kkk+1dtt). u_n=\frac1n+\sum_{k=1}^{n-1}\left(\frac1k-\int_k^{k+1}\frac{\mathrm{d}t}{t}\right).

7. (b) En déduire que (un)n2(u_n)_{n\geqslant2} est une suite décroissante à valeurs positives.

7. (c) En déduire que la suite (un)n2(u_n)_{n\geqslant2} converge, puis que In1n!ln(n)I_n\sim\frac{1}{n!\ln(n)}.

Indices (18)

Q. 1. Question de cours. Le rayon est demandé explicitement : il se justifie en deux lignes par la règle de d'Alembert appliquée à wn=xnn!w_n=\frac{x^n}{n!}.

Q. 2. (a). Le produit n'a qu'un seul facteur : k=11(x+k)=x+1\prod_{k=1}^1(x+k)=x+1. Quelle est une primitive de x1x+1x\mapsto\frac{1}{x+1} sur [0,1][0,1] ?

Q. 2. (b). Réduire au même dénominateur, puis identifier les coefficients des numérateurs — et justifier pourquoi on a le droit d'identifier alors que l'égalité n'est donnée que sur [0,1][0,1].

Q. 2. (c). La question (b) remplace l'intégrande par une différence de deux fractions dont les primitives sont immédiates.

Q. 3. (a). La fonction xk=1n(x+k)x\mapsto\prod_{k=1}^n(x+k) est croissante sur [0,1][0,1] : ses valeurs extrêmes sont atteintes en x=0x=0 et en x=1x=1. Ensuite, intégrer sur un intervalle de longueur 11. Le cas n=0n=0 se traite à part.

Q. 3. (b). Série à termes positifs, majorée terme à terme par 1n!\frac{1}{n!} : théorème de comparaison. Les sommes des deux séries qui encadrent se lisent sur la question 1.

Q. 4. (a). Étudier g(t)=exp(t)1tg(t)=\exp(t)-1-t sur [0,1][0,1] ; ou invoquer la convexité de exp\exp et sa tangente en 00.

Q. 4. (b). Étudier h(t)=ln(1+t)t+t2h(t)=\ln(1+t)-t+t^2 : sa dérivée se factorise très bien. Pour la seconde inégalité, appliquer exp\exp, qui est croissante.

Q. 5. (a). Attention, l'exposant d'une série de Riemann se note traditionnellement α\alpha : ce n'est pas celui de la question 3 (b). Une condition nécessaire et suffisante s'énonce avec « si et seulement si ».

Q. 5. (b). Quel est l'exposant de 1k2\sum\frac{1}{k^2} ? Et que signifie exactement « la série converge » pour la suite (Sn)(S_n) de ses sommes partielles ?

Q. 5. (c). L'exposant vaut cette fois 11, et la série diverge. Pour conclure à ++\infty et non simplement à « pas de limite finie », se servir de la monotonie de (Hn)(H_n).

Q. 6. (a). Suivre l'indication : factoriser kk dans chaque facteur x+kx+k. Puis appliquer la question 4 à t=xkt=\frac xk — en vérifiant d'abord que ce réel est bien dans [0,1][0,1]. Multiplier des inégalités membre à membre exige des quantités positives.

Q. 6. (b). Inverser un encadrement entre nombres strictement positifs renverse le sens. ⚠️ Le membre de droite ainsi obtenu n'est pas encore celui de l'énoncé : comparer x2x^2 et xx sur [0,1][0,1].

Q. 6. (c). Intégrer l'encadrement de (b) sur [0,1][0,1]. Une primitive de xexp(Ax)x\mapsto\exp(-Ax) est xexp(Ax)Ax\mapsto-\frac{\exp(-Ax)}{A}, à condition que AA soit non nul : vérifier ce point pour A=HnSnA=H_n-S_n, il réserve une surprise.

Q. 6. (d). Multiplier l'encadrement de (c) par n!Hnn!H_n, qui est strictement positif, puis montrer que les deux bornes tendent vers 11. Se rappeler qu'une suite convergente est bornée.

Q. 7. (a). Relation de Chasles : les segments [k,k+1][k,k+1] pour kk de 11 à n1n-1 se recollent exactement en [1,n][1,n].

Q. 7. (b). Sur [k,k+1][k,k+1], encadrer 1t\frac1t par ses valeurs aux bornes. Pour la décroissance, calculer un+1unu_{n+1}-u_n et y reconnaître un terme du même type.

Q. 7. (c). Une suite décroissante et minorée converge. Ensuite, exprimer Hnlnn\frac{H_n}{\ln n} à l'aide de unu_n.

Correction détaillée
Ce qu'il faut voir

L'exercice construit un équivalent de InI_n, et il s'y prend en quatre temps qu'il faut distinguer pour ne pas se perdre.

Avant toute chose, l'existence. Pour x[0,1]x\in[0,1] et k1k\geqslant1 on a x+k1>0x+k\geqslant1>0 : le dénominateur ne s'annule jamais, donc l'intégrande est continue sur le segment [0,1][0,1] comme quotient de fonctions continues dont le dénominateur ne s'annule pas. Toutes les intégrales InI_n existent — à dire une fois, au début, avant de manipuler quoi que ce soit ; celles de la question 7 sont justifiées sur place. C'est la phrase qui fonde tout le reste, et elle tient en une ligne.

L'architecture, ensuite :

étape ce qu'on obtient ce que ça vaut
3 1(n+1)!In1n!\frac{1}{(n+1)!}\leqslant I_n\leqslant\frac{1}{n!} encadrement grossier : il suffit pour la convergence de In\sum I_n, pas pour un équivalent (le rapport des deux bornes vaut n+1n+1)
4 et 6 un encadrement fin de InI_n ses deux bornes sont équivalentes à 1n!Hn\frac{1}{n!H_n}
6 (d) In1n!HnI_n\sim\frac{1}{n!H_n} le premier équivalent
7 HnlnnH_n\sim\ln n il transporte l'équivalent sur 1n!lnn\frac{1}{n!\ln n}

L'idée centrale est à la question 6 (a) : un produit devient une somme dès qu'on sait encadrer 1+u1+u par des exponentielles. La factorisation

k=1n(x+k)=n!k=1n(1+xk)\prod_{k=1}^n(x+k)=n!\prod_{k=1}^n\left(1+\frac xk\right)

fait apparaître les xk\frac xk, et la question 4 les compare à exp\exp des deux côtés : d'où Hn=1kH_n=\sum\frac1k à droite, et HnH_n avec SnS_n à gauche. Tout le reste en découle mécaniquement.

⚠️ La question 1 n'est pas décorative : elle sert uniquement à la question 3 (b), pour identifier α=e\alpha=e. Si tu la bâcles, tu ne sauras pas quoi répondre trois questions plus loin.

1. — le développement en série entière de l'exponentielle

Ce que la question teste. Une question de cours, à réciter sans hésiter : le développement usuel et son rayon (séries entières).

La rédaction attendue. Pour tout réel xx :

exp(x)=n=0+xnn!,\exp(x)=\sum_{n=0}^{+\infty}\frac{x^n}{n!},

et le rayon de convergence de cette série entière est R=+R=+\infty.

Justification du rayon, en deux lignes. En x=0x=0 la série se réduit à son premier terme, donc elle converge. Soit maintenant xx un réel non nul ; son terme général wn=xnn!w_n=\frac{x^n}{n!} ne s'annule pas, et

wn+1wn=xn+10<1.\left\lvert\frac{w_{n+1}}{w_n}\right\rvert=\frac{\lvert x\rvert}{n+1}\longrightarrow0<1.

Par la règle de d'Alembert, la série converge absolument. C'est donc vrai pour tout réel xx, et R=+R=+\infty.

(On évite ici de noter ce terme ana_n : dans une série entière anxn\sum a_nx^n, la lettre ana_n désigne le coefficient, soit 1n!\frac{1}{n!}.)

Les pièges. Le rayon est demandé explicitement : c'est la moitié de la question, ne l'oublie pas. Et n'écris pas « R=+R=+\infty car la série converge partout » sans dire pourquoi elle converge partout : la règle de d'Alembert tient en deux lignes, ne t'en prive pas. Attention enfin à ne pas confondre le rayon RR avec l'intervalle de convergence.

Recoupement. En x=1x=1 on obtient n01n!=e2,7183\sum_{n\geqslant0}\frac{1}{n!}=e\approx2{,}7183 : cette valeur resservira telle quelle à la question 3 (b).

2. (a) — calculer I1

Ce que la question teste. Une primitive usuelle, et la lecture correcte de la définition de InI_n (intégration).

La rédaction attendue. Pour n=1n=1 le produit n'a qu'un facteur : k=11(x+k)=x+1\prod_{k=1}^1(x+k)=x+1. Donc

I1=01dxx+1.I_1=\int_0^1\frac{\mathrm{d}x}{x+1}.

Sur [0,1][0,1] on a x+1>0x+1>0, donc xln(x+1)x\mapsto\ln(x+1) est une primitive de l'intégrande sur ce segment, et

I1=[ln(x+1)]01=ln2ln1=ln2.I_1=\bigl[\ln(x+1)\bigr]_0^1=\ln2-\ln1=\ln2.

Les pièges. Écrire lnx+1\ln\lvert x+1\rvert n'est pas faux, mais il faut alors préciser que x+1>0x+1>0 sur [0,1][0,1] pour retirer la valeur absolue : autant le dire tout de suite. Et ne confonds pas I1I_1 avec I0I_0, qui vaut 11 par convention de l'énoncé (produit vide), et non par un calcul.

Recoupement. I1=ln20,6931I_1=\ln2\approx0{,}6931. L'encadrement de la question 3 (a) donnera 12I11\frac{1}{2}\leqslant I_1\leqslant1 : c'est bien le cas ✓

2. (b) — les coefficients a et b, et pourquoi on a le droit d'identifier

Ce que la question teste. La décomposition en éléments simples d'une fraction rationnelle à pôles simples (fractions rationnelles).

La rédaction attendue. Soit x[0,1]x\in[0,1]. Comme x+1x+1 et x+2x+2 ne s'annulent pas sur [0,1][0,1], l'égalité demandée équivaut, après réduction au même dénominateur, à

a(x+2)+b(x+1)(x+1)(x+2)=1(x+1)(x+2),\frac{a(x+2)+b(x+1)}{(x+1)(x+2)}=\frac{1}{(x+1)(x+2)},

c'est-à-dire à (a+b)x+(2a+b)=1(a+b)x+(2a+b)=1 pour tout x[0,1]x\in[0,1].

Les deux membres sont des fonctions polynomiales qui coïncident sur [0,1][0,1], donc sur un ensemble infini : leurs coefficients sont égaux. On obtient le système

{a+b=02a+b=1\begin{cases}a+b=0\\2a+b=1\end{cases}

dont l'unique solution est a=1a=1 et b=1b=-1. Réciproquement ces valeurs conviennent, et pour tout x[0,1]x\in[0,1] :

1(x+1)(x+2)=1x+11x+2.\frac{1}{(x+1)(x+2)}=\frac{1}{x+1}-\frac{1}{x+2}.

Les pièges. ⚠️ C'est ici que le jury attend une justification, et non un résultat tombé du ciel. L'identification des coefficients de deux polynômes n'est légitime que parce qu'ils coïncident sur un ensemble infini — un intervalle non réduit à un point suffit. La méthode rapide (multiplier par x+1x+1 puis faire x=1x=-1) donne le bon résultat, mais elle évalue en 1-1, qui n'appartient pas à [0,1][0,1] : si tu l'emploies, dis que tu travailles sur l'égalité des fractions rationnelles sur R{1,2}\mathbb{R}\setminus\{-1,-2\}, obtenue par prolongement. Et n'oublie pas la réciproque, ou rédige par équivalences.

Recoupement. En x=0x=0 : le membre de gauche vaut 12\frac12, le membre de droite 112=121-\frac12=\frac12 ✓ En x=1x=1 : 16\frac16 à gauche, 1213=16\frac12-\frac13=\frac16 à droite ✓

2. (c) — calculer I2

Ce que la question teste. L'usage de la décomposition précédente pour intégrer (intégration).

La rédaction attendue. Pour n=2n=2, k=12(x+k)=(x+1)(x+2)\prod_{k=1}^2(x+k)=(x+1)(x+2), donc par la question (b) :

I2=01(1x+11x+2)dx.I_2=\int_0^1\left(\frac{1}{x+1}-\frac{1}{x+2}\right)\mathrm{d}x.

Les deux fonctions sont continues sur [0,1][0,1] (leurs dénominateurs y restent strictement positifs), donc par linéarité de l'intégrale :

I2=[ln(x+1)ln(x+2)]01=(ln2ln3)(ln1ln2)=2ln2ln3.I_2=\bigl[\ln(x+1)-\ln(x+2)\bigr]_0^1=(\ln2-\ln3)-(\ln1-\ln2)=2\ln2-\ln3.

Soit, sous forme condensée, I2=ln43I_2=\ln\frac43.

Les pièges. Écris la valeur sous une forme close et simplifiée : 2ln2ln32\ln2-\ln3 ou ln43\ln\frac43, pas « ln2ln3+ln2\ln2-\ln3+\ln2 ». Et vérifie le signe : I2I_2 doit être positif puisque l'intégrande l'est — un résultat négatif ici signale une erreur de borne.

Recoupement. I2=ln430,2877I_2=\ln\frac43\approx0{,}2877, et l'encadrement de la question 3 (a) donnera 160,1667I212\frac16\approx0{,}1667\leqslant I_2\leqslant\frac12 : c'est bien le cas ✓ On vérifie aussi I2<I1I_2<I_1, ce qui est attendu puisque le dénominateur a gagné un facteur supérieur à 11.

3. (a) — l'encadrement grossier, et le cas n = 0

Ce que la question teste. Encadrer une intégrale par les valeurs extrêmes de son intégrande : la technique de base, et la croissance de l'intégrale (intégration).

La rédaction attendue. Traitons d'abord n=0n=0 : le produit est vide, donc vaut 11, et l'énoncé pose I0=1I_0=1 ; comme 11!=1\frac{1}{1!}=1 et 10!=1\frac{1}{0!}=1, l'encadrement est vérifié (avec égalité).

Soit maintenant n1n\geqslant1 et posons Pn(x)=k=1n(x+k)P_n(x)=\prod_{k=1}^n(x+k) pour x[0,1]x\in[0,1]. Chaque fonction xx+kx\mapsto x+k est croissante et strictement positive sur [0,1][0,1], donc leur produit PnP_n est croissant sur [0,1][0,1]. Par conséquent, pour tout x[0,1]x\in[0,1] :

Pn(0)Pn(x)Pn(1),c’est-aˋ-diren!Pn(x)(n+1)!P_n(0)\leqslant P_n(x)\leqslant P_n(1),\qquad\text{c'est-à-dire}\qquad n!\leqslant P_n(x)\leqslant(n+1)!

puisque Pn(0)=k=1nk=n!P_n(0)=\prod_{k=1}^nk=n! et Pn(1)=k=1n(k+1)=2×3××(n+1)=(n+1)!P_n(1)=\prod_{k=1}^n(k+1)=2\times3\times\cdots\times(n+1)=(n+1)!.

Ces trois quantités étant strictement positives, le passage à l'inverse renverse les inégalités :

1(n+1)!1Pn(x)1n!pour tout x[0,1].\frac{1}{(n+1)!}\leqslant\frac{1}{P_n(x)}\leqslant\frac{1}{n!}\qquad\text{pour tout }x\in[0,1].

Enfin, la croissance de l'intégrale sur [0,1][0,1] (avec 010\leqslant1) donne

01dx(n+1)!In01dxn!,\int_0^1\frac{\mathrm{d}x}{(n+1)!}\leqslant I_n\leqslant\int_0^1\frac{\mathrm{d}x}{n!},

et comme l'intervalle est de longueur 11, les deux intégrales extrêmes valent respectivement 1(n+1)!\frac{1}{(n+1)!} et 1n!\frac{1}{n!}. D'où le résultat, pour tout entier naturel nn.

Les pièges. ⚠️ L'énoncé dit « pour tout entier naturel nn » : le cas n=0n=0 fait partie de la question, ne l'escamote pas. Deux autres points à ne pas laisser implicites : le passage à l'inverse n'est licite que parce que les quantités sont strictement positives (dis-le), et c'est la longueur 11 de l'intervalle qui fait disparaître les intégrales des constantes — sur [0,2][0,2] le résultat serait différent. Enfin, « PnP_n est croissant car produit de fonctions croissantes » est faux en général : il faut la positivité des facteurs.

Recoupement. Pour n=3n=3 : 1240,0417I3160,1667\frac{1}{24}\approx0{,}0417\leqslant I_3\leqslant\frac16\approx0{,}1667, et le calcul exact donne I3=ln4690,08495I_3=\ln\frac{4\sqrt6}{9}\approx0{,}08495 ✓ L'encadrement est vérifié pour tout n8n\leqslant8 par le calcul exact. Noter au passage que le rapport des deux bornes vaut n+1n+1 : cet encadrement est beaucoup trop lâche pour donner un équivalent, et c'est précisément pourquoi l'exercice continue.

3. (b) — convergence de la série, et la valeur de alpha

Ce que la question teste. Le théorème de comparaison des séries à termes positifs, et la sommation d'un encadrement (séries).

La rédaction attendue. D'après (a), pour tout nNn\in\mathbb{N} : 0<1(n+1)!In1n!0<\frac{1}{(n+1)!}\leqslant I_n\leqslant\frac{1}{n!}. La série In\sum I_n est donc à termes positifs, et majorée terme à terme par 1n!\frac{1}{n!}.

Or 1n!\sum\frac{1}{n!} converge : c'est la série entière de l'exponentielle prise en x=1x=1 (question 1), de somme ee. Par le théorème de comparaison des séries à termes positifs, In\sum I_n converge.

La série 1(n+1)!\sum\frac{1}{(n+1)!} converge aussi : c'est 1n!\sum\frac{1}{n!} décalée d'un rang.

Les trois séries 1(n+1)!\sum\frac{1}{(n+1)!}, In\sum I_n et 1n!\sum\frac{1}{n!} étant convergentes, on peut sommer l'encadrement terme à terme :

n=0+1(n+1)!n=0+Inn=0+1n!.\sum_{n=0}^{+\infty}\frac{1}{(n+1)!}\leqslant\sum_{n=0}^{+\infty}I_n\leqslant\sum_{n=0}^{+\infty}\frac{1}{n!}.

Le membre de droite vaut ee. Pour celui de gauche, le changement d'indice m=n+1m=n+1 donne

n=0+1(n+1)!=m=1+1m!=e1.\sum_{n=0}^{+\infty}\frac{1}{(n+1)!}=\sum_{m=1}^{+\infty}\frac{1}{m!}=e-1.

On obtient donc e1n=0+Inee-1\leqslant\sum_{n=0}^{+\infty}I_n\leqslant e : le réel α=e\alpha=e convient.

Les pièges. ⚠️ La comparaison ne s'applique qu'aux séries à termes positifs : c'est une hypothèse, pas un détail, et il faut l'énoncer. On ne somme un encadrement que lorsque les séries concernées convergent — écrire l'inégalité entre sommes infinies avant d'avoir prouvé la convergence n'a pas de sens. Le changement d'indice est le point technique de la question : ne te contente pas de « on reconnaît e1e-1 ». Remarque enfin que l'énoncé demande un réel α\alpha, pas le : il en existe une infinité (tout α\alpha compris entre la somme et la somme plus 11 convient), mais ee est celui que les questions 1 et 3 (a) mettent dans la main.

Recoupement. La somme vaut n0In2,0895\sum_{n\geqslant0}I_n\approx2{,}0895, à comparer à e11,7183e-1\approx1{,}7183 et e2,7183e\approx2{,}7183 : l'encadrement est vérifié, et confortablement ✓

4. (a) — l'exponentielle est au-dessus de sa tangente

Ce que la question teste. Une inégalité de convexité, ou une étude de fonction élémentaire (convexité et inégalités).

La rédaction attendue. Posons g(t)=exp(t)1tg(t)=\exp(t)-1-t pour t[0,1]t\in[0,1]. La fonction gg est dérivable sur [0,1][0,1] et g(t)=exp(t)1g'(t)=\exp(t)-1.

Pour t[0,1]t\in[0,1] on a t0t\geqslant0, donc exp(t)exp(0)=1\exp(t)\geqslant\exp(0)=1 par croissance de exp\exp, c'est-à-dire g(t)0g'(t)\geqslant0. Ainsi gg est croissante sur [0,1][0,1], et pour tout t[0,1]t\in[0,1] :

g(t)g(0)=exp(0)10=0,g(t)\geqslant g(0)=\exp(0)-1-0=0,

ce qui s'écrit 1+texp(t)1+t\leqslant\exp(t).

Variante. La fonction exp\exp est convexe sur R\mathbb{R} (sa dérivée seconde exp\exp est positive), donc son graphe est au-dessus de chacune de ses tangentes ; celle en 00 a pour équation y=1+ty=1+t. L'inégalité est même valable sur R\mathbb{R} tout entier.

Les pièges. L'inégalité est vraie sur R\mathbb{R}, mais la question la demande sur [0,1][0,1] : l'étude de gg y suffit, inutile de compliquer. Si tu invoques la convexité, cite le théorème « une fonction convexe est au-dessus de ses tangentes » — un « on sait que » ou un dessin ne valent pas démonstration. Et justifie la positivité de gg' : elle repose sur t0t\geqslant0, donc sur l'intervalle choisi.

Recoupement. En t=1t=1 : 1+1=21+1=2 et exp(1)2,7183\exp(1)\approx2{,}7183 ✓ Le minimum de gg sur [0,1][0,1] vaut 00, atteint en t=0t=0 — l'inégalité est optimale, elle ne peut pas être améliorée en une inégalité stricte.

4. (b) — les deux inégalités qui font marcher tout l'exercice

Ce que la question teste. Une seconde étude de fonction, puis le passage à l'exponentielle dans une inégalité (étude de fonctions).

La rédaction attendue, première inégalité. Posons h(t)=ln(1+t)t+t2h(t)=\ln(1+t)-t+t^2 pour t[0,1]t\in[0,1] ; comme 1+t>01+t>0 sur cet intervalle, hh y est bien définie et dérivable, et

h(t)=11+t1+2t=1(1+t)+2t(1+t)1+t=t+2t21+t=t(1+2t)1+t.h'(t)=\frac{1}{1+t}-1+2t=\frac{1-(1+t)+2t(1+t)}{1+t}=\frac{t+2t^2}{1+t}=\frac{t(1+2t)}{1+t}.

Pour t[0,1]t\in[0,1], les trois facteurs tt, 1+2t1+2t et 1+t1+t sont positifs, donc h(t)0h'(t)\geqslant0 : hh est croissante sur [0,1][0,1]. Donc h(t)h(0)=ln10+0=0h(t)\geqslant h(0)=\ln1-0+0=0, c'est-à-dire

tt2ln(1+t)pour tout t[0,1].t-t^2\leqslant\ln(1+t)\qquad\text{pour tout }t\in[0,1].

Seconde inégalité. La fonction exp\exp est croissante sur R\mathbb{R}. En l'appliquant à l'inégalité précédente :

exp(tt2)exp(ln(1+t))=1+t,\exp(t-t^2)\leqslant\exp\bigl(\ln(1+t)\bigr)=1+t,

la dernière égalité étant licite car 1+t>01+t>0.

Les pièges. ⚠️ Le calcul de hh' est le point où l'on se trompe : mets tout au même dénominateur et factorise, c'est ce qui rend le signe évident. Ne dis pas « h0h'\geqslant0 car les termes sont positifs » avant d'avoir factorisé — sous la forme 11+t1+2t\frac{1}{1+t}-1+2t, le signe n'a rien d'immédiat. Pour la seconde inégalité, c'est la croissance de exp\exp qui est l'argument, pas sa positivité ; et exp(lnu)=u\exp(\ln u)=u exige u>0u>0, à signaler.

⚠️ Note bien ce que ces deux inégalités donnent ensemble, car c'est tout le moteur de la question 6 : pour t[0,1]t\in[0,1],

exp(tt2)1+texp(t).\exp(t-t^2)\leqslant1+t\leqslant\exp(t).

Recoupement. En t=1t=1 : h(1)=ln21+1=ln20,6931>0h(1)=\ln2-1+1=\ln2\approx0{,}6931>0 ✓, et exp(11)=12\exp(1-1)=1\leqslant2 ✓ Sur une grille de 2000120\,001 points de [0,1][0,1], le minimum de hh vaut 00 et le maximum de exp(tt2)(1+t)\exp(t-t^2)-(1+t) vaut 00, tous deux atteints en t=0t=0 : les deux inégalités sont vraies et optimales ✓

5. (a) — série de Riemann : la condition est nécessaire ET suffisante

Ce que la question teste. Une définition et un théorème de cours, à énoncer avec précision (séries de Riemann).

La rédaction attendue. On appelle série de Riemann toute série de la forme

n11nβ,βR.\sum_{n\geqslant1}\frac{1}{n^{\beta}},\qquad\beta\in\mathbb{R}.

Elle converge si et seulement si β>1\beta>1.

(On note ici l'exposant β\beta pour ne pas le confondre avec le réel α\alpha de la question 3 (b), qui n'a rien à voir.)

Si le jury demande la justification : pour β0\beta\leqslant0 le terme général ne tend pas vers 00, donc la série diverge grossièrement ; pour β>0\beta>0, la fonction ttβt\mapsto t^{-\beta} est continue, positive et décroissante sur [1,+[[1,+\infty[, et la comparaison série-intégrale ramène la nature de la série à celle de 1+dttβ\int_1^{+\infty}\frac{\mathrm{d}t}{t^{\beta}}, qui converge exactement lorsque β>1\beta>1.

Les pièges. ⚠️ L'énoncé demande une condition nécessaire et suffisante : « la série converge si β>1\beta>1 » ne répond qu'à la moitié de la question. Écris « si et seulement si ». Attention aussi à la borne : le cas β=1\beta=1 (série harmonique) diverge, c'est précisément ce qui servira en 5 (c). Et n'oublie pas de dire ce qu'est une série de Riemann : l'énoncé demande les deux.

Recoupement. Pour β=2\beta=2 la série converge, de somme π261,6449\frac{\pi^2}{6}\approx1{,}6449 ; pour β=1\beta=1 elle diverge, et c'est bien l'exposant de HnH_n

5. (b) — la convergence de la suite (Sn)

Ce que la question teste. Le lien, souvent mal dit, entre « la série converge » et « la suite des sommes partielles converge » (séries).

La rédaction attendue. Par définition, Sn=k=1n1k2S_n=\sum_{k=1}^n\frac{1}{k^2} est la somme partielle d'ordre nn de la série k11k2\sum_{k\geqslant1}\frac{1}{k^2}, qui est la série de Riemann d'exposant β=2\beta=2.

Comme 2>12>1, cette série converge d'après (a). Or dire qu'une série converge, c'est par définition dire que la suite de ses sommes partielles converge : la suite (Sn)nN(S_n)_{n\in\mathbb{N}^*} converge.

Variante sans (a). Pour k2k\geqslant2, 1k21k(k1)=1k11k\frac{1}{k^2}\leqslant\frac{1}{k(k-1)}=\frac{1}{k-1}-\frac1k, donc par télescopage Sn21n2S_n\leqslant2-\frac1n\leqslant2 : la suite (Sn)(S_n) est croissante (ses termes ajoutés sont positifs) et majorée, donc elle converge.

Les pièges. ⚠️ Ne réponds pas « la série converge » sans faire le lien avec la suite (Sn)(S_n) : c'est exactement ce que la question demande d'articuler, et une réponse qui saute ce pas ne répond pas à la question posée. Le mot « en déduire » de l'énoncé signale qu'il faut se servir de (a) : ne recommence pas une comparaison série-intégrale.

Recoupement. S201,5962S_{20}\approx1{,}5962 et la limite vaut π261,6449\frac{\pi^2}{6}\approx1{,}6449 : la suite croît vers elle ✓ La valeur de la limite n'est pas demandée — et elle est hors de portée des outils de l'exercice.

5. (c) — la limite de (Hn)

Ce que la question teste. La divergence de la série harmonique, et l'argument de monotonie qui transforme « diverge » en « tend vers ++\infty » (suites monotones).

La rédaction attendue. HnH_n est la somme partielle d'ordre nn de la série de Riemann d'exposant β=1\beta=1. La condition β>1\beta>1 n'est pas vérifiée, donc cette série diverge d'après (a) — c'est ici que le « si et seulement si » sert.

La suite (Hn)(H_n) est croissante, puisque Hn+1Hn=1n+1>0H_{n+1}-H_n=\frac{1}{n+1}>0. Or une suite croissante est soit majorée — et alors elle converge —, soit non majorée — et alors elle tend vers ++\infty. Comme (Hn)(H_n) ne converge pas, elle n'est pas majorée, et donc

limn+Hn=+.\lim_{n\to+\infty}H_n=+\infty.

Les pièges. ⚠️ « La série diverge » ne signifie pas en général « la suite tend vers ++\infty » : une suite peut diverger en oscillant, comme ((1)n)((-1)^n). C'est la croissance de (Hn)(H_n) qui permet de conclure à ++\infty, et le jury attend cet argument. Attention aussi à ne pas « démontrer » que Hn+H_n\to+\infty en invoquant HnlnnH_n\sim\ln n : ce résultat n'arrive qu'à la question 7, on ne s'en sert pas ici.

Recoupement. La croissance est très lente : H203,5977H_{20}\approx3{,}5977 et H100009,7876H_{10000}\approx9{,}7876. Multiplier nn par 500500 n'ajoute que 6,196{,}19 environ — c'est le comportement logarithmique que la question 7 identifiera ✓

6. (a) — transformer le produit en somme : le cœur de l'exercice

Ce que la question teste. Le passage produit vers somme par l'exponentielle, et la multiplication d'inégalités entre quantités positives (produits et sommes).

La rédaction attendue. Soit nNn\in\mathbb{N}^* et x[0,1]x\in[0,1]. En factorisant kk dans chaque facteur :

k=1n(x+k)=k=1nk(1+xk)=(k=1nk)k=1n(1+xk)=n!k=1n(1+xk),\prod_{k=1}^n(x+k)=\prod_{k=1}^nk\left(1+\frac xk\right)=\left(\prod_{k=1}^nk\right)\prod_{k=1}^n\left(1+\frac xk\right)=n!\prod_{k=1}^n\left(1+\frac xk\right),

ce qui est l'indication de l'énoncé.

Fixons k{1,,n}k\in\{1,\dots,n\} et posons t=xkt=\frac xk. Comme 0x10\leqslant x\leqslant1 et k1k\geqslant1, on a bien t[0,1]t\in[0,1], donc la question 4 s'applique :

exp(xkx2k2)1+xkexp(xk).\exp\left(\frac xk-\frac{x^2}{k^2}\right)\leqslant1+\frac xk\leqslant\exp\left(\frac xk\right).

Ces trois quantités sont strictement positives pour tout kk, on peut donc multiplier ces nn encadrements membre à membre :

k=1nexp(xkx2k2)k=1n(1+xk)k=1nexp(xk).\prod_{k=1}^n\exp\left(\frac xk-\frac{x^2}{k^2}\right)\leqslant\prod_{k=1}^n\left(1+\frac xk\right)\leqslant\prod_{k=1}^n\exp\left(\frac xk\right).

Or l'exponentielle transforme les sommes en produits :

k=1nexp(xkx2k2)=exp(k=1nxkk=1nx2k2)=exp(xHnx2Sn),\prod_{k=1}^n\exp\left(\frac xk-\frac{x^2}{k^2}\right)=\exp\left(\sum_{k=1}^n\frac xk-\sum_{k=1}^n\frac{x^2}{k^2}\right)=\exp(xH_n-x^2S_n),

et de même k=1nexp(xk)=exp(xHn)\prod_{k=1}^n\exp\left(\frac xk\right)=\exp(xH_n). En multipliant enfin par n!>0n!>0, on obtient

n!exp(xHnx2Sn)k=1n(x+k)n!exp(xHn).n!\exp(xH_n-x^2S_n)\leqslant\prod_{k=1}^n(x+k)\leqslant n!\exp(xH_n).

Les pièges. ⚠️ Vérifier que xk[0,1]\frac xk\in[0,1] n'est pas une formalité : c'est l'hypothèse de la question 4, et sans elle rien ne s'applique. C'est là que l'énoncé a mis la difficulté. ⚠️ Multiplier des inégalités membre à membre n'est licite qu'entre quantités positives — dis-le, c'est l'hypothèse du théorème. Et n'écris pas x2k2=x2Hn\sum\frac{x^2}{k^2}=x^2H_n par étourderie : c'est x2Snx^2S_n, avec les carrés au dénominateur.

Recoupement. Pour n=3n=3 et x=1x=1 : le produit vaut 2×3×4=242\times3\times4=24, la borne de gauche 3!exp(H3S3)=6exp(1164936)3!\exp(H_3-S_3)=6\exp\left(\frac{11}{6}-\frac{49}{36}\right), soit 6exp17369,626\exp\frac{17}{36}\approx9{,}62, et celle de droite 3!exp(116)37,533!\exp\left(\frac{11}{6}\right)\approx37{,}53. L'encadrement est bien vérifié ✓ Il l'est aussi, à la machine, sur 201201 valeurs de xx pour n{1,2,5,10,20}n\in\{1,2,5,10,20\}, avec égalité en x=0x=0 des deux côtés.

6. (b) — passer aux inverses, et l'étape qu'on saute sans la voir

Ce que la question teste. Le passage à l'inverse dans un encadrement, et surtout la lucidité de voir que le résultat obtenu n'est pas encore celui demandé (inégalités).

La rédaction attendue. Soit x[0,1]x\in[0,1]. Les trois membres de (a) sont strictement positifs (une exponentielle est strictement positive, n!>0n!>0, et k=1n(x+k)n!>0\prod_{k=1}^n(x+k)\geqslant n!>0 puisque x+kkx+k\geqslant k), donc le passage à l'inverse renverse les inégalités :

1n!exp(xHn)1k=1n(x+k)1n!exp(xHnx2Sn),\frac{1}{n!\exp(xH_n)}\leqslant\frac{1}{\prod_{k=1}^n(x+k)}\leqslant\frac{1}{n!\exp(xH_n-x^2S_n)},

c'est-à-dire, puisque 1exp(u)=exp(u)\frac{1}{\exp(u)}=\exp(-u) :

1n!exp(xHn)1k=1n(x+k)1n!exp(xHn+x2Sn).\frac{1}{n!}\exp(-xH_n)\leqslant\frac{1}{\prod_{k=1}^n(x+k)}\leqslant\frac{1}{n!}\exp\bigl(-xH_n+x^2S_n\bigr).

Le membre de gauche est déjà celui de l'énoncé. ⚠️ Celui de droite, non : on a obtenu exp(xHn+x2Sn)\exp(-xH_n+x^2S_n) et l'énoncé demande exp(x(HnSn))=exp(xHn+xSn)\exp(-x(H_n-S_n))=\exp(-xH_n+xS_n). Il reste donc une étape.

Pour x[0,1]x\in[0,1] on a x2xx^2\leqslant x, et Sn>0S_n>0, donc x2SnxSnx^2S_n\leqslant xS_n, d'où

xHn+x2SnxHn+xSn=x(HnSn).-xH_n+x^2S_n\leqslant-xH_n+xS_n=-x(H_n-S_n).

La croissance de exp\exp donne alors exp(xHn+x2Sn)exp(x(HnSn))\exp(-xH_n+x^2S_n)\leqslant\exp\bigl(-x(H_n-S_n)\bigr), et par transitivité

1n!exp(xHn)1k=1n(x+k)1n!exp(x(HnSn)).\frac{1}{n!}\exp(-xH_n)\leqslant\frac{1}{\prod_{k=1}^n(x+k)}\leqslant\frac{1}{n!}\exp\bigl(-x(H_n-S_n)\bigr).

Les pièges. ⚠️ C'est la question la plus piégeuse de l'exercice, et le piège est de ne pas voir qu'il y en a un : en inversant (a) on tombe sur x2Snx^2S_n, pas sur xSnxS_n, et il est facile de recopier la formule de l'énoncé sans l'étape x2xx^2\leqslant x. C'est exactement le genre de raccourci qui ne démontre rien. Note que l'inégalité de l'énoncé est plus faible que celle qu'on obtient directement : on perd de l'information, mais la forme obtenue s'intègre bien, et c'est tout ce qui compte pour la suite. Rappelle enfin que l'inversion ne renverse les inégalités que pour des quantités de même signe strict.

Recoupement. Les deux encadrements — celui de l'énoncé et l'intermédiaire, plus fin — sont vérifiés à la machine sur 201201 valeurs de xx dans [0,1][0,1], pour n{1,2,5,10,20}n\in\{1,2,5,10,20\} : aucune violation ✓

6. (c) — intégrer l'encadrement (et la maladresse de l'énoncé en n = 1)

Ce que la question teste. La croissance de l'intégrale appliquée à un encadrement, et une primitive de xexp(Ax)x\mapsto\exp(-Ax) (intégration).

Un préalable que l'énoncé oublie. L'énoncé écrit « Soit nNn\in\mathbb{N}^* », mais le membre de droite n'a de sens que si HnSn0H_n-S_n\neq0. Or

HnSn=k=1n(1k1k2)=k=1nk1k2.H_n-S_n=\sum_{k=1}^n\left(\frac1k-\frac{1}{k^2}\right)=\sum_{k=1}^n\frac{k-1}{k^2}.

Tous les termes sont positifs, et celui d'indice k=2k=2 vaut 14>0\frac14>0 dès que n2n\geqslant2. Donc HnSn>0H_n-S_n>0 pour n2n\geqslant2, mais H1S1=0H_1-S_1=0 : pour n=1n=1 le membre de droite est de la forme 00\frac00, il n'est pas défini. ⚠️ On se place donc dans toute la suite sous l'hypothèse n2n\geqslant2, et on le dit. Ce n'est pas une chicane : sans cette hypothèse, la formule à démontrer n'a pas de sens.

La rédaction attendue. Soit n2n\geqslant2. Les trois fonctions de xx qui apparaissent dans (b) sont continues sur [0,1][0,1], donc intégrables sur ce segment ; la croissance de l'intégrale sur [0,1][0,1] donne

01exp(xHn)n!dxIn01exp(x(HnSn))n!dx.\int_0^1\frac{\exp(-xH_n)}{n!}\,\mathrm{d}x\leqslant I_n\leqslant\int_0^1\frac{\exp\bigl(-x(H_n-S_n)\bigr)}{n!}\,\mathrm{d}x.

Calculons les deux intégrales extrêmes. Pour un réel A0A\neq0, une primitive de xexp(Ax)x\mapsto\exp(-Ax) est xexp(Ax)Ax\mapsto-\frac{\exp(-Ax)}{A}, donc

01exp(Ax)dx=[exp(Ax)A]01=1exp(A)A.\int_0^1\exp(-Ax)\,\mathrm{d}x=\left[-\frac{\exp(-Ax)}{A}\right]_0^1=\frac{1-\exp(-A)}{A}.

On applique cela deux fois : à A=Hn>0A=H_n>0 pour la borne de gauche, et à A=HnSn>0A=H_n-S_n>0 pour celle de droite (c'est ici que sert le préalable). D'où

1exp(Hn)n!HnIn1exp((HnSn))n!(HnSn).\frac{1-\exp(-H_n)}{n!H_n}\leqslant I_n\leqslant\frac{1-\exp\bigl(-(H_n-S_n)\bigr)}{n!(H_n-S_n)}.

Les pièges. ⚠️ La condition A0A\neq0 n'est pas décorative : c'est exactement ce qui tombe en défaut pour n=1n=1. Un candidat qui intègre sans y penser écrit une formule indéfinie et ne le voit pas. ⚠️ Ne sors pas 1n!\frac{1}{n!} de l'intégrale sans dire que c'est une constante vis-à-vis de xx — de même, HnH_n et SnS_n ne dépendent pas de xx, ce qui est précisément ce qui rend ces intégrales calculables. Signalons enfin que pour n=1n=1 l'encadrement reste vrai si l'on prolonge A1exp(A)AA\mapsto\frac{1-\exp(-A)}{A} par la valeur 11 en 00 : on retrouve I1=ln20,69311I_1=\ln2\approx0{,}6931\leqslant1.

Recoupement. Pour n=2n=2 : H2=32H_2=\frac32, S2=54S_2=\frac54, H2S2=14H_2-S_2=\frac14, et l'encadrement donne 0,2590I20,44240{,}2590\leqslant I_2\leqslant0{,}4424 avec I2=ln430,2877I_2=\ln\frac43\approx0{,}2877 ✓ Pour n=10n=10, en unités de 10810^{-8} : 8,9069,74714,9508{,}906\leqslant9{,}747\leqslant14{,}950 ✓ Vérifié à la machine pour n{2,3,5,10,20}n\in\{2,3,5,10,20\}.

6. (d) — le premier équivalent

Ce que la question teste. Le théorème des gendarmes appliqué à un quotient, et la définition d'un équivalent telle que l'énoncé vient de la donner (équivalents).

La rédaction attendue. Soit n2n\geqslant2. Comme n!Hn>0n!H_n>0, on peut multiplier l'encadrement de (c) par n!Hnn!H_n sans en changer le sens :

1exp(Hn)n!HnInHnHnSn(1exp((HnSn))).1-\exp(-H_n)\leqslant n!H_nI_n\leqslant\frac{H_n}{H_n-S_n}\Bigl(1-\exp\bigl(-(H_n-S_n)\bigr)\Bigr).

Étudions les deux bornes.

À gauche. Hn+H_n\to+\infty d'après 5 (c), donc exp(Hn)0\exp(-H_n)\to0 et la borne de gauche tend vers 11.

À droite. La suite (Sn)(S_n) converge d'après 5 (b), donc elle est bornée ; comme Hn+H_n\to+\infty, on en déduit HnSn+H_n-S_n\to+\infty, d'où exp((HnSn))0\exp\bigl(-(H_n-S_n)\bigr)\to0. Par ailleurs

HnHnSn=11SnHn,\frac{H_n}{H_n-S_n}=\frac{1}{1-\frac{S_n}{H_n}},

et SnHn0\frac{S_n}{H_n}\to0 puisque (Sn)(S_n) est bornée et Hn+H_n\to+\infty : ce quotient tend donc vers 11. La borne de droite tend vers 1×1=11\times1=1.

Par le théorème des gendarmes, n!HnIn1n!H_nI_n\to1. Or In>0I_n>0 et 1n!Hn>0\frac{1}{n!H_n}>0 ne s'annulent pas, et

In1n!Hn=n!HnIn1,\frac{I_n}{\frac{1}{n!H_n}}=n!H_nI_n\longrightarrow1,

ce qui est exactement la définition rappelée par l'énoncé : In1n!HnI_n\sim\frac{1}{n!H_n}.

Les pièges. ⚠️ L'énoncé a défini l'équivalence par la limite du quotient, et il exige que les termes ne s'annulent pas : vérifie-le explicitement (ici les deux suites sont strictement positives) et conclus sur le quotient, pas « à vue ». ⚠️ L'argument « (Sn)(S_n) est bornée » passe par sa convergence : une suite convergente est bornée, cite le théorème. Enfin, tout cela vaut pour n2n\geqslant2 — sans conséquence, un équivalent étant une propriété asymptotique.

Recoupement. La suite n!HnInn!H_nI_n vaut 0,86300{,}8630 pour n=2n=2, franchit 11 dès n=6n=6, culmine à 1,05071{,}0507 pour n=28n=28, puis redescend lentement : 1,04331{,}0433 pour n=100n=100, 1,01371{,}0137 pour n=20000n=20\,000. ⚠️ La convergence vers 11 n'est donc pas monotone — un candidat qui vérifie numériquement sur n=10n=10 trouve 1,03601{,}0360 et pourrait croire à une erreur : il n'y en a pas, la suite passe au-dessus de 11 avant de redescendre ✓

7. (a) — découper un-n en tranches

Ce que la question teste. La relation de Chasles et la manipulation d'une somme d'intégrales — le début de la comparaison série-intégrale (comparaison série-intégrale).

La rédaction attendue. Soit n2n\geqslant2. Par linéarité de la somme :

k=1n1(1kkk+1dtt)=k=1n11kk=1n1kk+1dtt=Hn1k=1n1kk+1dtt.\sum_{k=1}^{n-1}\left(\frac1k-\int_k^{k+1}\frac{\mathrm{d}t}{t}\right)=\sum_{k=1}^{n-1}\frac1k-\sum_{k=1}^{n-1}\int_k^{k+1}\frac{\mathrm{d}t}{t}=H_{n-1}-\sum_{k=1}^{n-1}\int_k^{k+1}\frac{\mathrm{d}t}{t}.

Les segments [k,k+1][k,k+1], pour kk allant de 11 à n1n-1, se recollent exactement en [1,n][1,n] ; la fonction t1tt\mapsto\frac1t étant continue sur [1,n][1,n], la relation de Chasles donne

k=1n1kk+1dtt=1ndtt=[lnt]1n=lnn.\sum_{k=1}^{n-1}\int_k^{k+1}\frac{\mathrm{d}t}{t}=\int_1^n\frac{\mathrm{d}t}{t}=\bigl[\ln t\bigr]_1^n=\ln n.

Par conséquent

1n+k=1n1(1kkk+1dtt)=1n+Hn1lnn=Hnlnn=un,\frac1n+\sum_{k=1}^{n-1}\left(\frac1k-\int_k^{k+1}\frac{\mathrm{d}t}{t}\right)=\frac1n+H_{n-1}-\ln n=H_n-\ln n=u_n,

la dernière égalité venant de Hn=Hn1+1nH_n=H_{n-1}+\frac1n.

Les pièges. ⚠️ Ne confonds pas Hn1H_{n-1} et HnH_n : la somme s'arrête à n1n-1, et c'est précisément le terme isolé 1n\frac1n qui complète Hn1H_{n-1} en HnH_n. C'est toute la mécanique de la question. Justifie la relation de Chasles par la continuité de t1tt\mapsto\frac1t sur [1,n][1,n] (elle ne s'annule pas, et 1>01>0). Enfin 1ndtt=lnnln1=lnn\int_1^n\frac{\mathrm{d}t}{t}=\ln n-\ln1=\ln n : ne perds pas le ln1=0\ln1=0 en route.

Recoupement. Pour n=10n=10, les deux membres valent 0,62638316100{,}6263831610 une fois arrondis à la dixième décimale ✓ L'identité est vérifiée à la machine pour n{2,3,5,10,50}n\in\{2,3,5,10,50\}, à 102510^{-25} près.

7. (b) — décroissante, et positive

Ce que la question teste. Encadrer 1t\frac1t sur un segment par ses valeurs aux bornes, deux fois, dans deux sens différents (comparaison série-intégrale).

La rédaction attendue, positivité. Soit k1k\geqslant1 et t[k,k+1]t\in[k,k+1]. Alors 0<kt0<k\leqslant t, donc 1t1k\frac1t\leqslant\frac1k par décroissance de l'inverse sur R+\mathbb{R}_+^*. En intégrant cette inégalité sur [k,k+1][k,k+1], qui est de longueur 11 :

kk+1dttkk+1dtk=1k,soit1kkk+1dtt0.\int_k^{k+1}\frac{\mathrm{d}t}{t}\leqslant\int_k^{k+1}\frac{\mathrm{d}t}{k}=\frac1k,\qquad\text{soit}\qquad\frac1k-\int_k^{k+1}\frac{\mathrm{d}t}{t}\geqslant0.

Tous les termes de la somme de (a) sont donc positifs, et comme 1n>0\frac1n>0 :

un1n>0.u_n\geqslant\frac1n>0.

Décroissance. Soit n2n\geqslant2. En retranchant les expressions de (a) pour n+1n+1 et pour nn :

un+1un=1n+11n+(1nnn+1dtt)=1n+1nn+1dtt.u_{n+1}-u_n=\frac{1}{n+1}-\frac1n+\left(\frac1n-\int_n^{n+1}\frac{\mathrm{d}t}{t}\right)=\frac{1}{n+1}-\int_n^{n+1}\frac{\mathrm{d}t}{t}.

Or pour t[n,n+1]t\in[n,n+1] on a tn+1t\leqslant n+1, donc 1t1n+1\frac1t\geqslant\frac{1}{n+1}, et en intégrant sur ce segment de longueur 11 :

nn+1dtt1n+1,doncun+1un0.\int_n^{n+1}\frac{\mathrm{d}t}{t}\geqslant\frac{1}{n+1},\qquad\text{donc}\qquad u_{n+1}-u_n\leqslant0.

La suite (un)n2(u_n)_{n\geqslant2} est donc décroissante et à valeurs strictement positives.

Les pièges. ⚠️ Les deux points demandent le même encadrement de 1t\frac1t sur [k,k+1][k,k+1], mais utilisé dans les deux sens opposés : 1t1k\frac1t\leqslant\frac1k pour la positivité, 1t1n+1\frac1t\geqslant\frac{1}{n+1} pour la décroissance. Ne mélange pas les deux. ⚠️ C'est encore la longueur 11 du segment qui fait que l'intégrale d'une constante vaut cette constante : sans cette remarque, le calcul ne tombe pas juste. Le calcul direct de un+1un=1n+1ln(1+1n)u_{n+1}-u_n=\frac{1}{n+1}-\ln\left(1+\frac1n\right) marche aussi, mais il oblige à redémontrer ln(1+1n)1n+1\ln\left(1+\frac1n\right)\geqslant\frac{1}{n+1} : passer par (a) est plus court, et c'est ce que « en déduire » demande.

Recoupement. u20,8069u_2\approx0{,}8069, u30,7347u_3\approx0{,}7347, u100,6264u_{10}\approx0{,}6264 : la suite décroît bien et reste positive. Vérifié à la machine pour tout nn de 22 à 50005000

7. (c) — la constante d'Euler, et le second équivalent

Ce que la question teste. Le théorème de la limite monotone, puis le transport d'un équivalent (suites monotones, équivalents).

La rédaction attendue, convergence. D'après (b), la suite (un)n2(u_n)_{n\geqslant2} est décroissante et minorée par 00. Par le théorème de la limite monotone, elle converge ; notons γ\gamma sa limite, qui vérifie γ0\gamma\geqslant0 par passage à la limite dans un>0u_n>0.

(Ce réel γ0,5772\gamma\approx0{,}5772 est la constante d'Euler. L'exercice n'en demande pas la valeur — et l'on ne sait toujours pas si elle est irrationnelle.)

Le second équivalent. Soit n2n\geqslant2, de sorte que lnn>0\ln n>0. Par définition de unu_n :

Hnlnn=lnn+unlnn=1+unlnn.\frac{H_n}{\ln n}=\frac{\ln n+u_n}{\ln n}=1+\frac{u_n}{\ln n}.

La suite (un)(u_n) converge, donc elle est bornée ; et lnn+\ln n\to+\infty. Donc unlnn0\frac{u_n}{\ln n}\to0, puis

Hnlnn1.\frac{H_n}{\ln n}\longrightarrow1.

Enfin, In>0I_n>0 et 1n!lnn>0\frac{1}{n!\ln n}>0 ne s'annulent pas, et pour n2n\geqslant2 :

In1n!lnn=n!ln(n)In=(n!HnIn)×lnnHn.\frac{I_n}{\frac{1}{n!\ln n}}=n!\ln(n)\,I_n=\bigl(n!H_nI_n\bigr)\times\frac{\ln n}{H_n}.

Le premier facteur tend vers 11 d'après 6 (d), le second vers 11 d'après ce qui précède. Le produit tend donc vers 11, ce qui signifie exactement

In1n!ln(n).I_n\sim\frac{1}{n!\ln(n)}.

Les pièges. ⚠️ N'écris jamais limun\lim u_n avant d'avoir établi que la limite existe : ici c'est le théorème de la limite monotone qui l'autorise, et il faut ses deux hypothèses (décroissance et minoration). ⚠️ On ne connaît aucune expression de γ\gamma à l'aide des constantes usuelles : ne cherche pas à la calculer, l'exercice ne le demande pas. ⚠️ Pour conclure, préfère le calcul explicite sur le quotient à un enchaînement d'équivalents : la transitivité et le produit d'équivalents sont vrais, mais c'est la définition rappelée par l'énoncé qu'il faut savoir appliquer. Et lnn0\ln n\neq0 demande n2n\geqslant2 : c'est ce qui rend ici indispensable la restriction posée par l'énoncé.

Recoupement. La suite n!ln(n)Inn!\ln(n)I_n vaut 0,39880{,}3988 pour n=2n=2, 0,81440{,}8144 pour n=10n=10, 0,91180{,}9118 pour n=50n=50 et 0,92620{,}9262 pour n=100n=100 : elle croît vers 11, mais très lentement ✓ La raison se lit sur le calcul ci-dessus : Hnlnn=1+unlnn\frac{H_n}{\ln n}=1+\frac{u_n}{\ln n} vaut encore 1,12641{,}1264 pour n=100n=100, l'erreur ne décroissant qu'en 1lnn\frac{1}{\ln n}. C'est pourquoi l'équivalent de 6 (d) est numériquement bien meilleur que celui-ci, alors que les deux sont également vrais.

À retenir

Quatre méthodes transférables, qui valent bien au-delà de ce sujet.

1. Encadrer une intégrale par les valeurs extrêmes de son intégrande. Si ff est continue sur [a,b][a,b] et mfMm\leqslant f\leqslant M sur [a,b][a,b], alors m(ba)abfM(ba)m(b-a)\leqslant\int_a^bf\leqslant M(b-a). Sur un intervalle de longueur 11, les constantes passent telles quelles : c'est ce qui donne la question 3 (a) en trois lignes. Le prix à payer, c'est la finesse — ici le rapport des deux bornes vaut n+1n+1, beaucoup trop pour un équivalent.

2. Un produit devient une somme par l'exponentielle. L'encadrement

exp(tt2)1+texp(t)(t[0,1])\exp(t-t^2)\leqslant1+t\leqslant\exp(t)\qquad(t\in[0,1])

est le moteur de tout l'exercice : appliqué à t=xkt=\frac xk et multiplié sur kk, il transforme (1+xk)\prod\left(1+\frac xk\right) en exp\exp d'une somme, donc fait surgir HnH_n et SnS_n. Chaque fois qu'un produit résiste, cherche à le comparer à une exponentielle de somme. C'est la méthode standard pour les produits infinis et pour la fonction Γ\Gamma.

3. La comparaison série-intégrale. Encadrer 1t\frac1t par ses valeurs aux bornes de [k,k+1][k,k+1] donne

1k+1kk+1dtt1k,\frac{1}{k+1}\leqslant\int_k^{k+1}\frac{\mathrm{d}t}{t}\leqslant\frac1k,

et ce sont les deux moitiés séparément qui font le travail sur un=Hnlnnu_n=H_n-\ln n : celle de droite, sommée, donne la positivité ; celle de gauche, prise en k=nk=n, donne la décroissance. C'est la démonstration classique de l'existence de la constante d'Euler γ0,5772\gamma\approx0{,}5772, et elle fournit au passage HnlnnH_n\sim\ln n.

⚠️ Ne retiens surtout pas « la positivité entraîne la décroissance » : c'est faux, et le contre-exemple tient en une ligne. Remplace kk+1dtt\int_k^{k+1}\frac{\mathrm{d}t}{t} par 12k\frac{1}{2k} : les termes 1k12k=12k\frac1k-\frac{1}{2k}=\frac{1}{2k} restent positifs, et pourtant la suite analogue 1n+k=1n112k\frac1n+\sum_{k=1}^{n-1}\frac{1}{2k} croît. Les deux propriétés viennent des deux moitiés de l'encadrement, jamais d'une seule.

4. Un équivalent vrai peut être numériquement médiocre. Les deux équivalents de l'exercice sont exacts, et pourtant :

approximation de InI_n rapport Inapproximation\frac{I_n}{\text{approximation}} à n=100n=100
1n!Hn\frac{1}{n!H_n} 1,04331{,}0433
1n!lnn\frac{1}{n!\ln n} 0,92620{,}9262

Pour le second, ce rapport ne tend vers 11 qu'en 1lnn\frac{1}{\ln n}, c'est-à-dire à une lenteur désespérante. Un équivalent dit une limite, pas une précision : ne confonds jamais les deux.

⚠️ Enfin, les deux réflexes de rédaction que ce sujet met le plus à l'épreuve : justifier l'existence des intégrales avant de les manipuler (une ligne, au début), et vérifier les conditions d'application avant d'invoquer un théorème — que xk\frac xk soit dans [0,1][0,1] en 6 (a), que les quantités soient positives avant de multiplier ou d'inverser des inégalités, que HnSnH_n-S_n ne soit pas nul avant de diviser par lui en 6 (c).

Réponse. 1. exp(x)=n0xnn!\exp(x)=\sum_{n\geqslant0}\frac{x^n}{n!} pour tout réel xx, de rayon R=+R=+\infty. 2. I1=ln20,6931I_1=\ln2\approx0{,}6931 ; a=1a=1 et b=1b=-1 ; I2=2ln2ln3=ln430,2877I_2=2\ln2-\ln3=\ln\frac43\approx0{,}2877. 3. 1(n+1)!In1n!\frac{1}{(n+1)!}\leqslant I_n\leqslant\frac{1}{n!} ; la série In\sum I_n converge et α=e\alpha=e convient. 4. 1+texp(t)1+t\leqslant\exp(t), tt2ln(1+t)t-t^2\leqslant\ln(1+t) et exp(tt2)1+t\exp(t-t^2)\leqslant1+t sur [0,1][0,1]. 5. Une série de Riemann 1nβ\sum\frac{1}{n^\beta} converge si et seulement si β>1\beta>1 (exposant noté β\beta pour ne pas le confondre avec le α\alpha du point 3) ; donc (Sn)(S_n) converge, et Hn+H_n\to+\infty. 6. n!exp(xHnx2Sn)k=1n(x+k)n!exp(xHn)n!\exp(xH_n-x^2S_n)\leqslant\prod_{k=1}^n(x+k)\leqslant n!\exp(xH_n), d'où par passage aux inverses puis intégration 1exp(Hn)n!HnIn1exp((HnSn))n!(HnSn)\frac{1-\exp(-H_n)}{n!H_n}\leqslant I_n\leqslant\frac{1-\exp(-(H_n-S_n))}{n!(H_n-S_n)} pour n2n\geqslant2, et In1n!HnI_n\sim\frac{1}{n!H_n}. 7. (un)(u_n) décroît, reste positive, donc converge — vers la constante d'Euler γ0,5772\gamma\approx0{,}5772 — d'où HnlnnH_n\sim\ln n puis In1n!ln(n)I_n\sim\frac{1}{n!\ln(n)}. (Recoupement : I3=ln4690,08495I_3=\ln\frac{4\sqrt6}{9}\approx0{,}08495, bien dans [124,16]\left[\frac{1}{24},\frac16\right] ; n0In2,0895\sum_{n\geqslant0}I_n\approx2{,}0895, bien dans [e1,e][e-1,e] ✓)
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